‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 147 sur 160 · DE LA LEVÉE DU SIÈGE 9E LEUCATE FAIT PAR LES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

DE LA LEVÉE DU SIÈGE 9E LEUCATE FAIT PAR LES ESPAGNOLS

Leucate, le jq Mpterobre 1637.

La Situation de Leucate est telle qu'il semMe que la nature l'ait faite pour un objet continuel de l'ambition des Espagnols , étant une montagne environnée de la mer la plus grande part, qui forme deux petits ports où les vaisseaux de port ordinaire et la galère trouvent grand abri et fort bon mouillage. L'autre partie est environnée d'un étang d'eau salée y qui porte de grands bateaux , séparé de là mer par une plage d'environ cinq ou six cents pas de large qui tient par un bout k ladite montagne ^ dont la pente s'adoucit extrêmement , et de l'autre k un fort nommé Saint-Ange que les Espagnols ont k demi-lieue de Ik dans leurs terres. La moindre partie de cette montagne qui regarde la France est de si difficile accès qu'il semble que la nature a voulu ajouter k sa roideur cinq éminences ou promontoires , k distances égales, pour y former cinq bastions , ou pour mieux dire cinq forts que le duc de Cardonne a voulu faire aussi bons que ceux de Perpignan. Toute cette fortilîcation faite et achevée en trente-deux jours de travail, quatre k cinq mille pionniers et domse k quatorze mille soldats y ont travaillé avec telle yiolence et tel soin que ceux qui voient maintenant ces travaux estiment qu'ils étaient plutôt désignés pour un établissement que pour un retranchement de camp.

La forteresse qui est au-dessus est environnée de travaux si parfaits qu'il est facile k juger que le meilleur homme de guerre d'Espagne y a travaillé. Les batteries, au nombre de six , où il y avait seize pièces de canon et quatre mortiers , étaient si bien faites et si bien fournies que l'on peut assurer que ce dessein était formé depuis plusieurs années. Les magasins et parcs de l'artillerie si abondants en tout ce que Ton peut souhaiter , non-seulement pour ce dessein mais pour conquérir toute

Cefte pièce a été déjà imprimée , mais elle est cieveDue tellement rare qu'on a cru devoir la reproduire ici , comme complément des documents précédent».

la France , si l'avidité d'Espagne peut aller jusques à ce point de présomption , qa'il est facile à juger que non-seulement le Roussillon , Perpignan , Barcelone et toute la Catalogne ont fait leurs efiorts , mais aussi toute l'Espagne. Le choix des gens de guerre , qui étaient au nombre de douze à quatorze mille hommes de pied et de dix-huit cents à deux mille cheTaux, entre lesquels le régiment du comte-duc, de trois mille hommes choisis et armés de même, tenait un des premiers rangs, fait bien voir que .cette entreprise était le dernier effort d'Espagne et d'où ils espéraient le recouvrement de leur honneur , que la perte des îles et leur refus de combattre M. le duc de Savoie, la perte de tant de places et de telle conséquence en Flandre et la Franche-Comté, Alsace et Allemagne, avaient bien ébranlé. Enfin ce dessein si bien conçu, conduit avec tant d'adresse et de dépense , exécuté avec tant d'adresse et de soins qu'ils ont envoyé quérir au bout du monde le meilleur capitaine qu'ils eussent, a éclaté le 29 d'août et a été conduit avec telle ardeur que si la fidélité, le cœur et l'expérience de M. du Barry, gouverneur, ne s'y étaient renconti'és, on pourrait facilement croii-e qu'ils seraient venus à bout de leur dessein. Leur première attaque a été l'offre de cinquante mille écus et six mille de pension au gouverneur. Leur seconde, la surprise des cinq batteries et la troisième une attaque générale à la fausse-braie, où les rondaches et les armes espagnoles demeurèrent entre les mains du sieur de Leomon, capitaine au régiment de Languedoc, duquel la fidélité, le cœur et le soin ne se peuvent assez louer, ayant porté en cette place une plaie ouverte au bras qu'il avait eu rompu à la prise des îles. Ils ont continué leur travail sans grande interruption ni alai*mes que celles que l'affection que M. de Saint- Annez, fils du gouverneur, donnait par divers espions qu'il envoyait et divers efforts qu'il faisait pour entrer et faire entrer de ses amis dans cette place. Cependant M. le duc d'Haluin, gouverneur de la province, assemblait les forces du roi qui s'y rencontraient de diverses recraes ou nouveaux régiments qui s'y faisaient et qui ne pouvaient pas monter plus haut de quatre mille hommes et deux cents chevaux ; et aussi par toute la province il conviait tous les corps, communautés et personnes de qualité et ses amis particuliers, de le venir assister en ces rencontres; ce qui a été

