ENVOYÉ PAR M. DE SABRAN A N. L'ARCIIEVÈQI'E DE BORDEAIX
Seigneur sérénissiue,
Il y a trois jonrs que je demandai audience au sèrènis-sime collège, laquelle ne m’a pas èlè acrordèe. Hier, ayant reçu nouvel onlie, je la redemandai, sur le midi, au sèrenissime doge et auxdeiLX illustrissimes du palais; j’espérais de l’avoir sur le soir, après que les deux susdits illustrissimes seraient i-etonmès à leur logis, et le sèrèiiissime doge ayant envoyé quérir à une lieiire de nuit mon secrétaire, lequel demanda de nouveau audience à cette heure-là , ils n’ont pas eu pour agréable de me l'accorder. Euiin, mon susdit secrétaire l'a demandée pour les onze heures du matin suivant, laquelle a été encore dill'érée par ceux <pii la pouvaient aceoi-der. J’y reviens encore de nouveau, et ne pouvant plus m’y arrêter sans mantpter aux ordres royaux , je vous dirai, en vous protestant que je n’ai oublié chose aucune pour les éclaircir des intentions royales et recevoir les leura auparavant que de partir vers l’armée navale de sa majesté qui m’attend pour lui porter les intentions de cette république sérénissime sur les instances que je lut ai faites au nom de sadite majesté pour la pratique et l’entrée des ports et passages de leur seigneurie, vu que ladite armée n'a point d'autre but que de procéder avec elle que comme amie et prompte au service et assistance de celte sérénissime république; et d'autant qu’èfi'la réponse faite par ladite seigneurie sérénissime a la majesté du roi mon maître, ils se sont peut-être' oubliés de faire entendre au roi la concesakm expresse qui m’a été faite verbalement par les trois illustrissimes députés an nom de cette république, de la pratique et entrée de scs ports; "yIs amont peut-être voulu, dans la qualité des olfrcs courtoises qu’ils ont faites à sa majesté, y entendre la demande particulière que je leur ai faite de jouir, outre
MÉMORIAL DE M. DE SABRAK. — AOl T 16.16.
l’eiih'iV; de leurs ports et passages, des commodlti^. <pil poiin-oi|( n^ss.'iires^ÿ'armée royale; et me lrou\.'mt obligé par un nouvel <içdre de la «otaf, j^iffait nouvelle installée epic leurs intciitinns soient accordées par écrit et qu'ils envoient l'ordi'e .iiixdits ports elpasa.iges de cet État de fournir, selon les occurrences, les commodités néces.s.iires telles qu'ils ont accoutumé de les acconler à leius amis, afin que cette armée royale, pendant son séjour en ces oîtes, se puisse piêvaloir de l'.amitié de cette l'épidiliquc sérénissime, ni plus ni moins qu’elle lui sera accordée.
Poui- ce (pii regarde le secours de sa majesté fourni au sérénissime duc de Parme, ladite Républicpic aura agréable d'en donner aussi ses résolutions, si ipiatre mille liouimesdc pied pourront passer par leurs terres, en œrps, ou mille à chaepic fois, avec tierlaius clievaux, vu le grand besoin qui augmente tous les jours à son altes.se d'avoir secviurs; à la protection de laquelle ce serait un grand préjudice de lui dénier le psws.nge qui pourrait apporter une grande consécpience, et feiait croire à sa majesté cpie celte République apporterait <piel(|ue consentement à l’oppression de cette altesse. Et d'auhmt <pic l'on a d(.yà fait ici difficulté à de la cavalerie française et ollicici’s de sa majesté de leur donner entr ée dans cet État, et que les illustres députés m'en ont témoigné avoir de l'appréhension , c’est pourtpioi je doute que l(ss Français de celle arimte puissent être fort assurés en leurs mai-ines, tcrresi-terre cl encore dans leur rivière même. J’ai encore prié leurs seigneuries séréiiissimes de m'accorder un passeport pour la rrftrelé de ma persoirne et des miens qui auraient Ireaoin d’aller «IMn et d’autre; mais on m’en a dilféré l'expédition jusques à la jonction de tout ce sérénissinre collège, pardevant lequel, alin de ne pertlre temps, je suis prêt decomparaiü'e, vu l’importance du cariKt de recevoir les passeports s’ils l'ont agréable, avec lesrprels, ou s^jplesquels je prs et vous fais la révérence.
