DE M. DE NOYER
A M. L'ARCHETâqUE DE BORDEAUX.
MONSiftUA y
Sol non ôccidàt super iracundiam vestram. Je m'assure que vous pratiquerez ce précepte, et que vous resterez en Provence tant que la nécessité des affaires et du service du roi le requerra , et je m'as-^ sure que maintenant , que M. Faret sera près de M. le comte d'Harcourt, vous y vivrez avec toute sorte de satisfaction. Ayant fait rapport au roi et à son éminence de tout ce qu'il vous a plu m'écrire sur le sujet de la place que vous savez , il a été résolu que vous en auriez la conduite tout entière.
L'intention du roi est qu'à quelque prix que ce soit, vous vous rendiez maître de la place, soit en y coulant des gens de guerre ou autrement ; en sorte que , quand bien le gouverneur ne le voudrait , vous vous en rendiez maître , ainsi que le verrez par les lettres du roi.
Je vous envoie l'état pour la garnison des iles , et suis ,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur,
Dfe' NOYÊRS.
De Chaillot , le i3 juillet 1637.
LETTRE DE M. D'ÉMERY a m. l'archeyâqub de bordeaux.
. Il y a long-temps que je plains tous ceux qui agissent avec affection , car leur chaleur ne sert qu'à les rendre garants des événements bien souvenr qui ne dépendent pas d'eux ; mais , monsieur, il suffit pour sa satisfaction de bien faire. La note que vous avez écrite à M. le duc de Savoie que l'armée navale est au même état qu'elle était quand elle passa de ponant. Ta extrêmement réjoui , et obligé à faire un des-
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sein pour roccuper, pour rexëcution duquel il envoie Guërapin à la cour, qui part demain, pour, si elle est approuvëe par son éminence, vous en porter lui-même les ordres. Je pense, monsieur, qu'il est à propos de le tenir sûr et de mettre les choses en état que l'on puisse mettre vingt pièces de canon et trente et iaire un siège d'un mois. Je sais bien que la plus grande difficulté que nous y trouverons est celle d'avoir des troupes, car il y a long-temps que je sais comme l'on agit en Provence et de quelle façon on y vit. Je suis un des premiers qui aient passé en cette province : aussi mandai-je à la cour que c'est le plus grand obstacle que peut-être ce dessein-ci rencontrera ; car, de votre côté, je suis assuré qu'il n'y manquera aucune chose. Sachez que je dis en terre ferme , non pas à la côte d'Italie , car les Espagnols sont trop sur leurs gardes de ce côté-là ; il vaut mieux tenter ailleurs où il n'y a nulle défiance. Guérapin vous dira touff, et ']e[ne pense pas même qu'il soit nécessaire que, dès à présent, on sache rien de ce qu'il espère bientôt se mettre en mer.
Les ennemis, qui avaient au Milanais une si puissante armée, sont si fort affaiblis à présent, que nous ne craignons plus leui*s entreprises; et cette armée a été dissipée par les troupes seules et par les seuls soins de M. de Savoie. Nos troupes ne sont pas encoi^e toutes ici, et il y en a si peu que nous ne sommes pas capables de grands exploits ; ceux de votre armée seraient peutrétre extrêmement utiles au bien général des affaires. Vous avez plus de nouvelles des progrès que font les armes du roi en la Comté et en Flandre que moi , c'est pouixpioi je ne vous écris.
Je suis , monsieur,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur ,
D'Émery.
D'Ast, le i5 juillet 1637.
Pour la première fois , le roi donne ordre à M. de Bordeaux de faire écrire un journal détaille (de toutes les opérations de la
campagne; ainsi Thabitude de tenir à bord les journaux de navigation remonterait à cette époque.
A M. l'archevêque DE BORDEAUX.
Mons. l'archevêque de Bordeaux , étant très-important à la réputa-* tien de mes armes , à l'honneur et au bien de ceux qui me servent dans mes armées et à mon contentement et service que je sache ponctuel* lement ce qui s'y passe , je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez à faire écrire un journal de tout ce qui se fera en mon armée navale , par qui et comment , sans qu'il y soit omis aucune chose , soit pour le général ou pour le particulier, qui mérite quelque considération, et que les jours auxquels il ne se sera rien passé y soient marqués comme les autres; en sorte que je sache, jour par jour^ le pro^ grès et l'état de mes forces. Et parce qu'il n'est pas possible qu'étant chargé d'une infinité d^autres soins plus importants et considérables , vous preniez celui-^là , je trouve bon que vous vous en déchargiez sur le secrétaire de l'armée ou telle autre personne capable, fidèle etdili*gente que vous voudrez choisir. De quoi me remettant sur vous, je prie Dieu vous avoir, mons. l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde*
LOUIS-
SUBLET
Écrit CD mon château de Madrid, le ao juillet 1637.