fait avec tant de soin, de cœur et de promptitude par toute la proTÎnce , et le parlement, de qui la fidëlitë et l'affection se sont montrées en cette occurrence, que le 26 du mois de septembre il s'est rendu à Sigean sept mille hommes de pied et quelque cinq cents chevaux , que ledit sieur fit marcher, sous la conduite de M. d'Argencourt, maréchal des camps et armées de sa majesté , droit à une petite plaine où il y avait de l'eau pour la commodité de l'armée, entre le col de la Grède, celui de SaintrJean et la montagne. Le 27 , trois à quatre mille hommes et trois à quatre cents chevaux arrivèrent encore, avec lesquels M. le duc d'Haluin alla joindre son avant-garde , à laquelle ayant donné ordre de marcher, dès le matin tout se mit en bataille sur le dehors du canal, d'où on commença de marcher droit aux ennemis, non pour les combattre, mais pour avoir lieu, à la faveur de quelques escarmouches, de reconnaître les retranchements et fortifications des ennemis. Et comme le principal dessein , fondé sur la connaissance qu'on avait des armements de la montagne avant qu'elle fût fortifiée, portait a attaquer sur la main droite du coté de l'étang, tous ceux qui firent cette reconnaissance demeuraient extrêmement surpris de la grandeur des fossés , de la hauteur des remparts des deux divers forts , forts et palissades^ qui allaient cinquante pas dans l'eau , et de la quantité d'artillerie qui fut tirée de tous ces retranchements , dans lesquels toute la cavalerie des ennemis était retirée sans que (quoi que l'on put faire) on les pût obliger à sortir; ce qui fit résoudre à remettre au lendemain et reconnaître encore une fois avec tous ceux qui commandaient les corps , afin que , si on prenait résolution d'attaquer, ils fussent mieux informés de l'état du lieu où ils devaient donner. Cette seconde reconnaissance fit mieux voir la quantité d'artillerie des ennemis, le nombre de leurs hommes , tous les parapets étant bordés et de distance en distance des bataillons et des escadrons de cavalerie qui soutenaient ceux qui gardaient ce retranchement. La pluie , la nuit et le mauvais temps empêchèrent que dès le soir on ne pût prendre résolution , de sorte que chacun étant retiré à son quartier songeait à ce qui serait plus utile au service du roi , durant que toute la noblesse et toute la soldatesque étaient en impatience de témoigner au roi leur fidélité et leur affection

et que le général était en des désespoirs inconcevables des difficultés qui se rencontraient à son dessein. Les uns pensaient à aller dans le Roussillon faire repentir le duc de Cardonne et Pei-pignan de leui- témérité , les autres à asservir le reste de la Provence , faisant une tête k la vue de Leucate quand même elle aurait été prise, les autres aux divers moyens de l'attaque de cette armée cachée dans ces grandes fortifications qui faisaient paraître l'aiTaire presque impossible à tout le monde. Durant ce temps, M. d' Argencourt ayant formé quelque dessein d'attaquer sur la main gauche, l'alla communiquer à M. de Varennes, lieutenant-général de cette aiTnée, lesquels allant trouver leur général , furent reçus comme porteurs de la meilleure nouvelle qui pût arriver. A l'instant le conseil fut assemblé, l'affaire résolue, le commandement donné, les fascines, échelles, pontons, pics et pelles distribués; la joie commença à paraître en toute l'armée et l'espérance de pouvoir té^ moigner, en la plus difficile action qu'on pouvait entreprendre , l'excès de leur fidélité et de leur com*age. La résolution fut prise de faire cinq attaques, dont celle du pont, qui était la miain droite, fut donnée au sieur de Saint- Annez avec son régiment, soutenu des communes de Narbonne , de Béziers et du diocèse de Castres , de la compagnie des volontaires commandée par le sieur de Lairan et d'une de mousquetaires à cheval , de Toulouse, commandée par le sieur de Bourgros , trésorier de France audit Toulouse ; à la main gauche, près la mer, vers un port nommé la Franquine , le régiment de Languedoc donna , soutenu par le sieur de Jonquières, de Montbrun, et le baron de Mirepoix avec chacun un corps d'infanterie qu'ils avaient amené , qui étaient soutenus par M. le marquis d'Ambre , lieutenant de roi en Languedoc , avec une troupe de ses amis particuliers, au nombre de cent cinquante gentilshommes qu'il avait amenés, soutenus par le sieur de M irecourt, guidon des gendarmes de M. le comte de Cramail, qui avait amené cinquante maîtres de sa compagnie.

