LETTRE DE M. DE GUITAUD. — SEPT
pour raffaiblissement d'icelle^ il donne de l'argent aux soldats qui se sauvent de ces îles, à la nage, comme j'ai appris par des officiers de cette garnison, auxquels cela a ëtë rapporté par les habitants du village nommé Vidauban, cpii est à deux lieues de la demeure de mondit sieur de Vitry.
Je vous supplie très-humblement , mionsieur, d'avoir égard à notre misère et aux mauvais traitements que nous recevons de mondit sieur de Vitry, qui n'a autre envie que de me perdre et de voir ces places entre les mainsdes ennemis : ce qui n'arrivera pas tant que j'aurai de vie.
Lia nécessité m'a contraint d'ouvrir les magasins du roi et me servir des fonds destinés aux fortifications de cette place pour subvenir à l'entretien de cette garnison , n'ayant autre recours pour y pourvoir et empêcher le dépérissement , avec les séditions dont nous étions menacés, ayant feit passer un soldat par les armes pour en avoir voulu former une nouvelle. Par là, vous jugerez, monsieur, en quelle extrémité nous sommes , et que ce serait perdre le respect que Von doit à un maréchal de France, s'il était permis de dire que c'est le plus méchant homme du mionde, je le dirais de M« de Vitry.
La copie de la lettre que je lui ai écrite vous confirmera le soin avec lequel j'ai agi auprès de lui pour obtenir la dernière subsistance. Que si ces désordres continuent, il m'est impossible de répondre de la conservation de ces places. Les soldats s'exposent à la mer pour sortir de cette misère, aimant mieux courir le risque de se noyer que de se voir nus comme la main et réduits a mourir de faim; vous pouvant assurer, monsieur, qu'il s'en est déjà noyé plus de vingt : ce que je n'aurais pas l'effronterie de vous mander si cela n'était la pure vérité ; et tiens pour infaillible que si dans quinze jours ou trois semaines pour le plus tard on ne leur donne de quoi s'habiller, ils mourront tous.
Quant aux officiers , ils ne sont guère mieiac qu'eux : les capitaines n'ayant que trente-deux sous par jour, les lieutenants vingt-un et les enseignes seize, et cela du crédit de mes amis, et en un lieu où l'on ne trouve que ce qlie l'on apporte d'un jour à l'autre.
J'ai fait la levée de ma compagnie avec autant d'avantage qu'on ne
saurait espérer pour le service du roi^ nond)stant le mauvais quartier que mondit sieur de Vitry m'a donné pour ce sujets éloigné de vingtcinq lieues de ces îles, et où il n'y a que huit ou dix maisons inhabitées, desquelles je ne puis me servir, ayant été contraint de le faire dans la Provence en divers endroits , mais ce n'a pas été sans me coûter beaucoup d'argent.
Je me sens extrêmement obligé , monsieur , à l'honneur qu'il vous a plu me faire de m'envoyer la cMamission pour le gouvernement de Saint-Honoraty dont je vous rends grâces très-humbles , et n'oublierai rien pour m'en pouvoir acquitter dignement. Il serait très-nécessaire de faire exécuter le dessein de M. de Noyers, touchant la démolition des fortifications de la place, et n'y laisser que la tour avec une demilune à la porte, puisqu'elle en vaudrait beaucoup mieux, et qu'il n'y faudrait pas tant de gens pour la garder, outre qu'on épargnerait beaucoup, et les iles n'en seraient pas moins assurées.
Ceux du régiment des Iles font leur recrue pour mettre les six compagnies en état conforme à l'ordre du ix>i. Gela étant, je vous supplie très-humblement, monsieur, de m'envoyer l'ordre de ce que je dois faire pour la compagnie de La Tour de Vaillac. Et sur l'espérance qiiej'ai en rhonneur de votre assistance pour nous tirer de l'extrême nécessité où nous sommes , et des appréhensions où je suis tous les jours de voir encore pis, je me dirai toute ma vie.
Monsieur , votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
Le chevalier de Guitaud.
Les faits allégués par M. de Guitaud dans la dépêche précédente étaient fondes ou le parurent à M. le cardinal de Richelieu, car il résolut de mettre M. le maréchal de Vitry à la Bastille; mais, craignant sans doute ^e ce seigneur hésitât de se rendre à la cour s'il était menacé de ce châtiment, M. de Noyers lui écrivit la lettre suivante pour l'engager à venir à Paris , sous le prétexte de lui ménager un acconmiodement avec M. de Bordeaux.