‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 107 sur 160 · SCHONBERG · texte numérisé non relu

SCHONBERG

P, s. Si je trouve la difficulté que je crains k faire résoudre les patrons k porter kur blé aux tles , par le hasard qu'ils croient qu'il 7 a à dire, je ferai prendre les barques chargées , et tous les (Serai meiier par force avec des soldats; car il n'j a point de sûreté à ces canailles de patrona.

348 LIVRE II. — CHAP. lU.

M. de Sàbran continue de renseigner M. de Bordeaux sur la position politique et sur les projets des différents États dltalie, ainsi que sur les plans de campagne des Espagnols.

A M. l'archevêque DE BORDEAUX»

0e Génet ,. ce 9 aYrB 1637.

MonSIEUR y

Il y a quatre ou cinq jouï^ que je me suis donné Tfaonnem^ de répondre à la (âvenr de la TÔtre du 31 de mars par celui que vous m'avez envoyé avec la relation de Theureux succès du débarquement et prise des forts de Sainte-Mai^^rite a un près, dès le mois passé. Vous ne sauriez assez croire de quelle réputation est cette action et de queUe terreur est ici la manière dont chacun a combattu. Je vous envoie un piéton génois dont je me fie , afin qu'R apprenne cette route , ou je donnerai cette lettre à un Français de Normandie qui seirait par nécessité le grand-duc et contre son cœur , n'osant paraître chez soi pour> ses dettes, et sur l'avis qu'il pourra étxe compris en la grâce* Quand j'aurai écrit, je verrai ce qui sera le plus sûr, et n'épargnerai pas la dépense d'un piéton puisque vous me l'ordonnez. Ainsi je vous donnai aussi avis le 2 de ce mois,.par deux lettres données a des Français qui peut-être auront débarqué vers Toulon ou Mai^seille , que le duc Doria préparait quatre galères, mais on en avait auparavant dépéché de Savone une , laquelle était partie sur les alarmes que le prince de Monaco avait données ; et hier est arrivée ici avec bruit qu'elle a semé d'avoir mis dans l'ile de Saint-Honorat de la poudre et de la mèche qu'ils avaient mis sur un brigantin du prince de Monaco ; et ce, trois heures devant le jour, sans aucun péril, parce que nulle de nos galères n'était en notre armée. Us ont dit qu'ils n'ont pas voulu débarquer de soldats , parce que ceux de SaintrHonprat ont dit qu'ils n'en avaient pas besoin, et qu'on y en avait envoyé de Monaco vingt-cinq des meilleurs , et qu'il n'y a manquement que de bois , auquel on pour-

voira par les galères de Doria. Il semble qu'il est malaisé qu'ib aient mis quelque chose à Saint-Honorai| où la galère dit avoir demeuré deux heures de soleil ; et ne crois pas qu'on y eût refusé de soldats si on en y eût pu mettre , et en tous cas, comme je réponds, ils n'ont pu mettre poudre , ni biscuit, ni hommes à Sainte-Marguerite, qui en a besoin le plus , et laquelle gagnée , Saintr-Honorat ne peut tenir ; et crois que tbut ce qu'ils ont dit soit un artifice.

Il y a trois jours que cinq galères Doria^ outre celle qui revient des lies et une qui est à Savone, sont espalmées '• On a coutume de se servir à cet effet de barques qui se tiennent voisines. Un officier espagnol desdites galères voulut se servir d'une des miennes, et arrogamment Ta voulu contraindre en ce port ; ceux de la barque m'avertirent. Je mandai aussitôt que la barque tirât sur ladite galère et sur ce brigantin s'il ne se désistait, et à deux vaisseaux d'Olonne d'en faire autant, et en envoyai l'avis au palais, qui , pour éviter ce désordre, dépécha à cette galère de n'employer aucune barque française , puisqu'il faisait en* tendre que nous n'étions pas en tenips de courtoisie entre Français et Espagnols. Cependant six sont espalmées et prêtes à partir, dès au soir, pour charger «inq cents Espagnols naturels que l'on attend de Milan. — L'on me vient de donner avis que la moitié s'en est fuie vers Seravalle, et on assure qu'elles vont droit aux îles, sur l'assurance que nos galères n'y étant , elles ne sauraient être empêchées d'y débarquer l'infanterie et toutes choses nécessaires. Je vous puis assurer que l'on dit que les galères ne sont pas en état , et que cette seule créance donnera courage de tenter le secours , et diminue grandement l'opinion de votre succès à l'avenir.

