‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 94 sur 171 · LET. DE M. L’ARCH. DE BORD. — FÉV. 1637. 2T · texte numérisé non relu

LET. DE M. L’ARCH. DE BORD. — FÉV. 1637. 2T

fuamir, et clic a été à bord de tous les vaisseaux trois jours après. Depuis ceia nous avons attendu les troupes, qui sont venues les unes après les autres, et ont été embanpiées à mesure qu’elles venaient.

11 y a trois jours que l’année a fait voile; mais comme M. d’Haroourt sait que M. le comte de Scotti ne s’embarque ps, il a. été contraint de mouiller pour l’attendre; enfin , après plusieurs sollicitations de s'embarquer, il nous a déclaré qu’il ne le voulait pas, pree qu’il avait reçu un courrier de la prt de son maître qui lui commandait de ne ps mener le secours, étant accommodé avec le roi d’Espgne. ^ious lui demandâmes s’il vous voulait faire prt de cette nouvelle ; il nous dit qu’il vous avait dépéclié, il y avait un jour et demi , un courrier; de sorte que nous nous trouvâmes extrêmement étonnés , plus encore quand nous sûmes que, sans dire adieu à personne, il s’en voulait aller. Ce qu’ayant appris , nous l'allâmes prier de vouloir donner pi't au l'ai de sa retraite ; qu’étant officier de l’aimée il n’en puvait sortir sans congé, et d’autant plus que nous étions avertis (ju’il s’en voulait aller en Espgne. Ces diverses agitations nous firent résoudreà assembler tout ce qu’il y avait ici de gens dé la pit: du roi ; où étant assemblés, il fut fait l’arrêt dont on vous envoie copie, et à l'instant tous, les uns après les autres, l’allâmes voir et le trouvâmes fort en colère et lésolu de s’en aller quelque pinc qu’on lui pût faire; mais allant à la prie pur sortir, il la U'ouva fermée. Cet embarms nous a conduits en un encore plus grand, d’autant que voyant les vaisseaux qu'on avait tant eu de pine à remettre à la mer, et tous les gens de guerre inutiles qui mangeaient les vivres, sans qu’on pût espérer de savoir la volonté du roi de trois semaines : on s’est résolu de l’aller attendre en Sardaigne, où l’on put être eu trois jours , afin de tâcher à trouver là des blés de quoi faire subsister le tout. Que si on y trouve commodité d’y prendre racine, on atteodra là les commandements du roi, sinon on roviendra ici pur les y rencontrer, ne voyant que ce milieu-là entre voir périr l’armée et attendre dans un port les volontés de sa majesté.

Monsieur le comte d’Harcourt et tous ces messieurs qui sont ici de la part du roi ont désiré que je fisse le voyage avec eux , quoique ma santé et la permission que m’avait donnée son éminence de ne ps re-

louruer à 11 mer m’en dispensaisent suffisamment ; mais je ne pus refuser ce voyage aux protestations qu’ils faisaient qu’il était utile au service ilu roi. Cela n’empéchera pas, s’il vous plaît, que vous ne m’envoyiez la permission de m’aller reposer et sortir de ce labvTinthe qui n’a point de fin.

Je vous envoie les ordres que vous aviez envoyés pour les vivres de ce secours , et la lettre que vous m’avez lait la faveur de m’écrire , afin <|tie vous voyiez le rapport qu’il y a entre eux. Quoi que ce soit, on a oitéi à vos intentions et non à vos ordres; de quoi vous travaillerez, s'il vous plait, à me faire rembourser, ayant emprunté de tout côté pour cet elfet, la dépense montant à plus de vingt-trois ou quatre mille écus , le pays n’ayant rien voulu faire , ni les villes donner aucune barque par nos ordres , ayant été empêchés de l’un et de l’autre l'ommc vous saurez.

Je ne vous dis rien de la lettre que vous m’avez iàit l’honneur de m'écrire de la part du roi , en croyance sur monsieur de Baume pour le fait du maréchal de Vitry, ne pouvant m’imaginer qne vous me teniez .assez infâme pour y consentir. Je ne demande au roi ni punition, ni vengeance de r.issassinat qu’on a commis en ma personne', mais je le supplie de ne me point commander de voir l’assassin.

LETTRE DE M. L’ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

A Up LE CAROI.VAL, PAR U. DK CAEN, TOUCHART LE VOYAGE QUE LES VAISSEAUX DU BOI ONT FAIT EN SARDAIGNE.

