J13IN
Report 270
De garnison ordinaire 30
De garnison ordinaire 20
De garnison ordinaire* 50
De garnison ordinaire. 150
De gimison ordinaire 150
De garnison ordinaire . . .- . .80
De garnison ordinaire 200
De garnison ordinaire 100
Total 1050
M. de Sabran apprend à M. de Bordeaux qu'il a prononcé un discours devant le sënat de Gènes , afin d exciter cette répu^ blique à se déclarer contre l'Espagne.
A M. If'ARGHBVfiQUB DB BORDEAUX.
Monsieur ,
Depuis riiomieur des vôtres des 2 et 3 juin , j'ai reçu celles dont vous m'avez honoré pur oe porteur du 1 0. Je vous en rends très-humbles grâces et vous envoie le discours que j'ai laissé par écrit à ces messieurs f après les avoir entretmius un peu plus au long dans le palais , et leur avoir lu l'article de votre lettre qui les concerne, et fait connaître une généreuse résolution et bonne intention tout ensemble. Cette offre a été si bien reçue que je ne vous le puis exprimer , et depuis force noblesse qui m'est venu voir a désiré savoir les particularités de ce que j'ai traité avec le corps souverain , mais je m'en suis
excusé disant que c'est chose cpie je ne puis dii^e qu'une fois et à ceux qui gouvernent , encore qu'elle regarde le bien 'et salut de tous. Ce que je fais afin que le secret en augmente la curiosité^ auisi que comme je ne crois pas que Gènes ait jamais assez de résolution pour se jeter , comme en ce cas Gènes ferait ^ es mains du roi , encore que tous les conseils et le public y concourent. Mais le sénat va 1»ien lentement^ et enfin il me fut répondu que s'agissant d'une grande extrémité et de summa rerum, il fallait procéder avec une mûre et longue délibération, et attendre, les intentions du roi d'Espagne sur ce qui s'est passé contre Gènes par ses galères et vaisseaux , estimant qu'il ne l'approuvera pas, et*que le mal ne procède que de ceux qui sont sur les vaisseaux et galères ; que cependant ils conjurent le roi et M« de Bordeaux de conserver cette bonne volonté qu'ils acceptent. Je leur dis qu^ le roi n'avait jamais eu dessein d'engager Gènes contr.e le roi d'Espagne , sachant le risque de ses intérêts, et n'ayant jamais dëtiré chose aucune de Gènes que pour son bien particulier, si Gènes le veut considérer ; mais que voyant lesdits biens et intérêts si visibleiaeiit perdus et la liberté attaquée , sa bonté |>asse par-dessus les raisons que fe roi a de se plaindre des actions de la république , et ne veut pas laisser Gènes sans appui en cette occasion, son intention étant toujours à l'excuser autant qu'il peut des fautes, et à procurer le bien public.
Ainsi le remède a été trouvé à ce que ceux du sénat s'excusaie&t sur l'état présent et le désir de pourvoir à l'impuissance bientôt, et aussi en cas que les vaisseaux du roi repassent le Détroit , et que Gènes en eût besoin , on ne se prendra qu'à fceux qui gouv^nent ; outre que Sabran n'a en rien engagé le roi ^ puisque c'est sous son plaisir, et en cas que Gènes le recherche avec le respect conv^able. Chacun va publiant par la ville que Saoran a offert merveille de la part du roi , et Sabran est grand cousin avec ^us. Mais il ne sait que s'ep promettre, encore que l'on balance d'envoyer en ambassade vers le roi, qui serait une bonne affaire.. Sabran ne voulut point mêler pour ce coup les plaintes et désirs des réparations , mais fit voir en sortant au secrétaire la stale des poudres et de chaume de Saint-Remo , afin qu'ils y pouipvoient ; celui-ci est toujours prisonnier. Je leur ai fait connaître que
LETTRE DE M. DE SABRAN. — JUIN 1637. Ail
l'Espagne est comme le diable, qui plus on lui donne de pouvoir et faiton pour lui , plus en abuse et tyrannise ; ainsi, qu'il n'y avait plus d'e*pcMT à sauver leur liberté et intérêts que par l'appui du roi et la force. Si l'Espagne vient à laire raison à Gênes , Gênes le comiaitra du roi , et cette action mettra l'Espagne en jalousie ; en sorte qu'en tous événements l'affaire va bien , et Gênes le reconnaît de M. de Bordeaux, qui, sans se flatter, doit être aussi satisfait de sa grande réputation ici , à Rome et partout, que de sa propre conscience, ayant soutenu tout le faix de ce qui s'est passé avec beaucoup de gloire pour le tûi et ^e profit.