La galère de Spinola, qui sur les avis de Monaco était allée vers Naples pour hftter secours, est à Livoume; et Sabran , par l'intelligence qu'il s'est procurée de nouveau avec une personne de la maison des ministres d'Espagne , a su que ledit Spinola mande que chez Naples on met en ordre soixante galères, et envoie ordre en Sicile d'en faire autant, et que deux galères avaient été destinées pour Sardaigne ; mais que l'avis de

' Prêtes à mettre en mer.

la retraite les avait arrêtées , et que le vioe-roi Fayait chargé de re* passer vers le grand-duc , lequel joindrait quatre' galères à celles d'Espagne quand toutes les escadres seraient jointes ^ parce que , ayant envoyé ses trois vaisseaux en une entreprise secrète en levant, il était contraint d'y envoyer deux de ses galères. Et encore que l'on dise que les six de Doria aillent pour porter secours , je n'en crois rien depuis qu'il est arrivé tout à cette heure une felouque qui assure que la galère qui a été aux îles n'en approcha que de huit milles, et que seulement elle a envoyé une Coraline ' à Saint-Honorat y jeter mèches et poudres inutilement , car il est assuré qu'il y a fort peu d'hommes en Saint-Honorat , et que si on croyait que cette île se pût défendre on y aurait jeté quelques hommes : c'était possible.

Il faut donc croire que les six voudront attendre celles de Naples et de Sicile qui doivent prendre celles du grand-duc, et qu'elles veulent se trouver prêtes pour ne faire retarder les autres ; néanmoins , si le retour de cette galère de Sicile n'y apporte du changement, elle devait partir aujourd'hui et prendre près d'ici des sdidats du Milanais ; et l'on croit que c'est plus pour renforcer Monaco, que pour le secours des lies ; mais si une escadre de vos vaisseaux les pouvait rencontrer en faisant une revue par cette côte jusques dans Yaye, ce serait une bonne affaire , et qui donnerait à penser à d'autres. Enfin tenez assuré, selon ce que le susdit a écrit, que les galères du grand-dwc ont ordre d'être espalmées le lendemain des fêtes , et qu'il est aisé à juger que celles de Naples et peut-ébne d'Espagne ne devront pas être loin de Livourne et peut-être les vaisseaux de Naples; car^ pour, les vaisseaux de Caillai^y, Sabran a reçu l'avis que l'Espagne n'y espère rien , car les deux tiers des mariniers étaient morts ou hors de service.

Je viens d'apprendre par un qui m'a rendu une lettre de M. de Vitry que m'a rendue un Français qui va à Livourne, que quatre de nos galères étaient en l'armée et six de plus y arrivaient ; je veux croire que toutes y-seront à cette heure , car il est nécessaii^ que vous soyez fort en mer et que rien ne puisse secourir les lies, qui sans doute manquent de plomb , de poudre et d'hommes. Toute la plus grande

' Bâtiment léger servant à la pêche du corail.

crainte est par-deçà de perdre Monaco , et c'est là que , si Ton ne peut mieux I on veut jeter les soldats qu'ils ont choisis.

Le porteur m'apportera vos commandements s'il vous plait , et me croyez sans réserve.

Monsieur, votre, etc.

Sabran.

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

Do GéoM, le i3 aTril 1637-

Monsieur ,

Depuis mes réponses par votre piéton , je vous ai dépéché avant-hier un autre piéton avec deux des miennes, et parce qu'il y peut avoir des accidents , je vous en envoie le duplicata par cette conunodité , et vous donne avis que deux galères de Doria sont seulement parties la nuit de la veille de Pâques ; qu'elles. ont embarqué seulement trois cents soldats de neuf cents, moitié espagnols , moitié italiens, qui venaient de Milan,, les autres s'en étant fuis sur le bruit que c'était pour aller aux îles, où ils ont tant souffert : elles sont allées à Monaco, pour de là espérer occasion de décharger aux lies cette soldatesque , les munitions et bois. Et le sujet pourquoi les quatre galères avaient tant tardé à partir, c'est que l'on était après rallier ces soldats fuis, et que toutes les munitions s'étant perdues sur la galère qui se brûla, il y a fallu avec peine en chercher d'autres. La chiourme de quatre galères était sur cette galère-là , et tout s'y est perdu avec quelques^ mariniei^s et officiers et toutes les munitions; et si le feu n'eût donné par le bas et que deux barils seulement prirent le feu et Grent ou?rir la galère , toutes les galères de Gènes et autres étaient perdues. L'on attend les galères de Naples qui sont venues de Sardaigne àPorto-Longpne, et ne doutez point qu'ils n'épargnent rien pour porter des secours, publiant ici que le fort de Sainte-Marguerite tiendra deux mois et que nos galères ne sont pas en état , et quand elles le se ront, pas toutes ni pour long-temps. Si j'ai loisir, j'écrirai un mot à M. le comte d'Harcourt et à M* le gêné-

