‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 98 sur 171 · ENVOYÉE A LE CARDINAL LE 28 FÉVRIER · texte numérisé non relu

ENVOYÉE A LE CARDINAL LE 28 FÉVRIER

Tous les navires ayant é^ amenés dans le port de Toulon, où tous les équipages se défaisaient à vue d’œil , l’on s’est clforcé de les re-

UVliE II. — CHAP. lU.

mettre à b mer pour le secourt <le Parme. Ou les a enriehiaillës pour deux mois, nia des vivres pour quatre mille Sommes pendaot trentesix jours et embarqué tous les gens que sa majesté avait ordonné.

Tout ce que dessus ayant été exécuté dès le 6 de février, le comte Fabin Sootti a dilFéré jusques au 9 février, sous prétexte de maladie, à s'embanpier, autpiel jour il déclara l'accommodmnent de son maiti'e.

Ce qui ne donna pas moins de peine à prendre b résolution de ce que Ton avait à faire que de dépbisir de voir ses travaux inutiles, voyant que d'un côté les troupes se perdaient si on les mettait à terre , et les équipages qui so dissipaient dans le port, et de l'autre, que si on les éloignait des porta, que tous leurs vivres se consommeraient inutilement; ce qui a fait résoudre d'entreprendre un petit voyage jusqu'à Orislan , auquel lieu on est arrivé le 22 de février. Le 23 , à la pointe du jour, la tour qui commandait la rade avec quatre pièces de canons, savoir deux de fonte cl deux de fer; b tour qui a vingt-quatre toises de diamètre, et les murailles de trois toises dfépeissear.par en haut et élevées juMpi'à viugt-quaüe pieds de haut, se rendit, après quelcpies coups de canon, qui lui furent tirés par un vaisseau du roi, commandé par le sieur Porteiioire.

Le même jour, l'armée marche droit' à la vilb principale de cette contrée, qui se nomme Oristan, dans laquelle est l'archevéché de b Sardaigne, qui est composée d’environ deux mille maisons et de quelque quinze ou vingt mille âmes , compris scs fatibourgs. Sur le soir de ce même jour, on entre dedans b ville, on défend le pillage.

Le lendemain, 24, M. d’Harcom't y entre avec le reste de l'armée.

L'on traite avec tous les habitants, qui avaient abandonné, pour les obliger de revenir à leurs maisons. Comme l’on était sur ce traité, quelques soldats insolents pillèrent quelques maisons, et, depuis ce temps-là, quoi ipie l'un pût faire, soit pour cette raison, soit par b défense du vice-roi, on n'entendit plus parler de ce traité.

Le 25 , le comte d’Harcourt , avec toute son armée , s’en alla à b campagne voir ce que c'était de quelque cavalerie qui paraissait; il y eut quelques escarmouches oii MM. de Castebn et Lagenac se mêlèrent parmi les ennemis. M. d'Harcmirt coucha à Cabri, qui est à deux lieues

RELATION. — FÉVRIER 16.17. :m

He la Tille , et M. de Boi-deaux oouddia dans la ville avec deux ou trois cents hommes du régiment de Vaillac, et cent cinquante soldats des vaisseaux commandés par les sieurs de Cangë et de Gnitand.

Le 26 , le sieur archevêque de Bordeaux prit lesdiu cent cinquante hommes des vaisseaux et pareil iioml>re du régiment de la Tour, qui était à la garde d'un pont , pour s'en aller trouver le sieur d’Harcourt , et conférer de ce qu’ils avaient à faire.

Il fut résolu que l’archevéqne de Bordeaux s’en irait aux vaisseaux pour s’en revenir à lendemain matin , avec tout ce qu’il y avait

de bateaux<^t de chaloupes dans l’armée poiu* monter jiisrpi’an port , et que, pour tenir la rivière assuiv^e, on enverrait mille hommes tout le long des bords, et deux cents hommes du cdté de la ville.

M. l’archevêque de Bordeaux ne manqua point, à la pointe du jour, de se rendre audit lieu. Comme cpielques chaloupes marchèrent devant lui, elles furent chargées par les ennemis, qui occupaient le lien que devait tenir le fégiment «flt’on y devait envoym-, oft il fut tué dowee on quinze matelots, et quelques chaloupes enfoncées , ce qui obligea M. de Bordeaux de s’en retonmer à la tonr , où étant , sur le soir , il vit arriver M. d’Harcourt avec son armée, laquelle campa au pied de la tour , et le lendemain', 27, se rembarqua.

Le conseil de quitter la ville , de la piller , et de se rembanpier , a élrrésolu sans M. de Bordeaux.

Par cette lettre, M. le cardinal de Richelieu autorisait M. de Bordcattx à poursuivre l’ertlrcprise de Sardaigne, bietr rpi’elle eût été commencée sans l’avis du roi.

LETTRE DE M. LE CARDLNAL DE RICHELIEU

A M. L’ARCttXVÊQt'E DE BOimEAL’X , TOUCltANT t'ESTREPRiSE SlIR LA SARDAIGNE.

Df Ru^l, le I** mari 1627.

MonsiEiat ,

Le roi laisse libre à M. d'Harcourt et à vous de voii.s gouverrrer en l’alTaire que vous avez entreprise en Sardaigne ainsi que vous l'estimerez

à propos, sans tous prescrire aucune chose; partant, ce sera à tous à prendre tos mesures selon que la faciliui ou difficuW que tous trourerez sur les lieux tous y obligeront.

Le sieur de Caen m’ayant dit qu'il y axait trois ou quatre xaisseaux qui dilTicilement pourraient repasser le Détroit, je remets à Totre jugement il prendre en cela le parti qui sera le plus expédient. Il dit qu’ils ne Talent rien qu'à brûler pour en tirer le fer; je ne sais s'il dit vrai , aussi estimé-je plus à propos, pour le service du roi, m’en remettre à TOUS que d'en faire une plus grande enquête. Si on est contraint d’en user comme il le propose, il faut avoir soin des agrès, et surtout des canons, qu’il faut rapporter soigneusement pour en armer d’autres. r

Si les ordres du roi fussent arrivés avant le parlement île l'armée pour la Sardaigne , on croit qu’il eût été plus à propos de s’attacher à l’attaque des lies en l'état auquel on représente qu’elles sont; mais il ne reste maintenant qu'à tirer l’avantage qu’on pourra du voyage que l’on fait , auquel il faut bien prendra garde à ne s’embarquer pas en un dessein pareil à celui que les ennemis ont fait aux Iles , qui les embarrasse et leur coûte beaucoup plus qu’il ne leur apporte de profits et d'utilité. J’espère, par la gnlce de Dieu , que toüt ira bien. Cependant je TOUS prie de croire que je suis ,

Monsieur ,

Votre très-alTectionné confrère à vous rendre service ,

Le Cardinal de Richelieu.

M. de Sabran annonce à M. de Chavigny que les Espagnols mettent de grandes lenteurs à exécuter le traité qu’ils ont conclu avec M. le duc de Parme, et que la descente des troupes françaises à Oristan en Sardaigne a causé une profonde sensation en Italie.

Page 1