‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 39 sur 171 · SUR IA PROPOSITION DE COMBLER LE PORT DE MORGUES ET DE FORTIFIER · texte numérisé non relu

SUR IA PROPOSITION DE COMBLER LE PORT DE MORGUES ET DE FORTIFIER

MOMCO.

Sur la proposition qui a faite de combler le port de Morgues et de fortifier Monigo,

.Son altesse croit que le premier, qui est le comblement du port, est de facile cxëcution et sans përil.

Quant à la fortification de Moiiigo, son altesse croit qu’il ne faut pas moindre nombre de gens de guerre à fortifier un poste qu'à faire un siège."

L'i raison est que Mourgucs sera secouru comme il le peut être et par mer cl pr terre, et si on est faible ou sera obligé de quitter une fortification commencée; en quoi il n'y aurait ps moins de honte qu'à quitter un siège commencé ; et trt's-assurément ceux de la république de Gènes donneront pssage à des forces venant du Milanais pur le secours de ladite place.

Néanmoins, son altesse s'en remet à ces messieurs qui sont sur les lieux, et donne ordre à M. le marquis de Bagnasque de contribuer de sa prt tout ce qu'il purra.

Son' altesse croyait que l'État de Parme puvait être secouru pr l'armée navale de sa majesté en mettant pied à terre à Lcrici * ou à Sestri de lx;vant, mais elle n’en est ps bien encore informée, et au premier jour elle en fera savoir des nouvelles à ces messieurs.

En cette exécution il se rencontrera toujours la difficulté de rompre avec la république de Gènes.

• Lerici , ville de U dcpendmDCc de Gèoci , dani le golfe de U Speixia, Il bon nwuil-

••DiçpftüMI

LETTRE DE M. D’ÉMERY. — SEPTEMBRE 1636. 1H En envoyant cet avis, M. d'Éinery y joignit la lettre suivante;

LETTRE DE M. D’ÉMERY

A M. L'AnCHSVâQUB DE BORDEAUX.

De Tarin, le i** M|>lembre i636.

Monsircr ,

Voua verrez par le mémoire que je vous envoie (jue les sentiments de son altesse. ne vont point à fortifier Monigo, pour ce qu'il ne faut pas moins de troupes à fortifier un poste qu'à faire un siège, et les ennemis peuvent venir à vous du Milanais par les Étals de Gènes, ne croyant pas que la république leur refuse le passage; vous nous ferez néanmoins, s’il vous plaît, savoir vos résolutions, afin de ne pas perdre de temps davantage, et sur ce que vous jugerez du secoursde M. le duc de Parme, qui serait bien glorieux et utile aux aflaires du roi , étant trop faibles de notre part pour le pouvoir entreprendre à fori* ouverte. Un courrier qui a passé par ici va quérir monseigneur le cardinal de Lyon, que le roi a nommé chef de la députation pour aller à Cologne poiu* la paix. Les ennemis se retirent de Picardie; le roi y est allé avec une puissante armée. Je vous supplie, monsieur, de nous (aire, s’il vous plaît, savoir de vos nouvelles, et de me croire,

Monsieur, ' "

Votre très-hnmbte serviteur.

D’ÉMjt^’

Cette lettre de M. de Loyne* (tout dévoué d’ailleurs à M. de Vitry) donne un tableau^fidèle des habitudes et des relations des officiers généraux dé là üotte.

« A CaanM, U 6 wplcrnhrf i636

Monseigneur le maréchal de Vitry ayant appris, parle retour du gentilhomme qu’il avait envoyé au roi, ce qui était des intentions de sa majest4ét d^^onseigneur le cardinal duc touchant l’armée navale, il écrivit incontinent à M. le comte d’Harcourt, à M. l’archevêque de Bor-

