RELATION. — JUILLET
mais se trcmvant plus fort de monde et celui du Havre de canon , ils se sont battus sans s'aboucher.
Le même soir, La Chesnaye, de Saint-M alo , a pris une grande caravelle ' de Turcs de Salé^ où il y en a^ait trente-six et quatre esclaves espagnols qu'on a résolu de mettre en terre à Gibraltar , afin qu'ils publient le soin que le roi a de faire la guerre aux ennemis de la foi et sa bonté de donner la liberté aux esclaves quoique sujets de ceux qui lui font guerre.
Il ne sort pas un seul vaisseau des poiis d'Espagne , si bien qu'on n'a pu eocore en pra^lre un seul ; s'il y a qudque chose dans Gibraltar , demain on espère le combattre » et si le vent dure on espà:^ en six jours être à Marseille.
J'estime que l'on doit envoyer un ordre du roi à M. le général des galères pour recevoir les Turcs qui ont été pris de Salé , afin de les départir pour s^*vir sur les galères de monseigneur le cardinal , auxquelles les capitaines desdites galères fourniront semblables vivres qu'aux forçats qu'on leur envoie de Paris ; comme aussi un autre ordre pour &ire vendre les prises , en cas que l'on le désire , puisque ceux de Salé ont Êiît publier au mois d'avril qu'on pourrait faire prise sur les Français , %insi que nous avons appris par les Espagnols que nous avons pris dans la caravelle.
EirVOTÉE A PARIS Le 28 JUILLET l636, ETANT AU TRAVEES DES ÎLES DE MAJORQUE.
« {i^Jidllet i636. )
Le jour même que cette dépêche a été faite , l'on a passé le détroit
mandiCi se servaient de grands TaÎMeaiu de ' Caravelle, Ont quatre mâts et quatre
guerre, dont la proue était ornée d'une sculp- voiles latines ou d'artimon , outre les bour-
ture représentant ordinairement un dragon sets et les bonnettes en étui. Sont vaisseaux
on un aerpfnt. Sans doute le nom de cette ea-* de Portugal fort légère et TÎtet à la voile ; les
pèoe de vaisseau particulier à la Normandie plus grands sont de six à sept-vingts ton-
fut importé par ces pirates, lors de leur cou- neani de i>ort. Us et Coutumes de la mer. quête.
de Gibraltar si heureusement , d'un yent d'ouest à nord-ouest ,■ que Ton a eu facilité de raser la montagne de Gibraltar et la Toir ; en sorte qu'on a pu reconnaître du côté de la mer que c'est une montagne attachée à la grande terre par un seillon de six-vingts brassées de large , où la mer passe dessus en gros temps , qui borne une baie du coté de la mer Méditerranée^ qui est à couvert depuis le nord jusqu'au sud à passer par l'ouest, et qui en borne une autre du côté de l'Océan à passer par l'est depuis le susdit jusqu'au nord.
Cette montagne est fort haute et fort escarpée du côté de la mer Méditerranée , en sorte qu'elle est inaccessible aux ennemis même du côté du seillon ; elle l'est aussi si l'on ne passe par une petite ville qui est située au pied du côté de la baie de l'Océan , de sorte que l'on n'y peut annver que par la ville ou par la pointe qui regarde Ceuta ', et où il y a une petite chapelle qui s'appelle la chapelle de l'Europe , là où il y a quelques petits retranchements et quelques petits canons que nous n'avons pu voir , mais bien jugé le calibre par les embrasures qui y sont fort petites. Il y a en ce côté-là trois ou quatre cales qui sont descentes où l'on peut mettre pied à terre par bateaux et chaloupes , mais conmie cela est défendu par les retranchements susdits , on la peut favoriser par des vaisseaux qui peuvent approcher tout contre la montagne , et battre les retranchements , déloger ceux qui seraient dedans pour les garder; cela étant gagné , on est maître de la montagne , et la montagne commande absolument au château , et le château absolument à la ville , et la ville à l'abbaye de l'Océan , laquelle ville , tant du côté du seillon que de la chapelle de l'Europe , n'a que des tours carrées pour défense ; du côté de l'abbaye de l'Océan , quelques bastions où il y a de l'artillerie pour garder le port. Cette armée se peut rendre maitresse de tout cela avec quatre mille hommes quand on voudra ; je vous en envoie un petit brouillard.