A la main droite du régiment de Languedoc donna le sieur de Saint- André à la tête de son régiment, soutenu par les communes de Ntmes et celles de la vi Ile de Castres, soutenues par la compagnie des gendarmes de M. le duc d'Haluin, commandée par le comte de Bioulé; après quoi

marchait le sieur de Glermont-Sessac à la tête de cinquante à soixante gentilshommes de qualité , volontaires , soutenus par le sieur de Thélusson.

A la main droite de Saint-André , donna le régiment de Castelan , soutenu par un bataillon des communes de Montpellier et un de celles de Carcassonne, soutenus par le comte d'Aubijoux, qui commandait la Cornette-Blanche avec cent gentilshommes, après lesqueb marchaient le marquis de Mirepoix avec quelque cinquante de ses amis , messieurs de Cerdagne avec même nombre de leurs parents et amis, et après M. de Meauléon avec même nombre de ses amis.

A la main droite de Castelan , donna le régiment deVitry/ à la tête duquel était le sieur de Clermont-Vertillac , maréchal-de-camp d'un i^égiment et six officiers ^e La Tour qui étaient venus faire des recrues , dont trois furent tués et les autres blessés ; lequel régiment était sou* tenu d'un corps d'infanterie commandé par le sieur de Villandis, et celui-ci par un autre commandé par le sieur de Rossel, soutenu par les gardes de M. d'Haluin, commandés par le sieur Dandouville, et une autre compagnie de mousquetaires à cheval de Toulouse , commandée par le sieur de Catel, soutenue par la compagnie des chevau-légers du sieur de BoissaCy à la tête de laquelle était M. le duc d'Haluin , laquelle était soutenue par M. de Sainte-Croix, à la tête de sa compagnie ; après quoi marchaient le sieur de Saussan et le sieur de Saumeuse avec deux autres de quartiers-ma!tres.

Sur la main droite de tous ces corps, il en fut laissé un de réserve des communautés de Lodève , de Gange et une escouade soutenue par le sieur d'Espondeillan avec une compagnie de cinquante maîtres.

Cet ordre étant donné , l'arrivée de la nuit commençant par son obscurité a empêcher que dix-huit ou vingt pièces d'artillerie ne rooEipissent leurs bataillons et escadrons avant qu'on put venir aux mains et que l'état des troupes ne fût connu aux ennemis, de peur que la faiblesse ne leur eût fait prendre coeur, le signal de quatre coups de canon donné, les cinq attaques commencèrent : celle de la main droite , faite par M. de Saint^Annez, fut repoussée; ayant été hhssé d'un coup de mousquet à la tête, de huit coups de pique et d'épée, son lieu-

tenant-colonel tué et quelques autres officiers , tous ces corps d'infan-terie lâchaient le pied; aussi ayait-on bien cru que cette attaque servi*^ raît plutôt de tliversion que de voie pour emporter le retranchement. Les quatre autres attaques^ conduites de sorte que les quatre r^iments qui faisaient tête ne se contentaient pas de faire passage à la cavalerie et de déloger à coups de pique et d'épée les ennemis de leurs retranchements , mais les poussaient jusques à ce qu'ils eussent trouvé les divers bataillons et escadrons qui les soutenaient. Lors la cavalerie arrivanty le combat fut opiniâtre de part et d'autre^ l'espace de deux heures, à la clarté de la lune, qui semblait avoir une lueur extraordinaire pour favoriser la justice de la cause du roi.

