PAR M. DE BORDEAUX
La situation des lies Sainte-Marguerite et Saint-Honorat est telle qu'elle^est à la tête du royaume, couverte du mauvais temps des deux caps qui s'appellent , l'un le cap Roux , du coté de ponant , et l'autre le cap de la Garoupe , du côté de levant.
Ces deux caps forment une grande baie qui a quatre lieues d'entrée et trois lieues de profondeur, où il y a mouillage partout ; et du coté de levant , sous le cap de la Garoupe, il y a un abri qui forme un port qui s'appelle le Gouvrai.
Et du côté de ponant, qui est sous le cap Roux , il y a un autre port qui se nomme le Théoule ; lesquels ports sont à l'abri de tout mauvais temps, et où le mouillage est excellent, et auprès desquels il y a des ruisseaux d'eau douce pour les équipages ^ et quantité de bois à brûler.
Au milieu de cette baie sont les deux lies de Saint-Honorat et Sainte- Marguerite, à l'abri desquelles, quelque temps qu'il fasse, il y a des mouillages assurés. Au-dessus du cap de la Garoupe , dans une grande anse qui rentre dans les terres , est la ville d' Antibes , située dans un assez beau pays ; la fortification, en l'état qu'elle est , ne vaut rien , non plus que le port, mais l'une et l'autre se peuvent accommoder facilement.
Au-dessus de oe cap , il y a une église bâtie qui s'appeUe Notre- Dame-de-la-Garde, qui sert de marque à tous les vaisseaux qui sont à la mer pour venir reconnaître les tenues , tant pour fuir le large où les Turcs piratent incessamment , que pour se tirer des courants, qui sont fort grands et qui mènent droit dans le golfe de Lyon.
Il faut absolument que tous les marchands viennent à un de ces
deux o^p»9 et que tout ce qui y passe d'Espagne et d'Italie les vienne aussi reoomiaitre , soit vaisseaux , soit galères.
L'on n'est qu'à quatre lieues des terres de son altesse de Savoie, et à six lieues de Morgues^ et huit de toute la cote de Gènes ^ et à tren.tè lieues de la Corse , et à cinquante de Sardaigne ; en un mot , comme c'est la tête du royaume y c'est aussi la plus belle situation qu'on puisse jamais voir, puisque de là toutes les par tances sont excellentes, et que de toutes les navigations qu'on fait à la mer on est obligé de les reconnaître.
Si l'on veut faire la guerre aux Turcs , l'on ne peut jamais aller au large sans en trouver, parce que ce sont les hauteurs qu'ils gardent toujours : la Corse , la Sardaigne et le cap Roux.
S'il y a guerre avec l'Espagne, Gènes ou Savoie , ils n'oseraient sortir de leurs ports ni faire aucune navigation sans les venir reconnaître.
S'il y a paix universelle , c'est le plus bel entrepôt pour la marchant dise qui ait jamais été ; et de fait, les Romains en faisaient leurs greniers pour les blés qu'ils tiraient de tous ces quartiers.
Le Languedoc , la Provence et le Rhône fournissent de blé , de -vin toute l'Italie, et l'Italie envoie toutes les marchandises qui se consomment dans les douanes de Lyon ; et le tout se peut faire en sAreté par l'entrepôt de ces deux iles.
Le roi donnant l'entretien de six galères, sans qu'il lui en coùt&t un sol que ce qu'il donne, à celui qui aurait le gouvernement, et l'entretien de douze vaisseaux aux mêmes conditions , toute l'Italie tremblerait toujours , parce que ce serait un corps pour exécuter tout ce que l'on voudrait en tout temps ; et aucun Turc n'oserait approcher de toute cette côte , car allant seuls oomme ils font, de peur d'être découverts , il y aurait un corps toujours tout prêt à leur tomber sur les bras et dont l'on se servirait en tout temps.
Les marchands trouveraient leur sûreté , et celui qui commanderait son établissement, pourvu qu'Antibes, comme j'ai déjà mandé, avec la juridiction de Grasse fussent joints au gouvernement non dépendant , ou gouvernement général de la prorince j car comme vous êtes néces-
sites de tirer votre vivre et les choses nécessaires, tant pour les fabriques et radoubs de vos vaisseaux, de la terre, si on dépendait de quelqu'un, on ne les pourrait pas aider commodément , et par ainsi on ne se pourrait pas préparer à tout œ que Ton aurait a faire selon les diverses occurrences.
