RELATION. — JANVIER
roi, se trouTanl entre deux fers et sans ressource; et le Milanais entre les mains de la France ne serait pas si odieux à toute l'Italie qu’aux siennes.
Et on conclut que sans une puissante armée de France, dont son altesse craigne le retour chez soi si on soupçonnait sa sincéiâté, on ne peut être assuré qu’il agisse tout de bon. Mais il semble que, sous prétexte de sa santé et des incommodités, on lui pourra faire agréer de ne sortir point en personne, mais de joindre seulement les forces d’oi’i l’on serait d’accord, laissant les exécutions aux généraux français, les- (pielles ne seraient point pénétrées des Espagnols à cause du secret, letpiel, encore qu’il faut croire que son altesse ait toujours bien gardé, il est néanmoins fort douteux que ceux cpii sont autour de lui ne l’aient pas fait, dont la plupart peuvent avoir des anciennes inclinations ailleurs que vers la France; et on m’a assuré que du Piémont on a écrit à Gènes que nul se devait persuader que la conquête du Milanais dût être ni poursuivie ni agréable à son. altesse ; et l’on a écrit d’ici , il y a longtemps, à la cour et à M. d’Émciy, et le père Gabriel Lefebure même lui en porta l’avis, (jueM. de Vci-mcs, évêque de la ScaUa , en qui son altesse avait particulière conlLince, traitait continuellement avec les ministres durai d’Espagne, dont il dépend. M. d’Emery ne jugea pas à propos que la chose fût déclarée à son altesse, à ce tpt’a dit ledit père Gabriel , espérant peut-être de pouvoir éloigner de saditc altesse ledit sieur de A erines, qui lit passer ici un paquet d’importance au duc d'Arcala par les mains du sieur Stefano Rivarola, gentilhomme génois.
L’on assure que les Espagnols ne fussent jamais entrés en Picardie s’ils n’eussent bien su que les Hollandais étaient moins dans rintention qu’en état de les travailler, et le peu de réussite de la grande armée qu’on joignit .à eux persuade que quelque jalousie les empt'cha de la seconder puissamment, et qu’ils occuperont plus le* armes d’Autriche étant aidés de quelques secours des nôtres et d’argent, sous leur propre commandement et avec moins de frais pour la France, que <piand le* armées et le commandement sera distingué. L’on s’étonne de la liberté de leur tralic en Espagne, et que leurs vaisseaux se nolisent aussi en guerre si facilement pour elle; leur ambassadeur, passant ici de I. 3i
UVRE II. — CHAP. lU.
Vfl
VeiiHie pour aller résider en France, me promit d'y faire remédier par MM. les Étals. Il a su que tous les blés <pii doivent venir aux Espagnols et aux Génois doivent venir, sous prétexte de Gènes, d'Amsterdam et ailleurs.
L'Eepagnol redoute fort la ligne d'Aiigleteri'e, particulièrement pour les dlllicultés'dn Iralic de son argent. Et on assure que l'électeur de Bavièie a tiiè un écrit de l’empereur, de oontribuer toutes les forces de l’empire en tontes occasions pour lui conserver le Palatinat et l’électorat, moyennant quoi, il a donné sa voix pour l'élection du roi des Romains, contre laquelle on dit que le marquis de Brandebourg a protesté de nullité.
Sur le sujet de la irpublique de Gènes) qui est en crainte que ses refus ne la rendent coupable de ce que soulTre le duc de Parme, mais ne s’en peut repentir, parce que si les demandes du passage lui étaient lenonvelées elle n’y peut jamais consentir), il est nécessaire de tenir pour maxime t|u'il se faut présenter et prendre les passages en même temps qu’on l’en avertit, comme je l'ai toujours fait entendre et pratiquer en huit cents hommes que je lis passer à Plaisance, dont la ville s’est conservée ; étant chose vérifiée qu’ils ne rapporteront non plus d’opposition au passage que de consentement. L’instance desquels, au lieu de servir, comme peut-être on a désiré, des marques de secourir promptement le duc de Parme , a augmenté l’empêchement de le pouvoir faire, et pressé les ennemis à la ruine du pays.