Le 1 7 juillet , le vent fut si favorable que ce même jour-là il nous amena jusqu'à dix lieues au-dessous de Malgues, en passant 4an,s le Détroit. Un vaisseau anglais de trois cents, armé de vingt-quatre pièces
' Ceuta , cap qui forme à l^E. le détroit de Gibraltar.
de caDon et de quarante hommes y arriva sur l'armée depuis le jour jusques sur les neuf heures , que le capitaine Daniel , commandant un des dragons du Havre , lui alla faire commandement d'amener son pavillon qu'il portait au grand mât ; lequel refusant de ce faire , et montrant tous ses hommes Tépée à la main sur le pont, où il Ait contraint de lui faire le signal d'un coup de canon, à qui l'Anglais répondit d'un autre coup à balle y sans vouloir amener ni pavillon ni perroquet ^ et redoubla de toute sa mousqueterie , ce qui obligea ledit capitaine de lui tirer trois coups de canon à balle qui donnèrent tous trois : l'un à l'eau y et les autres deux dans le bois , qui blessèrent deux hommes , ce qui l'obligea à amener. D'autres vaisseaux de l'armée arrivèrent à l'instant, et l'amenèrent à l'armée, là où il est* Il se trouve qu'il est chai|^é pour Messine de charbon de terre , de planches , de plomb et de quelques draps : on a quelque lumière que partie appartient aux Espagnols. MM. D'Harcourt et Desgouttes le voulaient renvoyer, mais je m'y suis opposé, que la procédure ne fîl!kt faite, à quoi travaille le contrôleur général.
Le 1 8, le même vent continuant, il nous amena jusques vers le travers de Carthagène , où étant surpris du calme nous avons été tout le 1 9 a redoubler le cap de Parle, qui est dix lieues au-dessous.
Les 20 , 21 , 22 , 23 et 24, nous avons été chargés d'un vent qui nous a tenus bord sur bord depuis Erède jusques à Alicante , sans pouvoir doubler le cap de Saint-Martin ', et jusques au 25 à trois heures après midi.
Il ne parait non plus de vaisseaux espagnols en cette côte que dans l'Océan. Nos fr^^tes ont été dans tous leurs poi*ts et rades sans pouvoir rien rencontrer.
Nous avons seulement rencontré cinq vaisseaux turcs et deux galères; mais comme ils étaient au-dessus du vent et qu'ils allaient à Gibraltar, nous n'avons pas estimé raisonnable de rompre notre route pour leur donner chasse. Nous attendons le temps, de sorte que de
' Cap Saint-Martin, sur la cote d'Espagne, eatce les côtes de yalenoe et de Moroie^ au N.-O. d' Alicante. C'est la côte la plus O. c'est auss^ la plus voisine de l'île d'Yyiça.
trente et deux vents , s'il en Tient un devant l'autre^ en deux fois vingtquatre heures nous serons aux iles d'Hyères y d'où , si nous trouvons lai^mée prête, nous partirons à l'instant pour tâcher d'exécuter ce qui a été ordonné.
Dans toute cette cote, depuis le Détroit jusques a Majorque, il ne se rencontre que deux rades : savoir, Malgues (Malaga) et Almerie', et deux ports, savoir, Carthagène, qui a été autrefois le meilleur port du monde, mais maintenant tout gâté, et Alicante, qui est phitât rade que port; mais on le bonifierait bien , sans que les habitants s'y opposent de peur de reti]!*er les vaisseaux on galères du roi d'Espagne ^ lesquels , quand ils sont dans leurs ports , mènent et le commerce et les habitants, prenant victuailles et agrès aux uns et aux autres sans jamais rien payer.
Les iles de Ivice , Majorque et Minorque rencontrent le travers de Valence et Barcelone, dans lesquels il y a des ports; mais aussi des for-r teresses grandes et bien gardées.