Ou n farter 1637-

Monseigneur ,

Votre éminence saura qne personne de ceux à qui vous aviez ordonné de fournir des vivres ne l’a voulu faire, et que j’ai été obligé d’emprunter de tout cété, comme vous me l’avez commandé, pour foire non seulement ce qui était de mon soin , mais aussi de celui des autres. Tout était parti en état lorsipie le comte Scotti nous a déclaré qu'il n’y voulait pas aller; ce qui a fait prendre la résolution de le prier de ne pas partir qu'il n'efit reçu les commandements du roi et de votre éminence, comme

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LET. DE M. L'ARCH. DE BORD. — I fi V. 16.17. 281

.■>u.«isi de ne pas laisser d<^rir le* gens de gnerre qui étaient etnbar- ({iiés, d'autant que si on les eût laissés à Imrd attendant les cotnmandemeiits de sotre éminence, ils eussent cousomnié les visres, en sorte (|ii'on n’eût plus été en état de rien faire qnand ils fussent arrivés; que si on leseût mis à tcri'c, on a apprébendé qu’ils se dissipassent; de sorte que, onlie ces deux extrémités, on a résolu de passer en Sardaigne, tant potu- faire vivre les troupes, voir si l’on s'y pourrait établir, que pourdoiinerà penseraux troupes qui sortiront du Parmesan (lesquelles on espère qui demeureront en susitens alteiidanl les ordres d'Espague ) s'ils dcvnront secourir leur Saivlaigiie ou s'occuper à cpielque, autre dessein. Quoi f|ii'il en soit , on sera en état de se reml)ar([iier tontes fois et (|uantesou en recevra le commaiiileraeut, jvoiir aller où voli-e éminence onlonncra. Ma santé et la permission que vous m’aviez donnt'f; de demeurer à terre, joint ee que J’avais appris que vous désiriez qiu- je vous sert isse ailicm-s, me faisaient désirer de demeurer en ce lieu pour y attemlre l'honneur de vos romman<lcmcnls ; mais, comme je sus que [•ersonne ne voulait raarêher sans moi, je me .suis embarqné, laissant' ici tout mon équipage |>our m'v reniire au premier commandement ijui me viendra de volrt;éinincn< c, cl cc|>ciidanl je laisse M. Ijcqucux en ce lieu pour faire radouber le vaisseau ilu roi et le galion de Guise, et quebpies auti-es qui y reslrnl, (jui semnt prêts au premieicommandement d'aller oii vous rordonnerez. Les vaisseaux d’Es|xigne sont toujours au golfe de Roses en état il'étre incommoilés quand volie éminence le jugera à propos ; la maladie y est graïulc, cl ceux île terre ne veulent pas sodflrir qu’ils aient aucun commerce avec eux.

Durant qu’on radonbait nos vaisseaux , j’ai envoyé une bartpie à la Guerre, qui a pri.s un courrier dont j'envoie les paquets. J’espère cpie Je trouverai où je vais moins de contradictions qu'en ee pays pour v servir le roi , ne pensant pas qu'en Barbarie j'y en puisse Intiiver d'égales.

Je rends aimptc à M. de Noyers des artilices dont on a usi' (tour empêcher que le pays ne fournit des vivres, et les pu'ts de mer des barques pour porter les gens de guen e.

M. Lequeux avertit M. de Bordeaux que MM. de Castelaii et de Guérapin ont écrit à la cour , pour blâmer le voyage de la flotte française aux côtes de Sardaigne.

LETTRE DE M. LEQUEUX

A M. l'archevêque DE BORDEAUX, ETC., ETC., A LA RADE.

De Toulon, le i4 février 1637.

Monseigneur ,

Je viens d’apprendre que MM. de Gastelan et Guérapin ont écrit à la cour, par M. Duplessis, qui est pai'li tout présentement, que le voyage que va faire l’armée navale ne se faisait que par votre mouvement; qu’ils avaient protesté que ce n’était point leur sentiment, et choses semblables. Je croyais, par le môme courrier, écrire à monseigneur de Noyers le détail de la résolution de ce voyage cl ce <pii s’y -passa avantr-liier chez **’•', où on m’a dit que vous étiez en résolution de contre-mander votre dépêche, mais j’ai trouvé le sieur Duplessis à cheval , qui ne m’a donné loisir d'écrire. Je vous ai cependant voulu donner cet avis, afin que vous sachiez de quels mets on vous sert, et que vous m’ordonniez, sur ce sujet et sur tout autre occurrence, ce qu’il vous plaira, assuré d’ôtre obéi et servi avec un zèle sans exemple par Votre très-humble et très-obéissant et obligé serviteur,

Lequeux.