fl

1^1 des galères , sinon , monsieur y il suffit que vous soyez averti du tout. Quant aux galions qui étaient à Roses, il est assuré qu'ils ont perdu les trois quarts de la soldatesque, mariniers et officiers, et que Oqueido doit être allé à Majorque pour essayer de la secourir de gens et de mariniers.

Quant k la Valteline , les nôtres qui tenaient les forts de la Yalteline ont refusé de les rendre dans le temps que M. le duc de Rohan a pro* mis y qui est le 5 mai, s'il n'y a ordre exprès du roi , disant que M. de Rohan n'étant pas libre, ils ne peuvent recevoir ses ordres que contraints. L'Espagnol en est au désespoir , et surtout du terme qui nous donne loisir ; cependant les Vénitiens se remuent et nous nous fortifions de ^eiis et de tout , et M. Lequeux se prépare à faire merveilles.

Je vous baise très-humblement les mains et reste sans fin ,

Monsieur,

Votre très-humble et obéissant serviteur,

Sabran.

A M. L'ARGHEvâQUE* DE BORDEAUX.

De Géaes, ce i3 aTril 1637.

• Monsieur,

J'ai retenu la lettre ci-jointe et ce piéton jusqu'à ce jomxl'hui, pour vous éclaircir mieux de toutes choses , parce que la plus grande partie de ceux que l'on envoyait de Milan s'en étant fois , et la galère qui est venue des îles ayant donné sujet de retardement aux quatre de Doria qui devaient aller joindre la cinquième qui est à Savone, soit parce que ladite galère a mis des poudres es îles, ou qu'elle a rapporté qu'il est difficile d'y jeter du secours sans uAe puissance plus grande , ou à cause que dans celle qui s'est brûlée ici , tout ce qui était dessus de muni* tions et autres choses pour partir le lendemain , j'ai vu que l'on se pressait moins pour le départ desdites galères.

Il est arrivé aujourd'hui un courrier d'Espagne parti le 28 mars de Madrid, et est venu ici en six jours de Barcelone , sur le si^et duquel on

a persuade que les galères d'Espagne et le duc de Ferrandina étaient prêts à faire Toile de Barcelone , pour être en cette mer à la lin de ce mois. Je suis néanmoins très-assuré que ledit duc n'y est pas et que ces galères ne sont pas si prêtes ; ce qui se peut conjecturer de ce que deux desdites galères se. sont avancées à l'Arrache ' chargées de quatre cents caisses de réaies pour apporter ici au premier beau temps , lesquelles par toutes raisons attendaient les autres pour venir plus sûrement , si elles étaient pintes. Néanmoins il est à croire qu'on les diligente tant que l'on peut , et que Ferrandina peut en peu de jours les joindre pendant qu'on les espalme.

Cependant dix galères de Naples qui avaient été envoyées en Sardaigne avec munitions et environ quinze cents hommes , n'y ont déchargé que quatre ou cinq cents hommes depuis la retraite de nos troupes , et n'osant s'en aller aux iles ni retourner à Naples pour revenir sans nouvel ordrç du vice-roi , s'en sont venues à Porto-Longone et à l'ile de l'Elbé , où elles sont à présent avec plus de mille hommes attendant avec les galères de Sicile ou l'ordre de se rallier avec celles du grand-duc et de Doria , lesquelles, sur l'avis que quelques unes de nos galères sont à Cannes, n'osent pas aller vers vous toutes seules , encore que l'on croie qu'elles s'y veulent hasaixler.