Il est certain que la procédure trop partiale de la république a été réputée ici de grand préjudice et de grand péril; ce qui est cause qu’assex gérréiensement on a ôté des conseils à ce renouvellement d’aniiée leiix à i|ui l’Espagnol avait par préférence réservé les tentes, avec un v(cu solennel de mettre sur les portes une Notre- Dame avec les clefs de la ville, la prenant pour protectrice, faisant couler insensiblement dans le peuple de ne vouloir aucun piolecteur en terre; licencier, comme ils ont fait, tontes levées d’étrangers, afin de n’avoir non plus de moyen <jue de volonté de résister à aucun amiable passage. Sur ce qu’ils m’en ont fait entendre, je leur ai témoigné qu’une procédiue qu’ils ont tenue si mauvaise et de préjudice au duc de Parme et à la lé-
RELATION. — JANVIER 1637. 24;i
putatioD-du roi, ue«e pourrait eiracer que par de bons efleU, et que la vrainte de vettgeance les obligeait pcut-<tre à veuir au-devaiit par un semblant de mieux faire. Ils assurent neanmoins qu’ils aspirent di^surraais à une véritable liberté, et de se conserver en l’amitié de tous.
Il est certain qu’à Naples et Sicile, il ne s’y peut plus rien faire malgré leurs subsàles, et à mesure qu’ils y ont levé des gens de guerre misérables, le grand-duc a envoyé ciitq cents soldats , sans doute pour retirer des garnisons ceux que l’Espagnol y a, n'y ayant point de prince qui ait si hardiment levé le masque contre le roi que celui-là , lerpiel, au bruit de notre secours, a renvoyé gens et provisions en toutes les places qu'il a au voisinage de la rivièie de Magra ixmr s’y opposer , si on y passait , et avec les Espagnols, sollicite le duc de Modène et les marquis impériaux tpii y ont des liefs, pour faite le même. J’en ai écrit à un ami à Floience , et de peur que des marques de ma déclaration trop oinertes pourraient être ressenties, j’ai depuis employé l’entiemise d’un uonuné le sieur de Btkioin du comté d’Avignon, <{ue je connais de longue main partial ni^nmoins du grand-duc et de la maison de Guise , peur liiirc pénétrer audit duc, comme de moi, <|uenul prince d’Italie s’était porté par-dessus l’habitude de scs prétléccssciirs contre la France; que ses galères en étaient ruinées, mais qu’il (xnivail avoir a.ssurancc de bonne heure que si, sous prétexte de la religion de Saint-Etienne, ou d'être entièrement hors de combat, il me faisait assurer qu’il ne les donnerait plus, je |)Ourrais adoucir la rigueur des ressentiments qu’on en |vciii avoir, disant que les gens cpt’il a mis vers la rivière de Magra ne sont (|ue pour la si'treté des places qu’il y a , sans prévision d’asaailiii personne, et qu’ayant eu tpielque obligation de ilonner les galères cette année passée , ce sera une luartpie de neutralité de li ouver des excuses qu’il a li'ès-légitimes «le ne les dtuincr plus.
Ledit sieur de Ibvloin m’a dit «pi’il avait eu conimission «lu grand-duc p«iur lever un régiment vers AvigiuNi , qu’il n’avait aaepté qu’à condition que le pape le permit , et «pi’à Rome il lui avait été prescrit ; ce <{ui obligera «k prendre garde qu’il ne se fasse des levées au v«ûsinage dudit Avignon.
Le grand-duc envoya secours d’h«mimes et munitions de guerre dans
la Sardaigne sitôt qu'il sut l’arrivôe de notre armée navale en cette mer, cette ile-là étant plus prête à se rendre qu’à combattre si elle y fût abordée.
L’on avait eu une terreur, qui avait été générale par toute l’Italie, de la puissance de celte armée : plus elle a été proche , moins elle a été crainte , n’ayant resté que de l’étonnement que les eiléts aient si peu réponilu à l’appai'eil , néanmoins tpie les galères d’Espagne et de France en sont délivrées , et que les fautes , s'il y en a , serviront d’instruction pour une meilleure conduite et plus grande entreprise.