La garnison de ces iles, si on les veut garder, doit être pour le moins de douze cents hommes , avec ce qu'on entretiendrait sur les galères et sur les vaisseaux , outre ce que le roi donnerait. Ou aurait toujours ici trois mille hommes en état d'entreprendre tout ce que désirerait sa majesté , sans qu'il en coûtât rien au roi , parce que les douze cents hommes de garnison dont l'on parle seraient maintenant composés de ce qui est dans Antibes, la Groisette , Capnes; ce que la province paierait avec grande joie.
Et pour les galères et vaisseaux , on ne demanderait pas un sol da^ vantage que ce que le roi donne présentement , et on s'obligerait à les entretenir à la mer douze mois de l'année; moyennant ce, les Espagnols ne pourraient naviguer qu ils n'eussent toujours un corps d'armée pour passer d'Espagne en Italie, et en ce faisant, seraient obligés de tenir toujours toutes leurs galères ensemble ; ce qui leur causerait une grande incommodité, car chaque escadre de galères serait toujours battue par nos vaisseaux et nos galères*
Les places de Morgues, Final et autres lieux seraient obligées de tenir leurs garnisons extrêmement fortes, p^rce que Ton aurait toujours trois mille hommes prêts à porter partout; ce que l'on pourrait faire iâcilement , pourvu qu'on eût quelqu'autorité dans la grande terre pour faire venir quand il serait besoin quelque, comps^ue de.milice garder les îles cependant que l'on emploierait les.^utres troupes en quelqu'entreprise. • .
Les Espagnols seraient aussi obligés de tçnir une armée en Sardaigne, parce qu'on serait toujours en état d'allejr descendre dans une ville^ Içs unes après les autres; ce qui. Içs incoimnpderait de telle sorte ^qu'une armée de vingt mille hommes ne serait pas papale die rendre un servipe pareil à celui-là.
Leur seconde incommodité était que les deux divers logements qui étaient à cinquante pas des contrescarpes de chaque côté, et les deux batteries qui en étaient à quelque cent pas , les incommodaient de telle sorte que ce qui échappait du canon et des ruines qu'il causait était souvent attrapé des balles de mousquet qui tombaient «n la place d'armes.
La troisième incommodité, l'eau de la fontaine leur ayant été 6%ée, il ne s'en restait qu'un petit trou dans le rocher du côté de la mer , d'où ils tiraient un peu d'eau saumAtre , laqaelie ne se povrait boire cpi'arec de grandes incommodités et qu'autant qu'on y mettaitdu vinaigre dedans , et environ trois pieds d'eau dans leur citerne , qui était si troublée par le canon qu'il semblait que ce fût de l'encre.
Je ne parle point des incommodités des vivres , les soldats ne mangeant plus qu'un peu de biscuit, et ne buvant que de cette méchante eau ; non plus que du logement , n'y ayant plus de «ouverts qui pussent être habités, lés soldats étant toujours sous les armes , à cause des diverses attaques et des approches d'icelle ; mais je vous dirai «me chose assez remarquable, qui est que depuis deux ans que ces troupes sont en garnison dans l'Ile, où ils ont perdu, par leur propre <x>nfe8Ston , pbis de trois cents hommes par les extrêmes incommodité» qu'ils ont reçues , tant des vivres que du coucher , n'apnt point de couvert pour les soldats , c'est que toute l'abondanoe d'Espagne , ni toutes les flottes des Indes, ne leur ont su produire qu'une seule montre en deux ans ; et avec cela les officiers et soldats n'ont pas laissé de faire tous leurs efforts pour empêcher que les tles , qu'ils pillaient , joyaux inooraïus de la France , ne leur fiissent ravies. Comme le principal est ^éjà passé dans l'armée du roi , on espère que le reste suivra avant qu'il soit peu de temps.
