INCONVÉNIENTS ET AVANTAGÉS
Q0I SB TROUVBm* A ROMPRB AVBC LA BBPUBUQUE DE OfilIBS.
XNVOYÉ PAA M. FARZT.
Le premier inconvénient est que l'on multiplie le nombre des enne. mis, et que dans les républiques les outrages une fois reçus ne s'oubUent jaiMis, ni les haines ne meurent point, ce qui ne se rencontre pas dans les états monarchiques, où chaque règne étant animé de différents projets , et par conséquent poussé de différents intérêts , les I. 55
hainfii et les amitiét s'étouffent et sa réveillent selon la diversité des •temps et des occurrenœs.
Le second^ que Ton augmente la puissance des £spagnok dans Gènes, où la seule considération des Français amis de la république leur a jusqu'à présent servi comme de bride pour leur empêcher de plus entreprendre qu'ils n'ont fait , et a servi de prétexte aux Génois de leur refuser des choses qu'ils prétendront désarmais d'autorité si nous rompons la neutralité.
Le troisième, que les particuliers de Gènes, qui maintenant n'assistent le roi d'Espagne qu'autant qu'ils le peuvent sans en recevoir de notable incommodité, se trouveront alors nécessités par leur propre intérêt de lui &ire de grandes avances de deniers, et s'imagipant n'avoir plus de salut que la protection des Espagnols, forceront même jusques à* leurs hommes d'aller à son service, au lieu qu'à présent ils n'y vont que volontairement.
Le quatrième, que le nombre des galères d'Espagne , qui de soi est déjà assez gi*and, sera encore augmenté de celles de Gènes.
Le cinquième, que les passages pour secourir mons. le duc de Parme seront noq seulement fermés, mais gardés contre nous comme contre des ennemis.
Le sixième , que la Provence et le Languedoc seront ruinés par la rupture du commerce avec Gènes, qui leur enlève tous leurs blés et leurs vins.
Le septième, et pour dernière et plus considérable raison, on peut dire que si en rompant l'on ne produit quelque effet avantageux pour le roi y ce sera non seulement diminuer beaucoup de la réputation de cette armée ^ mais encore de celte des forces de l'État, que l'on jugera ne pouvoir fournir d'hommes pour un tel dessein.
AVANTAGES QUI SB RENCONTRENT POITR LA FRANGE A ROimK
AVEC Z*A RBPiniL»}UB DE OfiNES.
nombre des enm I de la. neutralité
ont avec nous, apportent plus de préjudice k la France qu'ils ne pourraient faire s'ils étaient ennemis déclarés^
Le second , que l'autorité des Espagnols, bien loin de se rendre plus grande dans cette république , pourra diminuer par cette rnp^ tnre; car à présent tirant d'elle tous les services et les avantages qu'on saurait désirer d'un peuple libre, ils ne manqueront pas de prétendre encore dans cette conjoncture quelque chose au--delà , qui jettera des défiances et des soupçons dans ces âmes timides et jalouses tout ensemble de leur liberté, lesquelles peut*-étre se trouveront forcées de recourir à notre protection contre la tyrannie dont elles croiront qu'on les veuille opprimer.
Le troisième, qu'après la rupture, le corps de la république ne pourra pas assister l'Espagne de ses deniers , pour ce qu'elle en aura besoin pour les dépenses nécessaires à sa conservation.
Le quatrième, que les particuliers ne pourront pas aussi l'assister de leurs bourses, pour ce que leur commerce de banque et de mer venant k cesser, et la source du profit se trouvant tarie, chacun gardera ses réserves pour soi-même, tant pour les dernières nécessités que pour ce qu'en même temps les vivres enchériront et les dépenses dont ils seront chargés par la république augmenteront.
Le cinquième , que cette républicpie ne pourra plus assister de ses hommes les galères ni les vaâsseaux d'Espagne, comme elle fait maintenant, pour ce qu'elle en aura besoin pour sa propre conservation dans ses villes et dans ses places , et pour la garde des rades et plages qui sont le long de sa rivière.
Le sixième, que les six galères de la république n'augmenteront pas le nombre de celles d'Espagne , puisqu'elle aura même besoin d'en arvoir davantage pour sa propre défense et pour entretenir la communication entre Gênes et ses autres places.
Le septième , que les passages ne sauraient pas être après la rupture autrement refusés qu'ils le sont, puisque, durant la neutralité, elle ne veut pohit les accorder, mais seulement les souflfHr si nous sommes les plus forts pour les prendre.
Le huitième, que le débit des vins et des blés de Languedoc et de
Provence n'est nullement considérable^ pour ce que^ supposé même que l'on ne voulût pas nuire k Gènes en lui en empêchant les traites qu'elle fait servir pour le Milanais, il faudrait toujours en défendre la sortie pour l'entretien des troupes qui attaqueront les lies, et ensemble pour celui de l'armée navale et des galères, si l'on veut qu'elles subsistent en Provence, où déjà le pain coûte deux sols sizdmiers la livre et le vin trois sols du plus mauvais.
MOYENS d'entreprendre CONTRE GÊNES.
On le peut en deux façons qui leur donneront d'exii'êmes incom* modités:
La premièi^e , empêchant le trafic qui se Csiit tant des Génois que d*Espagne, Sicile , Sardaigne, Pouille et Naples, et le font sous le nom de Génois; et des blés qui viennent sous leur même nom, de ces pays, pour l'entretien du Milanais, où le dégât a rendu les vivres bien rares.
La seconde, en brûlant toute leur rivière, et par ce moyen les obliger à retirer dans leurs villes toutes les femmes, vieillards et petits enfants^ s'ils veulent tirer du service de ceux qui seront capables de leur en rendre; ce qui augmentera extraordinairement la cherté des vivres.
