JUIN
De sorte qu'ils se trouveront obligés de faire non seulement banqueroute aux particnliers, mais encore de lever sur eux pour leur subsistance ou pour oent , comme Us ont accoutumé pratiquer daus les grandes nécessités.
M. de Bordeaux fait observer à M. lé cardinal de Richelieu qu’il lui est impossible de bien servir le roi, s’il est continuellement traversé dans ses vues par M. le comte d’Harcourt.
LETTRE DE M. L’ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
A. M" L8 CARDiriSL DE EICUELIEf.
MonSElCVKl'E ,
Je n’ai jamais hésité en l’exécution d’aucun de vos commandements; mais daiu celui qu'il plail à votre émiueuce de me faire maintenant de servir avec M. le comte d’Iiaramrt, je suis contraint de lui représenter les raisons cpii me font la supplier très-humblement de ne me le pas commander absolument.
La première, c’est qu'il y a une union très-étroite avec M. de Vitry pareille à celle qu’il avait avant que le<lit sieur de Vitry m'eùt assassiné en sa présence, par laquelle ils avaient résolu de me penlrc auprès du roi et de votre éminence, comme je puis justifier par M. de Champigny et plusieurs autres.
Secondemeut , c’est cpie ledit sieur comte d'Harcourt a dit tout haut que M. de Vitry n’avait que commencé ce qu’il achèverait; après m’avoir mille fuis accusé d’avoir volé les montres des soldats et celles des matelots, comme il a dit à M. Lequeux et à tous les capitaines de marine, dont il a failli à avoir plusieurs fois des séditions contre moi, ot'i j’ai couru risque de ma vie.
Tiercement, c’est que votre éminence se prend à moi de tous le.s mauvais événements, quoique je n’y aie non plus deprtquele dernier goujat de l’armée , ne fais que servir de prétexte lorsqu'il faut exécuter quelque dessein par le défaut des choses impossibles qu’ils demandent.
En ffaatriôme lieu , c’est qu’ayant mis l’onn^ en état que du ti au 8 juillet elle doit être .î la voile, tons les capitaines s'étant obligés sur leur tête à avoir pareil iiomlirc de gens qu’ils avaient quand, nous pai'limes de |K>naut, je ne puis pas en répondre quand cela ne dépendra pas de moi, étant impossible de garder aucune discipline, M. d’Harcourt donnant iiidiiréremment congé à tous ceux qui lui demandent, et ne pouvant eliàtier poui' quelque faute que ce soit.
Ce.st pourquoi je supplie très-humblement votre éminence, si elle a i|ueU|ue |>clllc satisfaction du désir que j’ai eu de la servir, de ne me pas mettre en état de perdre ce Ironlicur en un instant, de voir dépérir l’année sans y pouvoir remédier, de la voir inutile sans la pouvoir faire agir, et être toujours en état de i raindre tl'étre assassiné (x>mme je l'ai été, voyant deux cnncml.s unis dont je sais rintcniion, cl (jiii jK'uvcnl en tout temps et à toute heure exciter des séditions dont je ne pourrais |ws être le maître.
Ces raisons me font très-humblement supplier votre émineoee de me vouloir tirer d’ici, où je vois ma perte assurée, étant impossible, quand II s’agirait de ma vie, de pouvoir répondre des délàuisqui peuvent arriver.
IVciTvoyer utie escadre à la guerre , sur le dessein de repasser en ponant , il ne se peut , car elle serait peut-être trois mois sans se réunir au corps, et les marchands, ipiaiid ils passent le Détixiit, prennent trois mois de vivres potir le moins : voyez ce que doit làire une armée comme la vôtre maintetunt qui ii’eii a que pour ce temps-là.
En con-séqucnce des lettres pnkvklcntes de M. de Bordeaux, M. le cardinal de Richelieu engagea très-expressément M. le comte d’Harcourt à vivre en bonne intelligence avec le prélat, et à ne rien prétendre sur sa charge.
L« 4 joillat 1^7.
