LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. —DEC. 1637. B
comme je ferai quand je sei*ai auprès de youb, et de là je poursuÎTrai mon chemin vers Paris. C'est pouiiquoi il serait bien nécessaire que ce courrier se rendit en ce même temps-là , afin que nous fassions tous les établissements avant que nous séparer ; ce qui étonnera un peu les troupes si elles me voient partir sans cela , n'ayant pas encore pris créance à M. le comte d'Aletz.
A M. L'AaCHBYÊQUE DE BORDEAUX.
Mons. l'archevêque de Bordeaux , je n'ai pu apprendre sans beaucoup d'étonnement que les consulaires de ma ville d'Aix, après vous avohr dontié parole de nommer aux chai^;es des nouveaux consuls des personnes reconnues affectionnées à mon service, en aient élu d'autres à qui il y a tant à dire , comme vous le marquez par vos dépêches. Et je vous assure que je n'aurais pas différé un moment de casser leur élection^ et de séparer la proenration du pays du consulat d'Aix, suivant ce que vous m'ayez proposé , si je n'eusse considéré que , leur ayant tout fraîchement , et sur le point du départ de mon cousin le comte d'Aletz d'auprès de mœ , fait la grâce de les rétablir dans le pouvoir de choisir leurs consuls, pour lui donner d'autant plus de crédit dans la province, il pourrait arriver un effet tout contraire si, avant même quMl s'y fût rendu, je changeais ce qui a été fait , en l'envoyant à sa charge; si bien que j'ai résolu de lui mander, comme je fais par ce courrier, qu'il ait à ordonner d'abord à ces nouveaux procureurs du pays, sur peine de désobéissance, d'imposer la subsistance de mes troupes suivant mon état du 2A octobre , trois jours après l'ordre qu'il leur en donnera, sans attendre l'assemblée des communautés, laquelle j'ai fait remettre à l'arrivée de mondit cousin , en cas qu'elle soit jugée nécessaire, et ensuite qu'il reconnaisse bien certainement avec voua et mes autres serviteurs qui sont par de-là, quelle est l'humeur de ces gen^là , et ce que je dois ieiire pour le mieux pour empêcher qu'eux ni leurs successeurs ne puissent produire des effets de leur mauvaise
volonté au préjudice de mon service , pour, sur le tout , ayant eu vos
avis communs, y pourvoir ainsi qu'il sera plus à propos. C'est ce que
je vous dirai par cette dépêche , priant Dieu vous avoir, mons. Farche-
véque de Bordeaux , en sa sainte et digne earde.
LOUIS
SuBtET.
De Saint'Gflrmain-en-Lajre , le 27 dëoembre 1637.
a m. l'archevêque bb bordeaux.
Monsieur,
Ayant fait entendre au roi et à son éminence le contenu en votre dernière dépèche , sur le sujet de la création des consuls d' Aix et des procureurs du pays , sa majesté en a d'abord été bien étonnée, croyant que le premier qui a été nommé fût entièrement son serviteur ; néanmoinsy lui ayant représenté combien ils se sont mal comportés en la première démarche de leur magistrature, refusant l'imposition delà sub^ sîstance des troupes, sa majesté est tombée dans vos sentiments, et a pris résolution, non de les casser, mais de séparer le consulat d'Âix d'avec la procuration du pays, après toutefois que nous en aurons eu l'avis de M. le comte d'Âletz, auquel j'en écris par ce courrier, et suis bien aise que vous vous trouviez encore ensemble quand ce conseil se prendra , afin que vous instruisiez mondit sieur le comte d'Aletz des véritables sentiments de tout ce qui se passe par-delà, et lui aidiez à prendre les bonnes et salutaires résolutions , tant sur ce sujet que tout autre qui concerne le bien du service du roi et le repos de la province : cette consultation lui vaudra mieux que celle des plus fameux avocats du palais.
Pour ce qui est des esclaves d'Alger, son éminence vous écrit qu'elle remet à vous à en ordonner ainsi que vous aviserez pour le mieux , à condition toutefois de faire la paix et de restituer tous les esclaves chrétiens, prenant vos précautions nécessaires contre l'infidélité de ces gens-là. Personne ne le saurait si bien faire que vous. Aussi ne vous en
LETTRE DE M. DE NOYERS. — DEC. 1637. 541
dirai-je davantage sur ce sujet , et me contenterai de tous assurer que
personne n'est plus impatient de votre retour que ,
Monsieur,
Votre très-humble et très-affectionnë serviteur,
De Noyers.
De Ruel, ce s5 décembre 1637.
Cette dépêche termine l'année i63j, en offrant un journal sommaire et résumé de la navigation de larmée navale con* tinuée jusqu'à la fin de Tannée.
RELATION
DE L'AHMÉE navale DU ROI DE FRANGE EN LA MER MEDITERRANEE , DEPUIS LA FIN DE MAI 1637' JUSQU'A LA FIN DE L'ANNEE.