De ces misères et des grandes impositions qu'ils seront obligés de £ure sur les particuliers pour l'entretien des garnisons dans leurs places et pom* les autres dépenses publiques, il pourrait bien s'émouvoir sédi-r tion par le peuple, lequel n'est déjà guère affectionné à la république, comme il paraît par les corps-de^rde qu'elle tient par toutes ses rues..
Tout le revenu de la république se monte environ à sept ou huit cent mille écus, provenant partie des domaines et droits qu'elle a dans sa rivière, et partie des impots qui se prennent sur l'entrée et sortie des blés , des vins et autres marchandises , qui n'auront plus de cours durant la guerre ; sur lequel revenu y ayant six cent mille écus affectés au mont Saint-Georges , il se trouverait que non seulement ils n'auraient plus rien pour fournir à leurs chaînes, mais aussi qu'ils n'auraient pas moyen d'acquitter les rentes de Saint-Georges, ce qui pourrait bien encore exciter sédition.
De sorte qu'ils se trouveront obligés de faire non seulement banqueroute aux particuliers I mais encore de lever sur eux pour leur subsistance un pour cent, comme ils ont accoutumé de le pratiquer dans les grandes nécessités.
M. de Bordeaux fait observer à M. le cardinal de Richelieu qu'il lui est impossible de bien servir le roi , s'il est continuellement traverse dans ses vues par M. le comte d'Harcourt.
LETTRE DE M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
a m^* lb cardinal de richeueu.
Monseigneur ,
Je n'ai jamais hésité en l'exécution d'aucun de vos commandements ; mais dans celui qu'il plait à votre éminence de me faire maintenant de servir avec M. le comte d'Harcourt, je suis contraint de lui représenter les raisons qui me font la supplier très-humblement de ne me le pas commander absolument.
La première y c'est^ qu'il y a une union très-étroite avec M. de Yitry pareille à celle qu'il avait avant que ledit sieur de Yitry m'eût assassiné en sa présence , par laquelle ils avaient résolu de me perdre auprès du roi et de votre éminence , comme je puis justifier par M. de Champigny et plusieurs autres.
Secondement, c'est que ledit sieur comte d'Harcourt a dit tout haut que M. 4e Yitry n'avait que commencé ce qu'il achèverait; après m'avoir mille fois accusé d'avoir volé les montres des soldats et celles des matelots, comme il a dit à M. Lequeux et à tous les capitaines de marine, dont il a failli à avoir plusieurs fois des séditions contre moi, où j'ai couru risque de ma vie.
Tiercement, c'est que votre éminence se prend à moi de tous les mauvais événements, quoique je n'y aie non plus de part que le dernier goujat de l'armée, ne fais que servir de prétexte lorsqu'il faut exécuter quelque dessein par le défaut des choses impossibles qu'ils demandent^
En quatrième lieu, c'est qu'ayant mis l'armée en état que du 6 au 8 juillet elle doit être à la voile, tous les capitaines s'étant obligés sur leur iète à avoir pareil nombre de gens qu'ils avamit quand nous partîmes de ponant , je ne puis pas en répondre quand cela ne dépendra pas de moi, étant impossible de garder aucune discipline, M. d'Harcourt donnant indifféremment congé à tous ceux qui lui demandent, et ne pouvant châtier pour quelque faute que ce soit.
C'est pourquoi je supplie très-humblement votre éminence , si elle a quelque petite satisfaction du désir que j'ai eu de la servir, de ne me pas mettre en état de perdre ce bonheur en un instant, de voir dépérir l'armée sans y pouvoir remédier, de la voir inutile sans la pouvoir faire agir, et être toujours en état de craindre d'être assassiné comme je l'ai été, voyant deux ennemis unis dont je sais l'intention, et qui peuvent en tout temps et à toute heure exciter des séditions dont je ne pourrais pas être le maître.
Ces rais<H]s me (ont très-humblement supplier voire éminence de me vouloir tirer d'ici. Où je vois ma perte assurée, étant inqiossible, quand il s'agirait de ma vie, de pouvoir répondre des dé&utsqoi peuvent arriver. •
D'envoyer une escadre à la guerre ; sur le dessein de repasser en ponant , il ne se peut, car elle serait peut-être trois mois sans se Téaûkt au corps, et les marchands, quand ils passent le Détroit, prennent trois mois de vivres pour le moins : voyez ce que doit faire une armée comme la vôtre maintenant qui n'en a que pour ce temp»-4a.
En conséquence des lettres précédentes de M. de Bordeaux , M. le cardinal de Richelieu engagea très*expressément M. le comte dUarcourt à vivre en bonne intelligence avec le prélat, et à ne rien prétendre sur sa charge.
Lié 4 JBtiiflt le^* MOKSIEUE,
Le sieur Faret va vous trouver pour vow représttiter les raîsoas «piî vous doivent convier à une bonne intelligence avec M. l'archevêcpie
de Bordeaux , duquel je ne puis , en aucune façon » abandonner les intérêts. Il y Ta du service du roi , .^e votre honneur et de mon contentement particulier. Ces considérations me font croire que vous vous porterez en cette occasion à ce que sa majesté attend de vous , k ce que vous devez à vonsHaatéme, et à ce que j'en espère certainement. J'écris à mondit sieur de Bordeaux , à ce qu'il y corresponde de sa part ainsi que vous le pouvez désirer. Je me promets qu'il ne manquera pas d'apporter tout ce qui dépendra de lui à une si bonne fin, qui swa sans doute très-avantageuse aux affaires du roi et glorieuse à l'un et à l'autre^ au lieu que la continuation de la froideur qui a été entre vous par le passé produirait des effets du tout contraires. Je ne puis aussi que je ne vous pne de ne toucher point aux droits de ma charge ^ et que je ne. vous témoigne être étonné que vous m'ayez donné lieu de vous faire cette prière , ensuite de laquelle je finis en vx>us assmant que je suis, etc., etc.