Toute, la cavalerie ennemie fut défaite par la nôtre et la plupart de rinfanterie, à la réserve d'un bataillon du régiment du Comte-Duc, à la tête du grand fort, lequel ne se contentant pas d'être rompu et chassé de bande en bande par les escadrons de Boissac et Sainte-*Croix, à la tête desquels était M. d'Haluin , ils se raillèrent huit ou dix fois k la faveur de leur fort, et M. d'Haluin rallia tout autant de fois sa cavalerie pour les défaire. De sorte que cinq heures durant la victoire fut indécise , tantôt l'infanterie des ennemis se retirant rompue par notre cavalerie, tantôt notre infanterie ployant, et partie de la cavalerie poussée par le feu d'un bataiUon renaissant à toute heure à la faveur de son fort : de sorte qu'il faisait croire que c'était plutôt toute l'infanterie ennemie en divers bataillons qu'un seul corps, l'obscurité de la nuit ne permettant lors qu'on pût facilement découvrir les objets , la quantité des morts et des chevaux qui remplissaient le champ de bataille ne permettaient plus qu'on pût presque se mettre eu bataille, joint que la lassitude que cinq heures d'un combat continuel avaient causée de part et d'autre fit que chacun se remit k prendre haleine en attente du jour, où l'on espérait vider ce.différend.

Durant ce silence, quelque particulier de l'armée se souvint qu'il y avait quatre bataillons d'in&nterie et deux escadrons de cavalerie, lesquels, n'ayant pu entrer k l'attaque du sieur de Saint-Ânnez, étaient inutiles; il les alla quérir et les amena au champ de bataille si heureusement que ceux qui croyaient et craignaient que tout fût perdu de la part du roi, k

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cause du grand silence qu'on voyait et du feu qui paraissait du fort de^ ennemis , ayant repris un nouveau cœur par la venue de ces troupes fraîches auxquelles ils se raillaient, qui fit éclater un bruit qui passa jusques aux ennemis, que4,000 hommes et 400 chevaux frais étaient amvés. Chacun se remit en ordre, les bataillons se formèrent, et l'obscurité de la nuit par le coucher de la lune ne permettant pas qu'on pût rien entreprendre, fit qu'on attendait le jour avec grande impatience, auquel temps on vit le reste des ennemis suivant la campagne couverte de corps morts des ennemis et des chevaux, l'étang tout couvert de gens qui se sauvaient et qui se noyaient, et les diverses batteries pleines de canons dont les retranchements étaient encombrés. M. d'Haluin marcha droit au camp de cavalerie avec sa cavalerie, où il ne fut trouvé que la vaisselle d'argent du général ennemi dans sa tente, et, auprès, celle des deux autres chefs, et l'argent de Tarmée, qui fut bientôt escorté; les tranchées vides et prêtes pour l'attaque ainsi que les parcs de l'artillerie, tout ee. qui était enfin des munitions des ennemis en si bon ordre qu'il est facile à juger qu'ils n'ont pas eu grand temps k se troubler; trente-deux pièces de fonte, quatre mortiers, trois cents quintaux de poudi^, cinq ou six cents de plomb, sept ou huit cents de mèches, cinq ou six mille boulets, autant d'outils pour la terre, cent chariots attelés de mulets et bœufs, et une prodigieuse provision de chevalets, blindes, et divers bois , témoignant bien que leur audace leur faisait penser k de plus grands desseins que leurs forces ne pouvaient entreprendre. J'oubliais k dire dix drapeaux et deux cornettes de cavalerie , qui sont les seuls qu'ils arboraient.

La perte qu'ont faite les ennemis ne se peut savoir, parce que la mer et l'étang en cachent la plus grande part; et la peur ôtera pour le moins l'envie a un autre de ne plus porter les armes , et k tous de songer jamais k la France. Mais l'on trouve dans l'armée pour le moins deux ou trois mille soldats vêtus k l'espagnole, et plus de six mille qui ont maintenant double armure.

De vouloir dire le nom de ceux qui se sont signalés en ces rencontres, impossible, car l'armée n'étant composée que de seigneurs et gentilshommes particuliers et des gens de cœur de la province, il faudrait presque autant de chapitres qu il y a eu d'hommes ; mais Ion ne peut

que l'on ne die que M. le 4uc d'Haluin y a faille soldat^ le capitaine et le général avec tant de cœur^ tant de conduite et ^i grande hardiesse, qu'on peut dire avec vérité que s'il n'a surpassé son père en cette seule action , il l'a bien imité.