Je sui§ averti par celui qui a correspondance avec l'amiral du grande duc qu'il lui a mandé que les galères étaient en état, et lui tout prêt , mais pour aller en levant , où ses vaisseaux sont déjà allés. Peut-être que ce que j'ai écrit à un ami que j'ai à Florence et au sieur Rabut à Livom^ne, témoignant que je ne croyais pas que le grand-duc, qui avait passé les limites de ses obligations l'année passée , voulût procéder si ouvertement contre le roi que d'aider à assaillir les troupes du roi chez lui , et ensuite la France , aura pu opérer une résolution de s'abstenir d'une action si déclaraloiré ; mais enfin, quand il n'y aurait que les galères de Naples avec mille hommes et les six de Doria avec six cents , sans même celles de Sicile ni d'Espagne , il est à croire que s'il y a aucune apparence que l'ennemi qui est dans les iles en puisse donner

' Arazzio.

loisir, on portera le secours, et d autant plus s'il est vrai qu'il n'y a que trois galères de France près de tous et que sept autres aient peine de venir, encore que Marseille ait avancé dix mille éous poiu* mi feciliter l'appareil ; car on estime par-deçà la conquête iles lies ou le port du secours facile ou malaisé selon que l'on apprend l'état de nos galères, que celles de l'ennemi redoutent plus que lès vaisseaux'; et pour ce, il est de toute nécessité, tant pour un bon effet que pour la réputation, que toutes nos galères soient en état ; car on assure ici ( quoique j'aie publié par toute l'Italie que l'ennemi s'offre de se rendre si on voulait donner la vie aux Français qui combattent pour lui ) que le fort de Sainte-Marguerite tiendra tout le mois qui vient, et qu'étant de cinq bastions il ne se rendra point aisément, encore que Ton doute que l'eau, la poudre et le bois, dont il y en a vingt-quatrç charges sur les galères , y donnent grande incommodité. Il est assuré que d'Oquendo a écrit à un sien ami qu'il a eu ordre de passer en Italie avec les vaisseaux qu'il avait à Roses, et que la maladie ayant ruiné lés deux tiers de ses matelots et soldats , il va , et ^sroiton qu'il est d^ à Majorque pour s'y raccommoder ; et l'on se persuade ici que l'on ait jeté dans l'île de Satnte- Mai|;uerite de la poudre par le brigantin , ce que je tiens à vanité. Voilà ce que j'ai pu pénétrer par tous expédients et qui me fait croire que vous ne sauriez être assez tât en état et trop veiller pour empêcher tout secours, qui sera puissant et qui peut arriver à toute heure. Il est important que je sois souvent averti pour ménager les avis.

Monsieur, Votre très-humble et obéissant serviteur ,

Sàbran.

M. de Noyers écrit à M. de Bordeaux que le roi s'attendait chaque jour à apprendre la prise des lies, et que sa majesté et M. le cardinal s'étonnent fort de ce qu'une vive attaque n'ait pas suivi la descente des troupes.

A M. L'ARCHEvâQUE DE BORDEAUX.

De Ruel, le i5 avril 1637.

M ONSIBUR j

Votre courrier est venu six heures devant celui de M. d'Harcourt, et le roi s'étant rencontré à Rnel, il lui a fait voir toutes les dépêches. Le sieur Jean est venu à Paris, où jVtais, et en vérité m*a fort surpris et déçu mon espérance , croyant à son abord qu'il apportât la prise des îles , vu qu'il n'y avait rien qui la pût empêcher si Ton eût suivi la première chaleur de nos gens, et que Ton se fût prévalu de l'étonnement que cette glorieuse descente avait donné aux ennemis. Il a dit ses raisons, et s'est beaucoup plaint du peu d'assistance qu'ils i^çoiveut et du peu d'hommes qu'ils ont pour un tel dessein. Je lui ai dit par avance que vous leur aviez jeté de la poudre aux yeux , leur ayant offert, contre votre profession, d'aller où ils refusaient d'avancer, et que dans ce rencontre vous auriez joué le personnage de général et de capitaine et eux celui de chef de conseil. Le roi lui a dit la même chose, et lui a témoigné qu'il s'était chargé d'un (%cheux message et contraire au métier qu'il fait dans l'armée. Je lui ai dit en présence du roi qu'il avait tort de s'excuser sur le peu d'hommes , vu que , par la revue , il s'en trouve plus de trois mille. Il l'a nié absolument, et a dit qu'il était bien vrai que l'on distribuait chaque jour trois mille trois cents rations, mais qu'il n'y en avait que dix-sept cents pour les soldats, et que le reste était pour les officiers. Il a ftiit grande instance sur ce que, faute de foin et d'avoine, ils avaient été contraints de renvoyer leur cavalerie à terre, et que le soldat tombait malade à troupe pour n'a^ voir un ais ni une fascine pour faire huttes et mettre a couvert; Le roi lui a reparti que ceux du siège de Corbie avaient bien trouvé moyen de se retirer et de couvrir leurs cabanes de gazon en un pays bien plus fVoid que celui des lies. Bref, le tout bien débattu et bien agité en présence du roi, il a été conclu qu'il eût été à désirer que votre avis eût été suivi , et que celui de ces messieurs était plein de beaucoup de