•M. le cardinal de Richelieu engage M. de Bordeaux à s’occuper de l’attaque des îles, puisque les troupes destinées au secours de Parme sont devenues inutiles.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

A M. l’archevêque de BORDEAUX, TOUCHANT L’ ATTAQUE DES ÎLES.

De Paris, le i5 férrier 1637.

Monsieur ,

Les lettres ipie vous recevrez du roi touchant ce cpi’il estime qu’on peut faire en suite de l’accord que M. le duc de Parme a fait avec les

LETTRE DU CARD. DE RICH. — H&M^IER I6a7.. iüW

Espagnols vous fi^nt connaître .u particulièrement ses sentiments sur ce sujet, que j'estimerais superÛu d’y ajouter aucune . chpsei Je me (»ntenlorai seulement de vous diife que,‘sjri vous pouvez mamtonant faire l’attaque des îles selon qu’il vous a été ^proposé , vous ferez l’action la plus glorieuse du monde, et rendrez un service.ai signalé à- sa majesté qu’il sera capable de lui faire oublier tout le passé. En^mbn particulier, je vous conjtu% de contribuer à cette fin tout ce qui;^ous wra possible vous assurant que je lui ferai valoir la façon avec laqueUe vous vous comporterez en cette occasion , ainsi que vous le saunw désirer de celui (pii est,

, ^ "fl Monsieur, votre allectionné comme frère à vous rendre se^yiee ,

Le Cardinal ns Richelirv.

P. S, MaintrnaDt que les troupes Je Parme sont embarquées , M. le comtr il’Hatvourt et tous , avez la plus belle occasion du monde d’acqiiérir de l’Iionnenr, vu que vous êtes maîtres absolus des geus de guerre qui août en votre cmbarquemenl , sans que voue puissiez dire que personne vous trouble en vos desseins. Souvenez-vous que si après qu’on vous aura pnisenté l’estenf ' plusieurs fois, voua ne jouiez point du tout, vous serez tenu incapable de tout emploi de conséquenee.-Je vous ai éent avec tant de chaleur plusieurs fois pour vous porter à faire qiiéique chose que je fai» coDSciencc de vous en dire davantage.

M. de Bordeaux instruit M. le cardinal de Richelieu des léger.s différends qui ont eu lieu entre lui et M. d'Harcourt, et lui apprend que ce dernier avait d'ailleurs été si outré de la conduite de M. de Vitry, qu’il avait voulu appeler le raai’échal en duel lorsqu’il avait osé lever sa canne sur le prélat.

* LETTRE DE M. L’ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

A LB CARDIiVAI. DE RtGHEUEL'.

t Des lies d'H/ère», le iS février iS}^.

Jamais il n’y a eu autre colère ni autre division entre monsieur d’Harcourt et moi (|ue celle d’étre quelquefois de dincrcuts avis , dont les

' La balle, terme de jeu de paume. Ce P. S. est de la msin du cardistal.

28/i LIVRE 11. — CIIAP. III.

aigreui's ii’oiil jamais «itë autres que se faire plus de révérences qu'a l'oixlinaire; et de fait, nous ii’avons jamais eu deux logis ni deux Uible.s, <pioique depuis lu premier joiu' de janvier je lui aie toujours fait donner par avance les ti-oi» mille francs qu’il a plu à votie éminence lui ordonner pour sa table.

Il est bien vrai qu'ayant amené l'armée dans le port de Toulon, contre la résolution que nous avions prise par écrit, et qui pouvait produire un fort mauvais effet , j'en témoignai mécontentement , comme aussi de l’appel qu’il avait fait faire à munsieiu- de Vitry contre la parole qu’il m’avait donnée, n’estimant que je dusse espérer de lui la réparation de l’outrage qui m’avait été fait , et ne voulant pas qu’on imputât à cette cause le manquement du service; comme aussi de son côté il a eu quelcpie mécontentement de moi , de quoi je n’ai pas voulu consentir qu’il dis|H>sàt des vaisseaux, donnant congé aux capitaines qne votre éminence avait établis, sans m’en parler, pour y en mettre d’autres, comme Saint-Arnaud, son frère et quelques autres; mais jamais ces mécontentements n’ont sorti de notre chambre; et, hors ceux qui étaient ici de la part du loi, lesquels nous pienions pour arbitres de nos dilfércnds , personne n’en a eu connaissance si ce n’est par eux.