Écrit le 25 aoù^^||i ntütiir , 1636. ^ ^
M. rarchevèque de Bordeaux ayant dépêché .M. de Nardoin auprès de M. de Sabran pour savoir si la flotte l’rançtise serait
reçue dans le port de Cènes, M. de Sabran lui répondit la lettre suivante datée du port d’Arassi, où il attendait la. flotte.
A M.’ L'ARCIIEViQUE DE BORDEAUX.
.. D’ArMii à midi, a6 «oAt i636
ftlOMSIRUR f
Suivant vos ordres, aussitôt que Nardoin fut arris'ë, je fis mes eiTorls pour avoir audience; mais comme il était fête, et les deux sénateurs qui assistaient au duc hoi-s la ville, le duc dit ne la pouvoir donner, et si je désirais qu’on allAt hors la ville avertir les susdits sénateurs, ce que je désirais; et étant jdrivé à la nuit, je leur fis savoir les ordres que j’avais, comme vous vitreCE en l’écrit ci-joint, tel tpie je le leur ai fait entendre. Etant joints ils s’excusèrent sur ce qu’ils ne pouvaient donner audience sans oivire du sénat ; je dis tpi’il était bon de s’usi^mbler tous sur ces choses que je demandais, mais non pas sur le sujet de l’audience. Mou secrétaire pressa pour me l’avoir à six heures du matin, ils dirent qu'ils me répondraient après que le sénat et conseil auraient été joints, ce qui était à dire à midi ou une heure, en sorte qu’ayant votre ordre de ne perdre pas une heure pour partir, et voyant l’artifice de me retarder, et que après avoir été ouï l’on remettrait la commimication au sénat et de là après au conseil, ce qui me ferait perdre deux jours, j’ai trouvé plus à propos, pendant qu’ils étaient assemblés, de demander d’étre ouï, et ftute de ce, leur donner dadstis, par écrit, tout ce que je leur pouvais dire qui tendait principalement à leur faire donner par écrit pour vous assurer leurs intentions sur les ports, de |a<pielleils n’ont fait aucune mention que fort générale de courtoisie (tans la réponse qu’ils ont rendûe aux lettres du roi; et al laissé mon s&ajkaire, afin que s’ils ont à répondre quelque chose, ils le fassent, qu’il me le fera savoir. Ils m’ont, il y a dix jours, assuré que l’armée du roi amiit bien venue ès ports comme celles des amis a accoutumé. Sur q>oi je les priai d'en continuer les assurances et réponse qu’ils feraient à sa majesté, ce que je n’ai point vu; mais il n’y a nul sujet à douter que vous n’y soyez reçu.
et que la pnlsciice de cette armée ne facilite, si ou la voit, le passage des tioupe^^e sa majesté veut envoyer du Montferrat sur l'Etat de Parme, lequel ils me rendent irrésolu après m’avoir accordé, il y a un mois, q^ hui'l cents que j’y ai envoyés passassent; -mais les Eispagnols les ont SI tourmentés sur cela , et ils ont si peu de générosité pour mainteiiîr leu» concesâion et leur autorité , que sans un évident péril ils ne coiuentiront pas les choses raisonnables; mais moyennant cela tout ira bien; car il leur faut des excuses de nécessité envers l’Eispague, qui les peut ruiner sans mettre l’épée en main , et l’y mettant. Tout cela n’est pas en cette conjoncture où les choses justes ne se peuvent refuser aux amis de la dignité du roi et à qui sa seigneurie a de l’obligation. Vous jiigere* par l’écrit ci-joint ce qui se j>eut ajouter pour 1rs faire résoudre et connaître du discours comme ils procèdent. Et pué lé besoin que j’ai eu d’un passeport, je suis. ici depuis ce matin, et n’oiO bouger que je ne revive de vous nouvel ordre d’attendre ou aller à où il serait à
propos que je vous visse avant cpie partir; mais il estbien diflicile, y étant connu par l’État, je ne coure ristpie, touchant à Menton, en cette conjoncture et plus malaisé encore cpie de retourner. Cependant je crains que vous ne vous trouviez tous bien occupés là , ou plutôt je le désire ; car comme je partais de Gènes il y était arrivé dix-sept galères, dix de celles des Espagnols, de Naples et Gènes, et sept de Florence, qui sont les meilleures; lesquelles dix d'Espagne attendaient qui n'osaient pas escorter une 0D7.ième <pii était, ce dit-on , chargée de blé ou biscuit pour les Iles, où l’on croit qu’il n'y avait de la provision que pour i|iiarante jours, d’où il y en a bien de moisies. Il faut croire qu’elles veulent rombattre, parce qu’elles sont si puissantes, ou mettre le secours nécessaire dedans et en revenir; mais soit qu’elles veulent combattre à dessein ou per la seule nécessité, plus on dillércra de les coml)attre, plus on le&tvantagera ; car on attend force vaisseaux et galcies d'Espagne, ce qui roOdra leur défaite plus malaisée. Et si elles ne sont aux Iles, assurez-vous qu’elles sont à Monaco; car elles ont tontes liente-quatre passé en cette p^ge ce matin. Les dix qui les attendaient, où l’on dit qu’est le duc de ^irandina , ont pensé se perdre à Capo- Corso ayant voulu passer en haute mer pour vous éviter.