M. de Sabran continue de renseigner M. de Bordeaux sur les affaires d'Italie.
A M. l'archevêque DE BORDEAUX.
Vous ne sauriez croire de quelle importance et préjudice aux affaires du roi et de toute l'Italie était généralement estimé le rappel de M. le
comte d'Harcourt, et principalement Totre départ aTec les vaisseaux et meilleurs galions yers TOcéan en cette oonjoncture où l'Espagne a troublé le conclave du coté de Naples; le cardinal de Florence était parti à même fin devers le grand^uc , dont lé pape et Rome se sont scandalisés^ avec plus de deux mille hommes^ et même a été à Rome avec trois cents entre lesquels on sait qu'il y en a soixante qu'ils nomment déterminés, et ne voit-on aucun moyen que lé pape puisse appuyer la liberté du condave , ses armes étant si faibles et si éloignées, que par le moyen de ses^ vaisseaux et galères, qui , en un instaht, peuvent partout porter tout secours à la moustache de Tenoemi , même à Civita* Veecfaia. m si j'osais dire ma pensée , je m'imagine que les troupes dont vous m'écrivez du Languedoc et ce corps séparé qu'il me semble que M. de Bordeafox va commander sont à cet effet et pour le plus gkifrienx dessein qui paisse arriver à M., de Bordeaux. Si vous me témoignez que ma pensée ait lieu ou- non» vous m'obligerez, vous assurant que je pubiîei^i seulement ce qui se devra, e€ que je tâcherai de vous bien informer sur tes choses que vous me témoignez devoir être secrètes, pour travailler de tout mon possible à la réussite de ce que vous entreprendrez , ne désirant néanmoins rien savoir que eni tant que j'y paisse être utile. Car, encore que te pape semble encore pouvoir tirer de longueur, croyez que- la canieule l'emportera oci le mettra bien bas; car du ventre en bas il est sans mouvement, comme deux religieux qui vont avec .œHe felouque et qui en viennent vous le diront; enfin, les ambassadeurs n'agissaient plus, depuis trois mois il ne se parlait point d'affaires , et celui d'Espagne a rendu l'hommage de Naples en sa chambre sans rien traiter. Pour profiter de tout, Sabran a mis en appétit Gènes, et la seigneurie de Gènes éloignant depuis six mois tant qu'elle peut du gouvernement ceux qui ont été découverts plus partisans d'Espagne que delà liberté, a fait doge le seigneur Augustin Palavicini que l'on avait éloigné de cette dignité par les brigues , à laquelle sa probité et générosité l'avaient appelé il y a long-temps. Il a eu toutes les bulles, hors quinze; il en a eu cent vingt-quatre paivdessus tous les eoncoirrents'; il a été dans la boocfiie de tous* avant que -d'étve nommé par les fiormas ; il a été porté oomme pat. les ëpanies de fMrte k vépn-
blique. II:fot envoyé ambassadeur extraordinaire vers le roi, à Suze^ quADd 9a majesté m'^iYoya ici la première fois.
Je l'ai Élit visiter de la part du roi^ il y a trois jours. Je leur fis savoir par la ligne de votre lettre que sa majesté ayant su le tort qu'ils-avaient reoi en cette mer, la vi<denoe faite à leur liberté , leur ressentixneill; et mes offres 9 avait inoontioent contremandé M. le comte d'Harcourt^ et que vous avez ordre de faire arrêter les galions qui allaient sous votre commandement à l'Océan. Les ambassadeurs pour France et Espagne se préparent; celui-ci va partir incontinent, et le dépisté pour Hollande et Rome. Les Espagnols ne peuvent digérer ces ambassades. Et lorsque la seigneurie a espéré de recevoir d'Espagne quelqu'espoir de bon succès et de réparation , elle a su que ledit Melcbior Borgia , qui avait été déposé pour n'avoir secouru les iles, a été rétld>li à cause de la prise des vaisseaux hollandais en cette mer, avec ordre de pomv suivre les ennemis d'Espagne jusques es ports de Gènes»
Les galères de Naples étant dix-huit en nombre, ont enfin passé avant-hier au soir vers Monaco. La pratique de la terre de ses ports leur est toujours interdite. Us avaient des nouveaux desseins sur notre côte, sur la créance de votre éloignement et des vaisseaux; les leurs, bons ou mauvais , doivent aller quand ils pourront de là le Détroit.