Je me persuade que quand vous me ferez l’honneiu- de m’entendre, que vous agréerez ma procéviurc en tout , et que vous me plaindrez plutôt que me blâmer; mais je remets à quand j’aurai rhonneur d’être auprès de vous à faire entendre à votre éminence que ptrur ne lui vouloir pas déplaire, j’ai eu plus de mal et de souffrance qu’on ne se le peut imaginer, étant, à f heure que je vous parle, encore en cet étal; raonsietu- de Castelan ayant voulu le voyage de Sartiaigne avec des violences inimaginables, cl maintenant qu’on est parti et qu’on en a donné avis au roi et à vous, parce ipie monsieur de Savoie lui mande qu’il le désire auprès de lui, il veut qu’on rompe le voyage. Pounmoi, je n'ai autre volonté que de vous servir, et tâcher par mes services et obéissances avons témoigner que je suis, etc., etc.

J’oubliais à dire .à son émineitce <pie dès le jour que Saint-Etienne et autres officiers du régiment des Iles partirent , je ne manquai pas

LET. DE M. L’ARCH. DE BWVD. -j-FÉVRIER 1C37. 285 d'-vti egvoyer Je nt^motre à qion frère , afin qu’il vous en informât bien au long-et qu’il lût de «on éminence quel ordre elle désire y apporter.

Ges deux lettres du roi à M. de Bordeaux sont relatives aux prpjets de la campagne qui allait s'oultrir et au départ de M. Fabio Scottî. ‘ - ' ,

LETTRE ÜL HUI,

A U. l'archuvêove de ■ORDKÂL'X.

’ Oe Partit la iSfârriar iSS?.

- jt^tM«a ’-l

Monsieur l’afchevèque de Bordeaux , egcoivi que je n’aie jamais rien •ouhaité avec plus de passion que de secourir îi temps mou cousin le duc de Parme, comme vous l’avez assez, vu par les commandemeiila réitérés que je vous ai faits sur ce sujet et à tous ceux qui y dcvaàSÛt agir avec vous, néanmoins, ayant eu avis que moiidit cousin , pressé par les nécessités de ses places, a fait un accommudemciil avec les Espagnols, par lequel ils lui doivent rendre ce qu’ils ont occupé dans son Etat , moyennant cela, il s’oblige à la neutralité, j’ai jugé^|hejé n'avaiapas sujet d'étre mal satisfait de ce traité, puisque moiidit cousin en parlicu^ lier y trouve son compte, et que cepeiKlanl les prép^atifs qui oui été fiiits pour sou secours ne pouvant désormais y Servir, il fallait penser a les employer utilement et à profiter de l’occasion d’entreprendre le i-eaouvrement des lies, (pri semble se rendre favoiubte parla diminution tpie j’apprends que le duc de Fcmaiidine y a faite des garnisons, a'eii relournaiilcnEspagne,parlesincommoditésextrémesqa’ellessuuUrent, par la confiance dans laquelle il y a appaieiice qu’elles sont qu’on ne les attaquera pas après que l’enlrepi-ise qu’on y avait faite a manqué et le bruit qui a couru que l’embarquement qui était fait était pour Parme , et par réloignemcDt du secours qu'elles pouvaient attendre. C’est pourquoi je vous dépêche ce courrier en diligence pour vous témoigner comme la imputation de mes armes et le bien de mou .service me font désirer que vous avisiez, avec mou cousin leiomte d’IIarcourt , ce qui se pourra eiitreprcudre sur les lies , où je vois d'aulaiit plus d es-

28C LIVRE n. — CIIAP. lU.

* péranoes de succès que les ennemis , croyant les desseins précédents rompus , ne penseront présentement qu’à s’opposer à la descente de mes troupes dans la côte d'Italie. Je sais bien que si l’on s’arrête à ne vouloir pas tenter cette entreprise sans avoir tontes les commodités <pie l'on y peut souhaiter, elle ne sera pas trouvée sans difficultés; mais il semble que la surprise , exécutée avec diligence, Union et coiiiluilc, peut en suppléer les manquements; et bien que je ne vous veuille rien prescrire déterminémenl pour cette attaque , toutefois, je vous dirai que, si elle est possible, je désire extrêmement que vous la fassicr. avec mondit cousin, comme chose trèsovantageuse à mon service, vous y employant en ce qui dépendra de voua; vu même quelle plus mauvais événement que l’on en puisse craindre est de ne point prendre ce que l'on attaquera, sans qu’il en arrive beaucoup de perte. J'ajoulemi à cela que si vous exécutez cette entreprise, mon intention est <pie le sieur de Castelan y fasse la charge de maréchalnle-camp , et (|ue le sieur de Raïune y ait tel emploi honorable où l'on jugeia qu'il pourra mieux servir. Au surplus, je serai bien aise qu’après cette occasion vous me reveniez trouver et rameniez avec vous les vaisseaux que je vous ai ordonné, par l’ordre de mes précédentes, ramener en ces mers dede^à . après que le secours de Parme serait fait. C’est ce que je vous dirai parcelle lettre, me promettant bien qu’au sujet dont je vous écris vous me donnerez tons les effets que je puis attendre de votre affection à mon service. Et sur ce, je prie Dieu vous avoir, monsieur l’archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde.