Croyant la présence de M. le comte d'Harcourt utile au service du roi, M.*le cardinal de Richelieu, tout en regrettant de ne pouToir rappeler ce général, engagea M. de Bordeaux à calmer les divisions qui se pom*raient élever entre eux , et lui donne avis que les Espagnols voulant tenter une descente en Languedoc, il est nécessaire de mettre l'armée du roi en état de s'y opposer, et aussi d'aller à Tunis et à Alger, pour réclamer l'exécution d'un traité depuis long- temps consenti par les Barbaresques.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
A M. L'AtCBBVÊQUB DE BORDEAUX, TOUCHANT LE RETOUR DE M. LE COMTE D'HARGOURT EN PROVENCE.
De Ruel , le 4 juillet. i637.
Monsieur,
Je ne doute point que le retour de M. le comte d'Harcourt auprès de vous ne vous altdëpin; mais, n'étant que pour un temps et pour vous
UO LIVRE n. — CHAP. IV.
décharger de l'envie et des maïuTais ëTénements qui pourraient arriver, si f pendant que vous êtes en un lieiidont le gouverneur et vous, êtes en trèsHoauvaise intelligence, vous y demeuriez seul, vous devez croire avec vos amis que ce retour vous est avantageux et non pas pr^udiciable. Je fais retourner exprès le sieur Faret pour vous entretenir, M. d'Haroourt et vous , en bonne inteUigenoe. Je lui ai parlé comme il &ut, et fait connaître que je prendrais une entière part aux offenses que vous en recevrez. J'écris une lettre audit sieur d'Harcourt dont je vous envoie la copie. Je vous prie de contribuer de votre part ce que vous devez pour conserver autant d'union qu'il est nécessaire pour le service du roi.
Nous avons avis certain que les Espagnols préparent une armée de terre pour entrer dans le Languedoc, qui doit être ooipmandée par Cerbellon, qui est déjà repassé d'Italie en Espagne, et même, qu'ils se veulent servir de leur armée navale. C'est pourquoi il est besoin de mettre celle du roi en état de les bien frotter, comme vous avez d^à bien commencé. Pour cet effet, on envoie deux cent mille livres comptant aux galères , afin qu'on en mette le plus grand nombre qui se pourra en mer avec l'armée navale. Si les chiourmes étaient assez fortes, l'intention du roi serait qu'elles y allassent toutes.
Ce sera à vous autres, messieurs, d'avoir de si bons avis que vous jugiez où vous pouvez rencontrer l'armée ennemie , au cas que vous la puissiez combattre et battre en lieu commode.
Il serait bon de négocier avec messieurs de Gênes s'ils voudraient être assistés du roi en l'offense qu'ils ont reçue, et leur offrir, pour cet effet , toutes sortes d'assistances de la part de sa majesté ; mais il n'est pas à propos d'aller mouiUer à leur rade sans qu'ils en soient premièrement d'accord , parce qu'outre qu'ils pourraient avoir de la crainte de l'armée du roi , il est certain que cela pourrait porter les Espagnols à condescendre à de meilleures conditions pour eux, et ainsi nous aurions l'affront d'être refusés et moyennerions un accord entre ceux avec qui nous voudrions entretenir la dissension. .
Je voudrais bien que , sans rompre le dessein que vous devez avoir de vous opposer aux ennemis , au cas qu'ils veuillent attaquer le Lfin-r
guedoc^ TOUS puissiez prendre un temps d'envoyer une escadl*e de vaisseaux à Alger et Tunis pour leur offrir l'éxecution du premier traité de paix fait avec eux, et au cas qu'ils ne le veuillent pas, leur prendre le plus de vaisseaux et Turcs gue vous pourrez pour mettre à nos galères.
Si l'occasion se présente de prendre quelques va isseaux marchands de Florence, j'en serai bien aise, pour représailles de la prise qu'ils ont fait du capitaine Garel , et en ce cas, vous empêcherez qu'on ne touche aux marchandises qui y seront , lesquelles vous ferez mettre en dépôt.
Je vous prie défaire exécuter le jugement de la marine rendu contre le capitaine Giron , que je vous envoie : si pareilles insolences à celles qu'il a commises étaient souffertes , il ne faudrait plus parler de l'amirauté. Vous pouvez établir un autre capitaine dans son vaisseau.
Je ferai réponse , par le premier courrier^ à la dépêche que vous m'avez envoyée touchant les garnisons des îles.
Je mande.à mon neveu le général des galères, que si vous avez besoin des Turcs et *autr«s esclaves qui sont sur les galères pour mener ou envoyer à Alger afin de les échanger avec des chrétiens, qu'il ne fasse pointée difficulté de vous les faire délivrer.. Assurez -vous de mon affection pour toujours , et que je suis véritablement.
Monsieur^," Votre très-affectionné comme frère a vous rendre service ,
Le Cardinal de Richelieu.
Le roi, jugeant le séjour de l'archevêque de Bordeaux en Provence utile à son service , lui refuse la permission de revenir en France , et lui donne dans cette dépêche les instructions les plus e'tendues sur ce qu'il doit faire pour s'opposer aux desseins de l'ennemi , qui semble vouloir tenter une descente sur la côte du Languedoc.
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LETTRE DU RQI
A M. l'archevêque DE BORDEAUX.
