‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 5 sur 171 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

fiC roi Loais Xlll déclare la guerre à l'Espace. — Descente de« Espagnols sur les càtcs de EVovence. — Leurs galères, sous les ordres du duc de Feruaudina et du reartfuis de SaintoCroix , s'enipareiit des lies Sainte-Marguerite et Saint-Uoiioral. — Description de ces îles. — M. de Pont-Courlay est nommé général des galères, M. le comte d^arcourt généralissime do Tannée navale, et M. de Sourdis, arcHe— véque de Bordeaux, chef des eonseiU-du roi en Tamiée navale. — Plan de campagne pour Tarmce navale. — Instructions du roi données à M<* Tarchevéque de Bordeaux par le cardinal de Richelieu. — Lettres du rot ù S. S. le pape , k H. le duc de Florence et i Me' le cardinal de Ljon. — État statisllt^uc de la flotte française. —Départ de Tannée navale. — Dépêche de Mr Tarchevêffuc de Bordeaux h Mr^ le cardinal de Richelieu sur le passage et la jonction des escadres du Ponant avec celles du l/cvant. — De fâcheuses divuions surviennent entre MM. le maréchal de Vitry, le conte dUarcourl et M«' Tarchcvè*|uc de Bm'deaux. — Arrivée de* vaisseaux français en vue de» îles Sainte-Marguerite. — G)mbats de la flotte française contre la flotte espagnole. — Lettre de le cardinal de Richelieu à Mr Tarchevé<)ue de Bordeaux.

(/ant'irr — Srptemire i636.)

M. le cardinal de Richelieu expose ainsi, dans ses Mémoires, les causes de la guerre qui fut déclarée à l'Espagne , par suite

1 LIVRE I. — CUAP. 1.

(le l'alliance que le roi Louis XIII conclut, le 8 février i635, avec la républiipie des sept Provinccs-Unies :

« Sa majesté fit, le 8 février, un traité de ligue offensive et défensive avec les Hollandais pour prévenir les malheurs qui pouvaient arriver de l'injuste procédé des Espagnols, (jui se servaient de tous moyens pour s’agrandir aux dépens de leurs voisins, les tenir divisés entre <uix, et rendre la guerre immortelle dans la chrétienté. Il y avait long-temps que lesdits Hollandais sollicitaient cette alliance de sa majesté, et s’étaient depuis quelque temps laissés entendre assez clairement cpi'étant las de continuer la guerre, ils feraient la trêve à quelque prix que ce fût, si le roi ne se déclarait ouvertement. Sa majesté avait toujours différé d'en venir à cette extrémité; mais enfin elle s’y sentit obligée, et convint avec les Hollandais <pie si les Espagnols ne se disposaient à des termes raisonnables d'accommodement, ains continuaient dans les mauvais desseins qu'ils avaient contre la France et lesdits sieurs des États- Généraux, comme le traité |>assé à Bruxelles le la mai dernier avec M. le duc d'Orléans pour mettre la guerre dans la France, la prise de don .Tuan de Menesscs trouve, le 1 1 septembre dernier, visitant à minuit les entrées et passages du royaume du côté du Languedoc , et l'armement naval qui avait été fait à Naples l'année dernière pour descendre en Provence, et divers autres ' desseins connus par voies indubitables , le justifiaient au respect ■> du royaume , et les pernicieux desseins qu'ils avaient continuellement entrepris et fomentés de tous côtés à la ruine dt» Proviiices-Unics, avec ce rctùs qu'ils avaient fait de conditions c|ui, même de leur part, avaient été proposées auxdits sieurs des États-Généraux le justifiaient à leur égard : la France romprait à guerre ouverte avec lesdits Espagnols, et lesdits sieurs

