A MOKDIT SIEUR DE BOUTHILLIER , AVEC LA LETTRE DU 10 JANVIER
Encore ipie l'on croie que l’on n’ait rien oublié par-deçà pour y avancer le service du roi, selon les moyens qu’on a donnés à son altesse de Savoie, laquelle ayant toujours eu des ministres de sa majesté piés d’elle qui n’ont pas manqué de prévoyance et de reconnaître son intention , et que la conjoncture nécessite à l’avoir pour amie intéressée, et qu’on en aurait cpielque scrupule de le dissimuler, l'obligeant à produire à bon escient des ell'ets plus visibles de sa bonne intention depuis la défection de M. le caidinal sou Irerc, je croirais faillir si, pendant que M. d’Émery et le père Monut sont à la cour, et peuL^tre sur les expédients de (aire mieux réussir le service du roi en Italie, je n’envoyais en même temps tout ce que j’ai pu recueillir des avis qui m’ont été donnés et à des personnes con6dentes , etirorr qu’il y peut bien avoir quelques artilices de la prt des ennemis , et de ceux mêmes qui ont fait ces remarques , pour rendre suspecte la loi de sou altesse, car je l’ai persuadé, la France n’a nul sujet de douter de sa sincérité; mais laissant à qui je dois toutes ces considérations, je n’ai qu’il déclarer les conséquences qu’on en tire.
L’on veut que lorsque le roi lit traiter avec son altesse, elle ait dépéché pendant les longueurs des résolutions à l'empereur et en Espagne, que l’impuissance de s'opposer ni assurer ses États contre leurs armes l’obligeait à en prondre le commandement, qui lui était oflért ; et qu’il lui fut répondu de rendre les choses diiliciles, néanmoins, à ne s’attacher à aucune entreprise importante sur le Milanais qui nous y pût maintenir ; que dès-lors il s'est egntenté d’une médiocre puissance pour travailler le iMilanais , donnant espoir que n’assiégeant
2'.n LIVRE II. — CHAP. III.
point , elle s’y pourrait entretenir et des petites prises y faire subsister le soldat, et ruiner ainsi Tannée par des grandes fatigues, allant toujours sans regarder den-ière, depuis le passage du Thésin, les munitions ayant matujué, ou n’ayant pu suivre, le passage des vivres ayant été diflicile. L'Espagnol s’est contente de parer au premier coup des Français, prévoyant leur défaite d'eux-mémes. Le marquis Spinola et don Francisco de Melos ayant écrit du mois de juillet ici (pendant «pie les avantages de la bataille du Tésin étaient suivis de la ruine du Nauilic et au plus fort des progrès de notre armée vers Como , et que la terreur était si grande à Milan «pie Ton s’y croyait perdu, si M. le duc de Rohan se joignait) «pie dans le mois d’aoùt il n’y aurait aucnn Français dans le Milanais , ce que Ton croit qu'ils n’auraient pu prévoir sans une pré«;édente connaissance , non seulement de la ruine voisine de notre armée, mais que si le duc de Rohan s’y joignait l'une et l’autre armécs’y dissiperaient faute de vivres, avec péril des passages des Grisons et Valteline, où il y avait déjii cpiehjues semence de révolte , et qu’aprcs l’État de Parme servirait de retraite et curée à l’armée espagnole.
On a soupçonné grandement le séjour <pe lit le cardinal de Savoie chez le duc de Mcxiène son neveu , d^ partial d’Espagne, «pioique M . le duc de Savoie eût fait bien espérer de lui , et l’on dit «pi’cncore «pi’il donnât «pieltpie assistance aux Espagnols , ils ne l’avaient mhinmoins pu produire à une manifeste déclaration, en assaillant le duc de Parme, tant pour la parenté «pie pour ne s’exposer entre le duc de Manloue et lui , qui pourraient être appuyés de France.
On explique l’envoi de la cavalerie de Piémont sur les États du duc de Modène , sous prétexte de soulager ceux de Parme , à im dessein couvert pour attirer sur lesdits États les armes de Modène, en son absence, et que pendant «pie la France ne voudra cpie porter la main dans le Milanais, sans y arrêter le pied, son altesse de Savoie, ne voyant point d’utilité pour lui, agira lentement sans hasarder rien ; et que si nous y voulions faire des assurés progrès jusipies à la cotxpiéle de la ville ou duché de Milan, la raison de la sûreté de son altesse répugne d’en procurer la prise , si ce n’est pour lui , à cause de Pigne-