‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 114 sur 160 · PAR M. DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

PAR M. DE BORDEAUX

La situation des lies Sainte-Marguerite et Saint-Honorat ett telle qu'elle-est à la tète du royaume, couTcrte du mauvais temps des deux caps qui s'appellent , Tun le cap Roux , du coté de ponant , et l'autre le cap de la Garoupe, du c6té de levant.

Ces deux caps forment une grande baie qui a quatre lieues d'entrée et trois lieues de profondeur, où il y a mouillage partout ; et du côté de levant , sous le cap de la Garoupe, il y a un abri qui forme un port qui s'appelle le Gouvrai.

Et du côté de ponant, qui est sous le cap Roux , il y a un autre port qui se nomme le Théoule ; lesquels ports sont à l'abri de tout mauvais temps, et où le mouillage est excellent, et auprès desquels il y a des ruisseaux d'eau douce* pour les équipages ^ et quantité de bois à brûler.

Au milieu de celte baie sont les deux îles de Saint-Honorat et Sainte- Marguerite, à l'abri desquelles, quelque temps qu'il fasse, il y a des mouillages assurés. Au-dessus du cap de la Garoupe , dans une grande anse qui rentre dans les terres , est la ville d' Antibes , située dans un assez beau pays; la foitifîcation, en l'état qu'elle est, ne vaut rien, non plus que le port , mais l'une et l'autre se peuvent accommoder facilement.

Au-dessus de ce cap , il y a une église bâtie qui s'appeUe Notre- Dame-de-la-Garde, qui sert de marque à tous les vaisseaux qui sont à la mer pour venir reconnaître les terres , tant pour fuir le large où les Turcs piratent incessamment , que pour se tirer des courants, qui sont fort grands et qui mènent droit dans le golfe de Lyon.

Il faut absolument que tous les marchands viennent à un de ces

3«2 LIVRE II. — CHAP. lY.

deux oap» i et que tout ce qui y paase d'Espagne et d'Italie les vienne aussi reconnaître^ soit vaisseaux , soit galères.

L'on n'est qu'à quatre lieues des terres de son altesse de Savoie» et à six lieues de Morgues , et huit de toute la cote de Gènes, et à tren.tè lieues de la Corse , et à cinquante de Sardaigne ; en un mot , comme c'est la tête du royaume , c'est aussi la plus belle situation qu'on puisse jamais voir, puisque de là toutes les partances sont excellentes, et que de toutes les navigations qu'on fait à la mer on est obligé de les reconnaitre.

Si l'on veut faire la guerre aux Turcs , l'on ne peut jamais aller au large sans en trouver, parce que ce sont les hauteurs qu'ils gardent toujours : la Corse , la Sardaigne et le cap Roux.

S'il y a guerre avec l'Espagne, Gênes ou Savoie , ils n'oseraient sortir de leurs ports ni faire aucune navigation sans les venir recon- ) naitre.

S'il y a paix universelle , c'est le plus bel entrepôt pour la marchan* dise qui ait jamais été ; et de fait, les Romains en faisaient leurs greniers pour les blés qu'ils tiraient de tous ces quartiers.

Le Languedoc, la Provence et le Rhône fournissent de blé , de vin toute l'Italie, et l'Italie envoie toutes les marchandises qui se con* somment dans les douanes de Lyon ; et le tout se peut faire en sûreté par l'entrepôt de ces deux iles.

Le roi donnant l'entretien de six galères, sans qu'il lui en coûtât un sol que ce qu'il donne, à celui qui aurait le gouvernement, et l'entretien de douze vaisseaux aux mêmes conditions, toute l'Italie tremblerait toujours , parce que ce serait un corps pom' exécuter tout ce que l'on voudrait en tout temps; et aucun Turc n'oserait approcher de toute cette côte , car allant seuls comme ils font, de peur d'être découverts , il y aurait un corps toujours tout prêt à leur tomber sur les bras et dont l'on se servirait en tout temps.

Les marchands trouveraient leur sûreté , et celui qui commanderait son étaUissement, pourvu qu'Ântfbes, comme j'ai déjà mandé, avec la juridiction de Grasse fussent joints au gouvernement non dépendant , ou gouvernement général de la province ; car comme vous êtes néces-

sites de tirer votre vivre et les choses nécessaires , tant pour les fabriques et radoubs de vos vaisseaux f de la terre , si on dépendait de quelqu'un » on ne les pourrait pas aider commodément, et par ainsi on ne se pourrait pas préparer à tout œ que Ton anrak à faire selon les diverses occurrences.

