‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 150 sur 171 · LETTRE DE M. DE GLITAUD. — SEPT · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE GLITAUD. — SEPT

pour rairaiblissemeiit d’icelle, Il donne de l’argent aux soldats qui se sauTenl de ces lies, à la n.igc, comme j’ai appris par des officiers de cette garnison, auxquels cela a été rapporte par les habitants du village nommé Vidauban, qui est à deux lieues de la demeure de mondit sieur de Vitry.

Je TOUS supplie très-humblement, monsieur, d’avoir égard à notre misère et aux mauvais traitements que iiotis recevons de mondit sieur de V'itry, qui n’a autre envie tpie de me perdre et de voir ces places entre les mainsdes ennemis: ce qui n’arrivera pas tant que j’aurai de vie.

La nécessité m’a contraint d’ouvrir les magasins du roi et me servir des fonds destinés aux fortifications de cette place pour subvenir à l’entretien de cette garnison, n’ayant autre recours pom- y pourvoir et empêcher le dépérissement, avec les séditions dont nous étions menacés, ayant fait passer un soldat par les armes pour en avoir voulu former une nouvelle. Par là, vous jugerez, monsieur, en quelle extrémité nous sommes, et que ce serait penire te respect que l'on doit à un maréchal de France, s’il était pemiis de titre que c’est le plus méchant homme du monde, je le dirais de M. de Vitry.

La copie de la lettre ipie je lui ai écrite vous confirmera le soin avec lequel j’ai agi auprès de lui pour obtenir la dernière subsistance. Que si ces désordres continuent, il m’est impossible de lépondre de la conservation de ces places. Les soldats s’exposent à la mer pour sortir de cette misère, aimant mieux courir le ristpie de se tioyer que de se voir nus comme la main et réduits à mourir de faim; vous pouvant assurer, monsieur, qu’il s’en est déjà noyé plus de vingt : ce que je n’aurais pas l’cirrontcrie de vous mander si cela n’était la pure vérité; et tiens pour infaillible que si dans tpiinze jours ou trois semaines pour le plus tard on ne leur donne de quoi s'habiller, ils mourront tous.

Quatit aux officiers, ils ne sont guère mieux cpt’eux : les capitaines n’ayant que trente-deux sous par jour, les lieutenants vingt-un et les enseignes seize, et cela du crédit de mes amis, cl en un lieu où l’on ne trouve que ce que l’on apporte d’un jour à l’autre.

J’ai fait la levée de ma coinpignic avec autant d'avantage tpt’on ne

500 LmiE II. — CH AP. V.

.saurait espérer pour le service du roi, nonobstant le mauvais quartier que mondit sieur de Vitry m’a donné pour ce sujet, éloigné de vingtcinq lieues de ces lies, et où il n’y a que huit ou dix maisons inhabitées, desquelles je ne puis me servir, ayant été contraint de le faire dans la Provence en divers endroits, mais ce n’a pas été sans me coûter beaucoup d’argent.

Je me sens extrêmement obligé, monsieur, à l’honneur qu’il vous a plu me faire de m’envoyer la commission pour le gouvernement de Saiiit-llonorat, dont je vous rends grâces très-humbles, et n’oublierai rien pour m’en pouvoir acc|uilter dignement. Il serait très-nécessaire de faire exécuter le dessein de M. de Noyers, touchant la démolition des fortifications de la place, et n’y laisser tpie la tour avec une demilune à la porte, puisqu’elle en vaudrait beaucoup mieux, et qu’il n’y faudrait pas tant de gens pour la garder, outre qu’on épargnerait beaucoup, et les îles n’en seraient pas moins assurées.

Ceux du régiment des Iles font leur recrue pour mettre les six compagnies en état conforme à l’ordre du roi. Cela étant , je vous supplie trè-s-humbleraent , monsieur, de m’envoyer l’ordre de ce que je dois faire pourla compagnie de La Tour de Vaillac. Et stu- l’espérance <pie j’ai en l'honneur de votre assistance pour nous tirer de l’extrême nécessité où nous sommes, et des appréhensions où je .suis tous les jours de voir encore pis, je me dirai toute ma vie.

Monsieur, votre très-huml»le et très-obéissant serviteur,

Le chevalier de Guitaud.