Entre les deux villes susdites, les AUages (Alfaques) * se rencontrent, qui vaut mieux que tout et dont nous avons déjà envoyé le détail.
De Barcelone au cap qui commence à former le golfe.de Lyon > il y a quelque vingt^cinq lieues , qui est distant de Marseille quelque quarante lieues et huit lieues de Leucate., où il se rencontre une baie avec lui promontoire qui s'appelle le cap de Roses', dans lequel il y a une petite fortification , et dans la vallée une assez bonne ville appelée de même nom» laquelle forme un port qui est excellait pour tenir vingtcinq ou trente vaisseaux des plus grands et autant de galères qu'on voudra; lequel port est de telle conséquence aux Espagnols qu'ils aimerai^Qt mieux perdre tous leurs ports de leurs côtes que celui-là , d'autant que c'est la seule retraite où ils se puissent mettre à couvert quand ils viennent d'Italie ou qu'ils y veulent aller, parce qm ta golfe de Lyon est si périlleux qu'on ne le peut passer que par bonace, la-
' Baie d' Almerie. — La ville d' Almerie est deux pointes de terre qai en laissent rentrée
située sur ane rivière qai se jette dans la facile.
partie O. de la baie, lat. N. SS*" 5i% long. * Alfaques, îles situées à l'embouchure de
4* 5i^ i5' de Paris. On nomme quelquefois PÈbre, qui se jette dans la Méditerranée au-
cette baie b baie Hélène ; elle est très-spa- dessous de Tortose. cieoSS'et très ^^ profonde, renfermée entre
quelle il faut attendre en ce port, Barcelone étant dans une anse ai^ dessous y dont il faut un.auti*e yent pour s'éleyer que celui qpii est në^ ceasaire pour ce trajet et partant inutile pour ce passage; ce nécessaire inconvénient se rencontre aux îles de Majorque et Minorque.
Nous avons encore trouvé deux galères d'Alger par le travers d'Ivice , auxquelles on a donné quelques €Oups de canon ; mais les rames qui mènent leijrs vaisseaux le nez au vent empêchent que les voiles ne fassent le même ' • C'est une grande honte de voir l'effronterie et la tyrannie de ces Turcs, vu la facilité qu'il y a d'y remédier.
Depuis, entre Barcelone et le cap de Roses * deux galères espagnoles de dix-huit qui avaient porté la princesse de Carignan nous vini'ent reconnaître ; mais à l'instant que l'on fit tourner deux vaisseaux elles fuirent de telle sorte que nous n'en avons pas ouï parler depuis.
Envoyé o^te relation à Paris par M. Férault, qui est parti le jeudi 28 d'août 1636.
Le 29 du courant, étant le travers du golfe de Lyon S nous envoyâmes le sieur de Guitault donner avis à Marseille à M. de Nantes et à M. le général des galères de notre arrivée, afin qu'ils nou» .vinssent joindre, et demeurâmes bord sur l'autre , attendant des nouvelles jusques au deuxième d'août, que , laaséç de cet exercice , nous allâmes mouiller aux lies d'Hyères. Le 3 d'août , MM. de Nantes et le général des galères nous vinrent voir avec deux galères, lesquels nous dirent qu'ils étaient tous près de nous joindre , l'un avec douze galères , l'autre avec douze vaisseaux et trois tartanes>; mais comme il y avait une extrême division entre M» de Nantes et le Baron d'Allemagne et M. le général et le sieur de Fourbin , de telle sorte que l'un ni l'autre n'agissait , et que d'ailleurs nous apprenions qu^il n'avait pas un vaisseau ni une galère qui eutosent ni vivres ni presque d'hommes à bord , nous nous résolûmes de leur donner jusques au jeudi pour travailler à la réconciliation qui nous est moins nécessaire entre ces messieurs, et à savoir si M. le
* M. de Soordis "vetit dire qu'il est impos- Catalogne dans la Méditerranée ; il est corn-
f ibk aux vaisseaux à Toiles d'imiter la man- pris entre le cap Begn et le cap de Qnie.
ouvre des galères, qni, à Taide de rames, ' Grand golfe méditerranéen qai se me*
naviguent droit dans le vent. snre depnis le cap Sides jusqu'au cap de
' Gap et golfe de Roses , sur la côte de Creux.
maréchal de Vitry nous donnerait des hommes oomme portait Toi^re d'avoir, et cependant on commanda à toute l'armée de renouveler ses eaux ; et pour cet effet nous allâmes à Toulon , celle {la rade) du Gàpeau étant infectée par les chamaces.