Mm le marquis de -Varennes, lieutenantrgénéral de l'artnée, y a travaillé avec tant de jugement dans la résolution , de prudence dans la conduite et de cœur dans l'exécution, qu'il a fait voir à tout le monde que l'extrémité de la maladie en laquelle il est n'a rien diminué de sa valeur connue de si longue main.

M. d' Argencourt , maréchal-de^amp, auquel seul le dessein de cette attaque est dû , dans l'opinion que chacun avait de son impossibilité à cause de la grandeur des retranchements, de la quantité d'artillerie et du nombre d'hommes de pied et à cheval qui excédait celui des attaquants, n'a* pas moins témoigné de cœur que de conduite en l'exécution qu'il a fait du jugement en la proposhion.

Toute l'infanterie a fait des merveilles à gagner les retranehements et toute la cavalerie à rompre celle des ennemis et les bataillons formés qui soutenaient Içs retranchements.

Mais il faut avouer que M. de Boissac y a iait des merveilles. MM. de Sainte-Croix et d'Escoulé ont eu chacun deux chevaux tués sous eux ; les sieurs de Lastronque et Espondellan y ont rallié leur armée tout autant de fois que les ennemis ont paru et les ont chargés de mém^

M. le marquis d'Ambre , blessé de trois coups de mousquet qui lui ont percé le bras de part en part , est retourné trois fois au combat avec ses blessures»

Le sieur de Glermont , lieutenant des gardes de monseigneur le cardinal duc de Richelieu, a fait tout ce qu'un soldat déterminé et un sage capitaine pouvait, ayant été en pourpoint à cheval sfvec l'infanterie gagner les retranchements, et à toutes les charges qu'a faites la cavalerie.

Le sieur de Menneville, capitaine de chevau-légers , ayant laissé sa compagnie en l'armée de Guienne , est venu en volontaire chercher la guerre en celle-ci , où il a montré en pourpoint qu'il était soldat et capitaine.

Le sieur de Clennont-Y ertillac , mestre de camp d'un régiment en u 65

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garnison en Prov«noe, a reça, à la tête des ^enfants perdus^ un même coup que celui qu'U a en à la prise des lies Saint-Honorat et Sainte- Marguerite j et le sieur comte de Clermont y a donné aussi ^ avec ses amis y de signalés témoignages de sa valeur*

MM. de la Guette, capitaine au régiment de Normandie, Dufaosque, au régiment de Languedoc, et Durepaire, lieutenant en la citadelle de Montpellier, aide-de-camp, y ont fait leur charge aveq grand cœur et honneur; et le sieur de Boure, qui a été premier capitaine au régiment de Picardie, a rendu des services incroyables,^ tant dans le combat que dans la reprise de la Palme et Roquefort, que les ennemis tenaient.

Le comte d'Âubijoux, qur commandait la Gomette-Bîanche , s'est signalé, et M. de Glermont-Sessac , qui commandait un autre escadron de noblesse. M. le marquis de Mirepoix, par un témoignage de la valeur héréditaire dans sa famille , y a rendu sa mémoire ii jamais recommandable par une glorieuse mort. Les sieurs de Saint-André et Annibal , bâtard de Montmorency, y ont extrêmement servi , ainsi que M. de Montbrun, qui commandait le régiment de gens d'armes k Corbie, et de Clermont, tous deux blessés, ont (ait tout œ qu'on peut désirer d'un homme de bien et de valeur. Les sieurs de la Prune et de Paulo-Granval , avec leurs amis, ont glorieusement combattu, ayant été blessés dé mo^squetades, dont le premier est depuis décédé. Une infinité d'autres dont les noms me sont inconnus, ou que la mémoire ne me représente pas maintenant^ ont fait toufc ce qui était nécessaire pour une action si extraordinaire, en laquelle le$ienrde Saint-André, mestre-de-camp , blessé de coups de piques et d'épées, a fait tout ce que le cœur, l'esprit et la connaissance au métier peuvent suggérer à un homme de sa naissance.