Mü.VSIEUB ,
Le sieur Faret va vous trouver pour vous représenter les raisons qui vous doivent convier à une bonne inlelligenoe avec M. l’archevêque
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LETTRE DU CARü. DE RICHELIEU. — JLTLL. 1637. 439 de Bordraux, duquel je ne^Hiis^ en aucune façon, abandonner les inidrA». Il y ra du service du roi, de votre hoUneur et de mon ooiitentemeot particulier. Ces considdcatioiu me (but «foire que vous vous . porterez en cette occasion à ce que sa majesbi attead de vous , ir ce que vous devez à v<ui»-indnie , etk ce que j'en espère certainement. J'écris àmonditsieur de Bordeaux, àaoe ips’iL y corresponde de sa part ainsi que vous le pouvez désirer. Je me promets qu’il ne nvimpHva pas d'apporter tout ce qui dépendra de lui à une si bonne lin , qui aéra sans doute très-avantageuse aux alfaires du roi et glorieuse à l'nn et à l'autre, au lien cpie la contiauat!on de la froideur qui a été entre vous par le passé {Hoduirall des ell'ets du tout contraires. Je ne puis aussi que je ne vous prie de ne toucher point aux droits do ma charge, et que je lie vous témoigne étro étonné que vous m'ayez donné lieu de vous faire celte prière , ensuite de laquelle je finis en vous assm aiil que je SUIS, etc., etc. ■ p ’ini tr-=-
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Croyant la présence de SL le comte d'Uarcourt utile au servke du roi, M. le cardinal de Richelieu, tout eu regrettant de ne pouvoir rapi>eler ce général, engagea M. de Uordeanx à câliner les divisions qui se pourraient élever entre eux;' et lui donne avis que les Espagnols voulant tenter une descente en Langiietloc, il est nécessaire de mettre l'armée du roi eu état de s’v opposer, et aussi d’aller à Tunis et à Alger, pour réclamer l’exécutiou d’uu traité depuis long-ten>p.s consenti par les Barbaresques.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
À. M. L'AaCHBVfiçUB DE BORDEAUX, TOUCHANT LB RBTOUB OB M. LB COÛTE D'HARCOURT EN PROVENCE. vsj '
O* R«el , 1« 4 joillvl
. niî -iT --
Monsieur,
Je ne doute point que le retour de M. lecomte d’Harcourt auprès de vous ne vous ait déplu; mais, n’étant que pour nii temps et pour voit*
fl^harger de l’envie et de» mauvais <^v(‘neBients qui pourraient arriver, »i , pendant que vous êtes en un lieu dont le gouverneur et vous, êtes en trrmnauvaise intelligence, vous y demeuriez seul, vous devez croire avec vos amis que ce retour vous est avantageux et non pas pr^udiciable. Je fais retourner exprès le sieur l'aret pour vous entretenir, M. d'Harcourt et vous, en bonne intelligence. Je luirai parlé comme il faut, et fait connaiire que je prendrais une entière part aux oU'eiises que vous en recevrez. J’écris une lettre audit sieur d’Harcourt dont je vous envoie la copie. Je vous prie de contribuer de votre part ce que vous devez pour conserver autant d’union qu’il est nécessaire pour le service du roi.
Nous avons avis certain que les Espagnols préparent une armée de terre pour entrer dans le Languedoc, qui doit être commandée par Cerbellon, qui est déjà repassé d’Italie en Espagne, et même qu’ils se veulent servir de leur armée navale. C’est pourquoi il est besoin de mettre celle du roi en état de le» bien frotter, comme vous avez dtÿà bien commencé. Pour cet eifet, on envoie deux cent mille livres comptant aux galères, afin qu’on en mette le plus grand nombre qui se pourra en mer avec l’armée navale. Si les chiourmes étaient assez fortes, l’intention du roi serait qu’elles y allassent toutes.
Ce sera à vous autres, messieurs, d’avoir de si bons avis que vous jugiez où vous pouvez rencontrer l’armée ennemie , au cas que vous la puissiez combattre et batue en lieu commode.
Il serait bon de négocier avec messieurs de Gênes s’ils voudraient être assistés du roi en l’oITense qu’ils ont reçue, et leur ollrlr, pour cet effet , toutes sortes d’assistances de la part de sa majesté ; mais il n’est pas à propos d’aller mouiller à leur rade sans qu’ils en soient premièrement d’accord , parce qu’outre qu'ils pourraient avoir de la crainte de l’armée du roi , il est certain que cela pourrait porter les Espagnols à condescendre à de meilleures conditions pour eux , et ainsi nous aurions l’alTront d’étre refusés et moyennerions un accord entre ceux avec qui nous voudrions entretenir la dissension.