Cette dépêche de M. de Bordeaux offre une sorte de journal de Fattaque et de la prise de l'île Saint-Honorat,
La capitulation du fort de Sainte-Marguerite étant exécutée^ durant qu'on préparait des bateaux pour emporter la garnison et les équipages qui en sortirent ^ l'on en amassait aussi pour faire la descente de Saint-Honorat ; de sorte que comme la garnison de Sainte-Marguerite s'en allait d'un côté , les vaisseaux et les galères qui étaient disposés aux différentes gardes pour empêcher le secours de Sainte^Marguerite y se réunirent tous dans le frioul pour y faire deux attaques, savoir : l'amiral avec sept ou huit vaisseaux et douze galères du coté de* ponant, les sieurs de Manty et Poincy avec leurs escadres du côté de levant. Les choses disposées de la sorte, on envoya sommer celui qui commandait dans Saint-Honorat, nommé don Jean Tamayo^ vers lequel le commandeur de Guitaud fut envoyé pour lui dire que s'il voulait accepter la composition de Sainte-Marguerite, on la lui offrait, pourvu qu'il voulût s'en aller avec eux et toute sa garnison, et que s'il retardait tant soit peu , et permettait que l'armée descendît dans son ile , il n'y avait plus de quartier pour lui.
Ledit g^ouverneur de Saint-Honorat envoya un capitaine de la garnison pour dire qu'il ne pouvait en façon du monde traiter, qu'il n'eût ordre des gouverneurs qui lui commandaient , ou pour le mcrnis qu'il eût quelques nouvelles d'un des conseillers d'état d'Espagne demeurant à Gènes.
Sa demande ne lui pouvant être accordée , le commandement fut envoyé aux vaisseaux de tirer, ce qu'ils firent avec tant de joie et de diligence, qu'incontinent ils eurent démonté les canons qm étaient sur les coins de ponant et levant, et abattu les parapets, qui voyaient en ruine une partie d'icelles , de telle sorte qu'ils eussent été bientôt raz pied raz terre, sans que la nuit, qui fit discontinuer leurs batteries, empêcha aussi de faire la descente au jour , le 1 3 de mai.
Les vaisseaux étant demeurés à leurs postes pour continuer leur tra-
aîfi LIVRE IL — CHAP. IV.
vail commencé de bon matin , furent néanmoins surpris avec la pointe du jour par les canonnades qui leur furent envoyées du fort^ auxquelles étant répondu comme aux jours précédents. Une partie de Tannée embarquée en de petits bateaux , et quantité de matériaux pour les logements qu'on avait préparés durant la trêve , on marcha droit aux ennemis après les avoir encore envoyé sommer par le commandeur de Guitaud de se rendre ou de letu* déclarer qu'il n'y aura point de quartier pour eux^ auquel le gouverneur répondit qu'il s'estimait bien heureux de mourir sur le bord de la brèche avec ses compagnons , et qu'il attendait l'armée en grande dévotion.
Cette réponse , apportée jsur les huit heures de ce jour , on donna donc en huit corps ^ savoir : Vaillac, Gornusson, La Tour, les Iles , Vitry f Saint-André, Roussillon , Castrevieille-les-Galères , et ce qui était ici du régiment de Languedoc en un corps de noblesse de cent cinquante commandé par le marquis de Janson , sans compter plusieurs volontaires qui s'étaient mis dans des différents corps. Cette attaque fut faite avec telle chaleur par les huit corps à la pointe de ponant, qu'ils furent plus tôt descendus que les ennemis n'eurent pensé à y faire résistance; de sorte que tout ce qu'ils purent faire , ce fut de gagner leurs contrescarpes, la fumée des canons et mousquetades obscurcissant l'air de sorte que l'ile ne paraissait presque pas.
Vaillac et le sieur de Cornusson , à la tête de ce qui donnait de leurs régiments , firent plutôt le métier de sergent que de mestre-de-camp , se saisirent de la tour en batterie de ponant avec tous les retranchements qui y étaient , et allèrent former leur bataillon à la portée du pistolet de la place.
Le régiment de La Tour , commandé par le sieur de Sailly , le sieur de Corbeil ne l'ayant pu faire à cause d'un coup de canon qu'il reçut au pied à l'attaque Sainte-Marguerite, et le sieiir Dallard, exempt des gardes-du- corps du roi , ainsi que les capitaines et le sergent-major dudit régiment , se logèrent avec grande diligence dans les retranchements qu'avaient faits les ennemis entre leur place et le frioul, si avantageusement que la place en recevait des grandes incommodités; ils y perdirent le sieur d' Aubigny , lieutenant de la compagnie mestre-
de-camp , homme de grand cœur , et le sieur de Saint-Pierre avec quelques soldats. Le régiment des Iles , commandé par le sieur de ht Yallade-Bussac^ et celui de Saint- André, par son mestre-de-camp, se logèraoït en une chapelle en des retranchements qu'avaient faits las ennemis du côtédu frioul, qui ne les incommodaient pas moins que les autres.