Ferrandina est à Cadagne avec ses galères et l'argent; je crois que celles-ci se sont avancées pour faciliter son tr^et, qui sera à l'accoutumée.
L'Espagnol, pour se passer de Gènes , minute un port et fort sur la marine à Final; la chose est malaisée et de grands. frais.
L'assemblée de Prague est séparée sans qu'on ait eu aucun espoir de traité particulier avec les Suédois.
Le cardinal-in&nt ne peut recevoir l'argent pour Fkndre ; et si les Hollandais sont, comme je le crois, sortis, le retardementde Picolomini le met hors de mc^en de soutenir l'effort de leur armée et des nôtres , et il craint de succomber non^seulement par faiblesse , mats par une mutinerie générale faute de l'argent. Il se repent d'avoir affaibli son armée de cinq mille hommes qu'il entretien t. pour soutenir ceux qui travaillent au fort de Gravelines : j'ai su hier cela par une lettre fraîche et de
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bonne main, de Flandre. Michel Peyrès est avec les galères et celui qui anime plus à quelque entreprise sur nous. Lea Grisons sont plus mal que jamais avec les Valtelins et Espagnols , et ceux qui ont ëtë les auteurs de tourner casaque sont exposés à de grands risques, et les tientron perdus«
A Naples, on a déchargé les malades des galères et raisseaux, et deux commissaires qui apportaient à Naples les deniers de la campagne ont ëtë tués et les deniers pris.
Quant au Piémont , je crois que vous en êtes mieux informé ; je vous envoie néanmoins ce que son altesse de Savoie m'en a envoyé il y a cinq jours; mais depuis Ton me vient d'avertir que le même a quitte les retranchements près d' Ast. Je ne vous puis dire rien davantage , mais je crois qu'il se retire peu k peu parce que M. le duc de Gréqui ou ceux de Brème ont fait une raffle générale par toute la Lomellina pour châtier ceux qui , à la faveur de l'armée ennemie, se tenaient quittes des contributi(Tns qu'ils avaient promis ; et je tiehs que ceux que l'ennemi avait détachés de son armée pour aller ravager vers les frontières du Piémont auront été malmenés depuis le secours que son altesse y a envoyé, puisque les paysans seuls , se prévalant de l'assiette et intelligence du pays,, envoyaient tous les jours force chevaux en Ast. Son altesse a fait une fort généreuse résistance et a fermé la bouche aux médisants. Je suis en une opinion que nul que vous me peut ôter , que vous nous allez quitt^er et que M. de Bordeaux emmène les vaisseaux en ponant, et que M. d'Harcourt ne i^etoume au reste des vaisseaux afin que l'on ne croie pas que le roi abandonne cette mer, aussi qu'il ne le faut pas entièrement. Et si M. de Bordeaux a une fois passé de là, Sabran perd cette opinion que le roi veuille ni puisse assister Rome et y contrecarrer les préparatifs que les auti^es y font; et à Gênes, Sabran lui impute ce départ des vaisseaux faute de les avoir su arrêter par les moyens convenables après avoir été si bien offerts. Si M. de Bordeaux part, je croirai qu'il veut , de ce qui aura bien peine à succéder en son absence, feire souvenir combien l'on a dû à sa présence et généreuses fatigues.
Sabrar*
De Géoes, ce ai juillet 1637.
Le roi autorise M. de Bordeaux à nommer les capitaines des places fortes de Provence , selon la proposition que ce prélat en avait fait à M. de Noyers.
A M. L'ARGHEVÊQUE DE BORDEAUX.
Mons. l'archevêque de Bordeaux , reconnaissant qu'il est beaucoup plus avantageux à mon service qu'il y ait des gouverneurs particuliers dans les tours et places de mes lies et de ma côte de Provence nouvellement construites que de les laisser comme elles sont entre les mains de capitaines particulières de compagnies qui n'ont aucun intérêt à la conservation des j^aces ni des munitions et autres choses nëcessaires pour leur sûreté, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous commettiez, en toutes lesdites tours et places nouvelles , des personnes que vous saurez bien certainement être capables et fidèles pour y commander et en répondre. Et en attendant que sur les avis que vous me donnerez bien particulièrement des personnes et des qualités de ceux que vous choisirez, je leur envoie mes lettres de provision ; ce que je vous recommande de faire le plus diligemment que vous pourrez et avec tous les soins et la considération nécessaires. Et sur ce , je prie Dieu vous avoir, mons. l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde. LOUIS
Écrit i Chanlîlljr, le îi5 juillet 1637. SuBLET.