un " LIVRE I. — CHAP. I.
C'en publie fort qu’il y a de la mésintelligenoe et diTmou entre vos deux'corps d’«'innée, et que ü y a de grandes irrésolutions; un Angbis a passé ici ce matin, qui s"est sans doute sauvé de vos vaisseaux, qui Ta oonürmé par ici. Mandez-moi oo quej’aui*ai à frire, si 11005 êtes occupés par^elà ; et croyez qu’une lionne atteinte à ces galÜes avant qu'elles soient renfoi'cées vous produirait bien de l’avantagé par. ici. Je vous baise tri'jk-hurablement les mains, et suis sans i^ései*veÿ Monsieur,
Votre trcj^bumblo et obéissant serviteur,
Saman.
P. S, ^Je ne MOrais croire que les galères sortent de Monaco , car, bon celles de Florence; les autres ne sont guère en bon état; elles n'ont pas pu trouver des bis* cuits, cl pour ce^^^^nt une barque chargée de blé et farine. Je vous supplie que
dicz, je serai contraint de m'en retourner. Vous ferex, s'il vous I sur les papiers que j'envoie, pour me mander ce qne j'aurai à
j'aie de vos nouv< Si-je vois que platt , granlk rél
faire on prendre ver résolutions
sur
! vor résolu
Dans ces dépêches, M. de Sabran, en attendant Tarrivée de M. rarchevê(|uc de Bordeaux dans le petif-port d’Arassi, continu* de donner des détails sur sa négocUtion au sujet du secours de Parme et du passage des armées sur le territoire de (lèneSV'et de la libre pratique des vaiaieiux français dans les
j)orts do la république.* ' ^
MomiEtm ,
H. l'archevêqdb de bordeaux.
D'Arassi, ce ag'août i$36
Je crois que celui que je Tousenroyai mardi, i)oe je fus arriTé,
TOUS aura rendu la mienne et qne demain je me tronrerai honoré' de TOs commandements qui m’ont arrêté en J’eusse mieux (kit de
passer alors par mer ou terre, et prérenkmlfgÿlères et le bmtt qui s’est répandu que je suis ici, qui rend assez diql^lu mon retour et le passer outre par mer et terre ; et àGénes, on a cm qÜl’ces galères m’araient pris.