LOUIS

Sdilet.

LE-TTRE DU RM

A H. L’ARaiEVÊQUB DE BORDEAUX.

De VereailWe, le 19 Mrrier 1637.

Mons. l’archevêque de Bordeaux , vous aurez d^ reçu une dépêche demoi sur les premiers avis du traité de neutralité qu’a fait mon cousin le duc de Parme avec les Espagnols. Maintenant que cette nouvelle m'a

LETTRE DU ROI. — FÉVWER tC37. i87

aolbanmieiilii.xntfiHQCo et m^mé ce qu'en a écrit le aieur comte Fabio ScMiü;^ ctajit’il ajoute I cela cpie aur oette ocoaaion l'on Jt voulu l'empfclicr dé^ sortir de ma ville de Tbuluu , je voua fais cette lettre pour voua dire que ledit lieiir comte SceUli <i||ltteure en plcniie ètentièie liberté d’aller et veiiir où il voudra , et particuUèiement d'aller trouver aon uaaUrc quand et ainai i(a’il eatimera lé devoir faire ; voulant même que voua l'asaiaticz pour œt effet en toutes qui pourra dépendre de voua, n'ayant pas de mécontentement du procédé de mondit couain eii cet aoeummudement , auquel il montra ne a'etre porté que pot* la nécessité de ses places, etsaus aucune mauvaise volonté contre mon seivice. El quant a mes sentiments sur l'emploi de mon armée navale , n'ayant rien é voua dira déplus que ce que vous aurez vu par ma précédente, je ne vous ferai celle.ei plus longue que pour prier Dieu voua avoir, moiisieur l'arcfaevéque de Bordeaux , en sa sainte garde. LUL'IS.

Si’blkt.

Cette dépêche de M. de Sabran est relative à la situation particulière de différents Etats de l'Italie depuis l’acconunodement de M. le duc de Parme.

A N. L'ARCnEVÊQBE DE BORDEAUX. • *

De GIfMt* le 19 février 1SS7.

Monsieur ,

J'ai reçu le 1 6 la faveur des vôtres du 8 de ce mois , l'une desquelles, pour m’en servir au besoin, sur le sujet du secours, n’était point datée, et ensemble les copies de l’abolition; et je s’uis sur le point, après en avoir envoyé deux à Livourne, de trouver moyen d’y envoyer exprès un homme assuré, et<{ui sache jouer son jeu , et à Naples, qui sans éclat fasse pénétrer de l'un à l'autre aux capitaines, patrons et mariniers, et reconnaisse leurs dispositions. Je vous écris ce que Laramée m’a mandé et la réponse que je lui ai faite pour empêcher qu'il ne s'en aille à Malte faute de moyens de servir et subsister par delà ,

’88 LIVRE II. ^ CllAP. III.