L'armée du roi ^ après la prise des îles Sainte-Marguerite et de Saint- Hcmorat^ étant retirée dans les ports de Toulon et de Marseille à la fin de mai , l'archevêque de Bordeaux reçut ordre du roi de repasser avec quinze qu vingt vaisseaux le détroit de Gibraltar; mais auparavant que de le faire ^ le roi lui permettait de voir s'il pourrait entreprendre quelque chose sur les ennemis de ses États ou sur les Turcs , dans la mer Méditerranée; lui ordonnait de laisser le reste des vaisseaux sous la chai^ du sieur de Mantin , chef d'escadre des vaisseaux du roi en Provence , et commandait k M. le comte d'Harcoxirt de l'aller trouver. Les préparatifs se font pour retourner à la mer ; chacun fait ses victuailles , lorsqu'on apprend que les Espagnols, usant de leur droit ordinaire, qui est de ne garder aucune foi quand il y va de leur intérêt , avaient pHris douze vaisseaux appartenant à la république ou aux particuliers de Gênes, sous prétexte qu'ils étaient de fabrique hollandaise, lesquels ils avaient pris avec ce qui restait de leurs galères , et vingtcinq vaisseaux qui leur étaient venus de Naples, lorsqu'ils avaient appris l'arrivée du roi dans le port. Ce qui obligea ladite armée de remettre à la mer et d'envoyer offrir à MM. de Gênes , que s'ils désiraient que les armes du roi réparassent cet outrage et vengeassent
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le tort qui leur arait ëtë fait , ib n'avaient qu'à donner une de leurs galères pour venir montrer le lieu où ces vaisseaux avaient été pria, et qu'en cpielque lieu qu'ils fussent^ cinquante vaisseaux de l'armée du roi les iraient prendre pour leur restituer, l'armée du roi n'étant allée dans le Levant que pour assurer la liberté publique et s'opposer aux injustes entreprises des Espagnols.
Cette nouvelle arrivée à Gènes , le duc , à qui le résident du roi était allé faire cette offre de la part de celui qui commandait l'armée, n'en fit point de part au sénat, se contentant de faire seulement des remerclments à celui qui lui avait fait l'offre, mais, comme le résident connut que les conseils n'avaient point été avertis de sa proposition , il la fit déclarer par la noblesse , ce qui produisit un tel effet que , contre le gré même du duc et de la plupart des sénateurs partisans d'Espagne, l'offre eût été acceptée et mise en exécution sans que, par leur adresse ordinaire , la proposition qu'ils n'am*aient osé refiiser fut éludée par les résolutions qui furent prises lors d'envoyer un ambassadeur en France pour remercier le roi de cette assistance et des offres qui leur avaient été faites en son nom, et un en Espagne , pour dédarer que s'ils n'en faisaient une prompte restitution, ils auraient recours à l'autorité du roi pour leur en demander raison ; et cependant ordonnaient que le procès serait fait à Doria , qui avait assisté à cette prise; que leurs ports seraient fermés aux galères d'Espagne , et qu'il serait fait commandement à tous leurs sujets de quitter le service d'Espagne pour se rendre dans leurs ports, à peine de la vie.
Durant que ces résolutions s'exécutaient et que l'armée du roi était dans la baie de Toulon prête à faire voile , il revint un nouveau commandement du roi qui obligeait l'archevêque de Bordeaux à redemeurer dans le Levant avec le comte d'Haroonrt, qui y revint par même ordre > afin d'assister conjointement avec toute l'armée M* le duc de Savoie, qui avait dess^ d'attaquer Final,
Ce nouvel ordre fit quelque temps surseoir ce partement de l'armée, pendant lequel temps divers brigantins et diverses patadies qu'on envoyait à la mer prirent quelques felouques et quelques barques d'Espagne qui portaient des paquets , par lesquels on apprit le
dessein que les Espagnols avaient d'entrer dans le Languedoc : ce qui obligea sa majesté de donner le commandement au comte d'Harcourt^ archevêque de Bordeaux et général des galères^ d'assister le duc d'Haluin de tout ce qu'il avait besoin en cas que les ennemis entrassent dans la province dont il était gouverneur. Sur ce temps, l'archevêque de Bordeaux étant tombé malade, après avoir mis l'armée en état de iâire voile dans le golfe de Toulon , se retira à Marseille pour avoir moyen de se faire traiter , où il demeura les mois de juillet et août , donnant néanmoins avis à M. de Savoie que l'armée était en état de marcher dès-lors qu'il l'ordonnerait.
