DE I.* I.EVÊE DU SIÈGE DE LEUCATE FAIT PAR LES ESPAGNOLS
L«ucai«i la «p|>taatUre i€3;.
La situation de Leucate est telle qu’il semble que la nature l’ait faite pour un objet rontiniiel de l'ambition des Espagnols , dtant une montagne enviioniifc de la mer la pins grande part, <|ui forme deux petits ports où les vaisseaux de port ordinaii-e et la galère trouvent grand abri et fort bon mooillage. L’autre partie est environnée d’un étang d’eau salée , qui porte de grands bateaux , séparé de la mer par une plage d’environ cinq ou six centa pas de large qui tient par un bout i ladite montagne, dont la pente s’adoucit extrêmement, et de l’autre à un fort nommé Saint-Ange que les Espagnols ont à deml-licuc de là dans leurs ten-es. La moindre partie de cette montagne qui regarde la France est de si difficile accès qu’il semble que la nature a voulu ajouter à sa roideiircinq éminences ou promontoires, à distances égales, pour y former cinq bastions, ou pour mieux dire cinq forts que le duc de Cardonne a voulu faire aussi bons que ceux de Perpignan. Tonte cette fortification faite et achevée en trente-deux jours de travail , quatre à cinq mille pionniers et douze à quatorze mille soldats y ont travaillé avec telle violence et tel soin que ceux qui voient maintenant ces travaux estiment qu'ils étaient plutôt désignés pour uii établissement que pour un retranchement de camp.
La fortere.sse qui est au-dessus est environnée de travaux si parfaits qu’il est facile à juger cpie le meilleur homme de guerre d’Espagne y a travaillé. Les batteries, au nombre de six , où il y avait seize pièces de canon et quatre mortiers , étaient si bien faites et si bien fournies que l’on |)eut assurer que ce dessein était formé depuis plusieurs années. Les magasins et parcs de l’artillerie si abondants en tout ce que l’on peut souhaiter, non-seulement pour ce dessein mais pour conquérir toute
' Ccitr pièce a été imprimée, mais cUc est dcTcouc teliemcnl rare qtroo a cru «leroii* la rvpt'odtiirc ici , comnac coniplémcnl de* «iucumeats prcccücats.
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RELATION. SEPTEMBRE 1637. r.07
la France , si l’aridité d'Espagne peut aller jusques à ce point de présomption , qu'il est facile à juger que non-seulement le Roussillon , Perpignan , Barcelone et toute la Catalogne ont fait leurs eliorts , mais aussi toute l'Espagne. Le. choix des gens de guerre , qui étaient an nombre de douze à quatorze mille hommes de pied et de dix-huit renis à deux mille ches-aux, entre lestpiels le régiment du comte-duc, de trois mille hommes choisis et armés de même, tenait un des premiers rangs, fait bien voir que cette entreprise était le dernier effort d'Espagne et d’où ils espéraient le recourrement de leur honneur , que la perte des Iles et leur reins de combattre M. le duc de Savoie, la perte de tant de places et de telle conséquence en Flandre et la Franche-Comté, Alsace et Allemagne, avaient bien ébranlé. Enfin ce desseinsi bien conçu, conduit avec tant d'adresse et de dépense , exécuté avec tant d'adresse et de soins qu'ils ont envoyé quérir au bout du monde le meilleur capitaine <pi'ils eussent, a éclaté le 20 d'aoùt et a été conduit avec telle anienr ()ue si la fidélité, lecneur et l'expérience de M. du Barry, gouverneur, ne s'yétaient rencontrés, on pourrait facilement croire qu’ils seraient venus à bout de leur dessein. I.enr première attatpie a été l'offre de cinqiuinte mille écus et six mille de pension au gouverneur. Leur seconde, la surprise des cimj batteries et la troisième une attaque générale à la fausse-braie, où les rondaches et les ai-mes espagnoles dcmeiirèrcutentrc les mains du sieur de l.eomon, capitaine an n'^giment de Languedoc, duquel la fidélité, le coeur et le soin ne se peuvent assez louer, ayant porté en cette place une plaie ouverte au bras «pi’il av ait eu rompu à la prise des Iles. Ils ont continué leur travail sans gramie interruplion ni alarmes querelles (pie l’affection que M. de Saint-Annea, fils du gouverneur, donnait par divers espions qu’il envoyait et divers efforts qu'il faisait pour entrer et faire entrer de ses amis dans cette place. Cependant M. le duc d'Haluin, gouverneur de la province, assemblait les forces du roi qui s’y rencontraient de diverses recrues ou nouveaux régiments (jui s’y faisaient et qui ne pouvaient pas monter plus haut de cpiatre mille hommes et deux cents chevaux ; et aussi (lar toute la province il conviait tous les corps, communautés et personnes de ipialité et ses amis particufiCTH, de le venir assister en ces rencontres; ce qui a été
fait avec tant de soin, de cœur et de promptitude par toute la pit>vince, et le parlcmciil, de qui la fid<*lit^ et rairccliotisesont raontri^es en celle occtu’rcnce, que le ‘26 du moi» de aepicmbre il s’est rendu à Sigean sept mille homme» de pied et quelque cinq cents chevaux , que Iwlit sieur lit marcher, sous la conduite de M. d’Ai'gencourl, mart^chal des camps et armées de sa majesté , droit à une petite plaine où il y avait de l’eau pour la coromodiu^ de l’ai-mce, entre le ool de la Grède, celui de Saint-Jean et la montagne. Le 27, trois à qiuitre mille homme» et trois à quatre cents chevaux arrivèrent encore, avec lesquels M. le duc d'Ilaluiii alla joindre son avant-garde, à laquelle ayant donné ordre démarcher, dès le matin tout se mil en bataille sm- le dehors du canal, d’où on commenta de marcher droit aux ennemis, non pour les com- Itattre, mais pour avoir lieu, à la faveur du quelques escarmouches , de reconnaitix; les ictranchenieiiLs et forlillcations des ’ennemis*. El comme le principal dessein, fondé sur la connaissance qu’on avait des annemcnls de la montagne avant qu’elle fût fortifiée, portaità attaquer sur la main droite du côté de l’étang, tous ceux qui firent celte reconnaissance demeuraient extrêmement surprit de la-.grahdeur des fovsés , lie la hauteur des. remparts des deux divers forts, forts et pili.viadés, qui allaient cinquante pas dans l’eau, et de la quantité d'artillerie qui fut tirée de tous ces retranchements, dans lesquel» toute la cavalerie des ennemis était retirée sans que (quoi que l’un pût faire) on les pùt obliger à sortir; ce qui fit réaoudre à remettre au lendemain et i-econnaitre encore une fois avec tous ceux <|ui commandaient les corps , afin que, s! on prenait i-ésolution d’attaquer, ils fusstuit mieux informés de l’état du lieu où ils devaient donner. Cette seconde reconnaissance fit mieux voir la quantité d’artillerie de» ennemis, le nombre de leurs hommes, tous les parapets étant bortlé» et de distance en distanre des bataillons et des escadrons de cavalerie cpii soutenaient ceux ipii gardaient ce retranchement. la» pluie , la nuit et le mauvais temps erapéchèicnt que dès le soir on ne pùt prendre résolution , de sorte que chacun étant retiré à son quartier songeait à ce qui serait jvlus mile au service du roi, durant que toute la noblesse et toute la soldatesque étaient en impatience de témoigner au roi leur fidélité cl leur aU'cction