considérations pour les gens de guerre , vu que l'exemple de la descente^ de la prise du fortin et du fort de Monterey avait déjà condamné leurs opinions et fait voir que, dans la guerre, qui attaque, gagne la victoire. Le roi a jugé de tout ceci qu'il fallait qu'il y eût de la mésintelligence mêlée et de la division, et m'a commandé de vous conjurer de sa part de faire en soite que l'on ne vous en pût rien imputer; que cette occasion était de telle conséquence à la France , qu'il fallait que tous ceux qui ont amour pour son service et affection pour le public le fissent paraître par bons effets ; qu'il saura bien en temps et lieu faire justice à un chacun. Je sais bien qu'il n'y a rien que ne fassiez sur ces paroles , et que vous vous conduirez en sorte que vous rendrezles ennemis muets.

Monsieur le cai^inal a été malade de cette dernière nouvelle ; et je m'assure que, comme vous l'aimez , il n'y a rien que ne fassiez pour lui procurer de la satisfaction en cette occasion. Son éminence vous en prie et de ne rien épargner, lorsque vous aurez reçu l'argent que le Picart vous a envoyé, pour que cette entreprise, qui touche extrêmement son éminence, réussisse sans distinction de ce qui regardera les dépenses de la mer ou celles de la terre , puisque sa satisfaction doit venir également des uns comme des autres. L'on envoie M. de Launai, lieutenant des gardes, vers M. de Yitry pour le faire agir selon que le besoin le requerre.

M. le général des galères .aura maintenant reçu cent mille livres, outre tout ce que nous avons su qu'il a eu d'assistance de vous et du pays ; ainsi j'espère que vous avez toutes les galères. Le sei^nt qui est en exercice ayant encore un commis avec une lettre de change de cent mille livres, l'on envoie audit sieur général l'ordre que vous avez demandé.

Le même à M. d'Argencourt, à M. de Castelan. La lettre du roi à M. de Yitry porte qu'il fasse exécuter par la province tout ce qui sera demandé par MM. de Lançon et comte de Garces.

Le sieur Jean a eu admonition conforme, à ce qui est par votre dépêche à son éminence.

Son éminence m'a recommandé d'écrire à M. d'Harcourt ce que

LETTRE DE M. DE NOYERS. — AVRIL 1637i 367

TOUS proposez pour actiter le radoub des vaisseaux , selon que l'occasion le permettra et que la nécessité le requerra.

Le roi a remercié le parlement des témoignages de bonne volonté qu'il a fait paraître en cette occasion , et l'on a fait une décharge aux procureurs du pays. Enfin ^ monsieur, je vous assure que cette affaire est tellement considérée par-deçà qu'il n'y a rien que le roi ne fasse pour la conduire à sa perfection. Et comme les gens de guerre n'ont insisté sur aucune chose plus fortement que sur le nombre d'hommes et des forces qu'ils disent leur manquer et être absolument nécessaires , le roi mande à M. le comte de Sault d'envoyer jusques à deux mille six cents hommes^ effectif des régiments qui sont en Dauphiné , et à M. de Yitry d'y faire aller aussi en même temps le régiment de Forbin , qui &it son assemblée en Provence , afin que cela , joint à ce qu'ils ont présentement, leur donne les quatre mille hommes avec lesquels le sieur Jean a répondu au roi qu'ils prendraient dans un mois et Sainte-Marguerite et Ragon. Et nous presserons le sieur de Rambouillet, qui doit avec le sieur le Picart vous fournir jusques à six cent mille livres dans la fin de ce mois , d'y donner si bon ordre que vous n'y manquiez point d'argent. Son éminence vous envoie M. d'Espenan> passant pour aller en Guienne , afin qu'il voie l'état de cette attaque et y aide en ce qu'il pourra. Il est homme plein de feu et de vigueur, qui se rangera volontiers du coté de ceux qui veulent aller aux ennemis , et du moins fera savoir au roi à qui il a tenu que Ton n'ait davantage avancé l'affaire, et vous aidera à exécuter les bonnes pensées que vous avez eues pour la perfection de cet ouvrage, que je prie Dieu conduire au point que nous avons tous espéré, au contentement du roi et à la satisfaction de son éminence, dans laquelle nous sommes tous intéressés et surtout celui qui lui doit le plus, et qui est.