La garnison de ces iles, si on les veut garder, doit être pour le moins de douze cents hommes , avec ce qu'on entretiendrait sur les galères et sur les vaisseaux , outre ce que le roi donnerait. On aurait toujours ici trois mille hommes en état d'entreprendre tout ce que désirerait sa majesté , sans qu'il en coûtât rien au roi « parce que les douze cents hommes de garnison dont l'on parle seraient maintenant composés de ce qui est dans Antibes, la Groisette , Cannes; ce que la province paierait avec grande joie.

Et pour les galères et vaisseaux > on ne demanderait pas un sol da^ vantage que ce que le roi donne présentement , et on s'obligerait à les entretenir à la mer douze mois de l'année; moyennant ce, les Espa-gnols ne pourraient naviguer qu'ils n'eussent toujours un corps d'armée pour passer d'Espagne en Italie, et en ce faisant, seraient obligés de tenir toujours toutes leurs galères ensemble ; ce qui leur causerait une grande incommodité , car chaque escadre de galères serait toujours battue par nos vaisseaux et nos galères*

Les places de Morgues, Final et autres lieux seraient obligées de tenir leurs garnisons extrêmement fortes, pgrce que Ton jurait toujours trois mille hommes prêts à porter partout; ce que l'on pourrait faire facilement , pourvu qu'on eût quelqu'autorité dans la grande terre pour faire venir quand il serait besoin quelque compagnie de.milice garder les îles cependant que l'on emploierait le^ auti'es troupes en quelqu'entreprise. ...

Les Espagnols seraient aussi obligés de tenir une armée en Sardaigne, parce qu'on serait toujours en état d'aller descendre dans une ville^ Jçs unes après les autres; ce qui. les incoxmnx^erait de telle sorte^ .q^une ai^mée de vingt mille hommes ne serait pas papfible de rendiMs; un service pareil à celui-là.

Il I • : . t

M. de Sftbran donne k M. de Bordeaux des renseignements importants sur les projets des Espagnols.

LETTRE DE M. DE SABRAN A M. l'archbvAqub de bobobàux.

J'espère que celle que je vous envoyai en espagnol par M. Dublanc > maître des postes d'Avignon ^ vous aura été rendue avant que vous ayez pris résolution de faire descente dans Saint-Honorat , dans laquelle , comme il y a du péril de perdre des braves hommes , étant la

seule chose où il y peut avoir de la difficulté et de la résistance^ peutêtre l'avis vous aura fourni Tespoir de les avoir à moins que cela. M. Rabutin, consul des Français à Livourne, et qui s'est toujours si affectionnément employé en tout ce qu'il a pu rapporter au service du roi , s'en va à la cour, appelé par delà par M. de Chavighy, et ramener quant et soi vers vous le Saint-André Gautier, très-expert canonnier^ lequel servant son altesse de Toscane depuis quatre ans , il a retiré de ce service sous les assurances que je lui avais mandé de lui donner qu'il jouirait du fruit de l'abolition Ml ne lui reste que de se voir confirmer en cette assurance de votre bouche pour être content , et d'être employé selon qu'il vous plaira dans l'armée du roi , auquel il espère faire paraître et son zèle et son industrie.

Quant aux nouvelles, vous m'aurez trouvé bien informé et véritable. Je vous dirai à cette heure que tout de bon le vice-*roi de Naplesa feit des efforts nompareils pour mettre en état les quinze vaisseaux, dont il n'y en a eu encore que trois en mer, chargés de toutes munitions et provisions, pour le secours des lies et maintien des galères; mais le 22 se passait encore , et trois mille misérables enfants avec quelque reste des garnisons espagnoles pour les instruire, se mettaient dessus; et si l'avis de la chute des lies ne les retient, ils se produiront encore ; mais ils sont mal en mariniers ^ en soldats et chiourmes. Le

' Amnistie accordée aai Français servant à l'étranger.

vice*-roi cherche les derniers moyens pour de l'argent ; il ne les peut mettre en exécution sans violence , et l'on croit que celle-ci sera suivie de révolution. Les galères de Sicile» dont deux sont venues ici prendre la duchesse d'Alcala , n'étaient point encore à Naples ; elles sont boiteuses, n'ayant pas assez de chiourmes, et l'on a pris à Naples les enfants des particuliers pour y arrimer ' les trois galères qui y sont.