deaux, à M. rëvcque de Nantes, par le gentilhomme même qu’il avait envoyé au roi, qui était i-evenu de la coiu- avec celui de mondit seigneur le maréchal, pour lui ollrir tout ce qui pourrait dépcndi-e de lui et de sa charge, et (pie s'il s’approchait tant soit peu du c<>té d’Antibes et y envoyait deux on tiois chaloupes, (pi’il s’y rendrait au jour et heure qu’ils lui marqueraient , et les Irait trouver dans leur boid pour conférer avec eux de ce qu'il y aurait à faire pour le service du roi ."L’enseigne des gardes de M. le comte d'IIarcourt vint le lendemain trouver mondit seigneur et lui rapporter la réponse de ces messieurs à ses lettres , par les(pielles ils le remerciaient de sa lionne volonté, et lui oil'raient de se rendre au lieu qu’il leur marquerait; à quoi mondit seigneur répliqua fort (ourtoisement, les pria par ses lettres de lui envoyer le lendemain deux ou trois chdoupes à Antibes, et (pi’il s’y rendrait assurément sur les (piatie heoilu après mi(b , et les irait trouver à leur bord. De fait, le leii(|maain^ercredi 3 dudit mois de septembre, il partit k cheval à deux heOn^dc ce lieu de Cannes, après y avoir donné les oixlies nécessaires, accompagné du sieur de Torreno et de Vallavèze et queUpics autres gentilshommes de sa suite en petit nombre , ayant laissé tout le reste à Cannes , et arriva à AiitÜM» sur les trois heures après midi et s’étaht retiré au cliAtcau , on aperçut k la mer trois chaloupes qui Venaient , que l'on crut être relies qu’il avait demandées pour aller ftouver ces messieurs dans le port de Villefranche , où l’armée navale avait mouillé le jour précédent ; et se préparant pour s’aller embarquer dès (|u’cllcs seraient abordées à port , le capitaine des gardes de M. le comte d’Harcourt arriva , qui l'endit k monseigneur une sienne lettre par larpielle il lui disait ((ii’étant en peine du gentilhomme (pi’il lui avait envoyé le jour piécédent (pi ii’était pas revenu , il lui renvoyait celui-ci pour apprendre le lieu qu’ils se pourtaiH||pir; mais en ell'et , ce n’était (pe pour l'amuser et l’empécher de gWwfcquer pour le venir trouver , car peu de temps après , on vinyj^à lü^ndit seigneur ipie M. le comte d'Harcourt , M. le général des^Bhvw de Bordeaux et M. de Nantes étaient au port, sur quoi mondit sieur le maréçdial dionta k cheval et y acœurut , mau il les trouva déjk avancés k la place îl mit pied k terre, et l<a salua et tous ceux de leur suite, parmi lesquels

Dlgifizedby Cutogle

LET. DE M. DE LOVNES. — SEPTEMBRE 1636. M3 M. le bailli de Foui-bin, M. le chevalier de Lavalette el quaiiLitc^ de noblesse. Après les mena an cliiiteaii, on ils s’enl'emièreiil dans la ■salle et tinrent museil , où n’assistèrent que les susnonunès avec monilil seifjtienr, et y furent jnsqn’à la nuit, qu’on leur porta la collation, après lacpicllells partirent et s'allèrent embarquer accompaf^nrsde mondk seigneur jusejue dans leur chaloupe, où il entra avec eux et en prit congé là-dedans, avec assurance que, suivant ce qu'ils avaient ariête, il serait de faon matin de retoiu' à Antibes pour s'embarquer sur les chaloupes qu’ils lui enverraient, et aller diner à leur bord pour achever il’y ivàioudi-e ce cpi'ils auraient ébauche. Cette enti-cvue se 6t avec tant de témoignages de lionne volonté de toutes parts et de lionne coriespondante, «pie comme elle se lit en piéscuce de tout le montle elle attira des acclamations de joie et de bcné«liclions pônr tous ces messieurs, et grande satisfaction à ceux «pu ont à cueur servlce4u ixii et du public. Dès rpi'ils furent embarqués , raondit se'igneurJl^ maréchal monta à cheval et revint à Cannes pour s’y troiiv*r læ^'iilf , alin que si le duc lie Ferraniline , «pii était dans le Frioul des lies avec trente-sept galères, voulait eril reprendre «pichpie chose sur la terre, il y fût pour lui résister el pi’évcnir ses rnau vais diaseins. De fait , .sur les oii7.e heures du .soir, M. deCorbeil, licutenant-«'oloncl du regiincnt «le la Tour, «pii «■ommande dans le fort de la Croisetle , lui ayant envoyé donner avis «pic les galères étaient parties, quniipie la nuit fût fort sombre , et deux lieuri» apiès .M.d’Escragnolle, «pti commandedans Antibes, lui ayant envoyédireipie les galères avaient mouillé au cap d’Antibes, il fit partir incontinent son capila^ik de* gardes à toute bride avec ceux «le sa compagnie et M. de Soiron avec tous ceux qu’il avait auprès de lui , et trois compagnies des gens de pied pour renforcer la garnison d’iVntibes; et‘a|n^ avoir donné les ordi-es <|p|9*fitllait à Cannes, il monta à cheval avec te «pii était resté de noblQ^pMS de lui , el s'cii alla à t«mte bride à .ûiitibes, où il arriva deitx. heures devant jour, et trouva que le.s ennemis avaient passé outre , tÿ <pd luixlonna sujet de renvoyer à Cannes toutes les troupes qu’il avait fait venir ; et y attendait les chaloupes, qui y arrè vérent sur les huit heures du matin, sur le.'apielles il s’emhaivpia incontinent sur la chaloupe du sieur de Tentes, «pii commande la galère «pi'oii I. i5