IjOS fait* allégués par M. de Guitaud dans la dépêche précédente étaient fondés ou le parurent à M. le cardinal de Richelieu, car il résolut de mettre M. le maréchal de Vitry à la Bastille ; mais, craignant sans doute que ce .seigneur hésitât de se rendre à la cour s’il était menacé de ce châtiment, M. de Noyers lui écrivit la lettre suivante pour l’engager à venir à Paris, sous le prétexte de lui ménager un accommodement avec M. de Bordeaux.

LETTRE DE M. DE NOYERS

A M. LE MAEÉCBAL DE VITKY.

De Rucl . « |5 ■cptcmbrc i63;.

Moksieur ,

Il y a trop long-temps que les dllFérends d’entre vous et M. de Bordeaux dorent : le roi et son dminence les veulent accommoder ; et , comme tous verrez par la dépêche du roi ci-jointe , sa majesté premi le temps auquel il y a moins à craindre en Provence pour vous donner le loisir de faire ici un voyage de quelques jours, et terminer ces malentendus, qui, sans doute, vous ôtent beaucoup de moyens de bien faite, et lelardenl en toute façon le service du roi. Je ne vous ferai donc celle-ci plus longue, puisque bientôt j’aurai moyen de vous assurer de bouche que je suis, ■

Monsieur, votre très-humble et très-aiPectiouDé serviteur,

Db Rovbbs.

Cet ordre du roi était joint à la lettre de M. de Noyers.

Mon cousin, voyant que les ennemis sont maintenant attaches en Languedoc, et que, par ce moyeu, il n*y a plus d’apparence de rien craindre en Provence pour le reste de cette campagne , j’ai estimé h propos de prendre ce temps pour terminer les dillérends qui sont entre vous et le sieur archevêque de Bordeaux ; et pour cet elfet je vous fais cette dépêche , afin qu’ensuite d’icelle vous vous rendiez au plus tôt prt-s de moi, où ledit sieur archevêque de Bordeaux se trouvera pareillement, aussitôt que l’on aura vu ce que son voyage en Languedoc pourra produire. Devant que de partir, donnez si bon ordre à la sûreté de toutes les places de la province qu’il n'en puisse arriver d’inconvénient pendant votre absence. Cependant, je prie Dieu vous avoir, mon cousin , en sa sainte et digne garde.

Écrit i FonlAÎDcblesu . le iS tciilembre 1637.

Signé LOUIS.

Plus bas SuBLET.

t M. (le Vîirv.

LETTRE DE M. DE NOYERS

A M. L'aRCHEVÊQCE DE BORDEAUX.

Moxsiecr ,

V'ous apprendrez, par la lettre du roi , la ■'(‘solution que sa majeslt' a prise de faire cesser les diflerends qui sont entre vous et M. le raarécli.’il de Yitry en les acronunodant lui-méme. Sa majesté mande à cette lin ledit sieur marchai, et vous le suivrez de près, après que vous aurez rendu à M. le duc d’Haluin les assistances (pie r<x;casion présente requiert. Ce ne sera pas toutefois sans en recevoir un nouvel ordre, sa majesté ne d(^>irant pas (pie vous vous mettiez en chemin avant que, sur les nouvelles que vous lui manderez de Tètat des ennemis, elle vous aura fait savoir ses inleiitioiis. Cependant, J‘ai à voqs dire, comme votre .serviteur, (pic son éminence ne trouve pas bon que vous abandonniez les soins de l’armée navale , qui , par ce rencontre, pourrait beaucoup soulfrir. Je vous prie donc d’y veiller, et charger M. Lequeux, en votre absence , d’exécuter ce (pie vous lui commanderez pour la conservation de l’armée ; autrement, je prévois que tout périra , et (pie , quoi que vous puissiez dire, vous en recevrez de grands reproches, et . vous en sei’cz marri saut doute. Je sois de tout mon coeur.

Monsieur,

Votre très-humble et tiès-airectionné serviteur.

De Novers.

Df Roel, cc <y ftcpleRihre

A U. L'aRCHEVË(}UK de bordeaux.

Mous, l'archevéqne de Rordeaux, désirant prendre connaissance particulière de ce qui s'est passé entre vous cl mon cousin le maré- ('hal de Vitry, je vous fais cc mol pour vous dire que je lui ai mandé de me venir trouver, et (pie, dans cpiehpie temps, je vous donnerai le même oidrc, quand j’aurai su ce que votre passage en Languedoc

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