Je voudrais bien que , sans rompre le dessein que vous devez avoir de vous opposer aux ennemis , au cas qu’ils veuillent attaquer le Lan-
LETTRE DU CARD. DE RICHELIEU. — JUILL. 163T. 441 Ruedoc, vous puissiez prendre un temps d’envoyer une escadre de vaisseaux k Alger et Tunis pour leur oll'rir l'exécution du premier traité de paix fait avec eux, et au cas qu'ils ne le veuillent pas, leur- prendre le plus de vaisseaux et Turcs cjue vous pourrez pour mettre à nas galères.
Si l’octrasion se présente de prendre qttclques vaisseaux marchands de l’Iorcnce, j’en serai hien aise, pour représailles de la prise qu'ils ont fait du capitaine Garel , et en ce cas, vous empêcherez (ju’oii ne louche aux marchaiKlises qui y seront , lesquelles vous ferez metti-e en dépôt.
Je vous prie défaire exécuter lejugeihent de la marine rendu contre le capitaine Giron, que je vous envoie : si pareilles insolences à celles qu'il a commises élaient soulfertes, il ne faudrait plus parler de l'amirauté. Vous pouvez établir un auti'e'eajvilainc dans son vaisseau.
• Je ferai réponse , par le premier courrier, à la dépêche cpie vous m'avez envoyée touchant les garnisons des îles.
Je mande k mon neveu le général des galères, que si vous avez besoin des Turcs et auties esclaves qui sont sur les galères pour mener ou envoyer k .\lger afin de les échanger avec des chrétiens, qu’il ne fasse point de difliculté de vous les faire délivrer. Assurez-vous de mon alfectioii pour toujours, et que je suis véritablement.
Monsieur,
Votre très-alFectionné comme frère k vous rendre service ,
Le Cardinal de Richelieu.
1..C roi, jugeant le séjour de l'archevêque de Bordeaux en Provence utile k .son service, lui refuse la permission de revenir en France, et lui donne dans cette dépêche les instructions les plus étendues sur ce qu'il doit faire jxmr s’opposer aux desseins de l'ennemi, qui semble vouloir tenter une descente sur la côte du T^anguedoc.
A M. l’archevêque DE BORDEAUX.
• De Fonuiachle«u » le juillet 16^7.
Mous. l’archev»^que de Boixleaux , je sais bien qu’après m'avoir sei-vi si dignement et assidûment que vous avez fait dans ces occasions de lo reprise de mes des, vous mériteriez bien que je vous permisse de venir recevoir en personne les témoignages du gré que je vous sais de vos services , et de prendre quebpië relÊchc du travail continuel dans lequel vous êtes; et il est vi-ai que si la nécessité de mon service ne recjuérait votre présence en madite armée, j’aurais à plaisir de vous donner ce consentement, auquel vous avez bien' vu par mes précédentes lettres que j’avais une entièi'e disposition , si la saison et les occasions ne m'eussent obligé à changer mes oHres. Je continuerai par celle-ci à vous oonlirmer ceux (jue vous ave/, reçus par ma dernière, de faire promptement radouber, envictuailler> munir et armer tous les vaisseaux de mon année navale , si vous n’y avez déjà entièrement pourvu, comme vous marquiez par vos dernières que vous auriez fait dans le huitième de ce mois, pour, avec mon cousin le comte d’Harcourt, vous mettre le plus tôt que vous pouii-eza la mer. A quoi j’ajouterai maintenant que l’avis que j’ai reçu, de divei's endroits, des desseins du roi d’Espagne sur Narbonne et autres places de ma côte de Languedoc, me fait désirer que vous vous teniez prêt à faire voile au plus tôt de ce côté-là , avec toute madite année navale, pour vous opposer à ce que mes ennemis y pourraient entrepreiKlre , et y employer madite armée ainsi que vous verrez, avec mondit cousin le comte d’Harcourt, qu’il sera plus utile et avantageux à mon service, et selon q»c vous poui-rez savoir avec plus de certitude ce que feront les ennemis, lesquels il importe principalement d’empêcher d’exécuter leurs entreprises sur mes côtes. Et afin ({lie vous soyez d’autant plus forts pour cela , je mande au sieur du Pont de Courlay, général de mes galères, de se mettre en mer en même temps avec le plus grand nombre de galères qu’il pourra, pour se joindre a vous .selon cpi’il sera nécessaire, et agir tous unanimement pour le