Don Antonio d'Oquèdo , sur l'àvis d'Espagne que à Fernambouc et autres lieux des Indes tout va être perdu , est venu ici pom^ lui-même faire passer les meilleurs vaisseaux de cette armée vers l'Océan en grande hâte , les siens étant mal armés et faibles et sans mariniers ; et l'on ne parle point des galères d'Espagne de Ferrandina : celles*ci exercent tant qu^elles peuvent la piratique et se fient plus des plages que des ports de Gênes y. que leur conscience leur rend suspects. L'on me vient d'avertir que lesdites galères sont aussi passées en haute mer vers leyant , mais je ne te crois pas ; le porteiu* vous en éclairera , et il faut avoir l'œil ouvert à ce passage de ses vaisseaux , s'il ne ferait point en passant vers Provence et Languedoc quelque descente ; et cependant j'enveiTai , si je puis , la felouque dernière venue vers Porto-Longone pour être mieux éclairci et savoir ce que deviennent les brûlots ; car je suis bien averti et on les veut hasarder pour brûler galères et vaisseaux; car si elles se séparent, tout est évanoui. Et je tiens pour article de foi que sitôt qu'on saura que Jes galères et vaisseaux du roi sont en état , les galères d'Espagne se sauveront , après avoir bien ordonné tout dans Final et Monaco ; et je doute si Savoie voudra laisser jouer tout de bon le jeu sur celui-ci ni sur celui-là , car, entre nous, je prévois tant de finesses , que je doute si le roi réussira mieux de ce côté cette année que l'autre.
Nice du Montferrat, place médiocra, a été prise par l'Espagnol; l'espèce de neutralité qu'il observait avec M, le duc de Mantoue lui en a donné plus de facilité que de droit. Il avait partagé son ï- 53
armée en trois : là , vers Brème et Bielle; son altesse de m'en a donné avis , et d'avoir jeté des gens partout. II y a long-^temps que j'ai écrit partout d'avoir égard aux surprises es lieux médiocres , car l'ennemi ne se voulait engager sous, des places qui le puissent affaiUir.
Il prendra tous les avantages des postes et rivières et s'y établira , et fera courre fortune à Casai ou Brème, s'il y a des dé&uts. Je suis averti de ceux qui sont des maisons de ceux de l'Espi^ne , de m Ane que de Provence : tous avis vont à Nice et Monaco, et de là aux Espagnols, et surtout d'un particulier de La Giotat. Si on voulait, on ferait, un jour qu'unpiéton en partirait, ouvrir toutes les lettres en campagne ( il y a peu d'importance pour ks lettres ) , cela les ferait abstenir d'écrire des nouvelles; car votre année navale , les galères et vaisseaux, et toutes vos actions sont épiées et l'état de «toutes choses, et le tout bien su par eux.
L'on me dit que César est allé vers le roi , œ qui me &it croire que Théodore ne bougera. Je vous supplie de me tenir averti de tout et de ceux qui demeurent, afin que je sache à qui m'adresser, et me faire connaître en chiffre le véritable état des choses > et me piander ou laisser faire valoir ce que je dois dire ; car, selon vos desseins, je disposerai les choses.
Les Grisons et Valtelins sont toujours fort mal, et tous deux mécontents des Espagnols , surtout les Grisons, qui veulent se maintenir leurs forts et se repentiront trop tard. Je m'informerai des felouques de soies; et pour celle d'Oneille je vous en ai écrit, et du porteur vous apprendres le reste. L'Espagnol a plus de quatorze mille hommes et quatre mille chevaux, et tout bonnes gens, €n campagne. Nos troupes viennent lentement; Dieu veuille tout prospérer! Vous verrez en mon autre lettre vos affaires particulières , et je vous conjure me croire plus que personne du monde et de tout mon cœur, comme de toute obligation ,
Monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur,
Sabran.
De Gènes, ce iS jain 1637.
M. de Sabran avait joint , à ses dépêches à M. de Bardeaux , cette copie de son discours.