SAINTE-MARGUERITE
De Ruel, le aS mai 1687.
Monsieur^
Je ne vous saurais dire le contentement que je ressens de la reprise des ties.
Vous verrez par la dépêche du roi ce que vous aurez à faire ; à quoi je m'assure que vous travaillerez avec tout le soin et la diligence possible.
M. de Manty demeure en Provence avec huit vaisseaux de guerre pour joindre aux galères lorsque les occasions se présenteront de faire quelque chose conjointement , auquel cas ledit sieur de Manty obéira à mon neveu. Je vous envoie le nom desdits vaisseaux.
Le chevalier de Guitaud demeurera dausSainte-Mai^uerite, et quelqu'un des meilleurs capitaines du régiment des galères dans Saint- Honoraty avec quatre ou cinq compagnies dudit régiment en garnison dans' la place.
Vous laisserez avec ledit sieur de Guitaud, dans Sainte-Marguerite , six compagnies du régiment des Iles, lesquelles vous remplirez de soldats des autres compagnies dudit régiment dont vous ramènerez les officiers avec vous pour refaire leurs dites compagnies en Aunis, selon les ordres qu'ils en recevront, et si ladite garnison de Sainte-Marguerite n'est pas assez forte, vous y ajouterez quelques compagnies de La Tour et de Yaillac.
On estime de deçà qu'il ne faut garder en Sainte-Marguerite que le grand fort raccommodé , et celui de Ragon pour être maître du frioul , et dans Saint-Honorat, la tour et le fort. Tout est remis au jugement que vous ferez de delà avec gens à ce connaissant»
394 LIVRE n. — CMP. IV. .
Le sieur Lequeux demeurera aux âes , lant pour les feire munir et réparer que pour faire sdbsister les huit vaisseaux qu'on lais^ sous la charge de M. de Manty. On envoie pour lesdites munitions et r^iaralions des iles cinquante mille francs^ que vous recommanderez audit sieur Lequeux d'employer si utilement , et de faire avec lui, devant que de partir pour vous en revenir, un si bon état de toutes choses, qu'on puisse par après avoir l'esprit à repos.
Je vous envoie un ordre de M. de la Melleraie pour prendre cent milliers de poudre du sieur Luguet à Marseille , lequel en doit la fourniture de pareille quantité pour 1637, outre les cent milliers qu'il a fournis pour 1636.
Quant à des boulets, c'est à vous d'en chercher pour de l'argent. On satinait à c^ que vous désirez pour les vaisseaux , selon que vous verrez par la lettre de M. de Noyers et ce que vous en écrit l'atné des Sourdis.
Nous sommes d'avis que vous fassiez remettre le Briment de Clermont-Versillac qui le demande , et que vous l'embarquiez avec vous. Pour cet effet, vous lui ferez donner l'argent de sa recrue sur les fonds qu'on vous envoie.
J'accorde au sieur d'Espenan les cuirs et les lins que vous me mandez s'être trouvés dans la tour Saint-Honorat , que les Espagnols avaient pris sur les Français, et trouve aussi fort bon que vous restituiez aiix habitants de Marseille la barque et les marchandises que leédits Espagnols avaient pris sur eux , ainsi que vous me Pécrivez.
Je vous prie de voir soigneusement ce qui se peut faire pour les droits de ma charge, tant en Provence qu'en Languedoc, où j'ai a^ qtf fl se commet de grands abus, et y établir uni si bon ordre à l'avenir qu'on ne puisse plus m'en frustrer ainsi qu'on a fait par le passé. Le deùr Luguef vous en dira quelque chbâe.
Si , en revenant, vous pouvez faire quelque chose pour r avoif nos esclaves de Tunis et d'Alger, vous le pouvez faire; et j'estime, ainsi que vous Tavez écrit plusieurs fois , que le meilleur moyen pour tth est d'essayer de leur faire peur et de prendre autant de leiir^ vaiii^ux qu'on pourra , après quoi on viendra à restitution de part et d'autre.