M. l'archevêque de Narbonne a servi avec soins incroyables « tant en la résolution qu'en la conduite de cette entreprise, et tous messieurs les prélats de la province ont contribué leurs soins et leurs biens pour faire diverses levées , et leurs suffrages pour l'imposition de cinquante mille écus pour chasser les ennemis, entre lesquels M. Tévéque d'Alby, qui a amené cinquante gentilshommes à ce combat, a toujours agi très-puissamment et utilement auprès de M. le duc d'Haluin , son

RELATION. — SEPTEMBRE i637. 545

oouÎD germain y pour mettre à fin ce dessein > n'ayant non plus épargné sa personne que son bien. La passion qu'il a^ait pour le senrice du roi lui ayant fait oublier sa condition pour se trouTer dans toutes les reconnaissances qui se sont faites de la place , et même dans les retranchements des ennemis au plus fort du combat pour y senrir le roi^ y assister son parent, et pour secourir les blessés spirituellement et corporellement.

MM. Miron et Dnpré, intei^dants de la justice, l'un étant à Narbonne pour diligenter les nécessités et l'autre à l'armée pour y maintenir la jujtice et la police, ont témoigné leur affection aux extrêmes soins qu'ils ont prisa feire fournir l'armée de tout ce qu'elle avait besoin.

En un mot, cette armée pour conquérir la France^ à laquelle tons les efforts d'Espa^gne sont employés durant qu'ils se laissent battre par tous les coins du monde, a été taillée en pièces par un combat acharné, dans ses propres retranchements parfaits , par un gouverneur d'une province particulière assisté de volontaires et des communes, excq>té deux troupes de cavalerie, et sans autre assistance que les seules forces de la province.

M. de^bran annonce k M. de Bordeaux la mort de M. le duc de Mantoue, et le changement apporté par cet événement dans les affaires d'Jtalie. On voit par une phrase souligpëe, de M. de Sabran, qu'il^pensait que loccasion serait peut-être favorable pour s'emparer de quelques-unes des places fortes de cette principauté , dont madame la duchesse de Mantoue restait régente.

EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. DE SABRAN

A M. C'ARGHEVÊQUE DE BORDEAUX.

M. le duc de Mantoue est mort le 22, après vingtun jours de maladie; trois jours après que les fièvres l'ayant quitté, on le tenait hors de péril , il a été surpris d'un catarrhe, ému d'une médecine qu'il avait reçue. Laprinœsse^ qui est de vingt-sept ans, mère

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d*an fils y petit^fils du duc , de sept à hait ans , et d'une fille de nnnf à dix ans, d'un esprit généreux et délicat. Aussitôt fut dépéché le sieur Constantin au roi, à son éminence et k messieurs les ministres, jour et nuit, l'adressant à moi, et me témoignant sa résignation à la Tolonté de sa majesté, et faisant tenir la mort secrète et les portes fermées de Mantoue jusqu'à ce que le temps qu'il lui fallait pour arriver fût passé; dont je le fis incontinent partir par la Provence le 24 , et m'a écrit le 26. L'Espagnol ne manquera pas de ^ réveiller ; mais les intérêts de son fils et le désir qu'il avait toujours de gouverner, lui conseillèrent de le faire sûrement et de donner voile selpn le vent. Le pvince de la Mirandole est mort et a laissé entre les mains de sa belle-fiUe et de sa fille la tutelle du petit^fils et de la place sous la protection He Modène. Voilà bien de bonnes places enquenouitlées. Je vous baise très-humblement les mains, et, sans réserve, je reste.

Monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur,

Sabran.

De Gênes y oe i*' octobre 1637.

Dans cette dépêche , M. le cardinal de Richelieu approuve les projets de*M. de Bordeaux au sujet du passage de. douze vaisseaux en ponant.

Monsieur ,

M. le marquis de Sourdis m'ayant fait entendre que vous lui avez écrit qu'après que les douze vaisseaux destinés pour Alger auront fait r^et pour lequel on les y envoie, on pourra les faire repasser dans le ponant sans les exposer à aucun péril , quoique la saison soit fort avancée. Je vous fais ce mot pour vous dire que si cela est, je le trouve fort bon , et vous envoie l'ordre nécessaire à cet effet. Mais si vous jugez qu'il y ait le moindre danger du monde pour lesdits vaisseaux y je ne désire pas qu'on les hasarde, annant mieux attendre au printemps à les faire repasser que de leur faire courir le moindre péril. Vous êtes sage et avisé, c'est pourquoi je m'en rapporte entièrement à votre jugement et à celui de ceux qui sont sur les vais-

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