‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 122 sur 160 · LB 15 JUIN · texte numérisé non relu

LB 15 JUIN

SÉRENISSIMES SEIGNEURS ,

Depuis la yiolence de Farmée navale d^Espagne faite à votre autoritë et juridiction, combattant et prenant dans vos mers les vaisseaux frètes et assurés par des Génois , et chargés de leurs marchandises, sans que l'instance de vos ambassadeurs en ait pu obtenir la restitution, j'ai cru que rien au monde que Timpuissance ne pouvait arrêter le cours d'un juste ressentiment, ne pouvant vous mettre sitôt en état d'çn tirer raison, pour n'avoir pu prévoir ni ensuite être préparés à une telle offense, que vous n'avee jamais dû craindre de ceux pom* le service desquels vous avez tant contribué, même avec le risque de vous attirer sur les bras les malheurs dont leurs États gémissent, et lesquels ils ont essayé de partager avec vous pour se soulager d*autant, si la bonté du roi oi'eût surpassé leiïrs artifices.

Dès lors , j'ai toujours été disposé de vous faire connaître que si vous n'aviez besoin que de puissance pour produire des effets tels que l'oppression de la liberté mérite, vous en aviez toujours au besoin une assez voisine pour mettre cet ennemi commun à la raison ; mais comme le roi a toujours eu les bras ouverts à la protection de l'Italie , et que cette république en a eu pour elle des assurances si fréquentes , sans que cela l'ait pu di%^ertir des choses en faveur d'Sspagne, anipréjudice du service de sa majiesté, j'ai pensé^e vmmis sauriez bien y avoir recours par des respects convenables sans en êtie sollicités, si vous aviez assez de résolution pour ne souffrir k brèche si ouvertement faite en votre liberté, après y avoir fait tant d'embûches dès si long-temps et si maltraité les particuliers en leurs intérêts, et pendant que les Espagnols, hor> d'espoir de pouvoir, par l'usurpation des biens des particuliers , venir à

l'oppression de la liberté publique, la Teolent combattre ouvertement , conmie seule espérance de votre recouvrement, par le moyen d'une généreuse résolution et de la force.

Mais puisque messieurs qui commandent Tarmée navale de sa majesté, et qui ont toujours cru que le temps éclaircirait la différence des intentions des Français et Espagnols, offrent, sous le bon j^isir du roi , l'armée victorieuse de sa majesté pour la vengeance de cette injure, et de l'amener à votre secours où vous voudrez,- pour votre protection ou représailles, avec cinquante plions commandés d'autant de capitaines desquels l'ennemi a déjà éprouvé la générosité, j'ai enfin cru devoir prévenir votre désir qu'une injure si grande et la mémoire de la valeur génoise invite à la vengeance, afin que si le délai ne procède que de ce que la république n'est pas en état de force auquel je la vois disposée de se mettre bientôt , vous comptiez les offres que je vous fais pour tout ce qdl vous peut être présentement nécessaire au recouvremeiit de vos intérêts et maintien de votre liberté; vous ressouvenant que ' l'armée ennemie ne s'emploie aujourd'hui à aucune guerre que d'exercer la piratique en vos mers, et empêcher votre commerce sans se soucier de vos ports , lesquels ils soupçonnent avec raison.

Ce sera de votre prudence de vous savoir servir du temps et de la conjoncture , et de prendre garde que le délai ne vous nuise et vous fasse revenir en arrière par les désirs à la recherche de TocGasion que vous aurez perdue.

Dans ces dëpêchei^, le roi , M. le cardinal de Richelieu et M. de Noyers donnent à M. de Bordeaux les instructions suivantes sur le séjour de Farmée navale en levant.

JUIN 1637. " 42i

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHEUEU

A M. l'archevêque DB BORDEAUX, POUR NE PAS REPASSER SI PROMPTEMENT

Page 1