Un ne découvre rien d’assuré de l'accommodement du duc de Parme, pour lecfuel le grand-duc sera le plus puissant promoteur et plutôt dépasitaire de scs places que le pape , si le loisir qu’il a donné n’a suffi pour les secourir.
La repri.se de.s îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat paraissait toujours si importante à M. le cardinal de Richelieu, qu’il donna ordre à M. de Noyers de s’occuper de former la compagnie des gardes de M. de Guitault, leur futur gouverneur.
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. L'ARCUEVéQUr. DE BORDEAUX.
Mossibur ,
Depuis ma lettre écrite, son éminence a jugé du service du roi de faire donner une compagnie de deux cents hommes à ÏVI. le chevalier de Guitault, pour la garde des Iles, en qualité de compagnie du gouverneur. Le reste sera pris du régiment des lies et autres, ainsi que je vous ai ci-devant mandé. Vous trouverez ici l’ordre de la subsistance. Son éminence désire avec impatience que vous viviez bien avec M. d'Harcoiu-t pour le temps qu’il restera en levant, car vous repa.s- •serez seul en ponant. Vous venez par la dépêche de monseigneur, le sujet qui l’invite à retenir en levant une aimée; il est si important qu’il faut tûcher à se mettre en bon état et s’y faire voir, ,1’espère
“■DigiTîredtîf CT.(7Tftfi
LETTRE DE M. DE NOYERS. — JANVIER 1637. ‘JW qu’avec le secours que nous vous envoyons comptant, vous sortirez d'une partie de vas iif^cessil^ et que la calomnie aura la bouche ferraiV quand l’on saura ce que j’t'cris à M. de Frémicourt.
Nous savons mille pauvretés auxquelles nous ne remédions point par impuissance : Bergançon est de cette nature, cl vous avez découvert de si longue main ce que les ennemis y trament que je n’ai pas douté que n’y apportassiez le remède convenable. Son éminence vous en écrit ses pensées, cpie vous suivrez, s’il vous plait. Ce tpt’a rapporté le religieux mériterait bien qu’il eût pris la lettre dont il dit (pie l'on a voulu le charger, et (pie l’on en eAt éclairci les suites.
J’écris à M. d’Harcourt touchant les cuirs et peaux de bullle^ son éminence n’ayant jugé (pie cela méritât sa maiu.
Il y a bien de l’apparence à ce (pi’on vous a mandé de la prise ou plutôt livraison des deux vaisseaux hollandais, et il importe (pie vous preniez la peine d’en éclaircir sou éminence aux fins (pie vous mar- (piez par la vôtre. Il importe (pie vous avertissiez, s’il vous plait, messieurs do Parlement de ne pas entreprendre davantage (Xintre l’autorité du gouverneur de la province, puisque leurs arrêts sont opposites au râlement du conseil fait en l’année 163Ô, sui' la fonction et jurifdiction des serviteurs du roi dans la province. J'ai chargé de leur en écrire en ce sens pour (pie la bonne intelligence, qui est l’Ame du service du roi , ne s’altère pas davantage.
De NoYEas.
M. de Sabran donne à M. de Bordeaux les premiers avis touchant l’accommodement de M. le duc de Parme avec l’Espagne, accommodement prévu depuis si long-temps. M. de Sabran entre aussi dans de grands détails sur les armements maritimes des Espagnols.
A M. L’ARCHiriQUE DK KOIDBAUX.