Si TOU8 rencontrez aussi les forces ennemies en mer et qae tous les puissiez combattre avec avantage , le roi vous le permet , comme aussi de brûler leurs vaisseaux^ si vous le pouvez faire ; le tout selon que vous l'avez proposé.
Je désire grandement qu'en votre passage, où vous serez seul à commander les vaisseaux y vous paissiez faire quelque action qui signale le nom de Sourdis.
Lorsque vous serez en l'île de Ré , vous saurez les résolutions du roi sur ce qu'on estimera,, se pquvoir faire contre l'Espagne. Cependant vous pouvez consulter avec les plus habiles gens de ceux qui sont avec vous, ce qu'on y pourrait plus apparemment entreprendre; mais^ à vous parler en secret entre vous et moi , il y faut faire quelque bonne entreprise dans l'automne ; c'est pourquoi vous ne vous amuserez pas qu'avec bon s\ijet dans votre voyage. J'envoie ordre au sieur de Lau^ nay*-Vazilly, qui est à Brest, de faire acheter des chairs en Bretagne pour les vaisseaux et le reste des victuailles à l'ile de R)é et à La Rochelle.
J'ai un extrême déplaisir des divisions qui sont entre M. le comte d'Harcourtet vous. De là viennent tout plein de mauvais bruits qui se sèment ^le part et d'autre , dsins lesquels je voudrais de bon- cœur me trouver seul intéresisé, ou que tous ceux qui y sont mêlés en fisisent aussi peu, d'état que .moi. Il y a plus de six mois que M» le marquis de Sourdis vous efit pu ténioigner que je dis vrai , si je ne l'eusse empêché de vous en avertir. Il faut se moquer de pareils discours , et faire si bien chacun de son côté , que les actions parlent.
Je me promets que Dieu bénira votre voyage ; je l'en prie de tout mon cœur, et vous de croire que je suis véritablement.
Monsieur, Votre très^ffectionné comme frère à vous rendre service ,
Le Cardinal de Richelibu.
P. S, A jaiit vu f par ce que vous avez écrit à M. de Nojers , que les canons du vaisseau des ennemis qui fut brâlé par les nôtres dans le Frîoul se peuvent alsëmeot retirer de la mer, je vous prie d'y faire travailler aussitôt que vous aurez reçu cette dépêche, et après que lesdits canons seront retirés , si vou£ jugez qu'ib soient assez bons
pour munir et défendre les fles , en ce cas vous les j fei^z mettre , et fierez embanqaer sur vos vaisseaux ceux que les Espagnols j ont laissés , c'esUà-dire ceux de fonte verte. Oo m'a dit que ceux qui étaient sur ledit vaisseau brûlé sont aussi de fonte ^ vous me manderez ce qui en est.
M. le duc de Savoie apprend à M. de Bordeaux rarrivëe d^ 1 armée espagnole à la rade de Livourne.
LETTRE DU DUC DE SAVOIE
A M. l'archevêque DE BORDEAUX.
Monsieur l'archevêque de Bordeaux y je viens de recevoir une nouvelle importante et qui vous peut donner lieu de faire quelque entreprise considérable pour le service du roi ^ c'est pourquoi je vous en ai voulu écrire incontinent^ et vous dire comme Farmée navale des Espagnob est arrivée en la mer de Livourne y composée d'un bon nombre de vaisseaux et de quelques polaques chaînées de six cents hommes environ y lesquels toutefois comme soldats qu'on fait aller à la guerre par force et ne sont pas en état de faire grande défense. Il y a aussi force galères venues de Sicile et de Naplea^ dont une partie est à Gènes et l'autre à Porto-Ferrajo. J'estime que si on profite de cette occasion, on pomTa prendre quelque avantage considérable sur ledit armement y et qui sera de très-grande conséquence aux desseins de sa majesté. Il faut seulement se mettre en état, afin de se prévaloir de la conjoncture y que je dois, croire que vous sam*ez ménager utilement pour le service de sa majesté. J'attendrai donc de vos nouvelles au plus tôt, et me dirai cependant ,
Monsieur l'archevêque de Bordeaux , Votre afiectionné a vous servir,