A H. DE SABRAN
D«! Toulon» le li février 16I7
Dès le 24 janvier , que M. le comte Scotti demanda que les gens , munitions et vivres, cavalerie et infanterie et outils nécessaires pour le secours de son altesse de Parme fussent embarqués, les vaisseaux furent mis hors du port de Toulon, et le tout si promptement embarqué que l’armée était à la voile dès le 7 février. Mais ledit comte Scotti accrocha le départ, étant ou feignant d’étre malade , et fit perdre trois jours, que l’on croyait partir, toujours sans découvrir son dessein; de sorte qu’ayant été découvert «pi’il se préparait pour s’en aller, une personne principale fut le trouver, pour en apprendre la cause, et l’ayant un peu pressé, il lui déclara qu’il avait ordre de M. le duc de Parme de se retirer, et que s’élaut accommodé avec l'Elspagne il n’avait plus besoin de secours , sans en donner autre connaissance h ceux qui' commandaient l’armée.
Cette nouveauté, procédant d’une personne qui avait si pressé le secours, surprit les esprits. Il fut prié le même jour, 10 du mois, de donner temps que M. le comte d’Harcourt, qui n’était qu’à trois lieues de là, en liât averti; il le refusa et dit hardiment qu’il voulait partir. Le seigneur qui lui avait fait cette prière, et qui l’avait visité cher, lui à cet effet, en sortit pour en donner avis à M. le comte d’Harcourt , et au même instant ledit comte Scotti lui envoya un mot de lettre par lequel il prenait congé, et s’en allait. Il renvoya chez lui , pour lui dire qu’il s’en allait le trouver, et qu’il avait quelque chose à lui dire; le comte Scotti ne lui en donna pas le temps, car il le vint trouver aussitét.
Il fut de nouveau supplié d’attendre qne l’on eût des nouvelles de M. le comte d’Harcourt, et pendant ces allées et venues, il arriva. Le
iioiueil fat assemblé le 10, et là fut résolu qu’on prierait ledit comte
Sootti de ne point partir de Toulon pour trois raisons :
La première , qu'étant maréchal-doeamp des armées du roi , il n’en pouvait sortir sans le congé de sa majesté, à laquelle on allait dépécher.
La seconde , qu’il ne faisait voir aucune chose par écrit de l’accommodement qu’il disait avoir été fait par M. le duc de Parme , et que l’on ne saurait pas, leur faisant ce discours, s’il était des amis ou non, ni •«que pouvaient être devenues les troupes françaises dans le Parmesan.
La troisième, que lui, maréchal-de-camp , avait assisté et participé à tous les conseils et délibérations de l’armée, dont il avait une singulière connaissance, des forces, desseins et états des choses, joint' au bruit «pii courait «pi’il s’en allait en Espagne ; qu’il n’était pas raisonnable «pi’il s’en all.1t faire participants sitAt les ennemis là ou ailleurs, et en profiter où bon lui eût semblé ; «pi’au moins il attendit des nouvelles du roi. Mais comme ces raisons ne le pouvaient arrêter, s’étant présenté à la porte pour sortir, s’il ne l’eût trouvée fermée par un petit rencontre qui arriva ce jour-là dans la ville, on l’a prié d’attendre le retour de celui «pi’on a dépêché au roi sur ce sujet , etc. , etc.
Dans les lettres suivantes à M. de Noyers et à M. le cardinal de Richelieu, M. de Bordeaux annonce le départ de M. Scotti, et en même tcmiis que les vivres manquant pour entretenir l’armée navale sur les côtes de Provence, il s’en va en Sardaigne, où il compte trouver des blés à meilleur marché et où il pourra peut-être tenter une expédition utile au service du roi.
LETTRE OE M. L’ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
A. M. DE HOYERS.
A TovWn» W i« êérrwT ttSd/j.
Le 23 janvier, nous avons su que M. de Vitry et les procureurs du pays ne voulaient pas fournir la subsistance des gens de guerre , à pied et à cheval , pour le passage de Parme. Le 24 , je commençai à la faire