Celles qui étaient à Monaco passèrent ci devant il y a trois jours , sans tirer et comme fuyards qui délogent sans tambour ni tit>mpette ; les Génois criaient qu'elles emportaient les îles à Naples.

Don Michel Peyrès arriva ici il y a quatre jours sur une galère chez Doria ; il ne cesse de se louer également de la courtoisie qu'il a rencontrée.

M. le cardinal de Richelieu félicite M. de Bordeaux sur le succès de l'attaque des îles.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHEUEU

A M. l'archevêque DE BORDEAUX, SUR L'HEUREUX SUCCES DE L'ENTREPRISE

DES tLES SAINTE-MARGUERITE.

De Paris , le s5 mai 1687.

Monsieur , Le gentilhomme est tellement pressé de partir pour retourner aux lieux où vous êtes , que je n'ai loisir que de vous faire ces trois mot^ qui vous témoigneront la joie que j'ai de l'heureux succès de l'entreprise de File Sainte -Marguerite, dont le sieur d'Oynville nous apporta hier la nouvelle. Je vous puis assurer qu'il ne pouvait nous en arriver une plus agréable , ni qui me causât plus de contentement en mon particulier pour toutes sortes de considérations. Quand j'aurais eu plus de temps de vous écrire que je n'en ai, je ne pourrais pas faire réponse à la lettre que ledit sieur d'Oynville m'a rendue de votre part, attendu que nous n'avons pu trouver le chiffre pour la déchiffrer , le père Joseph ne l'ayant pas. Mandez-moi avec celui que je vous ai donné c^

' Armer , mettre en éUt de prendre la mer.

qui 9st dans ladite leltre y afin que je pnisae vous faire savoir les inCen* lions du roi sur oe sujet. Ce qu'attendant je '^iSK^ oonjure de eroire que mon aéiection enrers vous est et sera toujoui^ telle que "vous Is pouTez dësirer de celui qui est coiame moi ,

Monsieur, votre très--affectionné comme frère k vous servir ,

Le Cardinal pe Kxchblibu.

Dans cette lettre , M. de Bordeaux donne de nouveaux détails sur les moyens de corruption qu'il a employa pour gagner le gour^rneur des ileSf

LETTRE DE M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

A MC^ LE CARDINAL DE RIGHEUEU, TOUCHANT LE TRAITÉ SECRET QU'Ui AVAIT FAFT AVEC LE GOUVERNEUR DE L'ÎLE SAINT-HONORAT.

Dn S5|ii«i 1637.

Monseigneur ,

J'ai un extrême déplaisir de ce que votre éminence n'a pu être informée de ce que je lui mandais par deux dépêches en chiffres. La première portait comme je traitais avec le gouverneur de Saint-Honorat par le moyen du sergent-major de Sainte-Marguerite ^ de se rendre avant la descente dans son Ûe^ moyennant deux mille pis tôles , ou du moins de ne pas s'opposer à la descente , auquel cas il en aurait encore mille. Par la deuxième^ j'assurais votre éminence comme il semblait que ce traité devait avoir lieu , et que j'en avais toutes les bonnes espérances. Hs m'ont en quelque façon tenu leur parole , et il est vrai qu'ils ne pouvaient pas moins s'opposer à la descente des troupes ; aussi leur ai-je fait connaître que j'étais ponctuel à ce que je promettais, c'est-à-dire de les avoir traités comme votre éminence Faura appris par les articles , soit en leur faisant grâce pour avoir souffert une descente , soit de leur donner ce que j'avais promis , pour ne s*être pas présentés pour empêcher à mettre pied à terre à nos. gens dans l'Ile. Je ne me suis pas contenté de cette négociation , car j'«n ai «énagé

