V. Amédee
De TuHd , ce 39 mai 1637.
M. de Noyers prie M. de Bordeaux de lui donner ses avis sur les améliorations à apporter dans l'organisation militaire de la Provence et des îles.
A M. L'ARGHEVÊQUB DE BORDEAUX.
Monsieur ,
Si les effets suivaient la parole et les promesses , vous auriez déjà le remplacement de partie de vos fonds; mais quoi que nous ayons pu faire, nous sommes encore dans la poursuite de nos lettres de change. Vous croyez bien qu'il ne tient pas à nous ni à nos sollicitations, et que nous ne les quitterons que votre fonds ne soit parti.
Son éminence jugeant à propos d'apporter quelque meilleur ordre qu'il n'a été fait par le passé aux affaires de Provence, m'a commandé de vous écrire que, procul ab odio et gratia, vous nous en mandiez vos sentiments, et que tout présentement au moins, vous m'envoyiez par le présent ordinaire quel nombre de gens de guerre vous estimez devoir être entretenu tant dans les places et les ports que dans les iles.
L'on estime par deçà que trois mille honunes effectifs suffiront, savoir : six cents à Sainte-Marguerite , quatre cents à Saint-Honorat , six cents aux divers forts des iles d'Hyères et autres qui ne sont des garnisons entretenues par la province ; six cents a Antibes ; quatre cents à Toulon ; cent au fort de la Croix ; trois cents pour être où besoin sera, selon l'avis de M. le gouverneur; que l'on pourrait trouver ce nomlx^e d'hommes en deux régiments de vingt compagnies , et à celui de Saint-André, qui est de douze.
Son éminence demande encore votre avis pour savoir à qui nous pourrions donner les capitaineries des tours et forts des iles d'Hyères , et s'il ne vaudrait pas mieux y mettre des garnisons réglées et ordinaires, qui, étant assurées d'y demeurer toujours, auraient soin par leur propre intérêt de xx>nserver en bon état les bâtiments , les meubles et les
magasins ; au lieu que lorsque l'on y met des compagnies tirées des régiments , elles y yÎTent avec une licence de tout insiq>pqrtable^ parce qu'elles espèrent toujours d'en sortir ^ ne se souciant pas de ceux qui y seront après eux.
U importe extrêmement^ monsieur, que vous recommandiez a^ec soin aux régiments auxquels le roi a ordonné des recrues , de les faire bonnes et au plus tôt , afin que nous en puissions faire état. Vous ferez, s'il vous plaît, visiter tous les forts et magasins des îles d'Hyères par M. Guérapin, afin que l'on les remette en si bon état que ceux qui seront pourvus de la capitainerie d'iceux les puissent conserver avec facilité et plaisir, et y défendre leur honneur et leur vie en gens de bien; ce que beaucoup n'ont ps le courage de faire quand ils se voient dépourvus de ce que raisonnablement Ton peut désirer pour cet effet.
J'attendrai, s'il vous plaît, une réponse an premier ordinaire afin que, tandis que vous êtes sur les lieux, vous nous puissiez aider à l'exécution de ce qui sera résolu par deçà sur vos avis ; le mien ira toujours à votre contentement et à rester toute ma vie ,
Monsieur,
Votre trè^-humble et très-affectionné serviteur.
De NoYiois.
De Ruel, ce i*' juin 1637.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
A M. L'ARGHBVâQUB DE BORDEAUX , DBMAia>ANT AVIS DBS GARMISOMS
qV'iL FAUT LAISSER EN PROVENGB.
De Rael, le i*' jain 1637,.
Monsieur,
Lorsque je vous écrivis la lettre que le capitaine des gardes de M. le comte d'Harcourt vous a portée , j'avais tant de choses à vous faire savoir que je ne me souvins pas lors d'une fort importante , qui est de vous prier de me mander , devant que de partir de Provence , ce que vous estimez qu'il faille laisser de garnison dans la province , tant aux
tles d'Hyeres y Sainte-Marguerite ^ Saint-Honôrat , Toulon , Antîbes, qu'autres petits lieux de la cote que tous jugerez nécessaire de garder, entre lesquels le fort de la Croix est un des principaux.
Nous estinions de deçà que pour toutes ces garnisons trois mille hommes efiectiis peuvent sufiire.
SaToir : Cinq cents hommes aux îles d'Hyères ;
Six cents hommes dans l'Ile Sainte-Marguerite, conservant le grand fort et le fort d'Aragon , où il faudra envoyer tous les jours du grand fort vingt-cinq ou trente hommes en garde ;
Quatre cents hommes dans TileiSaint-Honorat;
Huit cents hommes à Antibes ; •
Cinq.cents hommes à Toulon ,
Et deux cents hommes au fort de la Croix et autres lieux semblables.
Nous estimons que ces trois mille hommes doivent être composési : Premièrement, de six compagnies du régiment des Iles , lesquelles> ne comptant que soixante hommes chacune, font trois cent soixante hommes ;
De vingt compagnies du régiment des galères, qui, sur le même pied, font douze cents hommes ;
De vingt compagnies du régiment de la Tour, qui feront encore, sur le même pied de soixante hommes par compagnie, douze cents hommes,
Et de douze compagnies du régiment de Saint-André , qui feront aussi six cent vingt hommes.
Nous pensons qu'on pourrait mettre dix compagnies de la Tour dans les lies d'Hyères ;
Dans File Sainte-Marguerite , les six compagnies des Iles , et quatre de la Tour;
Dans Saint-Honorat , huit des galères;
Dans Antibes , dix des galères ;
Dans Toulon , sept de la Tour et deux des galères ;
Et qu'ainsi on pourrait mettre tout Vaillao et Yitry à la campagne , et peut-être Saint- André, si on s'en peut passer pour lesdites garnisons.
Tout ce que dessus n'est qu'un faux-projet que je tous envoie afin que vous me mandiez y sur la connaissance que vous avez de la jprovince^ ce que vous estimerez qu'il faille faire.
On dit que le changem^it que l'on lait des garnisons dans les îles d'Hyères lempéche qu'on ne puisse conserver les forts en bon état, parce que ceux qui s'en vont ne se soucient pas de tout rompre , et qu'ainsi il vaut mieux y mettre des gens qui n'en bougent^ et qui y soient établis pour y demeurer, en leur donnant des appointements si raisonnables et si bien payés qu'ils aient sujet de s'y arrêter.
Vous me manderez , s'il vous plbit, votre avis et, qui plus est, quelles personnes vous estimerez qut seront propres pour commander en chaque lieu.
Je vous prie de ne point faire courir les rues à cette dépêche p la nature des affaires requérant qu'on les tienne secrètes , encore que quelquefois leur matière particulière ne Semble pas le mériter. Ce que me promettant de votre prudence , je ne vous en dirai davantage , sipon que je suis , Monsieur, Votre affectionné conmoie frère à vous rendre service ,
Le Cardinal db Righelibu.
M. le duc d'Haluin , déjà instruit des tentatives futures des Espagnols sur le Languedoc, en donne avis à M. de Bordeaux, et l'engage à mettre l'armée de mer en état de concourir à la défense du littoral de cette province.
LETTRE DE M. D'HALUIN
A M. L'ARCHBVÊQUB DE BORDEAUX.
Monsieur ,
J'attends maintenant le paiement avec usure du peu de service que je vous ai rendu aux iles, et le roi me fait l'honneur de m'écriré qu'il vous envoie un ordre de tenir les vaisseaux prêts pour notre dessein f