des États, de leur part, continueraient à leur faire la guerre de toute leur force, sans qu’ils pussent faire ni paix ni trêve, que d'un commun consentement; qu'ils mettraient en campagne, chacun d'eux , une armee de vingt-cinq mille hommes de pied et cinq mille chevaux, avec l'attirail et le canon necessaire à un tel corps, et que les deux armees se joiiidcaient dans les Pays-Bas en un lieu dont il serait convenu, et que pour garder cependant les côtes de la France et de la Hollande, le roi et les Ktats mettraient en mer chacun quinze vaisseaux pour nettoyer la mer océane et le canal , et tenir les côtes libres , atin que le commerce n’y fût troublé, moyennant quoi sa majesté serait déchargée des deux millions quelle avait accordés aux États tous les ans par le traité de l'année précédente. » Après s’ètre assuré de l’appui de l'Angleterre et de la neutralité de la Suisse, en ordonnant a M. le duc de Rohan de s'emparer de la Valteline, le roi s'acquit encore l'alliance des ducs de Parme et de Mantoue, aiin de pouvoir tenir sur la défensive les armées espagnoles. Le doc de Savoie ', dont les possessions étaient assises entre la France et le Milanais, et qui, par la position militaire et géographique de ses états, 'pouvait extrêmement nuire ou servir aux armes du roi, après avoir long-temps hrâité à s'unir à lui, accepta eiiRn la liaison qu'on lui proposait. -Néanmoins le sieur d’Émery lut envoyé près de ce prince alin de surveiller l'entière exécution du traité qu’il venait de conclure avec la France. Quant aux 'Vénitiens, au pape et aux Génois, ne pouvant compter sur la coopération active de ces puis-

' Carignuj Thomat'Fren^oUf de Sevoie nvement dani ploflieora partis, et, pendant (priiMede], ciorpiihaa Ma deC^riea-Eoi» ràigt idi, il 6t b gt|Crre avec soccèa. n nuDuel, duc de Savoie, OMit «b i5g6 *, ton ^ a^oait aux Eapag»oben iG55, et eiUk cwb.' caraetire actif et incoostai^e jeti foeœt^ mandêiDent de leur année.

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«i LIVRE I. — CllAP. I.

sancns, Louis XIII se contenta d'obtenir d'elles quelles n’entraveraient pas du moins ses desseins et ses operations.

Après avoir rassemblé et disposé des corps d'armée considérables, pourvu à la défense des côtes et avitaillé les places fortes, le roi, dit IM. le cardinal de Richelieu dans ses Mémoires, « envoya commanilement le ai avril au sieur d'Amantot, président pour son service en Flandre, d'aller trouver le cardinal-infant, et ensuite le marquis d'Aytonne, et le président Rose, et leur demander de sa part la liberté de l'électeur de Trêves, de représenter audit cardinal et autres, que le roi avait droit de demander ledit électeur parce qu'il était en sa protection , etc. La réponse dudit cardinal fut qu’ayant fait examiner cette demande, il déclarait qu'il ne pouvait ni n’entendait prendre résolution au préjudice de l'electeur, auparavant d’avoir reçu réponse de l'empereur et du roi d’Espagne aux avis qu’il leur avait donnés de ce qui s’était passé à Trêves. Ces paroles étaient plutôt une défaite espagnole qu’une réponse catégorique, car il s’était écoulé assez de temps depuis la prise de l’archevêque de Trêves jusqu'alors pour avoir pu savoir les intentions de l’empereur et du roi d’Espagne sur ce sujet.

« I/anibassadcur d’Espagne, en même temps, se retira d’auprès de S. M. sans jirendre congé d'elle ; S. M. ayant reçu la léjion.se du cardinal-infant, lui envoya un héraut pour lui déclarer la guerre et lui dire que puisqu’il n'avait pas voulu rendre la liljcrté à l’électeur de Trêves , électeur de l’empire , qui s’était mis sous la protection de S. M. , lorsqu’il ne la pouvait recevoir de l’empei'eur ni d’aucun autre prince, et que, contre la dignité de l’empire et le droit des gens, il retenait prisonnier un prince soùvprain qui n’avait point de guerre contre lui, S. M. lui déclara quelle était résolue de tirer raison par les armes de