LET. DE M. Ii'ABCH. DE BORD. ^ MAI 1637. 387

une autre avec ledit acrgent maître de Sainte-Marguerite ; et le confesseur du gouverneur de Sainfce->-Margiicl*ite i de nation aarde , par le ittoy^n de laquelle j'ai dëoouvert une partie des desseins des ennemis et espère apprendre tout ce qu'ils désireront faire à l'avenir ^ au moins ils s'y sont engagés moyennant le petit présent annui^ de mille pistolea; c'est pourquoi votre éminenee me fera l'honnèiH* de me mander si elle a agréable que je oontinue ces négociations. Le dessein qu'ils ont à présent le pluB en recommandation est celui de Toulon ; mais il est vrai » et ils me l'ont avoué aussi, qu'ils n'étaient pas en état d'en venir à bout. Le sieur d'Espenan aura informé votre éminence de tout ce qui s'est passé dans le détail de Saint^Honorat» mais non pas ce que nous avons résolu avec le confesseur de Miguel Peyrès pour l'avenir, d'autant qu'il n'en a aucune connaissance*

Je suis arrivé en cette ville avec l'armée navale pour donner oixire à son radoub , pour lequel iaire avec {Jus de diligence j'ai envoyé les vaisseaux en différents ports, et puis assurer votre éminence que j'y apporterai tant de soin qu'ils pourront retourner à la mer en corps avant qu'il soit peu de temps , pourvu qu'il plaise aussi à votre éminence donner ordre au remplacement du fonds qui a été diverti pour le siège des lies , comme je lui feii déjà mandé trois ou quatre ibis ; car smtr^ttient il ne &ut pas espérer que les matelots sortent sans faire leurs montres ; comme aussi pour avoir d'autres poudres et bou* lets, les vaisseaux ayant pour le moins tiré vingt mille coups de canon. Auparavant de partir ée» iles , j'y ai établi la garniscm de mille hommes, sans les dflSciers, avec leur eubaistanœ pour quinze jours, en attendant vos ordres , comme votre éminenoe verra par l'état que je lui «n envoie, qui est tout jG^ que j'ai cra pouvoir faire. On m'a dit qu'il s'y conmieitait qudbqiies désordres, M. le comte d'Harcourt permettant la ruine et le pillage de toutes les huttes et platesformes faites avec beaucoup de d^nse et qui nous pourraient servir. Votre éminence am^a su l'assistaaice que nous avons reçue du parlement , et comme il a rendu deux arrêts nécessaires et importants en ce rencontre : le premier contre les procureurs du pays pour les obliger à donner la subsistance aux troupes , puisque , comme dépmdant de

388 LIVRE n. — CHAP. IV.

M. de Vitry, il n'était pas au pouvoir de toutes lès semonces de les porter à bailler un sol; si bien que s'il plaisait à votre éminenoe de faire écrire au parlement comme elle approuve ces arrêts et qu'elle «a désire l'exécution y ce nous serait un moyen de nous rembourser d'une partie de nos frais.

L'autre arrêt contre la noblesse^ pour l'obliger de venir au sié^^ s'étant commencé et achevé sans que nous y ayons eu douze gentils' hommes , encore étaient-ce de ceux qui y étaient venus pour leurs amis particuliers.

Un petit mot de lettre au parlement ou au premier président portant l'agrément de cet arrêt donnera la vie à cette cour souveraine, que M. de Vitl*y menace de faire bien danser, et la poii;era à rendre les mêmes services lorsque les occasions s'en présenteront.

a m. l'archevâqub de bordbaux.

Je vous expose si ponctuellement les volontés du roi par la dépêche de sa majesté que je vous envoie , que je ne répéterai rien ici du contenu en icelle, et m'arrêterai à vous répondre à quelques articles particuliers du soin desquels vous m'avez voulu charger, ce que je tiens à faveur, pour le désir extrême que j'ai de servir des personnes si bien méritées de l'état, et qui nous ont rendu la réputation que nous avions perdue si malheureusement.

Je vous dirai donc, monsieur, que, nonobstant les brigues con*traires, nous avons conservé le petit gouvernement de Villeneuve de Bèze au fils de M. de Castrevieille , joint son régiment à celui de Roussillon, et supprimé celui de Gornusson pour encore aider à fortifier celui-là. Nous avons fait donner cinq cents éois de pension à ce bon vieillard, que vous ferez , s'il vous plaît , payer par-delà du ftmds que la province a donné au roi dans l'occasion de la reprise des îles. Nous avions deux cent quarante-huit mille livres pour remplacer la

