‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 97 sur 171 · V. Amedro · texte numérisé non relu

V. Amedro

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M. de Noyers engage M. de llordeaux à essayer de surprendre, par un hardi coup de main, les garnisons espagnoles des îles Sainte-^larguerite et Saint-Hononit, qui, d’après les avis reçus, ne s’attendent pas à une attaque.

LETTRE DE M. DE NOYERS

A .M. L'aRCHEVÈQUK DE BORDEAUX-

De Pari*, le i6 fevrier 1637.

.Monsieur , •

Si le devoir de ma charge ne m’obligeiiit d’écrire et de recevoir des lettres de tous ceux <jui sont employés pour le service du roi , je vous supplie de ci'oire (|ue ce me serait une grande décharge de n’avoir à recevoir des avis de ce (pii se passe en Provence que de vous seul , et de vous ôter, par mon ÿileiice, le sujet de m’éerii'C que j’en recevrai des nouvelles par d’autres auxquels j’ai plus de créance qu’en vous. Dieu vous le pai-donne , monsieur, mais en vérité j’ose vous dire que je ne vois point sur quoi vous ave/, pu fonder ce jugement; car de ci-oii-e que vous vouliez entcntlit; monsieur de Vitry, je ne le puis seulement penser; que ce .soit M. de Frémicourt ou de Raume, cela me tombe aussi peu dans l’esprit , vu que vous savez la dillcrence trop grande de vos conditions pour tpi’il puisse y avoir ou comparaison ou (X)mpétence. Ce (jue je n’ai pu m’cmpécher de vous écrire , vu que je ne vois point dans ma conduite ce qui aurait donné matière à c*ette pensée, et que je me suis toujours tenu dans une si grande égalité qu’il m’est insupportable que vous ayez pris des impressions contraires. Cette dépêche vous devrait bien confirmer dans celle ci'éance si j’avais quelque part dans les résolutions que le roi me commande de vous envoyer, et si plutôt je n’étais que la plume qui énonce les volonté's démon maître et un faible instrument de la signification de ses intentions, vous verrez par icelle comme sa majesté vous remet en main la conduilc d’une des plus belles occasions de gloirequi se soient pré.sentées depuis que vous êtes employé pour son service sous les oivlres de son éminence dans le levant, occasion que vous jugerez comme nous

LETTRE DE M. DE NOYER^. — FÉVRIER 1637. 297

très-capable de remettre .en hoiinei)n4HS|||^es de sa majesté , que le manquement de la preq^ièrlt entrcpris^t^nutilité de celle du secours de Parme avaient beaucoup MVisé daiu les esprits de toutes ces contrées, qui en atMMbfieut tout antre ebose. L'ouvertur^en a été faite sur l’avis que sa majesté a reçu du traité de Parme avec les Espa^piols ; et véritablement j’estimerais facilement que Dieu, qui a toujours assisté le roi et son éminence dans toutes les plus ^pides alTaires de cet État, nous l'a mise en main pour un excellent moveit de faciliter la paix universelle, à laquelle tout le monde aspire. Et parce que sa majesté, par sa lettre , vous instruit'UI^. particulièrement de ses desseins en cette renooiiLre, vous trouvères bon tpie, me remettant à ce qu’en apprendrez par la lecture de ladite dépéobe;' je vous dise seulement que son éminence a une grande espérance en vos soins et dans les eiforts que votre zèle et alfection pour son can^lement vous feront faire dans cette occasion. Le pays, qui croira toajoun-'Ypie vou». .continuez dans le secours de Parme, ayant tatte fois résolu de doniisr aux troupes la jdislslanoe que le roi avaît-délirée d'eux, iiepourra pas fafre dillicidlé de la'lburnir ; et s’il«rrivait que manque du secret votre entreprise, ou plutôt surprise, vint à élrudivulguéc, d’autant plus volontiers y contribueronUils ((ueÉanàire touebe de plus près la.Provence que celle du secom-s de Parme. Enfin, inonsieur, c’est un coup de résolution, de coeur et de généiosité qui ae doit exécuter brusquement ; car si l'on s'amuse tairt soit peu à vouloir amasser tout ce qui Mmblerait nécessaire pom- faire une attaque réglée, perdant les avantages que la siii-pvise vous donne , rairaira.celaa|]wad^»ji’impossibilité. J’en écris à le comte d'ilar- •ourt et à IVf. de Baume, rpu en feront part à M . de Frrémicourt . J'etrvoie aussi urte lettre de créance sur ledit sTeur de Baume pour M. le ruaiécbal de Vitry , tr'ayitnt pas été jugé à propos , vu ce qui s’est passé , de votrs les adresser ni à M. le comte d’IIarcour^ Que si toutes vas troupes étant embart|uécs vous pouvez vider l’^aire coirrmc un dessein pris sur-le-champ, sur- quelque avis de- la faildesse des garnisons enttetttiee, et que vous puissiez vous passer de ce qtti est à terre , la gloire sera d’autant plits gratrde qu'elle sera moirts partagée ; si voits ne jugez pas le pouvoir &ire , vous en userez selon que la nécessité vorrs