Monsieur ,

Votre très-humble et très-affectionné serviteur.

De Noyers.

Les dépêches suivantes du roi et de M. de Noyers confirment la lettre précédente.

A M. L'ARGHBYÂQUB DE BORDEAUX.

De Vertaîlles» \e x$ vtni i(S37.

MoïïB* l'archevêque de Bordeaux , le retardement que reçoit l'entre* prise du recouvrement de mes iles par des manquements que je n'eusse jamais pensé pouvoir arriver en un dessein préparé depuis huit mois , et en un lieu où les assistances de la terre sont si voisines^ fait que j'envoie encore le sieur d'Espenan sur les lieux^ tant pour servir en ce qui se pourra offrir en cette occasion , tandis qu'il sera par^elà, que pour faire avancer le secours de toutes les chôses^qui y- sont nécessaires. Il vous dira le déplaisir que j'ai de voir demeurer cette entreprise si importante en un si beau chemin ^ et ce que j'attends de vous |K>ur faire qu'elle réussisse. A quoi je n'ajouterai rien que pour vous dire que vous lui donniez entière créance , et vous assurer que j'attends avec des impatiences extraordinaires de savoir ce qui s'avancera en l'exécution ; et sur ce , je prie Dieu vous avoir ^ mons* l'archevêque de

Bordeaux, en sa sainte garde.

LOUIS

SUBLET

LETTRE DE M^^ LE CARDINAL DE RICHELIEU

A M. l'archevêque de bordeaux.

De Rael, ce 16 «Tiii 1637.

Monsieur ,

J'ai vu la lettre que Mondon m'a rendue de votre part, sur le sujet de laquelle je ne puis que je ne vous die que je compatis grandement au déplaisir que je sais que vous avez de voir que les choses ne vont pas avec la diligence que vous souhaitez^ et qu'il serait à désirer pour le bien du service du roi. Aussitôt que sa majesté sut l'attaque des iles..

elle envoya le sieur d'Oynville en poste sur les lieux pour convier un chacun à faire son devoir en cette occasion. Maintenant elle y dépêche de nouveau le sieur d'Eapenan^ en qui elle a confiance^ avec tous les ordres nécessaires pour la même fin. Je Tai prié de conférer particulièrement avec vous sur le sujet de votre entreprise, et de faire connaître à tous ceux qui y ont part, que si on ne la continue comme elle a été commencée , c'estrà-dîre avec chaleur et fermeté , il est à craindre que le succès n'en soit pas tel qu'on se l'est promis d'abord ; ce qui apporterait un tel préjudice aux affaires du roi , et diminuerait de telle sorte la gloire de ses armes , que ceux qui les commandent se doivent cacher à jamais si un tel malheur arrivait faute de n'avoir pas fait tout ce qu'ils pouvaient.

L'argent ne vous peut manquer par le soin qu'on prend de deçà de vous en envoyer. On donne ordre pour vous envoyer des gens de guerre; enfin on n'oublie rien de ce qui se peut pour vous mettre en état de faire réussir votre dessein ; c'est à vous autres à surmonter les difficultés qui se pourraient rencontrer, et se souvenir que rien ne met à bout la finesse des Espagnob que la résolution des Français. Je me promets que vous n'oublierez rien de ce qui dépend de vos soins pourfaire qu'elle ne leur manque pas en ce rencontre.

Vous vous souviendrez aussi , s'il vous plait , d'envoyer radouber les vaisseaux de l'armée navale les uns après les autres sitôt que le service du roi le pourra permettre , parce qu'autrement 'il serait à craindre qu'ils vinssent k manquer tout à la fois faute de radoubs , ce* qui serait préjudiciable. Assm^ez-vous que je suis véritablement et serai toujours ,

Monsieur, Votre très-affectionné comme frère à vous rendre service ,

Le Cardinal de Richelieu.

Le roi annonce a M. de Bordeaux qu'il envoie M^ le prince de Condé pour commander en Provence et remplacer M. le mare- <?hal de Vitry.