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cette offense qui intéressait tous les princes de la chrétienté. Les Espagnols essayèrent de faire faire quelques pas de derc audit ht‘raut d’armes du roi, nommé Jean Gratiolet, pour prendre occasion de le traiter mal; et lui promettant de lui faire donner audience du cardinal-infant, le pressèrent fort d'entrer dans la ville sans son habit de héraut , letjuel il leur déclara ne |K)UVoir quitter , le remettant d'hrare en heure pour le faire parler audit cardinal- infant; ils l’interrogeaient en quelle façon il lui parlerait, puis s’il avait bonne commi.ssion et avait observé les formalités en entrant dans les Pays-Bas ; è quoi leur ayant répondu adroitement, il tira la déclaration de guerre qu'il avait à faire audit cardinal-infant , laquelle il jeta à leurs pieds le i q mai 1 635, pour ce qu'aucun ne la voulut recevoir, et partit pour s’en retourner; et arrivant sur la frontière, en attacha autant à un poteau au village de Bouiily qui est aux Pays-Bas, en présence de tous ceux du bourg. »

La guerre déclarée, pendant que les armées du roi étaient employées en Allemagne, dans la Valteline, en I-orraine, Italie et Picardie, le 1 3 septembre 1 635, sur les huit heures du mati n , les Espagnols parurent en vue des îles de Lerins (Sainte-Marguerite et Saint-Honorat) ; leur flotte , composée de vingt-<leux galères, cinq vaisseaux ronds et quelques chaloupes, était commandée j>ar M. le due de Fernandina , le marquis de Sainte- Croix et le chevalier Lelio de Brancassio. L’ennemi attaqua d'abord nie Sainte-Marguerite, commandée par Jean de Benevent, sieur de Marignac , capitaine au régiment de Cornusson ; mais après une vigoureuse résistance qui dura jusqu’au i4, cet officier fut obligé de rendre la ville aux Espagnols avec une capitulation honorable.

Le même jour , lés Espagnols tentèrent une attaque plus im-

portante encore sur le fort de la Croisette , élevé à l’extréinite' de la côte ferme et séparé des îles par un étroit chenal. Mais cette placé, intrépidement défendue par l’élite de la noWesse de Provence , ne put être enlevée, et l’ennemi, abandonnant son dessein , rassembla toutes ses forces pour emporter l’île de Saint- Ilonorat, la seconde des îles Lerins.

Cette île, commandée par François Emeric, sieur d’Usech, premier capitaine au régiment de Cornusson, eut malheureusement le même sort que l’île Sainte-Marguerite, et se rendit aux Espagnols le 1 5 du même mois.'

Plus tard les gouverneurs de ces deux places fortes furent arrêtés par ordre du roi et conduits dans les prisons de la ville d’Aix par le prévôt des maréchaux , accompagné de soixante cavaliers et de près de deux cents hommes de pied. Néanmoins, par arrêt du parlement de la même ville, ces capitaines, après une longue détention , furent remis en liberlé, et leurs juges reconnurent que ces officiers n’avaient pu résister davantage à une attaque de forces si supérieures, les îles n’étant d’ailleurs que médiocrement fortifiées et leur garnison seulement composée de deux compagnies de soldats.

Lors de l'attaque et de la prise de ces îles , craignant un débarquement en Provence, M. le maréchal de Vitry gouver-

' Vitry (iNicoU$<ie l’Hospitai), pois duc de Vitry, naquit en i58i, et succtHla il »on père cniGi I dans la charge de capitaine des gardes du corps. Il fut fait maréchal de France après l'assassinat du maréchal d’Ancrc , que Vitry et ses satellites tuèrent sur le Pont-Veuf, de trois coups de pistolet. En i6ai, il contribua avec le comte de Saint-Paul à réduire sous l'oltêissance du roi les villes de Chàteaullenaud, de Gien et de Gergoau; l’année suivante , servant sons les ordres du prinec

de Condé, il n’eut pas moins de part i la prise de Sully et de Sancerre. Ixirs du siège de I.a Rochelle, ce fut lui qui dirigea les 0|>érationt militaires. Il fut nommé en i63i gouverneur de Provence. < U avait peu de sens », dit le cardinal de Retz dans scs Mémoires en parlant du maréchal de Vitry ; » mais il était hardi jusqu’à la témérité, et l’emploi qu’il avait eu de 'tuer lé maréchal d’Ancre lui avait donné , dans le monde, un certain air d’aSâiie et d’exécution. »

