RELATION. ~ JUILLET
marquera que M. de Souardis signûle déjà à M. le cardinal de Richelieu les dispositions peu subordonnées des capitaines, préludes fôcheux de dissentiments et de rivalités plus graves , parce qu'elles venaient de plus haut , et qui eurent des résultats bien défavorables au bon succès de Fexpédition. M. de Sourdis se plaint aussi des lenteurs cauteleuses de la république de Gênes, à laquelle M. de. Sabran, envoyé de France, demandait depuis trois moia l'entrée du port pour les vaisseaux du foi , sans pouvoir en recevoir une réponse définitive, réponse que M. de Sourdis, à la tête de sa flotte, ne put pas non plus obtenir.
RELATION
DE CE QUI s'est PASSE AU PASSAGE DE L' ARMEE DU ROI EN LEVANT , DEPUIS CE JOUR JUSQUES AU DERNIER SEPTEMBRE EN SUIVANT.
{t^juUUt i636.)
nu détroit de Gibraltar, i636
Après une peine incrayable à contenter le» capitaines de vaisseaux , qui avaient accoutumé d'avoir l'argent du roi poui* se promener de port en port du royaume, nous tombâmes dans les incommodités et crier ies des gens de pied , qui croyaient chacun avoir leur commodité comme quand ils logeaient sur le paysan ; ce qui m'obligea à prier M. le comte d'Harcourt de partir avec ce qu'il pouvait de vaisseaux de guerre le 9 de juin, toute l' infanterie n'étant pas encore embarquée, et de me laisser derrière pour emmener tout, ce que je fis deux jours après, ayant remis sur pied lès deux compagnies^ qui avaient été àé^ faites par le feu , moyennant deux cents jMstoles que je leur donnat^^
Je joignis l'armée sous Belle-Ile avec le reste des vaisseaux de guerre^, l'infanterie et l'artillerie , le 1 6 juin , sur les deux heures après midi , où je croyais trouver l'armée en état de partir , mais plusieurs capitaines coutumiers de voir les ports avaient surpris M. le cmnte d'Har* court en se faisant donner congé sous prétexte de nouvelles nécessités pour aller en divers ports , si bien qu'il fallut du temps pour les man-
der, ce qui passa jusques au 20 dudit mois de juin que l'on fit voile; mais étant chargé du nord-ouest assez âcheux , on fut contraint de retourner à la rade dont on était parti.
Enfin, ce vent continuant, je pressai le 23 de mettre à la mer quoique le vent fût contraire , pour se mettre en étant de l'attendre dehors et se délivrer de Taccablement des capitaines, qui demandaient toujours chose nouvelle et que l'on ne pouvait empêcher de se tenir à terre, ce qui fut exécuté deux heures après; mais les vents nordouest et sud-ouest nous tourmentant , nous ne pûmes gagner en cinq jours de navigation que le cap d'Ortiguere ' (entre Saint-Ander et la Gorogne), où nous fûmes sept jours bord sur bord , sans pouvoir doubler le cap de Finistère , durant quelque temps. Un forban de Salé ' qui se nomme Mimirayes , qui avait un vaisseau de deux cents , armé de cent hommes et treize canons, qui avait fait une prise d'une flûte flamande de trois cents où il y avait cinquante Anglais .et cent balles de laine et force fer et du sel qu'il avait tiré d'un vaisseau anglais, qu'il avait coulé bas après l'avoir pillé , battu du même temps , fut rencontré par nos vaisseaux qui battaient la mer devant nous , et après quelques coups de canon de part et d'auU*e , il fut pris et amené au bord de l'amiral, où il est encore. L'on a fait la procédure que je vous envoie et donné le jugement qui y est attaché.
J'estimais que nous devions aller à Salé, où le capitaine que nous tenons nous faisait espérer que l'on nous rendrait nos chrétiens en donnant les cent dix Turcs et les vaisseaux que nous tenons; mais comme dan» l'instruction on n'a mis ce traité qu'au retour, on ne l'a pas voulu faire, de sorte que je vois ce traité hors d'état d'être fait, d'autant que quand on reviendrait par là, les captifs et les vaisseaux ne seront peut-être plus en état d'être rendus : les uns étant aux galères, et les vaisseaux peut-être péris.
Je fais aussi proposition d'aller à Calis ^ où nous sommes avertis qu'on
' Ortegal , cap sur la côte de Galice , coU cote N.-O. d'Afrique, à l'entrée de la rivière du N.-O. de TEspague. RebeU.
' Salé, ville du royaume de Fer, sur la * Cadix. ( Voii- plus haut. )
RELATION. — JUILLET 1636. 4ft
a amené depuis peu deux grands galions ' de huit cents à mille tonneaux et huit vaisseaux de deux à trois cents, satis les vieux qui y sont , pour tâcher à les prendre ou brûler; mais on n'y veut pas entendre, disant que cela n'est pas dans l'instruction, de sorte que je vois jour d'espérer que, comme bons marchands, nous mènerons, avec l'aide de Dieu, notre flotte à Marseille, mais que nous n'entreprendrons pas grand' chose.