parce qne ce ne sera pas un bon expAIieyt poi»r„ retirer. les n'àtros, (jiie (le voir le repentir et le retour d’un, qui semblait étreintelligcirt, <mpnblc, delà langue et du pays, et de service. Je érois que si ^f. le mari^lini de \ilry ne l’cAt arrét<^ comme il a lait ^ il aui'ait plus eu de (juoi être satisfa’it. Depuis,. j’ai reçu denx lettres de **♦, qui se plaint’ bien fort (pi’il n’ait pas eu un sou,, ètdêpensoson aii*gtïiU au calKirol Sans espoir de servir, ni de s.'itisfaclion , ni jjonroir revenir ; après’ (?e, dit-il, avait témoigné d’être utile et passionné tie .sendr ; et se plaint de moi de ne l’avoir envoyé à la (X>ur tout (L'oit, et dit qu’il n’attend (ju’une réponse de moi pour é^en l'evenir. Dans sonparpiet il y avait des lettres pour Livmu'ne tpte j’ai onv(*rt(?8, et dedans ’j’ai vu qu’il écrivait que, s’en allant a Paris poué avoir certain pardon ou gn\(;e, il avait été arrêté et pris de messieurs de l’année navale, et (jue, (H)mine Français, il ne peut moins (ju’y servir si on leiui commande; témoigne (pie ladite armée se va mettre en état tel (pi’on aura sujet de la minuter, (pic la soldates(pie , <;anons et mar incric est tel ipi’il n'a^jamais rien vu de semlilablc , et le tout plein de lionne volonté et piuvoir de bien faire, et (|ue les voyant bien forts il leur en dira davantage. J’ai cru de là qu’il n’a point de mauvais dessein, mais de •SC rendre utile poui* l’etourner en France, et j’estime (pi’il est de lionne condition, mais (pie (pielque mauvaise aflaire l’a porté dehors. Je crois , monsieiu’ , qu’il sera à propos , ne l’employant point , de le traiter au moîns avec satisfaction , et il inc semble (prou pourrail lui en donner une médiocre, et lui en faire espérer une grande et emploi, à œndition de bien exécuter ce (pie vous lui ferez entcndi-e , par delà, pour exécuter deçà : Reconnaîti'e l’état et dessein de l’armement naval du.grand-duc et de Naples, et doucement retirer de tous les services, tant des galèi-es-vaisseaux, les Franç-ais; car s’il le veut, il le pourra mieux qne nul autre, étant reconnu avoir toujours servi Paris; et étant à Livourne , il pourrait trouver mille prétextes et avoir passeport pour aller à Porto-Longone et Paime pendant que les capitaines, patrons et mariniei's sont plus en teri-e (pie sur les galères-vaisseaux. Faisant cela fidèlement, il mérilei'a œntentement , et ne le faisant pas, il n’aura pas sujet de se plaindre de la mikliocre satisfaction (ju’il aura

eue , la rëroiupense ayant véset\ée api-ès quelque* eUels de scrrice ;

lui t^moi{;nanl fp^nde eoiilîance sur le bien cpie je von* ai dit'de lui. Et ainsi il fawlnit lui payer seulement ec tpi’il a pa dépenser en son voyage et secours et lui’ donner quelque ebose pour entreprendre ce (l•Mein, mais peu, résersautletoat à la réussite. Et enrorc pourrait-il reconnallre tous les lieux cpéil verra; mais je ne voudrai* pas lui ron- 6er que parmi plusieurs autre* ceux sur qui voiis .aüriez deSsein. En tout cas, on haSbfde peu, et diflicilement peut-on faire pénétier l’abolition à tous et sans coimaiasance l'un des autres, sans èxposer celui q«ii l’entrepreudra , qui ne sera pas .à couvert comme celui-ci , <pi’il semldc que vous ne poiivez plus retenir ni licencier sans quelque contentement ; et je crois qu'il sera bien aise de retourner h Livourne en tirer ce t)u’il T a pour se retirer en Francé. Je sais que M. de Bordeaux lut plus qu’il ne peut pour la subsistance de tout cequi touche l'armée, et4(u'il lui est malaise- de remédier à tout et contenter tous; mais si ceux queSabnin envoie avec peine revenaient mal satisfaits, ii*,gittcront plus eu un jom- ijue Saliran n’avanoera en cent, ^ cette' heure, je crois que vous aurez reçu les deux miennes : l'une du 6 , l'autre du R , s'il me semlile ; l'une par une l>ar(|uc , l'autre par une fcloucpic, sur l'inopiné accommodement du duc de Parme pendant qu’il faisait solliciter de toute part le secourt , et <|ue selon le* bons onires du roi et au-delà de ce que le comte SoOtti avait demandé pour lui, lomme je lui ai tqandé , il était en si Imu état embar(|ué prêt à faire voile. Depuis, l'on dit ici i{ue le comte Scotti-étant embanpié avec toutes choses nécessaires et se* hardes même, reçut l'avis de l'accommodement et aiissitdt débanpia'.sa vaisselle, qui est venue, et s'eu veiuit aussi, si on ne l’eût arrêté jusque* à l'ordre dti voi , à qui j'ai envoyé la lettre de sou altesse et ma réponse. J'ai fait voir ici rpic je cfoyais bien que , après un si puissant armement à qui il n’y avait rien à désirer que de combattre, et à qui rien ne pouvait être malaisé, non tant pour le nombix- (|ui était suffisant, comme pour le choixdes troupes, il y avait peu d’appareiiee que le comte Scotti <lût revenu- sans i-cihItc (ompte au roi de ce changement, et que peut-être personne n'avouerait que s<ui altesse eût du cousentir à chose si éloignée de ce que il pro- I. 37

•i90 LIVIVB tl. — CHAH. III.