114 LIVRE 1. — CIIAP. I.

appelle la Richelieu, laquelle était avec le lendelet ' en tail'etas ci'amoisi, blanc et violet et fort parée , avec quatre gentiUbommes seulement , et dans les autres, «piebpies auti-es gentilshommes de sa suite en petit nombre, ii’ajaiitps voulu pci-mctti'c qu’on Vaccompagnât ; et arriva en rette sorte dans le port de Villefrancbe sur les onze heures , et alla descendre à l'amiral , où il fut reçu sur le bord du haut par M. le comte d’Harcourt, M. de Bordeaux et ({uantité de noblesse ; et s’étant un peu eiitivîtenus dans le cabinet , on les vint avertir (pi’on avait couvert ; sur quoi ces messieurs menèrent mondit sieur le maréchal sous le premier tillac, où il trouva une table bien couverte de vingt-cinq on trente serviettes , où fpuintité de cette noblesse se mit, et les sieurs de Thoreno et de Vallavez, que M. le comte d’Harcourt et M. de Boivleaux arrêtèrent pour y diner; les autres qui avaient accompagné comme eux mondit seigneur le maréchal ayant été menés par M. de Nantes dans son boid , où il les traita magnifiqnAnent, comme fit de même M. le comte d’Harcourt ledit seigneur ; où les brindes à la santé du roi et de son éminence ne furent pas oubliées. El incontinent après diner ils entrèrent an conseil, où se trouva M . le généial des galères , avec M. le bailli de Fourbin et le chevalier de Lavaletle et M. de Nantes avec M. le Baron d’Allemagne, et on y appela aussi M. le commandeur Desgouttes, M. de Manty et le commandeur de Poinsy ; et furent assemblés jusques sur les six heures du soir, qu’ils se séparèrent avec tantde démonstration de satisfaction les uns des auti-es, et tantde témoignages de bonne volonté et de correspondance, qu’ils allaient à l’cnvi .à qui en témoignerait davantage et plus de désir de servir le roi et son éminence , jusqu’à ce (pie mondit seigneur le maréchal letu- protesta hautement <pie si les ennemis faisaient descente à la Turbie , (pii est un petit lieu tpii appartient à M. le duc de Savoie proche deMourgu(», comme ondisait qu’ils en av7i|||^le dessein, (pi’il prendrait toutes les troupes de son gouvemement,M W,jiiettrait à leur tête pomles en aller chasser à vive force. Enii4^4l.imM.peut rien ajouter au bon accueil (pi’ils se sont fait les uns les atsUÜtfK après un million d’embrassades , mondit seigneur le maréchal étant descendu dans ta cha-

* ' Sorte de tente pbcce tar h p<Mtpe de U galère.

— ôtgiteeti b-. -

LET. DE M. DE LOYNES. — SEFFEMBRE tca6. (15 loupe avec ceux qui axaient eu l'honneur de l'y accompagner, et s'etant un peu ëloigitë de l'amiral , il fut aalu^ de sept coups de canon c{ui firent beau bruit dans les rochers dont ce port est environiK^; et étant allé visiter M. le général dans la capitanc, tpii est la galère de M. de Guise, mondil sietu- le général le vint recevoir an bas de l'échelle, et dès (pi'ils furent montés, les lit saluer de tout le canon. M. le génénd était fort accompagné de noblesse , et sa galère fort parée et avec toutes les grandes llammes comme toutes les autres. Il la lit voir particulièrement à mondit seigneur, et étant venus à la poupe, où ils s'entretinrent quelque temps. Ils se séparèrent enlin avec tous les compliments et bonne correspondance qu'un pouvait désirer, et s'étant remis dans sa chaloupe, où il fut accompagné par ledit seigneur général , il fut salué encore par tout le canon de la capitane ; de là mondit scigtieur le maréchal alla visiter M. de Nantes dans son bord , qui le reçut accompagné de M. le R,vron d'Allemaguc et quelques autres gentilshulimies de la province qtii font le voyage, avec tons les compliments possibles, ayant tous ses soldats en bataille , qui sont commandés par M. de Montigny ; et après l’avoir un peu entielenu , lui lit pi-ésenlcr une table couverte de Iteaux fruits et de confitures, et s’étant séparés, dès <pie mondit seigneur fut emhortpié, le fit saluer de huit coups de canon et d’une salve de tonte sa moustpieterie qui fut bien ajustée. De là momlit seigneur, accompaipié de déni chaloupes et sans la sienne , quoiqu'à l’entrée <lc la nuit et que les galères des ennemis fussent si proches, il s’en alla descendre au capdeCaigneet souper et coucher chex M.dcConrboimc, d’où le lendemain à son lever nous vîmes sortir l’armée navale du port de Villefranche |>our aller chercher les ennemis, qui est un effet des résolutions qu’ils avaient prises ensemble et qui eussent produit celui tpi’ils désiraient de les battre , si à leur pramicrc vue tontes ces galères, se prévalant du cahne, n’eussent fui bien vite et laissé le poste de Menton qu’elles avaient pris.

11Ü LIVIIE I. — cn.vi». 1. -

.Malgr e ces appareuces de bon accord, des divisions iiTitantcs continuant à rc%ner entre les clnds de rexpc-dition destinée à reprendre les îles Sainte-Marguerite, le roi rappela près de lui M. de Bcauveau, évêque de Nantes.

mTIŒ DU ROI

A M. L'ARCHEVÊQIE DE BORDEAUX, RAPPUI.ANT PRÈS DE l.UI L’ÉVÈQUE

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