J'estime que vous vous êtes attaché aux Iles, pui«|ue vous ii'avcz point paru, comme vous me l'avez écrit. Ces trentc-ciuq galères que je v<his ai écrit avoir passé ci-<levant mardi et être parties et aiTivées à Gênes comme j^-parrtjs, auront eu peine de demeuier toutes à Monaco et d'y être en sAMffi l'orage qui est passé. Leur principal dessein est de pourvoir les ÜM, wi sont assurément mal fournies, et une galère charg(‘e de blé et farint À.1it partie le jour auparavant, mais s’était arrêtée avec les dix galères du duc de Ferraiidina tpii attendaient les vinglKjuatre qui arrivent à Gênes. L'on parle fort qu’il doit venir des vaisseaux et galères d'Espagne, et un homme qui a été à Livourne m'assure tpi’il y avait force malades sur les galères cpii sont venues, et elles sont mal armées et de mauvais soldats. Si vous vous occupez pi^-delà et que je doive m'en retourner à Gênes, je vous dépêcherâi dc là en cliiiïres tout ce que je vous pom-rai dire. Encore que les lettrMr n'ont pas de réplique et de m’écarter jusques à vous , ce ne sci%jM|V sani peine et sans préjudice des alTaires du roi à Gênes et de ceui nu tluc de Parme. Néanmoins il est de toute nécessité quej'aiê, s'il est possible, l'honneur dc vous voir; et si quelqu'un, confident et habile, ehtété envoyé avec un marcliand vers moi à CtHies, il ctH pssé et |usscrait par terre sans soup^n, et ici ou à la Torre-Rassa il pieixlrait une felouque jus<|ues à Gênes. Il ne laut point douter que la scigneiu'ie ne vous donne .ses |Knis, hors celui de Gênes, qu’elle témoigne refuser à tous. Le seciétaiie eu a encore confirmé la parole au mien; mais il a dit (pe leurs irrésolutions et les variétés auxquelles ils sont sujets nous obligent ù êtrç miéux éclaircis pendant et après m'avoir doiiué.l^ passage pour le secours du duc de Parme; à cette heure, ils se font tirer l'oreille, à tpioi la vue de notre armée pat^eçà sera dc grande utilité. Depuis que je suis hors dc Gênes, l'on craint <pe le {leu de satLvfaction que j'ai témoigné avoir ne les nécessite à parler clair et comme il faut. Je vous baise trcs-huinblcment les mains et vomirais bien être près de vous ; et sans ce que vous avez jugé que je v^bs devais attendre ici , et que j'ai eu crainte que vous ne passassiez, tou.sjj^-ibne m'eussent pu empêcher dc me reixirr à vous , à qui je suis dc Sd||^bligation ,
Le trcs-biinmlc et obéissant serviteur.
Dr. Sabras.
M. le duc de Savoie, dans la lettre suivante , assure M. l’archevêque de Bordeaux de son dévouement au service du roi , et instruit son éminence qu’il a prié M. le duc de Viùÿ de l'autoriser à faire quelques achats de blé en Provcnc^j^ .
LETTRE DU DUC DE SAVOIl
A L'ABCHRVËQte DE BORDEAUX.
Toria, le 3o eo6t i<136
Monsieur de Bonleaux , par les discours que le sieur Lequeux m’a faits de ce que M. le comte d’Harcourt et vous l’aVez chargé de me dire de l'état de l’armée navale du roi, des commandements que vous avez de sa majesté des desseins qu'il vous semblerait bien d’exécuter, je l’ai reconnu stmqia}>le tpie je me puis lemettre à lui-mémé pour vous bien leprése&p tout ne tpie de <pioi nous avons parlé avec lui ; c’est ponrtpioi je vWiAssurerai .seulement que je n’épargnerai rien de ce qui e.st en mon pouvoir pour faire voir à sa majesté, en cette r^|^x>ntre et toutes autres, que je n’ai point de plus forte passion que pour faire réussir ses intentions à l'avantage de son service, et à la gloire de %s armes, de quoi je lui rends un bien particulier témoignage par ma ré- |)on.se ci-jointe à celle dont sa majesté m’a voulu honorer, laquelle j’ai reçue et la vôtre par les mains <lii même sieur Lequeux. Ait reste, les diflieultés qu'il y a de faire passer avec la diligence nécessaire Jes provisions que j'envoie pour la suliaiàtanoe des troupes qu’il me faut entretenir du côté de Nice , m’ayant fait désirpr l’achat de quelque tpiantité de blés dans la Provence, j’en' ai écrit et prié M. le inaréchal de Vitry tl’cu donner .sa permission, laquelle je me promets d'autant plus de sa i courtoisie, que je suis assuré qu’on loi a fait savoir les grandes quantités ^ que j'en fais fournir de deçà pour cette armée du roi, comme je fais ordinairement quand les ministres m’en recherchent; vhus m’obligerez s'il vous plaira de faciliter les permissions, et jeiencontrerai volontiers les occasions de vous en contre-changer, e^ Hwonne volonté que vous témoignez pour mes intérêts. *■.
Monsieur de Bordeaux,
Votre alTectioiM^,