De » Ir
Monsibuk,
7ja#»ier iHï-,
Je vous éerirai encore celle-ci, encore que, &ute d'avoir eu depuis le 24 novembre aucune de vos lettres, je suis en incertitude si vous «'les encore eu Provence; mais comme je croirais Le secours pour son altesse de Parme d^sesp^ré si vous n’jr aidez , je hasarde celle-ci pour vous donner avis, comme je fais à M. le comte d'IIarcoort, <|ne l’on fait ici courre de divers bruits de l’accommodement de M. le duc de Parme, dont je n’ai aucune nouvelle, et la diversité persuade qu’il n’y eu a point ; car, hors ce que les ministres d'Espagne en font couler sous main, il ne s’en sait rien , et ce qu’ils disent n’est ni probable ni dommageable et préjudiciable .à nom; car ils allèguent que le seul Pandolliiii traite de la part du graiid-duc, le comte de Cai-pegno ayant cessé de la part du pape, et que les Espagnols remettront les places cpi’ils tiennent an grand-duc en dépôt, et le duc de Parme, Plaisance cl Sabionnetic, et se retirera dans trois mois de l'adhérence et protection de France , s’il n’est secouru , ce qui ne serait pas une grande perte ; et je persiste à croire que ce prince résiste généreusement an parti, pour avantageux qu'il soit, pour l'espoir qu’il a en la protection de sa majesté, que tout le momie regarde ; et je crois que le pape et le grandduc ne sont pas d'accord sur les négociations, et qu’il n’est pas satisfait des Espagnols ni d’autres , et connaît rpie son autorité, la dt^nse de ses troupes et des levées sur les terres de l’église donnent jalousie n l’Espagnol , au grand-duc et au duc de Parme Je crois que M. le comte Scotti est si informé des passages et de l’état oi’i ils sont, qu’il ne manquera pas de choisir le meilleur. Le secours devra d'auLant être plus puissant et bien considéré qu’il sera plus prompt, et chacun se persuatle que la honne lésolution de son altesse sera forcée par la nécessité, si on letardc plus. Je sais que de chez le prince Dnria on n’a pu assurer aucune forme de traité; mais que Pandoirini, qui est i-etourné à Plaivince, a laissé opinion à Milan qu'il y réussira.
Le tlue de Ferrandina se prépare pour aller en Espagne avec ses galèi-es, etdc celles de Doria il en a r’habillcsix, comme je vous ai mandé, pour l’accompagner au retour d’Espagne, ou pliitéil arriveront pardeçà force caisses de réales , <|ue les mêmes galères , qui seront reuforceCs , accompagneront ; et j’estime qne le duc de Ferrandina de Monaco fera voile vers la Corse, encore qu’en ce temps les galères ne s’exposent pas facilement en pleine mer. Dieu veuille que l’avis vous puisse être si heureux que vous eu pioduimez quelque lion elfet , vous souhaitant, comme je le fais, accroissement de gloire et de piospérité, et à moi vos bonnes grâces , étant de tout mon coeur, de devoir et d’inclination ,
Monsieur,
Votre très-hurable et obéissant serviteur,
SsBRAS.
L’on me vient d’assurer de bonne main que les vaisseaux qui sont à Roses , an nombre de dix-neuf, sont chargés de l’argent , et je sais qu’ils promettent partir an premier beau temps. A Naples, il n’y a que quatre vaisseaux ; rien n'y bouge. Je vous ai écrit tiois fois depuis moins de quinze ou seize jours par la voie des felouques de M. Scotli.
Il est arrivé ici , du ponant, quinze ou seize vaisseaux d'Hollande ou français chargés de blé, que les Espagnols ou ceux de Gènes pour lesdeux ont procuré il y a long-temps; mais l’on trouve ici qu’ils coûtent plus du tiers que celui de Provence et Languedoc, et il vaut le tiers moins; cela u’empéche pas de désirer les nôtres, et comme il est très-nécessaire que sans ordre du roi il n’en vienne point , il sera bon aussi de voir si, en cas d'abondance au pays, il ne sera pointa propos de faii-c du l’aient selon que ces gens-ci, et les Espagnols ensuite, en trouvent. D'ailleui-s, l’on tient l’élection du roi des Romains faite par les démonstrations qne les Espagnols ont faites, il y a plus de six jours; mais rette seigneurie n’en a point fait encore, et de Rome l’on n'eu avait point avis le 29 du passé.
J’envoie pi'ésentement Nardoyn en cour pour mes intérêts. Je vous supplie, si vous écrivez à son éminence, faire quelque cliuse pour votre serv iteur, le<|uel , s'il faut rpj’il envoie plus tôt ses assi-
i;iia(ioiu, et le$ avoir maavalaes, ne peut survenir à toutes les nécessités d'ici.
jM. Fabio Scotti se plaint dans cette lettre des lenteurs (|ue les divisions elevces entre MM. de Bordeaux et de Vitry apportent à l’envoi du secours de Parme.