De Fontainebleau , le 4 juillet iGèj,
Mons. Tarchevéïpie de Bordeaux , je sais bien qu'après m'areir servi si dignem^it et assidàment que vous avez lait dans ces occasiom de la reprise de mes îles, vous mëriteFiez bien qae je voos pemûsse de^venn* recevoir en personne les témoignages du gré que je vous sais de vos services ^ et de preocbe quelque relâche du travail contînoeidanaleipiel vous êtes; el il est vrai qnê si la nécessité de mon service ne requérait votre présence eu madite armée , j'aurai» à plaisir de vous donner ce consentement, auqud vous avez bien vu par mes précédentesietires que j'avais une entière disposition , si la saison et les occatîona ne m'eussent obligé à changer mes ordres. Je continuerai par celle^i à vods con** firmer ceux que v(M]s avez reçus par ma dernière, de feire prcunp(ement radouber, envictuailler, munir et armer tous les luiisseaux d& mon armée navale , si vous n'y avez déjà entièrement pourtu, oomme vous marquiez par vos dernières que vous auriez lait dans le huitième de .ce mois, pour, avec mon cousin le comte d'Harcowrt, vous mettre le plus tôt que vous pourrez à la mer. A quoi j'ajouterai maintenant que l'avis que j'ai reçu, de divers endroits, des desseins du roi d'Espagne sur Narbonne et autres places de ma cote de Languedoc, me fait désirer que vous vous teniez prêt à faire voile au plus tôt de ce côté-là , avec toute madite armée navale, pour vous opposer à ce que mes ennemis y pourraient entreprendre , et y em^oyer madite armée ainsi que vous verrez, avec mondit cousin le comte d'Harcourt, qu'il sera plus utile et avantageux à mon service , et selon que vous pourrez savoir avec plus de certitude ce que feront les ennemis ^ lesquels il importe principalement d'empêcher d'exécuter leurs entreprises sur mes côtes. Et afin que vous soyez d'autant plus forts pour cela, je mande au sieur du Pont de Courlay, général de mes galères , de se mettre en mer en même temps avec le plus grand nombre de galères qu'il pourra, pour se joindre à vous selon qu'il sera nécessaire, et agir tous unanimement pour le
bien et aTantage de mon service. Et je m'assure qne quand tous considérerez que mon cousin le comte d'Harcourt s'est porté avec vous , en toutes ces occasions, avec beaucoup de zèle et de Taleur, et que , comme il a Yu que je désirais continuer à me servir de lui en mâdite armée , il s'est aussitôt rendu en sa charge , tous serez bien aise que, dans ces rencontres où il semble qu'il se prépare encore plus à faire que par le passé 9 TOUS ayez lieu de concourir avec lui au bien de mon service et à l'avantage de mes armes. Je vous exhorte donc et vous recommande autant qu'il m'est possible de faire que toutes choses passent de concert et en bonne intelligence, tant entre mondit cousin et vous qu'à l'égard du général de mes galères ; m'assurant bien qu'ils déféreront tous deux comme ils doivent au commandement très-exprès que je leur donne d'y contribuer en ce qui sera de leur pouvoir. Et puisque vous avez toujours la direction et l'administration principale des affaires de toute madîte armée, il n'y a pas d'apparence que personne ait intention de vivre avec vous qu'avec la bonne intelligence et l'union que chacun sait élre si nécessaire entre ceux qui sont employés à mon service -
Je vous envoîeies dépé<:ihes nécessaires pour faire faire les recrues des régiments de La Tour et de Saint-André en Langhedoc, de ceux de VaiUac et de Clermont-VertiWac en Guienne , et de celui des galères en Provence ; et puisque le fonds que je leur ai ordonné pour cet effet sera maintenant par-delà , je m'assure qu'ils y feront teute diligence et que vous ne manquerez pas de Jes en presser : à quoi je désire que vous employiez particulièrement vos soins et votre icrédît vei's les chefs et officiers. Et afin de pourvoir cependant en diligence à la sûreté du Languedoc, je donne ordre à mon cousin le maréchal de Vitry d'y envoyer son régiment et de le feire partir complet , ayant résolu de réserver seulement en Provence deux régiments de vingt compagnies chacun , qui seront entretenus par la province du fonds qu'elle fournissait pour lédit régiment de Vitry; et s'il y arrivait quelque occasion où l'on eût besoin de troupes , je mande à mon cousin le maréchal de Vitry qu'il fasse lever la milice en attendant que ces régiments soient fortifiées ^ et qu'il y laisse ce qui s'y trouvera des soldats desdits régiments pour en conserver le corps tandis que les officiers nécessaires iront faire les
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i^crues» Je serai bien aise que tous me donniez vos avis sur tout ceb de l'exécution de mes ordi^es , et particulièrement du temps auquel mon armée navale sera en état de faire voile. Et sur ce, je prie Dieu vous avoir^ mons. l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde.
LOUIS
SUBLET
Le roi engage M. de Bordeaux à mettre la flotte en mer pour s'opposer aux desseins des Espagnols sur le Languedoc.
A M. L'ARCHEVÊQUB DB BORDEAUX.
Mons. l'archevêque de Bordeaux , je ne doute point que par votre affection accoutumée vous n'ayez redoublé vos soins à l'arrivée du courrier génois que je vous ai dépêché il y a cinq jours-'pour iaire mettre en toute diligence mon armée navale en état de faire voile^ néanmoins^ la chose est si importante à mon service que j'ai voulu encore vous en faire cette rechai^e, mon intention étant que vous et mon cousin le comte d'Harcourt vous mettiez au plus tôt en mer pour vous porter du coté de Languedoc si les ennemis y paraissent et si vous reconnaissez que l'avis des desseins qu'ils y ont formés soit véritable, ou pour aller où vous croirez avec mondit cousin pouvoir agir plus utilement. Sur quoi vous ayant plus particulièrement écrit mes volontés par ledit courrier, je n'y ajouterai rien par cette lettre que pour vous assurer qu'en les effectuant vous me rendrez un service qui me sera de très-grande considération et me donnera un particulier contentement. Sur ce, je prie Dieu vous avoir , mons. l'archevêque de Bordeaux, en sa sainte garde.
LOUIS
SUBLBT.
• Ecrit â Versailles, ce to juillet 1637.
Dans les lettres suivantes, M. le duc d'Hafuin , conunandant en Languedoc, fait connaître à M. de Bordeaux de quel secours lui serait une division de galères et de tartanes pour s'opposer à la descente des ennemis. Dans cette dépêche, il est pour la première fois question du fameux capitaine Paul, un des marins les plus intrépides et les plus expérimentés du xvu^ siècle.