Vitry y commandé par le sieur de Yinazac son lieutenant-colonel , descendit avec même promptitude que les autres.
Les régiments de Roussillon etCastreyieilIe, commandés par le comte de Roussillon fils du ceinte de Toumon, avec les sieurs de Tagenae , premier capitaine de ce corps, et le baron de l'Estrange, premier capitaine du régiment de Castrevieille, se logèrent aussi diligemment et avantageusement que les autres , là où ils perdirent le sergent-major de Castrevieille.
Le régiment des galères , commandé par le marquis de Montpezac frère du marquis de Tavane, se logea sur la main droite du côté de la mer avec telle promptitude et si près de la place , que le sieur Sagny, aide-de-camp, Tayant fiiît retirer pour être trop près, reçut une grande mousquetade a l'épaule. Il y eut aussi un capitaine du régiment des galères nommé d'OfTémont, Tort blessé.
Ce qu'il y avait du régiment de Lsuiguedoc, commandé par le chevalier dlJzès, se logea avec même diligence et même incommodité pour les enn^nis que les autres. La noblesse, entre lesquels le sieur de la Barben , Rochefort , Boyer , chevalier de Paris, et plusieurs autres de condition, le baron de Saint-Tropez et ses frères, le sieur de Gorbon, son frère, et quelques autres du pays , firent leur descente en même temps que les régiments formèrent leurs bataillons, et se logèrent aussi avantageusement que tous les autres. Les sieurs de Poinsy et d'Aillan, et quelques autres , y furent blessés : le sieur de Yallavoire , capitaine de chevau-l^rs ; Rocquetaillade, lieutenant; de Boissac, et Lamotte^le-Cornaux. Sans ordre que de servir le roi , les volontaires quittèrent leurs chevaux dans Sainte-Marguerite pour s'en aller former des escadrons à pied à la portée de pistolet de la place.
Le comte de Clermont , mestre-^'^-camp, dont le régiment est en garnison à la Croisette et «ux Un d'Hyères , ^ sod premier capitaine
nommé B<n;giiac^ étaient dans cette oocasion, où ledit oomte fit paraître avec le mémecoeiir le désir qu'il avaitde servir le roi , qu'il fit à la descente de Sainte^Margueriteet autres lieux où il s'est rencontré , mais plus heitt'eufiement pour lui , n'y ayant pas été blessé.
M* le comte d'Harcourt ayant fait avancer sa chaloupe , se trouva le pi^emier à terre avec le steur de Beauibrt^ lequel iîit aussitôt suivi du sieur d'Espenan, et Bellay, son capitaine des. gardes; MM. les comtes de Garces et de Gastellan, marécfaaux-de-camp, oubliant ce qu'ils étaient^ diqiutèrentavec les em&nts perdus^ et entre eux*<-mémes, à qui descendrait le premier*
Les sieurs de Frémîcourt , Sogny , Levemon et Icard n'eurent pas peu d'occupation à courir de tous cotés pour feire retirer ceux des divers corps , tant des régiments^ de noblesse que de chevau-Iégers, qui s'allaient jeter jusque sur la contrescarpe.
Le sieur d'Elspenan ne s'endormait non plus en cette occasion qu'il a accoutumé de faire en toutes celles où il s'est rencontré pour le service du roi, où le sieur de Sade, aide-major de son régiment , fit des diligences incroyables, pareilles à celles qu'il a faîtes dans le siège de Sainte-Marguerite à tous les travaux avancés.
Le sieur de Beaufort a été plus .beureux en cette attaque qu'à celle de Sainte-Marguerite, quoiqu'il dût plus craindre, ayant été blessé k l'œil lors de la descente Sainte-Marguerite, et au pied durant le* siège.