LETTRE DE M- DE NOYERS. — MAI 1637. 389

dépense déciles, mais comme nous n'avons pu tirer de fonds pour les recrues des régiments qui y ont si bien servi , l'on a estimé qu'il valait mieux vous demeurer redevable de cette somme que de laisser en péril ce qui nous a tant coûté à reprendre , et faire repasser l'armée navale sans forces convenables pour la défendre si elle était attaquée , a quoi il faut obvier de tout notre pouvoir. Son éminence vous en mande ses sentiments si particulièrement qu'il n'y a rien à ajouter ; vous obligerez donc M. le chevalier de Clermont-Yersillac à faire en toute diligence sa recrue, afin de fortifier son corps et de le faire repasser dans les vaisseaux , si ainsi vous estimez qu'il se puisse faii*e et que ce corps soit propre à l'effet auquel on le destine ; sinon, pour ne point perdre de temps, il faudra choisir quelque corps qui soit et plus prêt et plus propre à cela; mais surtout, monsieur, son éminence vous conjure de prendre soin du rétablissement des îles, et que vous instruisiez bien particulièrement M. Lequeux de ce qui sera à faire quand vous en serez parti , en sorte que la victoire ne nous échappe des mains.

Vous ne sauriez croire combien d'honneur et de louange chacun vous donne à tous, et à vous particulièrement, de qui les soins sont conims à tout le monde.

Le roi commandera M. de Frémicourt de se rendre près de lui : je vous prie de le Êiire partir aussitôt la présente reçue et de me croire ,

Monsieur,

Votre très-humble et très-affectionné serviteur,

De Noyers.

A Rael, ce 36 mai 1637.

Le roi donne les instructions les plus détaillées à M. de Bordeaux sur la manière dont il entend que les îles soient fortifiées , et lui reconunande la plus grande surveillance , dans la crainte que les Espagnols ne fassent quelque tentative sur le littoral de Provence.

S90 UVRE U. ^ GHAP. IV.

LEttRB DU ROI

A M. L'ASCanvâQUA DE BOBDBAUX.

De Versailles» le 97 mai 1637.

Mons. l'archeyéque de Bordeaux, ce que je veux principalement faire par cette lettre est de tous témoigner la par&ite satisùction que j'ai des services signalés que vous m'avez rendus en la rq^ise de mes iles Sainte-Marguerite et de Saint-Honoré de Lérins , reconnaissant bien par tous les avis que j'ai eus et par les rapports qui m'ont été faits de la sorte que ce glorieux succès a été obtenu par mes armes, que votre vigueur, générosité, prudence et affection, qui ont paru extrêmes en toute cette occasion , vous y ont donné très-grande part , et je vous assure qu'il ne s'offrira jamais de sujets de vous en reconnaître dignement que je ne le fasse de tout mon cœur.

Cependant , comme je vois que vos soins sont nécessaires pour affermir cette victoire , et pour mettre les choses en état auxdites îles et en la côte de Provence, que si le dépit qu'auront les Espagnols d'avoir i^çu cette honte les portait à quelque entreprise de ce côté-^là, elle ne leur puisse réussir , je désire qu'avant de partir de Provence vous fassiez renvictuailler et munir les iles de Sainte-Marguerite et Saint- Honoré de tout ce qui sera nécessaire pour leur défense; que vous voyiez établir en la première le sieur chevalier de Guitaud pour y commander , et avec lui six compagnies du régiment des Iles , et en celle de Saint-Hôiic>i*é , te lieutenant-colonel du régiment des galères, ou en son absence le premier capitaine avec quatre ou cinq compagnies de ce régiment, les faisant toutes rendre complètes de cent honmies chacune , et prenant pour cet effet les soldats des compagnies restantes des mêmes corps , avec ordre aux capitaines et ofiicieris de ces compagnies réformées de les remettre sur pied. Et en cas que par ce moyen il n'y eût une gn-nison suffisante pour la garde de ces iles , je trouve bon que l'on retienne des compagnies des autres r^îments qui soM a présent dans lesdites iles au nombre qui sera nécessaire. Sur quoi je fais

LETTRE DU ROI. r^ MAI 4637. 3di

amsi Mvqir mes ietenttOBs à iqoa oomin If OQmfee d'Haroourt , afin qu'il fasse cet établissement avant que de partir pour me yamr trowrar, suivant l'ordre qua je lui an ai donné.