neur de cette province, se transporta aussitôt sur les côtes, afin d'y organiser un corps de troupes destinées à la protéger. Mais M. le cardinal de Richelieu, voyant les forces navales de Provence trop faibles pour garanti agrément le littoral des insultes de rcnneini, chargea M. l'abbe de Beauveau, evèque de Nantes, d’arrêter au nom du roi tous les vaiamnix qui se trouveraient à Marseille et dans les ports environnais , tandis que rassemblée des Communes, tenue à Fréjus, fit pré- •sent à S. M. de 4o,ooo écus pour aider cet armement, que M. le cardinal de Richelieu voulait mettre en mer au printemps suivant.

Les î^es Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, dont les Espagnols s’étaient emparés au mois de septembre i635, ayant été un des points les plus disputés et les plus importants de cette guerre maritime , on donnera . |>our la meilleure intelligence du te.\te, une description de ces places fortes, afin de les montrer telles qu’elles étaient avant et après leur prise jiar les Ks|)agnols.

Ces îles, appelées d’abord ilcsljcrins, sont situées sur la côte de Provence, à deux lieues de la ville d’AntilKîS. La plus rapprochée de la terre ferme, file Sainte-Marguerite, e.st l’îlefjero des anciens, où, .suivant Tacite, -Auguste relégua son neveu Agrij>pa. En .Jio, saint Honorât, depuis archevêque d’Arles, choisit cette île pour sa retraite et y bâtit un monastère que d’illustres hommes d'église rendirent bientôt célèbre; parmi eux on cite .saint Loup, évêque de Troyes, saint Vincent, saint Maxime, évêque de Rie/., saint Euchcr de Lyon , etc. , etc. Il y avait deux sortes de religieux dans le monastère fondé par saint Honorât : les uns vivaient en commun , les autres solitaires et en anachorètes; ils gardaient les règles prescrites par saint Honorât ou suivaient l’observance des pères de l’Egypte. Quelques religieux habitèrent aus.si une petite Ile, Saint-Féréol, située à l’extrémité

(le relie dont on vient de parler. L'ile Sainte-Marguerite, plu.s grande cjue l'ile Saint-Honorat, avait une lieue et demie de longueur sur une demi-lieue de largeur, et était ordinairement et seulement 6«(jucntéc par les pécheurs et les contrebandiers.

/\^la pointe du sud de l'ile Saint-Honorat on voyait ^abba^e de' rhûiédictins fondée par ce prélat. Ci;tte abbaye, eoiKstruite en forme de tour carrée, était revêtue d'une plate-forme armée de quclijues ranons. Kn face de l’abbaye, à la pointe sud d(r l'ile , se trouvaient plusùuirs éi'ueils dangereux, entre autres les Picons et les Frères, qui .se joignent prescpie à un îlot appelé Saint- Féréol ; la mer brisant avec force sur ces roe-hes, rend liÿi abords de Saint-Honorat très dangemix.

Le canal qui .sépare l'ile Saint-Honorat de l'ile .Saintc-.Margucrite court ouest et est ; on pourrait à la rigueur y passer avec une galère. La ferre de Bafagnier, extrê-me pointe nord de file .Sainte-Marguerite , est séparée du cap de Garoupe ( qui forme à cet endroit la partie la plus avancée de la c<Me ferme) par un es])ace d'environ quatre milh^s; ce canal est une des entrées delà rade de Gonrjan, vaste baie, où peuvent mouiller plasieurs vais.seaux et galères.

Dans son Hydrographie, le père Fournier donne les détails suivants sur la position militaire de ces îles et sur les fortilication.s que les Kspagnols y clcvèi-ent en ib'i.'i.