Au commencement de septembre, la nouvelle arrivée que les ennemis étaient dans le Languedoc et avaient assiégé Leucate, l'archevêque de Bordeaux en donna avis à M. d'Harcourt et le pria de lui vouloir envoyer huit ou dix Dragons, qui sont vaisseaux de deux cents environ, afin que, les joignant avec les galères que M. le général lui faisait espérer, il pût empêcher le secours cpie les ennemis avaient par mer et faciliter celui que les assiégés pouvaient tirer de Languedoc, et cependant prend la poste pour s'y en aller par terré pour conférer avec M. d'Haluin des moyens de secourir Leucate et vérifier si les ports de la Franquine et môle d'Agde étaient en état de recevoir les vaisseaux et galères, comme on lui avait rapporté , laissant la con^ duite des vaisseaux au sieur commandeur de Poincy, lequel ne les put amener, d'autant que le général des galères n'estimait pas qu'il y eût sûreté d'y envoyer ces galères.
Le 9 de septembre , ledit archevêque de Bordeaux étant . arrivé auprès dudit duc d'Haluin à Béziers , il sut comme quoi il avait envoyé par tous les lieux du gouvernement pour assembler les troupes , mais que les ennemis étaient retranchés de sorte qu'il n'y avait guère d'espérance de les en pouvoir déloger , et presque aucune apparence , par l'avis de plusieurs capitaines qui avaient été assemblés en divers conseils , de les pouvoir attaquer. Jusques à ce jour, on n'avait eu aucune nouvelle des assiégés, et personne n'avait encore été visiter les assiégeants.
L'archevêque de Bordeaux, à son arrivée, crut qu'auparavant que
pouvoir opiner sur ce .qu'il ; aurait à faire et rendre compte au roi de son voyage, il devait voir les ennemis pour plus facilement donner son opinion de ce qu'il y aurait à faire pour la vue de leur contenance. U demanda quelque escorte à M* d'Haluin, laquelle lui voulant donner lui-même , ils partirent ensemble pour s'en aller à Narbonne ; le même jour visitèrent Sainte-Lucie^ qui est une Ue fort élevée et de fort grande conséquence à l'embouchure de la rivière de Narbonne , et le lendemain s^en allèrent jusques à un lieu appelé le Déferracaval^ avec quelque deux cents chevaux ; de là les gardes des ennemis furent reconnues , leurs retranchements vus , et les divers lieux de Roquefort et la Palme qu'ils tenaient, i^econnus.
On retourne à Béziers. Cette approche des ennemis augmente le désir de les combattre, et toutes les villes commencent à envoyer, chacune selon leur force , des troupes. Durant ce temps , l'archevêque de Bordeaux s'en va loger à Sainte-Lucie et assemble tou9 les bateaux qu'il peut du pays, pour, avec les felouques et chaloupes qu^il avait amenées, faire une partie de ce qu'il espérait avec les galères , lesquelles ne venant pas , empêchaient que les vaisseaux ne vinssent, de peur que le calme qui est ordinaire en cette mer^là en cette saison ne séparât les vaisseaux , lesqueb n'étant pas munitionnés de gros canons, à cause de lem' petitesse , eussent pu être incommodés de celui des galères.
M. le duc d'Haluin, voyant l'archevêque de Bordeaux logé à Sainte- Lucie, revint a Narbonne, d'où il envoya, le sieur de Saint- Aunay avec son régiment prendre le port de Sijean, sur la nouvelle qui arriva que les ennemis voulaient venir forcer une compagnie de gens de pied qui était dedans. On tint conseil à Narbonne, et la question est agitée si on doit secourir Leucate , ou non. Les avis sont divers , et la plupart tiennent qu'il vaut mieux faire tête à Narbonne que de hasarder ce que l'on avait de troupes : celui de l'archevêque de Bordeaux fut que tout ce que Ton avait d'hommes, il le fallait asseml>ler à Sijean, et que la on résoudrait plus facilement ce que l'on aurait à entreprendre. Cet avis suivi , M. d'Haluin s'y en va aussi bien que ledit archevêque et ce qu'il y avait de troupes aux environs. Le même jour, le sieur de Mayola, lieutenant des gardes de monseigneur le caixlinal, y arrive, qui apporte
RELATIOJ*. — DÉCEMBRE 1637. 545
non seulement permission d'attaquer les ennemis , mais des semonces de ce faire , et ordre à Tarçhevêque de Bordeaux d'y servir en même qualité qu'il faisait à l'armée navale.
Nouvelles difficultés se présentant du secours^ mais la présence de ce nouveau envoi, faisant changer d*opinion à plusieurs, qui estimaient qu'il ne fallait point les attaquer y les fit consentir de marcher jusqu'au Déferracaval avec ce que l'on avait de troupes pour, à la vue des ennemis, résoudre ce que l'on avait à faire.
La question est proposée si on doit attaquer Roquefort et la Palme auparavant que d'y aller; néanmoins par la pluralité d'avis on résout de ne le pas faire contre l'avis de J'archevéque de Bordeaux.