LETTRE DE M. D'HALUIN
A M. L' ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
De Béliers, le 10 juillet 16)7.
MoNSIBtJR , '
Quoique j'honore beaucoup M. d'Harcourt , je ne souhaite pas son retour, puisqu'il nous primera du secours des vais$eaux et de l'honneur de votre présence. J'ai a vous remercier très-rhumblement des offices qu'il vous plait me faire , mais je serais très-marry qu'une personne de votre considération descendit de ce beau et merveilleux vaisseau du roi pour monter une méchante tartane : c'est un excès de votre cœur et de zèle au service du roi qui vous ferait résoudre à cela, à quoi je ne puis consentir, quoique cette assistance ne nous pût produire que de trèsavantageux effets. M. le chevalier Paul verra dès aujourd'hui tous nos abords, qui ne se peuvent pas dire forts : le capitaine de mes gardes le conduit partout. Pour ce qui regaide les galères, j'estime ^ monsieur, puisqu'il faut parler franchement , que M. le général aurait jalousie avec juste sujet de ce que vous feriez sans doute si vous aviez les six galèi^es avec les tartanes et autres barques que vous pourriez armer. Je crois, monsieur, que le bruit seul et l'arrivée des vaisseaux devant le château d'If fera un bon effet; c'est ce qui me fait croire que s'ils étaient de deçà, que les ennemis se garderaient bien d'entreprendre quelque chose par mer. Que M. d'Harcourt ne revienne pas et que vous soyez prêt avec votre armée , je vous conjure et vous supplie très-humblement de vouloir partir^ et après avoir appris par ledit sieur de Paul les lieux où vous pourriez être en sûreté dans ces côtes, d'y venir pa-»
raitre pour empêcher qu'on ne nous fasee au moins vom di^eraion par mer. Nous sommes en si mauvais éîMt, et les ennemis se rendent si puissants de cavalerie principalement , qu'eq ayant fort peu, il nous sera difficile de feire bien tout ce que je voudrais. Néanmoins, il fiiudn faire ce que ferait un plus honnête homme que moi qui serait à ma place ; et comme je ne suis ici que pour aller à eux , je crois, fort ou faible, qu'ils nous trouveront à leur chemin. Je vous supplie encore une fois trèshumblement , monsieur, de vous tenir prêt, afin qu'il vous plaise partir, si M. d'Harcourt ne vient point, avec une armée bien équipée de petits vaisseaux, puisque dans nos cotes c'est ce qui sera du plus grand service. Je me sens si i*edevable à vos bontés et à vos courtoisies extraoixlinaires qu'une lettre est trop peu de chose pour vous en rendre les très-humbles grâces que je vous dois. Le roi, qui reconnaît votre vertu et vos service», mettra, s'il loi platt, œkii que vos offres honorent, à même de vous rendre maintenant autant de services signalés qu'il en a reçu de vous en tant d'occasions, et moi, soit que vous ameniez votre ar^ée ou non , je demeurerai toujours très-extrêmement engagé 2i être. Monsieur ,
Votre très*humble et très-affectionné serviteur ,
d'Haluin.
P. S. Le ufaréekal de Vitrj me mande qu'il ne me peut envoyer ste régiment , parce qu'il giirde cinq lieues de la oof e, et je croif qa'sptés tw 4»ceaiioo9 il aéra si fitlit qu'il ne pourrait guère servir. Je vous demande trèa-iustamment cette grâee^ qu'il vaus plaise me (aire savoir quand M. d'Harcourt sera arrivé, s'il vient.
Les lettres suivantes , de M. de Noyers et de M. d'Émery, sont relatives à une expédition secrète que la France voulait tenter sur Final , pjace forte d'Italie.
LETTRE DE M* DE Sii\h%^
A M. L'ARCHEVÂQUE DE BORDEAtX, MONdiEOR ,
Sol non ôccidàt super iracundiam veslram. Je m'au^jf^ u, praliquerez ce prëcepte, et que vous resterez en Prorerk^ t;^,,, ^ la nécessité des affaires et du service du roi le requerra . h. i* . sure que maintenant , que M. Faret sera près de M. le comU; #t fc. court, vous y vivrez avec toute sorte de satisfaction. Ayant fait rapu/ri au roi et à son éminence de tout ce qu'il vous a plu m'écrire sur \t, sujet de la place que vous savez, il a été résolu que vous en auriez, la conduite tout entière.
L'intention du roi est qu'à quelque prix [que ce soit , vous vous rendiez maître de la place, soit en y coulant des gens de guerre ou autrement; en sorte que, quand bien le gouverneur ne le voudrait, vous vous en rendiez maître , ainsi que le verrez par les lettres du roi.
Je vous envoie l'état pour la garnison des îles , et suis ,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur,
Dfe' NovÊHs.
De Chaillot Je i3 juillet 1637.
LETTRE lœ M. D'ÉMERY
A M. L'ARCHETÊQUE DE BORDEAUX.
Monsieur ,
. Il y a long-temps que je plains tous ceux qui agissent avec affection , car leur chaleur ne sert qu'à les rendre garants des événements bien souvent qui ne dépendent pas d'eux ; mais , monsieur, il suffit pour sa satisfaction de bien faire. La note que vous avez écrite à M. le duc de Savoie que l'armée navale est au même état qu'elle était quand elle passa de ponant. Ta extrêmement réjoui , et obligé à faire un des-
sein pour roccuper, pour l'exécution duquel il envoie Guérapin à la cour, qui part demain, pour^ si elle est approuvée par son éminence, TOUS en porter lui-même les ordres. Je pense, monsieur, qu'il est à propos de le tenir sur et de mettre les choses en état que Ton puisse mettre vingt pièces de canon et trente et faire un siège d'un mois. Je sais bien que la plus grande difficulté que nous y trouverons est celle d'avoir des troupes, car il y a long-temps que je sais comme l'on agît en Provence et de quelle façon on y vit. Je suis un des premiers qui aient passé en cette province : aussi matidai-je à la cour que c'est le plus grand obstacle que peut-être ce dessein-ci rencontrera ; car, de votre côté, je suis assuré qu'il n'y manquera aucune chose. Sachez que je dis en terre ferme , non pas à la côte d'Italie , car les Espagnols sont trop sur leurs gardes de ce côté-là ; il vaut mieux tenter ailleurs où il n'y a nulle défiance. Guérapin vous dira tout*, et \e^ue pense pas même qu'il soit nécessaire que, dès à présent, on sache rien de ce qu'il espère bientôt se mettre en mer.