K Tout e.st inculte dans Sainte-. Marguerite, excepté vers la vieille tour et le bâtiment neuf que le sieur de Bellon , à qui M. de Guise avait donné cette île, avait fait faire depuis longtemps. Lorsque les Frani;ais l'attaquèrent, il y avait ciii(| forts : le premier, celui qui enecint la tour, composé de deux laistioiis entiers et de deux demi-bastions en forme pentagone à cause des rochers inacccs,sibles qui sont du côté du nord avec fo.sst^

et demi-lunes entre ces deux bastions entiers, et oi« est l'entree du fort, il y avait une muraille de terre et de fascines. Les Es- (la^nols rap|)élèrent fort Royal. Le deuxième fort était celui de Montcrey , fait en carré- à quatre bastion^ réguliers avecfossés. Une petite muraille de terre et de - avec deux

detni-lunes, une du côté du fort Royal, ouest l’eMié^ÿ^’aVre du côté du fortin. Le troisième fort était le forti.d’^taîlpiii, tirant son nom de la ]>ointe de file ; il fut fait en trianj^jj^eux Icastionsdu côté de file, et deux tenaillcis, une du ccrté de file Saint-IIonorat et l’autre du côté du port de Theoulte avec une demi-luge à l’entrée et des fossés du côté de file. I,e quatrième, .sur la pointe de l'est, fait en carré en forme de redoute avec une batterie de canons à fleur d’eau. Le cinquième, la tenir de Batagnier, en forme de demi-lune enceinte de murailles exœpté du côté où bat le fort d’Aragon qui la défend. Outre ces forts , il V avait un logement pour la cavalerie qtii était à Saint-Martiu du côté du Frioul, où il y a un jwrt pour les bateaux qui viennent de Saint-Honorat. Tirant vers le fort Royal , était le port Pinet, où il y a trois on quatre pieds d’eau , à l’op]X)sitc duquel , de l’autre côté de file, est le port de (jarbonel. Entre Pinet et le fort Royal, e st le fortin, où il y en a neuf à dix. Sous le fort Royal, à l’opposite de la. Croisette, est le jwrt des Beaux, de trente à quarante pieds, qui est fort assuré tant pour les galères cpie pour les vaisseaux. Du côté de la tour de Batagnier, il y a deux rochers ou bancs de sable, appelés Uffuers. Tirant vers le fort d’Aragon, on trouve encore d’autres rochers ou écueils, appelés les Tignes.

« L’autre Ile, Saint-Honorat , était défendue j>ar un fort principal appelé Saint-Honorat, où il J' a un très beau monastère de l'ordre de Saint-Benoit, et où était la grande église de Saint-

Honorât, et la petite de Notre-Dame. On avait fortifie ce lieu en trois bastions entiers et deux demi-bastions, pour en faire un pentagone avec fossés, demi-lune et chemins couverts. Tout autour (le l’ih;, il y avait .six chapelles. La première, celle de i>aiute-’l rinité, qui lut terrassée avec deux canons, sur la pointe (lu levant, vi.s-à«ri$ la l>«-tifc île Saint-Féréol. La deuxième, de Saint-Cyprieii et .lustine, terrassée avec deux canons à l’entnH' du Frîoul, vis-à-vis le fort Saint-Martin, où était le logement des chevaux. La troisième, Saint-Michel, devant leFrioul, terrassée avec deux canons. La quatrième, Saint-Sauveur, à l’entrée du Frioul, du côté du ponant, terrassée avec u^ canon. La cinquième, Saint-Pancrace, terrassé(! avec deux canons à la pointe du ponant, vis-à-vis le fort d'Aragonj et la sixième, celle de Saint-Pierre, détruite pour faire le demi-bastion. Tels étaient la situation et l'état de ces îles, (jue les ingénieurs espagnols avaient changées en une citadelle œntinue et forteresse la plus redoutable de toute la Méditerranée. »

Louis XIII, voulant donc mettre en mer toutes les forces navales de France pour défendre les côtes et reprendre les îles Sainte-Marguerite, parmi ordre du i5 janvier i63G, chargea M. l’archevèque de Bordeaux de « se transporter j>ar toutes les a villes maritimes , ports , havres et côtes de Guyenne , Sain- « tonge , Poitou, Aunis, Bretagne, Normandie et Picardie, n pour ordonner les fortifications et réparations qui seraient « micessaires, faire prendre garde aux lieux où l’ennemi pour- « rait tenter quelque descente, bâtir des tours ès endroits les « plus éminens desdites côtes pour y mettre les fanaux qui sera vent de signal , lorsque paraîtra l’ennemi , des corps-de-garde , « afin d’y assembler les gardes-côtes. »