360 UVRE n. — CHAP. ffl.

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

De Saint'Germain-en-Laye, ce x6 arrii tSSj.

Mons. l'archevêque de Bordeaux , outre la lettre par laquelle je vous

fais savoir Tordre que je donne à mon cousin le prince de Condé d'aller

en Provence pour y commander pepdant les occasions présentes^ j'ai

bien voulu vous écrire celle-ci pour vous dire que mon intention est

que vous rendiez toutes sortes de déférences à son avis et k ses ordres

pendant tout le temps qu'il sera en madite province. Â quoi m'assu-

rant que vous satisferez , je ne vous ferai celle-ci plus longue que pour

prier Dieu^ mons. l'archevêque de Bordeaux , vous avoir en sa sainte

et digne garde.

LOUIS

SUBLET

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

De VerMÎlles, le i6 avril 1637.

Mons. l'archevêque de Bordeaux , j'ai été tellement touché de voir comme l'entreprise de l'attaque de mes îles de Sainte-Marguerite et Saint*Honorat de Lérins s'est trouvée arrêtée au milieu de son progrès, que je ne veux omettre aucun moyen pour la (aire réussir; et parce que chacun juge combien la mauvaise intelligence qui est entre vous et mon cousin le maréchal de Yitry y est préjudiciable , j'ai désiré envoyer mon cousin le prince de Condé en Provence pour faire cesser par sa présence toutes ces divisions, et commander dans la province , faisant venir près de moi mondit cousin le maréchal de Yitry pendant la continuation de cette entreprise à laquelle vous êtes attaché ; ce que j'ai bien voulu vous faire savoir par cette lettre, et vous dire que vous ayez à établir et entretenir avec mondit cousin le prince de Condé la bonne intelligence et correspondance nécessaires pour mon service , sachant bien que de sa part il vous obligera à ce procédé , et que , sui-

vant les ordres que je lui envoie , il tous assistera puissamment et promptement de tout ce qui dépendra de lui , pour continuer à achever le glorieux dessein auquel vous êtes occupé* A quoi j'ajouterai seulement que, comme maintenant vous ne pouvez pas manquer de recevoir ponctuellement ce dont vous avez besoin dans les lies , je me promets aussi que Ton ne vous pourra pas imputer d'avoir rien omis de ce qui aura été en votre pouvoir pour en chasser les ennemis; ce que souhaitant de l'assistance de Dieu que vous exécutiez heureusement , je le prie de vous

tenir en sa sainte garde.

SUBJJST.

M . le cardinal de Richelieu engage M. le duc d'Haluin à contribuer de tout son secours à la reprise des îles.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

A M. LE DUC D'ffALUlN.

Monsieur ,

J'ai été très-aise de voir, par la lettre qu'il vous a plu m'écrire du 1 4 de ce mois , le secours que par avance vous avez donné aux îles. Sa miyesté trouve bon que vous y fassiez un tour comme vous le désirez, pour ajuster avec ces messieurs qui ont la charge de son armée navale ce que le Languedoc peut fournir de vivres et de munitions pour leur subsistance , ainsi que vous verrez plus particulièrement par la lettre qu'elle vous écrit sur ce sujet. Il me reste à vous assurer que donnant votre parole, comme vous me mandez que vous ferez, aux marchands qui avanceront ces fournitures, pour certitude de leur paiement, on donnera tel ordre à y faire pourvoir , que vous ne serez point en peine pour ce regard. Cependant, assurez-vous, s'iPvous plait, de la continuation de notre affection en votre endroit, et qu'il ne s'offrira point d'occasion de vous en donner des preuves , que vous ne connais-

^ «^ ^ * De CbaroDoe » c« a4 avril i^'f»

Outre que le roi désire que vous fassiez un tour en Provence , pour le sujet contenu I. 46

362 UVRE n. — CfflAP. III.

en ma lettre 9 je tous en conjare encore en mon particulier de contribuer, en cette occasion , tout ce qui dépendra de tous j vous assurant que vous ne sauriez iaire autre chose qui soit plus agréable à sa majesté , ni dont j'aie plus de ressentiment en votre endroit.

M. le duc d'Haluin rend compte à M. de Bordeaux des moyens de violence qu'il a été obligé d'employer pour pouvoir lui envoyer les vivres qu'il désirait.

LETTRE DE M. D'HALUIN

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

De Agde, le 96 iTril 1637.