Les ennemis , qui avaient au Milanais une si puissante armée, sont si fort affaiblis à présent, que nous ne craignons plus leui^ entreprises; et cette armée a été dissipée par les troupes seules et par les seuls soins de M. de Savoie. Nos troupes ne sont pas encoi^e toutes ici , et il y en a si peu que nous ne sommes pas capables de grands exploits ; ceux de votre armée seraient peut^tre extrêmement utiles au bien général des affaires. Vous avez plus de nouvelles des progrès que font les armes du roi en la Comté et en Flandre que moi , c'est pouixpioi je ne vous écris.
Je suis , monsieur,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur,
D'Émbry.
D'Ast, le 1 5 juillet 1637.
Pour la première fois , le roi donne ordre à M, de Bordeaux de faire écrire un journal détaille de toutes les opérations de la
campagne; aiosi l'habitude de tenir à bord les journaux de navigation remonterait à cette époque.
A M. L* ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
Mons. l'archevêque de Bordeaux ^ étant très-important à la répula-* tion de mes armes , à l'honneur et au bien de ceux qui me servent dans mes armées et à mon contentement et service que je sache ponctuellement ce qui s'y passe , je vous fais cette lettre pour vous dire que vous, ayez à faire écrire un journal de tout ce qui se fera en mon année navale^ par qui et comment , sans qu'il y soit omis aucune chose , soit pour le général ou pour le particulier, qui mérite quelque considération y et que les jours auxquels il ne se sera rien passé y soient mar* qués comme les autres ; en sorte que je sache, jour par jour^ le progrès et l'état de mes forces. Et parce qu'il n'est pas possible qu'étant chaîné d'une infinité d'autres soins plus importants et considérables , vous preniez celui-là , je trouve bon que vous vous en déchargiez sur le secrétaire de l'armée ou telle autce personne capable, fidèle etdili-» gente que vous voudrez choisir. De quoi me remettant sur vous, je prie Dieu vous avoir, m<ms. l'archevêque de Bordeaux, en sa sainte garde»
LOUIS
SUBLET
Écrit CD mon château de Madrid , le ao juillet 1637.
M. de Sabran continue de renseigner M. de Bordeaux sur les affaires d'Italie.
A M. l'archevêque DE BORDEAUX.
Monsieur ,
Vous ne sauriez croire de quelle importance et préjudice aux affaires du roi et de toute lltalie était généralement estimé le rappel de M. le
décharger del'enyie et des matuvais éTénements qui pourraient arriver, si f pendant qae vous êtes en un lieiidont le gouverneur et tous, êtes en trèfr-mauvaise intelligence, tous y demeuriez seul, tous dèTez croire aTec vos amis que ce retour tous est aTkntageux et non pas préjudiciable. Je fais retourner exprès le sieur Faret pour tous entretenir, M. d'Harôourt et tous, en bonne inteUigence. Je lui ai parlé comme il &ut, et fait connaître que je prendrais une entière part aux offenses que tous en reoeTrez* J'écris une lettre audit sieur d'Harcourt dont je tous euToie la copie. Je tous prie de contribuer de TOtre part ce que tous dcTCz pour conserver autant d'union qu'il est nécessaire pour le senrice du roi.
Nous aTons aTis certain que les Espagnols préparent une armée de terre pour entrer dans le Languedoc , qui doit être ooqunandée par Cerbellon , qui est déjà repassé d'Italie en Espagne, et même, qu'ils se Tculent senrir de leur armée naTale. C'est pourquoi il est besoin de mettre celle du roi en état de les bien frotter, comme tous aTCz déjà bien commencé. Pour cet effet, on euToie deux cent mille livres comptant aux galères , afin qu'on en mette le plus grand nombre qui se pourra en mer aTec l'armée naTale. Si les chiourmes étaient assez fortes, l'intention du roi serait qu'elles y allassent toutes.
Ce sera à tous autres, messieurs, d'aToir de si bons aTis que tous jugiez où TOUS pouTCz rencontrer l'armée ennemie , au cas que tous la puissiez combattre et battre en lieu commode.
Il serait bon de négocier aTCc messieurs de Gênes s'ils Toudraient être assistés du roi en l'offense qu'ils ont reçue, et leur offrir, pour cet effet , toutes sortes d'assistances de la part de sa majesté ; mais il n'est pas à propos d'aller mouiller à leur rade sans qu'ils en soient premièrement d'accord , parce qu'outre qu'ils pourraient aToir de la crainte de l'armée du roi , il est certain que cela pourrait porter les Espagnols à condescendre à de meilleures conditions pour eux , et ainsi nous aurions l'affront d'être reftisés et moyennerions un accord entre ceux avec qui nous Toudrions entretenir la dissension. .
Je voudrais bien que , sans rompre le dessein que vous devez avoir de TOUS opposer aux ennemis , au cas qu'ils Teuillent attaquer le l^n-r
guedoc, TOUS puissiez prendre un temps d'envoyer une escad)*e de Taisseaux à Alger et Tunis pour leur offrir l'éxecution du premier traité de paix fait avec eux, et au cas qu'ils ne le Teuillent pas^ leur prendre le plus de Taisseaux et Turcs gue tous pourrez pour mettre à nos galères.