Le- 1 a avril , par lettres-patentes données à Chantilly, le roi

déclara le comte d'Harcourt ' généralissime de son armée du levant, et mit sous ses ordres M. le marquîA de Pont-Coui lay, • ne'^ de M. le cardinal de Richelieu, et qui avait prêté serment comme général des galères , le 1 5 mars i635. •:

I.ie même jour, le roi nomma « M. l'archej^lfM^g^'^rdcaux « chef de ses conseils en l'armée navale, prèsl«gjpÉk^^É|M K pour l'assister dans tous les conseils qui se tiendmi|jjg^n « toutes affaires concernant le fait de ladite charge i«vf||BÛe « lui baiUa la direction de la subsistance de l'armée, vivres, muet nitioiis d(! guerre, équipages, fortifications des place», régle- « ments de dépense , jugement des prises, avec pouvoir de faire « poudre et fondre artillerie, et tout ce qui sera nécessaire. »

Le roi ordonna aussi que les sieurs du Plessis-Hesatuyni et [.■ezans seraient chargés de conduire les travaux de terre, s'il était Itcsoin de faire des descentes. Enfin , le sieur Des-Gouttes, commandant le vaisseau amiral monté par le général, devait corainoiMler en l'absence dudit général ou de celui à qui le roi aurait donné jtouvoir.

Selon les nécessités du service, le conseil de guerre devait s'assembler. Il se composait du général, du général des galères *, des quatre chefe d'escadœ, du lieutenant des galères, du sergent de bataille et du CQinissaire général. Ën cas d'urgeniHt, on pouvait seulement tlijibndre à ces officiers généraux quel-

' Harcourt (llcnri de Lorraine, comte d’J et d'Amugnac, «umommé cadet U Perle (parce qu'il était cadet de la maiaon de l^rrainc- Klheuf et qu’il portait une perle k Pni-eüle ) ; il uaquit le ao mars 1601. 11 était fils de Ourles de Ixtrraiue.dac d'EJWiif, et de Marguerite de ChaJbot, comtesse de ChamT. Son rducatkin fut toute militaire ; il fit ses preniiêrea armes en Allemagne et te signala à 1a

lutaillc de Prague en |>lut tard, il se

distingua daus la guerre oontre ie« kugnenols ainsi qu'aux sièges de 8aint-JeA d’Angely, Moutaubao , de 111e de Rhè et de La Rochelle. En t&i^, il montra beaucoup de valeur k l’attaque du Pas de Suze.

* ynir la nivigatioo des galères ex^tosér daa8ritilroductioaaux/>^écA<*f et Ccrrttfton^nce de M. f archevêque de Bordeaux.

«jUfs rapilaiiies pnrriciiliors , afin de prendre leur avis, ou de • <'onsulter leur expérience dans di's orrasions toutes spéciales.

.Au inoi.s de janvier i fJ36 , M. de Sourdis soumit à M. le «Spinal de Iticlîâlteo le plan de campagne suivant. Après avoir'exat miné le fort eble faible de toutes les places maritimes du littoral es|Mglii&iÿ-^ns ll^^an et dans la Méditerranée, l’auteur de ce projet prtfpose ^attaquer principalement la Corogne, Cadix. K<ty<>nna ou Gibraltar, atin d’oi>érer une diversion dangereuse, Philippe IV étant obligé d’envoyer un grand nombre de troupes en Flandre et de dégarnir ses côtes de leurs moyens de défense. De plus, la France poûvait espérer, en adoptant ces mesures, de ruiner les flottes espagnoles à leur retour des Indes occidentales.

PRO.IET DE REPRESEM'ATIOIN

l)K DIVKBSEs l•I.VCES OÙ L’O.X POURRAIT GRANDEMENT BNUUMMACER P.T INCOMMODER LES ENNEMIS EN ESPAGNE. ,.1

{Janvier i(î36.)