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y obligent. Cette expédition se doit faire par la voie des surprises, pétards , échelles , haches , grenades , soutenu» par toutes vos forces , comme si c'était une attaque régulière. Ce que je dis par avis, ne pouvant pas deviner de sj loin ce que le lieu , le temps et 'l’ennemi vous permettront de faire. J’en écris aussi à M. Guérapin et l’oblige au secret, en sorte tpie je m’assure qu’il ne le violera pas. On a jugé qu’il y aurait mille petites choses qui ne se pourraient faire que par une personne qui ait ses habitudes dans le pays, comme lui. Dieu conduise la barque s’il lui plait! Après cela, nous vous attmdrons en ponant, où, étant maître de la flotte, son éminence croit que vous aurpe plus de champ et plus de facilité à exécuter vos bonnes volontés et à faire agir tout oc monde, qui ne reconnaîtra que vous. Les douze vaisseaux que vouswez oixire de ramener étant joints à ceux que son éminenœ fait préparer dans les mers de deçà, vous formeront uii corps d'armée assez puissant pour vous donner moyen d'entrcprendre'qnelqne chose de considérable; mais , nvaut ipie partir, il vous plaira, pour l'amour de son éminence, de laisser de bonnes instructions à M. deXauçon et à M. Lequeux de tout ce qu’ils auront à faire pour la conservation de la flotte qui reste dans le levant sous les ordres de M. d'Harcourt; car vous savez que l'une et l’autre étant au rot et dans la direction de son éminence, vous devez avoir un amour égal pour le bien commun de toutes ces flottes. Je m’imagine que si Dieu donne succès à cette dernière entreprise, ilsera bien à propos que, devant que vous fassiez voile pour le retour, vous en attendiez un nouvel ordre, vu que cela changeant l’état des alTaires, il pouriait aussi appoi-ter changement dans la résolution d’un voyage qui a été prise avant que l'on eût pensé de cette dernière proposition, pour l’heureuse exécution de laquelle je prie Dieu de tout mon cœur, et qu’il vous continue avec autant de santé et de satisfaction '«pie voasj en souhaite, 'c

Monsieur ,

Votre tW's-humhle et très-alTectionné serviteur.

De Noyebs.

M. de Sabraii rend compte à M.;de Bordeaux de l’impression causée en Italie par V^ri^lâtion de M. le comte Fabio Scotti ; il ajoute ensuite quelques détails sur la destination des armements'espagnols.

A^jnVARCHEVÊQUB DE BORDEAUX.

- . .... Hu Hernicr de février 1637.

Monsieur,

L’<^inion que vous êtes en mer et que j’aurai loisir de vous écrire {dus d’une fois, fait que je suis court et vous accuse seulement, comme j’ai déjà fait, la faveur des vôtres du 8 et depuis de celle du 1 1, où j’ai vu avec étonnement que le personnage que vous savez, ail été de si peu de prudence à ménager l’avis qu’il avait eu de son maître, lequel , quand il ne| lui eût mandé de procéder envers le roi et envers M. le comte, d’Harcoui't avec les respects convenables, il y aurait dû suppléer au défaut , étant croyable que si son maître ne le lui avait enjoint, que il aurait cru qu’il s’en saurait bien démêler convenablement au devoir et aux témoignages qu’il m’avait donnés de sa reconnaissance de tenir du pui^nt appareil et de la favorable protection du roi tous ses avantages, de demeurer dans un perpétuel ressentiment de l'obligation é^ 'son serviteur. Je ne crois pas que vous ayez rien pu ajouter à la civilité dont jro^ a u^, et je m’étonne que la connaissance du mpect dû , et de l’obligation où le tenait sa charge de maréchal-de-camp, ne lui ait persuadé de faire allègrement ce qu’il ne pouvait éviter de faire, et d’autant plus qu’il est de gi'aude importance à son maître <pre l’Espagnol ne croie pas qu’il ait donné sujet au roi de plus de satisfaction ni qu’il soit hors d’espoir d’en être protégé toujours, au besoin, comme trop d’éclat d^’être toujours avec le roi en bonne intelligence pourrait produire une jalousie tpu servît d’excuse aux inexécutions que j’estime que nous verrons, puisque l’Espagnol tient si secret les astuces, ou pour la honte de les publier si avantageux, pour fuir de corabatti^e

avec le secours , ou poua- se garder de publier des choses auxquelles ils ont dessein de rapporter de la restriction ou de les mal exécuter, sous pretexte de la ratification que l’on attend d’Espagne , qui présuppose que le tout est conditionné au consentement du roi d’Espagne.