mettait, sans en avoir ftconscntenient du roi. Je vous assure , uonune je vous l'ai À^rit , tpie tous ceux qui ont passé de> sa part en Provence et de là ici , l’otil fait sans me voir , et qu’un nommé Caatellina , maître d'hôtel de son altesse, est ieicnvoyédu comte Scotti depuis six semaines sans me voir; il l'a voulu taire depùis quatre jours : je lui ai fait dire (|ue s’il n'a des lettres de son altesse ou à me dire quelque chose de sa port , je he le voulais point vnir« en ayant eu assez, de loisir. Et si dès lors son altesse et le comte Scotti n’étaient point encore disposés à on accommodement , je ne sais comment expli([uer cette procédure, après que, depuis deux ans, personne n'est venu, de quelle qualité qu’il soit, à Gènes, de sa part, que je ne les aie traités et It^és jusques aux coursiers et piétons , pour rendre leur alFaire et passages plus secrets.

Ia:s Espagnols publient fort peu les conditions, soit qu’ellès soient trop avantageuses, soit qu’ils aient dessein , comme ils ont accoutumé, à les iitterpréler, ou ne tenir pas ; ce que la teneur de ratification d’Espagne nous apprendra.

Mais cependant les Français sont hors de son État , et la garnison , (quoique italienne ou lloreiitine, payée des deniers de l’F^pagne. Les loups mangèrent les brebis quand ils eurent convenu avec elles de les chasser. Je suis averti de bonne part que on lui rend tout, et aussi les biens de ?iaples ; et les arrérages , qu’on lui permet de les rendre an grand-duc, et i(ue les Espagnols eHàcenl l’obligation qu’ils prétendaient du duc de Pai-me, de ne mettre point de gouverneur an château de Plaisance sans l’agrémeiit de celui de Milan; que l’Espagnol paie 8,0tM écus le mois deux ans , ou tant que la guerre durera , pour l’en- IriHeneinenl de 2,000 hommes en ses places, à condition que nul chef ni soldat suit suspecta l’Espagne, qui a déclaré cpie nul soldat italien ni chef florentin sera suspect; et que son altesse n’a jamais voulu consentir à aucun parti ni emploi contre la France, mais que, par l’article secret , il a promis de donner tous passages à l’Espagne pour la défense de ses terres en Italie et le refuser à ceux qui les voudront assaillir. J’y puis être trompé , mais voilà ce que j’en sais d’un lieu qui le doit savoir; et l’Espagnol le pressait, tant pour la crainte du secours

LKTTRF. DE M. DE SiVBRAN.^— FfiV. )C37. 291

i|pe Dour rendre le roi mal satisfait de son allasse d'un oonsenlemem si prompt, si hors de>'tempi, et qui fait tort Itwi gën^rosiu^, puisqu'il avait des armes si redoutables en mainv Je vous assure que toute I» nticessitë consistait en un peu de cherté au bois et au vin, et nean- ^%noins le meilleur ne coûtait que neul’ sous de France le pot. Voyez s'il y a de là nécessité de se presser ainsi} et l'on dit ici que altesse montra une lettre de M. Scotti à M. de Saint-Paul par laquelle il manilait qnc, en siv,n*gimcnLs, il it'y avait pas 1,.500 hommes, mais elle devait être bien sèdbe ou bien jausse. S'il est encore là , vous pourrez savoir de lui mieux le détail, car je ne lui écris plus, et lui fais entendre , si vous l'avez agréable, ce <juc je vous écris , vous assurant que si son altesse y a de l'utilité, qui sera bien douteuse , il y a peu île gloire , laquelle on donne tout entière à sa majesté d'une sinci-re protection. Sur uÿ, le papier me lait finir et vous accuser d'étre sans lin ,

Monsieur ,

Votre trè»-liund>le et obéissant serviteur.

SswA».'

P. S. J’ai doonê mcf déjiêches à Fnmcrsrii Fnuiinni , qai ni’esl venu dcmandei' HQ passeport pour aller sûrement en Prureuce porter, dtt-üi de* d^pûcbes â M. le coinic Scotti. Je le loi ai doBoé » condition de le lolre viapr i Antil>es , Toulon et Canne* : U ts trouver, •*!! peut , le comte ScfJtli, auquel M. de Sabran o’ikrit plu» , i-ai le commerce doit , il me semble, être rompu. On m'écrit de Milau que ceux d'Espagne ne vcnlenl point publier les conditions que U ratiftcalion ne soit venue. Souveiie*-vodf que le duc de Parme sera trompé , et qnM aura besotn du roi.

Je vous ai donné avUj par mes deux précé^tntes , qvt.roii attendait ici , ii la hn d< ee mois inlaniibleMîit, sfai op sep{*cenls raisêoa de réaux sur les six galères de Doria qui sont allées ea Espagne ; et je'TOiu assure que , en qndqoe-étal que soit rarmé^n»vale , on ne t'en cüroiera que par des effet* , et si les vatsaeaiix uni k exécuter, rabsenm des galères J aûlrra.