Ce que je puis voir qu'il y a à feire en cette mer, consiste en tix>is choses : la première, mettre ceux de Salé à raison , lesquels vont avec de si méchants vaisseaux, et avec de telle canaille, que deux vaisseaux du roi sont capables d'en battre dix des leurs , et quatre de faire la loi comme l'on voudra à toute cette canaille, qui croit que la paix que l'on a faite est de peur que l'on a d'eux; et de plus, quelque paix qu'ils aient avec nous, ils ne laissent pas de prendre nos vaisseaux , comme ils ont fait cette année , et pillent tout ce qui est dedans. Si le vaisseau ne vaut pas la peine, ik le laissent; s'il est bon, ils jettent les hommes à la mer, les dégradent en la première lie, ou, s'il y en a beaucoup, les vont vendre à (le nom est en blanc) , comme ils ont fait cette année aux Hollandais avec qui ils ont paix, n'ayant pas trouvé un Hollandais entre leurs mains, qupiqu'ils en aient les vaisseaux, et ayant su que l'année passée ils en avaient dégradé plusieurs en une île le travers de la Gorogne, et leur ayant pris huit ou dix Flamands renégats qu'ils avaient pris au voyage précédent.
Le second dessein est de fortifier la pointe de Yicques ' et les lies de Bayonne,. dont le sieur Denis a donné les mémoires, étant le plus beau passage qui soit en Espagne pour incommoder Lisbonne , et empêcher la communication de la Biscaye avec Calis, dont il faut de néeessité qu'ils fassent venir le fer , les chanvres et les bois pour les armements.
Le troisième dessein, qui est aussi san&diflficulté à ce qu'on rapporte.
' Galion t sur l'Océan, est un vaisseau de appelle de présent galion , tout vaisseau de
guerre, rond, de haut bord, à voiles seule- guerre pui passe 3 ou ioo, (Fovriiiir y'ffy-
ment, qui surpasse toutes les autres espèces drographie, 1. I. ) de navires , soit en port , soit en force. On * ^<go. ( Voir plus haut. )
46 LIVRE I. — GHAP. I.
e3t aux îles de Canaries % où l'on croit que Ton se peut loger sans grande difficulté^ l'ile de Ganarie n'ayant dans sa TÎlle qu'un chftteau de médiocre grandeur qui n'est point presque fortifié, se fiant au peuple de la ville, qui est assez grande et riche, mais nullement aguerrie, étant tous marchands ou justiciers, toutes les autres iles allant 1k pour* leurs différends , comme au parlement ; et quand ce dessein manquerait , il y a après cela une île nommée la Geronna , fort fertile en blés , et qui nourrit toutes ses voisines , laquelle a un fort bon port et un fort méchant château où il n'y a que quinze ou vingt Gastillans qui gourmandent extrêmement le peuple, qui est fort brutal , peu belliqueux et qui n'a presque point d'armes.
Pour le Détroit , il y a force îles le kmg de fo c6te vers le cap de Gâte * et celui de Pale, où l'on dit que l'on se peut fortifier quand on voudra , y ayant de bonne eau et étant proches de bon pays et désertes ; mais surtout l'on demeure d'aocord d'une pointe de terre qui avance fort à la mer qui se nomme les Alfalques ^ de Tc»rtosa, a quelque cin^ quante ou soixante de lieues de France, entre Valence et Barcelone, de laquelle je vous envoie une relation particulière; la conséquence est facile à remarquer, en ce que c'est le travers de Majorque ^ et, par conséquent , en lieu à la vue duquel il faut que toutes les navigations d'Espagne passent, ne pouvant passer hors l'île, tant à cause des Turcs , que cela romprait leur chemin.
Depuis avoir fait cette dépêche, que j'attendais à envoyer du Détroit, nous avons encore trouvé vingt vaisseaux de Salé, dont Tun s'est battu afvec un des dragons ' du Havre commandé par Poinctrincourt ,
' lies Canaries : ettes sont au nombre de dans la Bfféditerannée; il forme la pointe E.
sept, et situées dans TOcéan atlantiqoei elles do la baîe d*Almérie; il est au S.-O. dn cap
se nomment Lancerotte, Fort-Aventure , la Pale et de Carthagène, et à FE.-N.-E.. de
Grande-Canarie, Ténériflé, Gomère, Palme Gibraltar.
et nie de Fer. Lancerotte est la plus E.; elle ' Les Alfaques, iles situées près de Tem-
est à 53 lieues à l'O. du cap de Non, situé boucbure de l'Èbre, qui se jette dans la Mé-
sur la cote d'Afrique ; elles sont comprises ditérannée, an-dessous de Tortose.
entre 27» US' N. et 29* li' N., leur longitude ^ Majorque, île principale det Balésres ;
.d'étendue, depuis iS"" 45' O., jusqu'à 2o« iW ette est à 09 lieues de terre.
à l'O. du méridien de Paris. ' Pragon, vaisseau léger. Les idiefi de pi--
* Gap de Gâte , au S»-E. de FEepagne , rates normands avant leur invasion en Nor>