Avac eeky j'eatisM à propiw défaire démolir an diliganca iout ce qu'il y a de fortifié daii9 lasdltes iles^ eoLoeptè, anoiUeda Saîqte*lMapguepita^ le Fort*Royal et oeli^i de Ragon pour gai«der le frîoul ; et aq calle de Saint^onoiat , la t^wr et le iapt ^î la défend , en disant réparer œ qui aum été ruiné ou qui d#iudra à cas plaoes ; maia je remeta à vous aviser avec ceux qui somt par delà , qui ont aonnaisaanoe partiaulière de ce fiiit des lies et des fortifications , ce qui seni pour la mîaux at de le faire propipliement exécuter.

Quant aux a9poi]^ que voms éorivaz ^tre demeurés dans \e frioul, du vaisseau des enBemis qui a été iM^lé , voua las f»ez retirer , at mènerez savoir ce que vous an aunee trouvé , afin que aur cela je vous an manda mon intention , eomme a«sai pour ceux qui ont été pris s\ir les ennamis dans les lies.

Afin qu'il ne vous manqua rien pour faire travailler en toutp diligence au renvicl;naillemant ait au radou)> de tons les vaisseaux de mon armée i^avale^ je vous fais envoyer un fonds de deqx cent vingtf^daux mille huit cents livres pour remplacer ce qui a été 4i^i*ti du foadadas dépenses de cette armée pour celle de la reprise des îles , et en màau^ temps vingt!«inq raille deux cents lieras pour les revues des i^meiits des galères, de eeux de ClarmontrrVeratllacet de SaintrAndréy déairant que lorscpie vous pastirea de Ppovanea , vous fassiez embarquer avee vous celui de ces dam; régiments qui se tBOUvera en meilleur état , at que VOUS rameniez les diefs at offioiers du réginjiant des lias , pour refaire leurs compagnies dans le Poitou at la pays d'Aïuus » ék quoi je leur ferai aussi «donner moyen. J'ajouterai que j'ai fiut^onnar à La Tour et à Vaillac le -fonds Âe ieuns remias, et à irai^n, comme pour tops ces régiments, de trois cents livres pour compagnie. J'ai aussi donné ordre pour vous faire tenir par delà cinquante mille livres pour employer aux munitiou^ 0t réparations desdites lies de Sainte-Marguerite et Saint- Honoré , sur le sujet desquelles vous établirez un si bon ordre avec le sieur Lequeux, que vous laissez par delà pour y servir , qu'en partant

vous puissiez être assuré que tout ce qui sera nécessaire sera poiictuellement effectué.

Après aTOÎr pourvu à ces choses , vous laisserez en la cote de Provence une escadre de huit vaisseaux qui seront nommés dans le mémoire ci-joint , sous la conduite du sieur de Manty , chargeant ledit sieur Lequeux de prendre soin de leur subsistance ; et ferez savoir audit sieur de Manty que mon intention est qu'il les joi^e aux galères^ toutefois que l'occasion se présentera d'entreprandre quelque chose conjointement, et que lorsqu'ils y seront joints, ils obéissent au sieur Dupont de Courlay, général de mes galères ; s'employant les uns et les autres principalement à conserver et défendre le (rioul qui est entre lesdites lies , où ils feront leur séjour plus ordinaire , et garder les autres lies et toute la cote de Provence , comme encore à assurer la liberté du commerce dans les mers du Levant à mes sujets et à ceux de mes amis et alliés , et à faire la guerre aux ennemis et aux pirates , entreprenant pour cet effet les desseins dont ils verront être capables.

Et pour le surplus des vaisseaux de mon armée navale, vous les reconduirez dans mes mers de ponant, apportant la vigibnce et le bon ordre nécessaires pour les ramener tous à bon port ; et lorsque vous serez en l'ile de Ré , vous apprendrez mes volontés de ce que vous aurez à faire.

En cas que dans votre voyage vous rencontriez les ennemis en mer, et que vous jugiez les pouvoir combattre avec avantage , je trouve bon et désire que vous le fassiez, et même que vous fassiez brûler leurs vaisseaux , s'il y a lieu de l'entreprendre avec apparence de bon succès; le tout suivant les propositions que vous en avez faites; vous assurant que les services que vous continuerez de me rendre en madite armée me seront en toute la bonne considération qu'ils sauraient mériter* Et sur ce je prie Dieu vous avoir, mons. l'archevêque de Bordeaux, en sa sainte et digne garde.

M. le cardinal de Richelieu donne à M. de Bordeaux les instructions les plus étendues sur les opérations navales de Provence.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

A M. L'ARGHBVâQUE DE BORDEAUX, SUR LA PRISE DE L'tLE

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