Monsieur ,

Je vous envoie un petit secours que je croyais devoir être plus grand d'une compagnie , mais le mestre-de<»mp de mon régiment , qui s'embarque à présent pour venir en Âgde où j'ai embarqué tout ce que j'envoie aux îles, s'est écarté, en sorte que je n'ai point de nouvelles de celui qui la commande. J'en suis au désespoir , car j'estime que cette compagnie n'était pas la moindre. Je ne sais si vous trouveras le reste à votre gré , mais je suis certain qu'il y a d'assez bons hommes. J'ai été long-temps à vous envoyer vos munitions de bouche, mais j'ai voulu tout faire partir ensemble , et cependant j'ai cru que vous ne pourriez pas pâtir , puisqu'il est allé du blé à Marseille et Toulon. Il y a quatre jours que vous auriez tout ce que vous recevrez à cette heure, n'était le vent et la peine qu'il y a de résoudre les maudits soldats a s'embarquer pour les îles. Il y en a de cette province qui y ont été , et qui ont tant décrié ces lieux-là , qu'il semble qu'on les mène pendre quand on leur parle d'y aller ; et la dernière desdites compagnies que vous verrez vient, depuis cinq ou six jours qu'ils savent leur départ, de perdre trente-deux hommes. Je n'ai que les frais, et on ne nous paie qu'à raison de soixante hommes par compagnie , à quoi j'ai consenti pour le soulagement de tout l'hiver ; et maintenant que je

suis sur le point de rendre ces dernières compagnies complètes , j'ai été obligé de vous faire passer celles-<;i , sans avoir eu le temps de les mettre en Tétat que j'eusse désiré; néanmoins, telles qu'elles sont, je vous les envoie. La seule chose qui vous doit faire agréer ce petit secours , c'est que je le fais par la pure passion que j'ai au service du roi> et sans ordre de lui. Je vous envoie cinq à six mille setiers de blé, qui est plus que vous ne me demanderez de beaucoup, et tout le vin qui s'est trouvé chargé , qui certes est en petite quantité ; néanmoins il y en a encore deux barques qui vous seront portées par ma compagnie, si elle ne se perd. Et la chose dont j'ai à vous supplier le plus passionnément est de faire payer le blé et le vin; car je leur ai donné ma parole et montré votre lettre. Je n'ai point voulu faire de prix avec les marchands et patrons, de peur de n'être pas assez bon ménager de l'argent du roi; mais je vous dirai seulement, monsieur, que le blé ne coûte plus ici que six livres dix sols, et le vin quarantedeux livres le muid. Vous considérerez , s'il vous plait , la-dessus , monsieur, les frais et la valeur du blé. Je vous supplie donc trèshumblement de les vouloir faire satisfaire; si cela est, ces marchands iix>nt volontairement ; et s'ils sont mal payés , tout fuira , et je n'aurai pas moyen de vous servir. Mais j'esti^ic qu'il faudra, quand vous voudrez désormais des blés , qu'il vous plaise envoyer un homme avec argent et des barques pour charger. Ainsi , du jour au lendemain , vous serez assisté. Autrement, je vous proteste que j'ai été contraint de faire arrêter tous les blés prêts à partir et de faire embarquer les patrons à coups de bàtbn; c'est pourquoi, monsieur, je vous supplie encore une fois très-instamment de vouloir faii^ ponctuellement payer tout le blé que je vous envoie. Que si vous trouvez qu'il y ait trop de blé à proportion de ce que vous en demandâtes , vous pourrez renvoyer les dernières barques le vendis à Toulon et Marseille, et prendre garde qu'elles ne se coulent vers Gênes. Je n'ai point encore eu réponse des contrôles des certificats que je vous ai envoyés pour justifier si,, du blé sorti de Languedoc, il y en a passé audit Gênes. Je vous supplie , monsieur , que j'en aie un mot de réponse de vous ; qu'il vous plaira favoriser pour sa subsistance ce petit

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corps du r^iment de Languedoc ^ et me fiûre rhonneur de me croire ,

Monsieur ,

Votre très-humUe et très-afifectionnë serviteur ,

d'Haluim.

P. 4^. Je vous supplie trèa-huinblemeDt , écrivant à la oour, de vouloir remire témoignage de la sorte que je vous ai désiré servir en ce rencontre. Au moins rembarquement ne coûte rien à la province ni au roi j et quoique les frais soient fort peu considérables , si c'eût été quelque cbose de plus , je les eusse iaits d'aussi bon coeur.

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