Si l'occasion se présente de prendre quelques Ta isseaux marchands deFlorence, j'en serai bien aise, pour représailles de la prise qu'ils ont fait du capitaine Garel, et en ce cas, tous empêcherez qu'on ne touche aux marchandises qui y seront , lesquelles tous ferez mettre en dépôt.
Je TOUS prie défaire exécuter le jugement de la marine rendu contre le capitaine Giron , que je tous enToie : si pareilles insolences à celles qu'il a commises étaient souffertes , il ne faudrait plus parler de l'amirauté. Vous pouTCz établir un autre capitaine dans son Taisseau.
Je ferai réponse, par le premier courrier, à la dépêche que tous m'aTCz enToyée touchant les garnisons des iles.
Je mande.à mon nereu le général des galères, que si tous aTCz besoin des Tunes et*autr«s esclaTCS qui sont sur les galères pour mener ou en- Toyer à Alger afin de les échanger aTCc des chrétiens, qu'il ne fasse poii>t«de difficulté de tous les faire délÎTrer.. Assurez «tous de mon affection pour toujours , et que je suis Téritablement,
Monsieur^,' Votre très-affectionné comme frère à tous rendre service ,
Le Cardinal de Richelieu.
Le roi, jugeant le séjour de l'archevêque de Bordeaux en Provence utile à son service , lui refuse la permission de revenir en France , et lui donne dans cette dépêche les instructions les plus étendues sur ce qu'il doit faire pour s'opposer aux desseins de l'ennemi , qui semble vouloir tenter une descente sur la côte du Languedoc.
442 UVRE n. — CHAP. IV.
LETTRE DU RQI
De FoDtaioebleau , le 4 juillet 1697.
Mens. L'ai>chevé€{ue de Bordeaux , je sais bien, qu'après m'areir servi si dignem^it et assidûment cpie vous avez lait dans ces occasions de la reprise de mes iles^ vous mërîteriez bien qae je voos penmase de tenir recevoir en personne les témoignages du gré que je vou9 sais de vos services ^ et de prendre quelque rdàche du travail oontinoeidana leipiel vous êtes; et il est vrai que si la nécessité de mon service ne requérait votre présence en madite armée , j'aurai» à plaisir de vous donner ee consentement, anqud vous avez bien vu par mes précédenteslettres que j'avais une entière disposition , si la sataon et les occationa ne m'eussent obligé a changer mes ordres. Je contimieraî par celle^i à voua con*' firmer ceux que vcmis avez reçus par ma dernière, de feire prcunplement radouber, envictuaiUer, munir et arma: tout les iBaisseam: de* mon armée navale , si vous n'y avez déjà entièrement pourm, atAmne fous marquiez par vos demièrea-que vous auriez fait dans le huitième de .oe mois, pour, avec mon cousin le comte d'Harcowrt, vous meittt le plus tôt que vous pourrez à la mer. A quoi j'ajouterai maintenant que l'avis que j'ai reçu , de divers endroits y des desseins du roi d'Espagne sur Narbonne et autres places de ma côte de Languedoc, me fait désirer que vous vous teniez prêt à faire voile au plus tôt de ce côté-là , avec toute madite armée navale , pour vous opposer à ce que mes ennemis y pourraient entreprendre , et y emjdoyer madite armée ainsi que vous verrez, avec mondit cousin le comte d'Harcourt, qu'il sera plus utile et avantageux à mon service , et selon que vous pourrez savoir avec plus de certitude ce que feront les ennemis^ lesquels il importe principalement d'empêcher d'exécuter leurs entreprises sur mes côtes. Et afin que vous soyez d'autant plus forts pour cela, je mande au sieur du Pont de Courlay, général de mes galères , de se mettre en mer en même temps avec le plus grand nombre de galères qu'il pourra, pour se joindre à vous selon qu'il sera nécessaire, et agir tous unanimement pour le
bien et avantage de mon service. Et je m'assure qne qaand tous considérerez que mon cousin le comte d'Harcourt s'est porté avec vous , en toutes ces occasions, arec beaucoup de zèle et de valeur, et que , comme il a vu que je désirais continuer à me servir de lui en mâdite armée, il s'est aussitôt rendu en sa charge, vous serez bien aise que, dans ces rencontres où il semble qu'il se prépare encore plus à faire que par le passé, vous ayez lieu de concourir avec lui au bien de mon service et à l'avantage de mes armes. Je vous exhorte donc et vous recommande autant qu'il m'est possible de faire que toutes choses passent de concert et en bonne intelligence, tant entre mondit cousin et vous qu'à l'égard du général de mes galères ; m'assurant bien qu'ils déféreront tous deux comme ils doivent au commandement très-exprès que je leur donne d'y contribuer en ce qui sera de leur pouvoir. Et puisque vous avez toujours la direction et l'administration principale des affaires de toute madite armée, il n'y a pas d'apparence que personne ait intention de vivre avec vous qu'avec la bonne intelligence et l'union que chacun sait être si nécessaire entre ceux qui sont employés à mon service.
Je vous envoie-les dépédhes nécessaires pour feire faise les recrues des régiments de La Tour et de Saint-'André en Langtiedoc, de ceux de Vaillac et de Clermont-Vertillac en Guîenne , et de celui des galères en Provence ; et puisque le fonds que je leur ai ordonné pour cet eff'et sera maintenant par-delà , je m'assure qu'ils y feront toute diligence et que vous ne manquerez pas de Jes en presser : à quoi je désire que vous employiez particulièrement vos soins et votre crédit vere les chefs et officiers. Et afin de pourvoir cependant en diligence à la sàreté du Languedoc, je donne ordre à mon cousin le maréchal de Vitry d'y envoyer son régiment et de le faire partir complet , ayant résolu de réserver seulement en Provence deux régiments de vingt compagnies chacun, qui seront entretenus par la province du fonds qu elle fournissait pour le* dit régiment de Vitry; et s'il y arrivait quelque occasion où l'on eût besoin de troupes , je mande à mon cousin le maréchal dé Vitry qu'il fasse lever la milice en attendant que ces régiments soient fortifies, et qu'il y laisse ce qui s'y trouvera des soldats desdits régiments pour en conserver le corps tandis que les officiers nécessaires iront faire* les
recrues. Je serai bien aise que tous me donniez vos avis sur tout cela de l'exécution de mes ordres , et particulièrement du temps auquel mon armée navale sera en état de faire voile. Et sur ce, je prie Dieu vous avoir^ mons. l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde.