. . Durant que les divers logements se faisaient du côté du ponant, et que tout le monde travaillait à l'envi , quelqu'un de l'année voyant les ennemis entièrement maltraités du canon des vaisseaux du côté du levamt , se résolut de pi*endre vingt^nq mousquetaires du vaisseau d,u commandeur de Guitaud, vingt-cinq de celui du commandeur de Chastelus,; vingt-cinq du bord de Pétonnière, pour aller, sous la charge de la Chausse, lieutenant de Guitaud, mettre pied à terre à la pointé du levant et se saistr de la, tour et des retranchements; ce qui fut feit si heureusement, que les ennemis l'ayant abandonnée aussi bien que celle du ponant y 'qu'à lUnâtant on vit 'le^pavilloa du roi arboré sur cette tour. Le sieur de .Montigny y qui , iétaiit prié est sôiotènir eé lieutenant
avec ce qu'il pourrait tirer des mousquetaires de son bord et du capitaine Dumety le suivit et arriva en même temps. M. de Manty, commandant l'escadre, voyant qu'il ne pouvait plus rien faire de son canon^ s'en alla servir de son épëe et commander à ceux qui étaient des vaisseaux à terre, où il fut bientôt suivi de la plupart des capitaines. Le même qui avait eu soin de prendre ces mousquetaires des vaisseaux pour descendre à la pointe du levant , en prit aussi vingt-cinq pour mettre dans un petit vaisseau de Marseille, ci-devant pris par les ennemis, dans lequel il fît entrer le sieur Denes, commissaire-général des vivres, pour faire inventaire des marchandises et vivres qui y étaient , les ennemis n'ayant osé les prendre à cause des batteries qu'on avait dans le frioul. Les forts étant pris tout autour de l'île, et les logements des gens de guerre faits durant un feu perpétuel des courtines et des contrescarpes et de plusieurs coups de canon, il se fit une trêve, que les ennemis demandèrent, tant par plusieurs ftunées qu'ils firent dans leur fort que par un drapeau blanc qu'ils mirent sur le coin d'un de leurs bastions, et par un religieux Augustin qu'ils firent sortir dehors, lequel demanda à parler au commandeur de Guitaud, auquel les ennemis ayant demandé à se rendre aux mêmes compositions qu'on leur avait faites le jour précédent , il leur répliqua qu'on n'était plus en cet état, et par conséquent qu'il ne croyait pas qu'ils pussent obtenir une telle grâce que celle qu'on leur avait voulu faire. Plusieurs allées et venues furent faites par ledit comnumdeur , lesquelles aboutirent enfin aux articles ci-joints, pour l'exécution desquels M. de Gastellan^ maréchalde-camp, demeura pour faire entrer le régiment de Yaillac dans la place et recevoir les drapeaux des ennemis. Le sieur de la RouUerie, lieutenant de l'artillerie , entra pour prendre possession des pièces^ qui se trouvèrent au nombre de trente-quatre , savoir : vingt-quatre de fonte et dix de fer, sans celles des tours. Le sieur Lequeux, contrôleur général de la marine, entra pour mener avec lui les commissaires et gardesHmagasins de la marine , ^ur prendre possession de ce qui était en la place. Le reste de la capitulation a été exécuté le soir ou le lendemain matin quinzième , et on donna liberté aux ennemis de s'en aller , lesquels étaient au nombre de cent trente<-cinq.
M. le général des galères ne se contenta pas d'avoir battu tout autant de temps que les vaisseaux et aussi proche, mais il n'a point parti d'autour de l'ile pendant tous les traités , se tenant toujours en état de
repousser un secours, s'il se iùt présenté.
Suivent les conditions de la capitulation accordée à la garnison espagnole.
ARTICLES AGCORDBS A LA GARNISOlf BSPA<»fOLB SORTANT DB SAINT-HONORAT.
Premièrement.
Les retranchements , tours , .redoutes et forts de l'Ile de Saint-Hônorat ayant été battus par les armes du roi avec grande perte des assiégés, la descente faite et la place investie de toutes parts , et réduite à telle extrémité qu'elle ne pouvait tenir durant six heures , néanmoins , de grâce il leur a été accordé qu'ils sortiront présentement la vie sauve avec leurs armes et bagages ;
Qu'ils emmèneront leurs femmes et enfants avec tout ce qui leur appartient en propriété, sans pouvoir emporter aucun canon , munitions de guerre ou de bouche , drapeaux , ni autres armes que celles que porteront les soldats;
Que les bateaux , marchandises et autres denrées prises sur les Français, demeureront en ladite place, si elles sont reconnues ;
Que les meubles , tant de l'église que des religieux ^ seront laissés dans leurs maisons ;
Et qu'il leur sera donné des barques et bateaux pour les mener à Porto-Hercules , avec les vivres nécessaires pour leur passage.
Fait au camp de Saint-Honorat , le 14 de mai 1637.
Signé,
Henry ï>e Lorrains, comte d'Haroourt; SouRDis , archevêque de Bordeaux ;
De Garces , Castellan , et don Jean Tam aye , gouverneur de ladite île*