HBEMiÈttEME\T. ÏÂi Paÿ.sa{Tp * cst tiii lieu fort ëlroil, et le terroir, de <’Ol^ et d'autre, haut que le*» navires n'y peuvent entrer qu’à force de ramr^;. n'y ayant |)Oint d’autre cluileau qu'une vseulc tour avec <leux ou «piati'e {)ctite^ plèce4» de canon. Au port s'edineul beaucoup do galions, et aux occasions la ilotio dunkenfuoise relire.

‘2. Entre Passage et Calx>-OrlcgaJ * £ irouveiil diverses places (jiie l'on siiurail raser ou hn'^ler.

• Pauage, port «Dr Ja edtr de !’E§l>agoe,^Kir 4^^ So* el par 4* i4' i5" à rO. de Paris. Le Pacsage <.*st nn des meilleurs ports de TFIspagDe quand on j est entré ; mais ses abords sont très difbcUct. Cette ente est du nombre de ceUes qu'oo nomme r«'»ie« de fer ^ c^rst-k-dire qu’il n'y a |>ai de M>ude an large. L'tmtréc du port n’est qu'une

H>rte de crevasse entre dcui montagnes escarpées.

* Cap Orlcgal , sur la càle de Galice, oNtc N.-O. de l’Espagne; un des |U'nmontoires les plus élevés de ces parages ; c'est une haute terre hachée de falaises du haut en bas et très à pic. Toute la partie de cette cote est hérissée de rochers jusqu’à «ne

PROJET DE REPRÉSE-NTATlüN. — JANVIER iG3G. 15

3. LcforldeCaruiia{/a ('orogH**)»! assis sur une roche, liAli en i-ariv, liaul (le deux bat teries ; la plus basse triant à peine si haute ([u'une (xunpaigne de navire sui la<iuellc est uiisc lu plu|iai l du eaium, yenayaiil en tout liente-six ou quarante bonnes piit-es. LHbi't l'bnwnaiide toute la rade où se tiennent les navires. C'est une baie qui \<ren nionbnt, prot'ondë dehors le fort de trente» vingts iiMi, et vingt brassées; n}|iti.dedanslefort, à la nide, sept, six et ciii(| brass<^s»1éfiHul^ au deburt dugi'avois, et, devant le village des Pécheurs,, plat en inotifant, et ruvelu des herbes longues et du lys. Il y a peu ou (loint de uiari'u, laquelle y monte ju.st|ii<» à huit ou dix pieds lors<ju’elle est morte j mais (dant vivante et giaïute , elle monte à (|uim.e ou mù/jp pitsis , si bien que tmminodement un y peut mettre des navires.

La ville de Cariiùa est assise sur une montagne assez haute, environnée d'une miuviille et pourvue de beaucoup de canons. L'ami eouiiu déclare d'avoir vu, sur chacune des trois batteries (pu ilanqiient |X>ur commander la rade , six demi-canons , et qu'en tout , tant ii In ville <pi'au chiteau , il y a plus que deux cents pièces,

I navires des ennemis s'y étant retirés, les matelots descendent Tméme .v la vilictte de Carufia et au village des Pécheurs; mais ces vrtlette et village sont séparés d'avec la tenv; ferme, au moyen de (|uoi il est impossible que les gens peuvent s'enfuir, de sorte qu'ils sont toujours auprès des Ixiteaux.

Tout le pays à l'entour étant (vardé de sentinelles, tellement t|ue si quelqu’un vient à échajftS^Tl^ites sentinelles le ramènent en bonne assuiance dans la Caruhuihwis les bateaux.

G. Rayonna ’ (Ui Galiee'Hmne place bien forte et pres(|u’à la façon

oei'taint' distance aa large. Le cap Ortcgdl fst par 4Û'’ 4*^^ ** ps*" To” 8' * 1’^- Je

Paris. Bureau df s tan^Uudes. Don f 'tnctnU T itffinn.

' La Corogiie , au des meilleurs poits d*£s- |Mgne, entre le cap Ortegal rt le cap Finistère. La tourdllercole, situde à iVatrémilc «lu cap Prior, par43''^3' S'i" >’-ct |iar lû* 4«»' 58" i rO. de Paris. Don f^tacente Tnffimn.