LOUIS
SUBLET
Le roi engage M. de Bordeaux à mettre la flotte en mer pour s'opposer aux desseins des Espagnols sur le Languedoc.
A M. L'ARCHEVAqUE DB BORDEAUX.
Mons. l'archevêque de Bordeaux , je ne doute point que par votre affection accoutumée vous n'ayez redoublé vos soRis à l'arrivée du courrier génois que je vous ai dépêché il y a cinqjours^ur faire mettre en toute diligence mon armée navale en état de faire voile^ néanmoins, la chose est si importante à mon service que j'ai voulu encore vous en faire cette recharge , mon intention étant que vous et mon cousin le comte d'Harcourt vous mettiez au plus tôt en mer pour vous porter du coté de Languedoc si les ennemis y paraissent et si vous reconnaissez que l'avis des desseins qu'ils y ont formés soit véritable, ou pour aller où vous croirez avec mondit cousin pouvoir agir plus .utilement. Sur quoi vous ayant plus particulièrement écrit mes volontés par ledit courrier, je n'y ajouterai rien par cette lettre que pour vous assurer qu'en les effectuant vous me rendrez un service qui lae sera de très-grande considération et me donnera un particulier contentement. Sur ce, je prie Dieu vous avoir , mons. l'archevêque de Bordeaux, en sa sainte garde.
LOUIS
SuBLET.
•Ecrit a Versailles, ce lo juillet 1637.
Dans les lettres suivantes , M. le duc d'Haluin , commandant en Languedoc, fait connaître à M. de Bordeaux de quel secours hii serait une division de galères et de tartanes pour s'opposer à la descente des ennemis. Dans cette dépêche, il est pour la première fois question du fameux capitaine Paul, un des marins les plus intrépides et les plus expérimentés du xvii* siècle.
LETTRE DE M. D'HALUIN
A M. l'archevêque DE BORDEAUX.
De Bëziers» le 10 juillet 16)7.
Monsieur ,
Quoique j'honore beaucoup M. d'Haroourt , je ne souhaite pas son retour, puisqu'il nous privera du secours des vaisseaux et de l'honneur de yotre présence. J'ai à vous remercier trèsrrhuniblement des offi^s qu'il vous plait me faire ^ mais je serais très-marry qu'une personne de TOtre considération descendit de ce beau et merveilleux vaisseau du roi pour monter une méchante tartane : c'est un excès de votre cœur et de zèle au service du roi qui vous ferait résoudre à cela, à quoi je ne puis consentir, quoique cette assistance ne nous pût produire que de trèsavantageux effets. M. le chevalier Paul verra dès aujourd'hui tous nos abords, qui ne se peuvent pas dire forts : le capitaine de mes gardes le conduit partout. Pour ce qui regarde les galères, j'estime, monsieur, puisqu'il faut parler franchement , que M. le général aurait jalousie avec juste sujet de ce que vous feriez sans doute si vous aviez les six galères avec les tartanes et autres barques que vous pourriez armer. Je crois , monsieur, que le bruit seul et l'arrivée des vaisseaux devant le diâteau d'If fera un bon effet; c'est ce qui me fait croire que s'ils étaient de deçà, que les ennemis se garderaient bien d'entreprendre quelque chose par mer. Que M. d'Harcourt ne revienne pas et que vous soyez prêt avec votre armée , je vous conjure et vous supplie très-humblement de vouloir partir, et après avoir appris par ledit sieur de Paul les lieux où vous poivriez être en sûreté dans ces côtes, d'y venir pa-
raitre poou* empêcher qu'on ne nous fasae au moins une diveraion par mer. Nous sommes en si mauvais eut, et les ennemis se rendent si puis* sants de cavalerie principalement, qu'eq ayant fort peu, il nous sera difficile de faire bien tout ce que je voudrais. Néanmoins, il fiiudra faire ce que ferait un plus honnête homme que moi qui serait à ma place; et comme je ne suis ici que pour aller à eux , je crois, fort ou faible, qu'ils nous trouveront à leur chemin. Je vous supplie encore une fois trèshumblement , monsieur , de vous tenir prêt, afin qu'il vous plaise partir, si M. d'Harcourt ne vient point, avec une armée bien équipée de petits vaisseaux, puisque dans nos côtes c'est ce qui sera du plus grand service. Je me sens si redevable à vos bontés et k vos courtoisies extraoi^inaires qu'une lettre est trop peu de chose pour vous en rendre les très-humbles gr&ces que je vous dois. Le roi, qui reconnaît votre vertu et vos serviœfr, mettra, s'il lui plaît, œkii que vos offres honorent, à même de vous rendre maintenant autant de services signalés qu'il en a reçu de vous en tant d'occasions, et moi, soit que vous ameniez votre armée ou non , je demeurerai toujours très-extrêmementengagé & être. Monsieur ,
Votre très-^faumble et très-affectionné serviteur ,
d'Haluin.
P. S, Le ufarédial de Vitiy me mande qu'il De me peut envoyer ste régiment , parce qu'il garde cinq lieues de la oôfe, et je creif qn'aprée cee ^e«$îoii3 il eera si pfUt qu'il ne pourrait guère servir. Je vous demande très^instamment cette grâce, qu'il veus plaise me (aire savoir quand M. d'Harcourt sera arrivé, s'il vient.
Les lettres suivantes , de M. de Noyers et de M. d'ÉniBry , sont relatives à une expédition secrète que la France voulait tenter sur Final , pjace forte d'Italie.