L’on a fort parlé ici de la rétention de la personne dont v>ns m’écrivez , mais toute la faute lui én est imputée , et que vous n’en avez pu user autrement; mais parce qu^ l’on en peut tirer des conséquences «pic le roi ne soit pas bien satisfait de son maître, dont l'opinion lui sei-ait préjudiciable , j’ai fait connaitre qu’il avait bien lui-méme désiré, selon les ordres qu’il en pouvait avoir eus , dépécher à ,1a cour avec plus de diligence que son âge ne lui permettait de faire, tant'pour donner avis de ce à quoi la nécessité et l’oifre de grânds avantages avait astreint son maître, comme pour en rendre au roi les très-humbles grâces et lui demander congé comme maréchal-dorçamp de sou armée, dont il attendait les réponses , afin d’adoucir sa faute.

Je vois parcelles que j’ai reçues de la oour,-du,8 août, les avis de l’accommcMlement de Monsieur, tpi’oq y avait pris'opinion , ou de mes lettres ou de celles de Plaisance, que les-négociatioDS y étaient fortes et les nécessités urgentes; car on m’écrit qu’on croit le secours dès-lors prêt à partir comme il était, etxjue quand ce pi'ince, pressé de quehjue néeessité , aurait pris la voie de négociation pour sortir des alTaires , le roi ne lui en saurait pas mauvais gré, croyant bien que ce serait avec toute la bienséance requise; ce qui me persuade que le roi avait rendu ce prince libre de tirer du sccoiu's et de son appareil ses avaiftages, ou par les armes , ou par la négociation, et que, l’un et l’autre , s’il a bien fait ses alliiircs, ne lui sera pas désagi-éable. Dieu veuille que j’apprenne bientôt cpielque bon exploit de l’année navale, ce qui fera d’autant plus éclater l’efiort qu’y eût fait ce secours, me réjouissant du secret qui est obsené au dessein que l’on peut avoir, qui est de toute nécessité; car, au milieu de la province et partout vous ne manquez pas d’espions, et nul ne vient ni écrit ici qui n’en dise plus qu’il n’en sait. Si, à votre retour, le reste de l’année et les galères pouvaient être en état d’entreprendre, et que ce fût avant l’envoi des galères ennemies, que la fia de mars hâtera, il y aurait bien de la facilité à toute exécution, et

même poiur celle que l’on a manquée, où la surprise est avantageuse et où il n’y a jamais provision pour trois mois, du jour même qu’on les ravitaille. Le grand-duc se presse de mettre en état ses galèm : le prétexte'est 'd’aller en Levant, pour abuser les mariniers et les soldats français J le but est pour servir l’Espagne. J’ai envoyé partout les copies des abolitions que vous m’avez envoyées; j’en tirerai toute l’utilité (|u’il me sera possible pour le sei'vice, et en toutes occasions rechercherai les moyens de vous témoigner combien je suis de toute obligation,

Alonsieur ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Sabra.v.

Génct, ce iS f^rritr 1637.

P. S. Monsieur, je tous supplie avoir agréable que ce coin soit réserve pour les assurauces de mon Irés-homble service à M. le comte d’ilarcourl. L’Espagnol a rni le surprendre par trahison , a^-ant , pw traité signé du marquis de Leganez , le 1 7 , fait offrir à M. de Montgaillard , gouverneur, 3o,ooo livres, 6,uoo de pension, charge de maiire-de-camp de cinq renls chevaux et une abbaye au moine qui traitait, une compagnie de chevau-légers & son frère. M. de Montgaillard a fait saisir le moine. Je voudrais que l'on eût été en état d’achever le jeu en attrapant les mille chevaux et quatre mille iiommes qui s’étaient avances vers Mortara pour cet effet , vu que l’argent eût été touché.

M. de Coigny «st parti. pour la cour le 16 février 1687.

A son retour de Sardaigne^ M.^ de Bordeaux envoya à la cour la relation suivante de 1 attaque d’Oristan, faisant toutefois remarquer que l’ordre d’abandonner puis de piller la ville, a été donné sans sa participation.

RELA'TION

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