‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 108 sur 160 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Lettre de M. le cardinal de Richelieu à M. de Guitaud, gouverneur des îles Sainte-Marguerite.— Trêve accordée au commandant des îles pour l'Espagne. — Capitulation de l'tle Sainte-Marguerite. — Exécution de la capitulation de l'île Sainte-Marguerite. — Relation de l'attaque et de la prbe des îles. — Articles accordés à la garnison espagnole sortant de Saint-Honorat. — Dépêche de M. de Bordeaux concernant l'organisation militaire et le gouvernement des îles. — Lettre de M. le cardinal de Richelieu à M. de Bordeaux sur l'heureux succès de la reprise des îles. — Lettre de M. de Bordeaux à M. le cardinal de Richelieu sur le traité (ait avec le gouverneur espagnol de Saint-Honorat, — Le roi à M. de Bordeaux sur la fortification de$ îles. — Lettre de M. le cardinal de Richelieu au sujet de l'armée navale et des garnisons qu'il faut laisser en Provence. — Mémoire de M. l'archevêque de Bordeaux sur ce qu'il faut iaire pour mettre la côte de Provence en sûreté. — M. le cardinal de Richelieu engage M. de Bordeaux à rester dans le Levant. — Les Espagnols tentent une descente à Saint-Tropez et à Fréjus , et sont repoussés, — - Lettres de M. de Bordeaux à M. Justinian sur son vojage aux côtes de Barbarie; — à M. de Sabran sur l'armée navale d'Espagne ; — et â M. de Nojers sur ce que la multiplicité des commandements paralyse l'action de son autorité et nuit au service de sa majesté. — Le cardinal de Richelieu à M. le comte d'Harcourt ; — et à M. de Bordeaux , touchant le rappel de M. d'Harcourt. — Le roi i M. de Bordeaux sur l'armée navale. — M. le duc d'Haluin à M. de Bordeaux. — Mémoire du roi à M. de Bordeaux sur les moyens à prendre pour s'opposer i la descente des Espagnols en I^anguedoc.

Mai — jéoût 1687.

Le siège des lies Sainte-Marguerite et Saint-Honorat étant conduit avec la plus grande vigueur, et le gouverneur espagnol de Sainte-Marguerite ayant d'ailleurs conclu un traité secret avec M. de Bordeaux, traité par lequel il consentait à laisser débarquer les troupes françaises sans les inquiéter , moyennant deux mille pistoles , les îles retombèrent au pouvoir du roi.

On voit par une autre note de M. de Bordeaux à M. le car-

dinal de Richelieu , qu'ayant aussi gagne le confesseur du gouverneur de Sainte-Marguerite, non seulement il avait appris par lui les dispositions des ennemis pour la défense des îles, mais encore leurs projets ultérieurs, et entre autres celui dune attaque sur Toulon. Ce prêtre, Sarde de nation, devait de plus continuer de donner les mêmes renseignements, moyainant un présent annuel de mille pistoles.

Une fois maître des îles , M. de Bordeaux , convaincu de toute leur importance maritime, militaire et commerciale, adressa de longs mémoires à M. le cardinal de Richelieu sur le moyen de mettre désormais ces possessions à l'abri d'un coup de main. Dans une autre dépêche fort étendue, M. de Bordeaux

proposa aussi de nouvelles et grandes améliorations à introduire dans la fortification et le gouvernement de la Provence. L'idée dominante de ce prélat était surtout de centraliser les différents pouvoirs, dont l'action rivale avait si souvent et si dangereusement nui au service du roi; en outre, M. de Bordeaux donne, dans cette dépêche, un curieux tableau de l'organisation civile et politique de la Provence comparée au génie de ses habitants. Il est évident que les ouvertures faites par le confesseur du gouverneur de Sainte-Mar^erite touchant les projets des Espagnols sur Toulon, engagèrent surtoutM.de Bordeaux à s'occuper si particulièrement de cette province , et à signaler à M. le cardinal de Richelieu le mauvais vouloir des gentilshommes du pays, qui avaient presque tous refiisé de se rendre au siège des îles , tandis qu'au contraire le parlement de Provence avait prêté au service du roi le meilleur concours, en rendant des arrêts souvent opposés aux ordres de M. le maréchal de Vitry, qui prétendait gouverner militairement cette cour souveraine , et ménageait peu les vrais intérêts du pays.

Depuis la reprise des îles jii3qu'à la fin du mois d'août, il ne se passa qu'un fait maritime considérable, à savoir, la descente que les Espagnols tentèrent en vain à Saint-Tropez, car ils furent vigoureusement repoussés, et larmée navale resta dans le levant.

Malheureusement les divisions et les rivalités qui avaient eu l'année précédente de si funestes résultats , se réveillèrent avec plus de force que jamais , entre MM. d'Har court , de Vitry et de Bordeaux. Les deux premiers se liguèrent contre le prélat , et entravèrent à tel point son autorité qu'il demanda formellement au roi de quitter son^service et de revenir en France. Mais , sur la nouvelle que les Espagnols devaient effectuer une descente sur les côtes du Languedoc , le roi ordonna à M. de Bordeaux de garder le commandement de sa flotte, et engagea M. d'Harcourt à demeurer dans les limites de ses fonctions, sans rien prétendre sur celles de M. de Bordeaux.

Instruit de l'heureuse attaque des îles, le roi nomma M. le chevalier Guitaud gouverneur de ces possessions.

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

Mons. l'archevêque de Bordeaux , comme il semble que je me doive promettre Fassistance de Dieu, après qu'il a favorisé, comme il a fait| votre descente dans mon ile de Sainte-Marguerite , et que vous avez conduit l'entreprise au point qu'elle est , voyant, par les avis qui viennent de ce pays-là, que l'on avait réduit les ennemis dans le circuit du dernier fort de ladite ile, et que l'on avait commencé de le battre si puissamment dès le 27 du mois passé, qu'il y avait apparence que vous les obligeriez bien à se rendre, j'ai estimé nécessaire de penser à une personne capable de commander dans ces lies lorsqu'elles seront

réduites en mon obéissance , et j'ai jeté les yeux pour cet effet sur le $ieQx chevalier de Giutaud; désirant qu'après qu'il aura plu à Dieu donner ce succès à votre entreprise , mon cousin le comte d'Harcourt établisse ledit chevalier de Guitaud , tant en ladite ile de Sainte-Marguerite qu'en celle de Saint-Honorat, pour y commander sans dépendre d'autre que de moi , et ce en attendant que je lui envoie les commissions nécessaires pom* s'y établir comme il sera convenable; mon intention étant que qui que ce soit, que vous et mop cousin le comte d'Harcourty n'ait connaissance de oette résolution jusques à ce que vous ayez entièrement chassé les ennemis desdites îles. En m'assurant que vous satisferez à ce qui est en cela de ma volonté , je prie Dieu vous avoir, mons. l'archevêque de Bordeaux, en sa sainte garde.

Écrit h Versailles, le 6 mai 1637.

LOUIS

SUBLET

Le gouverneur espagnol de Tile Sainte -Marguerite ayant demande une trêve, elle lui fat accordée aux conditions suivantes :

TRÊVE ACœRDÉE AU GOUVERNEUR DE SAINTE-MARGUERITE.

Page 1