' CruHpoifitif OU cliambre d« n*vit^. L'au-

teur du Memoin* entend sans doute la lianteur qui eiistc entrr le plancher cl le ]>lafunH do la chambre d'im-vaisstau. Cette l■lé^aliotl était de y pieds, à iKU'd <ic< giaudiv navirr».

* Batonna, ville au S. sS. R. à deuv bctM*» f de la plus S. des Hes-BavonDa, DU îles Cid I ces trois ilt'n sont placi't-K à rentrée de la baie de Vigo, au du cap SiUi'iru ; elles gisent A. et S. au S- 8- K. ao lieues du cap FiuisltTC. L'ilc du miliru

de Caruf^a , étant assise sur un roc pourru de cinquante ou soixante pièces de canon. *

7. Entre la Cariifta et Rayonna , en Galice, sont plusieurs bourgades et villcltes, ouvertes et pourvues de peu de force, ce qui se pourrait aisémentfl^Mr ef-|)rùlcr.

8. il y. en a doeo^Iablcs en bon nombre, assises entre Passage et Cabo-Orteg|l/ « rentrée de la. rivière de Lisbonne *, étant du côté du iioivl assis lochâteau Saint-Gilles •, pourvu envii*on de quarante pièces de canon , et it Topposîte d’icelui se trouve le fort de bois avec quarante pièces; entre ces deux, on passe dans le canal des Caraques.

il. S’ensuit encore la tour deBoullalh*, pourvue de dix ou douze pièces, et vis-tt-vis de la Terre d’Almadc , un petit fort avec huit pièces; mais la riWère y est si large que, sans danger, on n'y saurait bien passer.

10. La ville de Lisbonne est ouverte du côté de la rivière., se montant contre une haute montagne sur laquelle e.st un chAteau bien fort, au milieu de la ville, rempli de canons qui f>cul tîicr jusqu a la portée d’une pièce de camp;igne dans la rivière. Je crois <|u’avec les navires on se peut mettre si proclie dessous et a la faveur des maisons, tpi’on-nV . salirait pas tirer ou endommager les navires, la invlère y étant si large ï|ii’oii se poiin-ait retirer de la ville dehoi-s la portée du canon. Les caraques* allant aux Indes occidentales s’équipent illec, et en font voile vers

Ml par i3’ 5o* tt par i8" 8' aS^il’O.

«tf Paris. K« menant d<* la mer, le* îles Bavotina |>arai<scnl trois îles distinctes j au-drs'tus d’elle* on apt*r^il deux haute* inoatagne*. Oon VincenU Diction~

ttnire de (irttnd-Prt-

• {.isbonuc; par S8* 4^' ‘io* N. de Pari*, ei II* -26' 40» à rO. Cette tUIc e*t *ur le Tage , ix trois lietie* en ligne directe , et en dt'daos do ehâtenn de Saint- Julien, qui forme la pointe de l’eutrêe du fleuve.

Mille vaisseaux peuvent nimiiUer dans le port de LislKmae,' l.’entive en est défendue par deux l«nc* de sahk? entit» lesqtids swit le* pa^s des vaisseaux.

* Ou cAjIImu Saint'Juiient bâti sur une pointe de rocliers qui avance un peu dans la

mer. C'est on de* {dos forts châteaux du Portugal. PeUf F^amhcau de ta mer.

’ Ou tour- i?<-/c/n , située *ur la cote N. Fort et point de reconoaisunce de la rivière dr Lisbonne , on sVn éloigne un pea pour *e rendre au inouillage , i cause d’nnc pointe de rocher* qui sort au pied de ce château. Pefiî Fl/UHbeau de ta mer.

* vaisseaux portugais ronds

et de combat, du port de i5oo ou 7000 tonneaux, qui vont chaque année aux Indes ; elles ne diffèrent des grands navires sinou quVUes sont plu* caf>aklet, plus ctmile* par en haut et ont *ept à huit planchers ffauxpont* ou batteries; ce nonihrr paraît exagéré), en sorte qu’on y loge parfois aooo hommes. P. Focsxiai. ffrdrof:raphie , p. 5.

digir^

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