LETTRE DE M. DE NOYERS ▲ m. l'arghbvâqub de bordeaux.
Monsieur ,
Nous vous envoyons M. Lesergent, que vous jugez ^ comme îl faut^ aussi absolument nécessaire par-delà, pour se justifier du retaixlement des deniei^ destinés à toutes vos dépenses.
Il me semble que je suis hors de mon sens quand j'entends que vous n'avez encore ni le fonds du remplacement de la marine , ni celui
de ceux destinés à la r^ration et fortifioation des iles. Je pense qu'il y donnera si bon ordre en passant à Lyon qu'il vous en rendra bon compte* Les ordres pour la subsistance de la garnison des iles et pour hi recrue des compagnies du régiment des Iles vous seront encore portés par ce courrier, bien qu'ils l'aient déjà été par deux précédents; et le député de Provence qui y est, m'a assuré que rien n'y manquerait de leur pai^t.
Nous attendrons l'issue et l'événement des ordres du roi, touchant Briançon. J'ai vu la lettre de M. Lequeux, qui assure qu'il n'y a plus que la tour k payer, et j'en ai dit tant à Charron que je m'assure qu'il y pourvoira, et de bonne sorte. Je vous envoie le passeport pour les blés que vous désireresç de tirer du Languedoc.
Je ne doute nullement que n'exécuties trèft**fidèlem«it et très-4issurément tout ce que son àninence vous priera de faire ; celui qui en douterait aurait perdu le sens. Je ne doute pas que son éminence n'approuve entièrement la destination du canon de la tour de Bone.
Monseigneur le comte d'Harcourt ne me mande autre chose que la bonne intelligence qui est maintenant entre vous , qui est bien une des meilleures nouvelles que je pouvais apprendre , et des plus utiles au service du roi et au contentement de son éminence. Il ne m'envoie aucun état de la recette et dépense de la marine , aussi sait-il bien que c'est de vous que son éminence l'attend.
Je vous ai d^ mandé plusieurs ibis que son éminence désirait que vous prissiez la peine de faire une exacte recherche de quelques braves gens, bien capables de servir et de commander dans vos forts et tours des îles , le nombre d'hommes qu'il faudra mettre à la garde de chaque lieu, et que, sur vos avis, sa majesté pourvoirait définitivement, et j'attends encore le fruit de vos diligences, qui n'ont point de semblables. Il est impossible que l'on fasse des choix de si loin, et sur les mémoires de ceux qui sont sur les lieux et ainsi magis scire possunt. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous comble de bénédictions, et que me croyiez.
Monsieur , votre très-humble et très-affectionné serviteur.
De Novmis.
De Ruel , ce 3o jaillet 1687.
J'ajoute à ma dépêche que son éminence n'a eu aucune nouvelle
LETTRE DE M. DB NOYERS. — JUILLET 1637- 455
de celui que tous ayiez chargé du traité de la reddition de Sardaigne par le gouverneur de la principale plaee^ ni le reste de sa dépêche ; et , de plus y que le roi a dessein d'exécuter une entreprise dans les côtes de vos mers ^ pour laquelle il faudra que l'armée navale soit en mer^ et ftHtifiée de trois mille soldats que l'on tirera des régiments destinés pour le rafraîchissement de l'armée d'Italie qui se recrute ^i Languedoc et en Dauphiné. Il Êiat donc y s'il vous piait y tenir tos vaisseaux prêts poitr les embarquer et porter à ladite entreprise.
Le fonds de l'entretien et subsistance desdits hommes a été fourni.
Les munitions pour l'attaque le seront pareillement.
Bref y l'on ne voua demande qne vos vaisseaux et domse galères au 26 d'aoùti
Son éminence n'a pas jugé a propos de remplir la place de sergentmajor des lies que de quelque personne de votre vertu , parôe que cet office est l'âme de la police. Il faudra , s'il vous pkit, nommer à son éminence celui que vous en jugerez digne , et le mander à son
éminence.
De Noyers.
Instruit des préparati& des ennemis sur le Languedoc, et voulant concourir à la défense de cette province, M. de Bordeaux envoie les notes suivantes à M. le duc d'Haluin.