J'aileadrai vos eoromodilé* et vos ordre* pour lo-sepulcrO que veos désina et étoffe» , et vous servirai partout de tout mou rccur et puissaoee. ne m'a pas mandé de la cour que de l'armée navale on leur ait écrit que son altesse de Parme ne pouvait être «ecounie que par diversion , mai* oo m'a écrit que )e ne le devais pas écrire. Vou« savez ce que j'ai écrit. • ,

Je n’écHs que deux lignes i M. le comte d'Harcourt» que l'on me dit i«i être parti

pütlrr Ix cuiir; li c<’U nV*l pxs , je vous supplie, comme je le lui écris, lut fcttre part des nouvelles. Ia-4 Es|}a);i|idi ineuacent à cette heure la YahcUue, cl pruiu^eu^ aux Grisons la leur rendre , el aç désiçer que la liberU' dos passages a loule ritalie , qu*ila disent que nous voulons seuls. M. le duc de Créquj^ est rappelé en cour. Je ne crois (MIS qu'il / retourne.

l/C roi en>çage M. de Bordeaux à tenter de nouveau l'attaque des îles, après son retour des côtes de Sardaigne, si les circonstances le permettent ; et il lui envoie eu même temps l'ètat des vaisseaux et galères ([ui doivent rester en levant ou repasser en ponant.

A M. I.’aRCHEVËOLIE de BOROEAl'X.

De Paris, le ft^vrier i63^.

Mous, l’archevêque de Bordeaux , je veux espérer qu’culiii le bonheur de mes armes vous mettra eu main quelque occasion pour les employer plus utilement qu’elles ne l’ont été jusques ici, de sorte que si la résolution que vous ave?, prise de descendre en Saixiaigne est suivie de quelque bon succès , je m’assure que vous n’oublierez rien pour en tirer tout l'avantage possible ; et , bien que je ne doute pas (pi’avanl d’entreprendre ce voyage, vous n’ayez pourvu à ce qui vous pouvait être nécessaire pour le faire lèussir , soit par le moyen du fonds que j’avais ordonné pour le secours de mon cousin le duc de Parme , soit par celui des vivres que les procureurs de mon pays de Provence ont eidin résolu de donner aux troupes que j’avais destinées au service de mondit cousin, je vous dirai d’abondant : que je trouve bon ipie vous vous serviez du nouveau tonds que je vous ai fait naguère-s porter, prévoyant que s’il arrivait changement au dessein du voyagede Parme, le voisinage et l’objet présent des lies Sainte-Marguerite et Saint- Honoiat , joint aux avis de la faiblesse de ceux qui en ont la garde , vous pourraient porter à employer les troupes embartjuées et toutes préparées au combat , à en tenter la conquête, que vous savez importer

— DifUized-by ^^ogle

LETTRE DU ROI. — FÉVRIER IC37. ‘iil3

plus, que toute antre chose à la réputation de mes alTaires et ii mou coatflNtcmciit , ainsi tpie je le vou.s .ii tait savqjr. plusieurs fois , et pirticulièrenicnt par m.t ^rnijii||^ dépêche . aiil l’attaque des ilcs, dont je laisse l'eatcution à ce que vous trouverez dans le conseil de guerre être pins avantageux au bien de mon service , soit que vous vous arrêtiez en Santaigne , ou que vous reveniez dans mes cdtea de Provence. Après quoi, si vous jugez que votre séjour par-delà ne soit plus nécessaire, je désire que vous repassietidans les mers du ponant avec le nombre de vaisseaux porté par l'état que je vous envoie, ne doutant pas qu’avant votre départ vous n’établissiez un si bon ordre pour l’entretenement de mon armée navale dont je laisse la conduite à mon cousin le comte d’Ilarcourt, cpie j’aurai tout sujet de croire que, connaissant coininc vous faites que mou service est i^alcment intércssi‘ dans la subsistance , tant des vaisseaux qui restent en levant que de ceux <pie vous commanderez dans l'àrmée du couchant, vous n’aurez pas moins d’alTection pour la conservation des uns que des autres; ce que j’ai bien voulu vous coter par exprès, afin qu'étant bien averti de mes intentions , j’aie dans cette rencontre la satisfaction de vos soins que je m’en suis toujours promise. Sur epoi je prie Dieu vous avoir, mons. l’archevêque de Bordeaux, en sa sainte et digne garde.

■ LUUIS.

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