Nous nous enquimes de ces messieurs s'ils avaient formé quelque dessein , s'ils avaient quelques ayis^ s'ils avaient reconnu les lieux qui avaient été ordonnés : nous trouvâmes qu'ils n'avaient aucun avis, pas même de Sainte-Marguerite ; qu'on avait reconnu Moi^e (Monaco) * de dessus une montagne, et que le rapport en était tout frais ; que le maréchal de Vitry ne voulait point donner d'hommes, et quand il en eût donné, que M. de Nantes n'avait mis aucun ordre pour des vaisseaux pour les porter ni pour vivres ; M. le général des galères avait quelques compagnies de son régiment des galères, mais il n'avait point d'armes pour les armer ; enfin , nous nous trouvâmes dénués de toutes sortes de secours , et nécessités d'employer ce temps à r'habiller les brouilleries qui étaient entre eux , et à exhorter le maréchal de Vitry à donner des hommes , ce qu'il déclara ne pouvoir faire , n'en ayant point d'ordre.
Le jeudi septième d'août venu , les galères et vaisseaux aussi prêts qu'à l'arrivée et la volonté de ne point donner des gens , comme il ftit jugé à propos que j'irais à Marseille pour voir ce que nous devions espérer de M. de Nantes , et si je pourrais faire trouver des vivres et des armes à M. le général des galères, et pour cet effet, MM. d'Esguilly et marquis d'Aumont m'y portèrent dans leurs galères avec ordre de s'obliger, au nom du corps, pour les vivres qu'on pourrait trouver. Le siem^ Laguet fournit les vivres et les armes désirées, et M. de Nantes nous dit qu'il ne pouvait fournir que douze vaisseaux et trois tartanes ' ; le surplus porté par l'état
■ Monaco, sur la cote dltalie, aa N. de Saint- Soupir et au S. de VintemeUo. Le château eat bâti sur un rocher très-escarpé , et hatto par la mer. Le château, la yiUe et la citadelle sont sur une langue de terre détachée des montagnes d'une hauteur prodigieuse, et qui s'avance en amphithéâtre sur le bord de la mer. Il y a mouillage devant Monaco, mais la tenue est mauvaise à très-près de terre.
* Tartane, sorte de vaisseau semblable à une petite nau, propre à charger bonne somme de marchandises, principalement blé , vin , sel. ( Fouihieb , Hydrographie. ) Tartanes en Levant, traversUrs en Ponant, sont vaisseaux qui vont à voile et à rames; ceioccs parones, mioparones, aciuan'a naves (Us et Coutumes de la mer, p. 33}. Explication d'Esruunit Cliibac.
du roi y qui était jusques à trente tartanes et seize brûlots, qu'il n'avait bien l'intention de monseigneur le cardinal y mais que le lundi 1 1 , il serait à l'armée avec ses douze vaisseaux. Le lundi, mardi et mercredi ne venant point, le jeudi 14, nous fîmes voile aux iles d'Hyères, où nous apprîmes la nuit que M. le général des galères avait interdit ses capitaines pour avoir protesté de se plaindre à monseigneur le cardinal , après le voyage , de certaine ordonnance qui donnait quelque préférence aux capitaines de son régiment à leur préjudice. A l'instant il fut avisé que j'irais le trouver, ce que je fis; mais le trouvant parti avec neuf galères, par une lettre qu'il avait reçue de nous la nuit, sur quelques avis qu'on nous avait apportés que les galères ennemies étaient a $ainte-M ai^uerite , tout le samedi et le dimanche se passèrent eu attendant les vaisseaux de Marseille , les trois galères qui restaient , et pour voir si on pouvait faire cette réconciliation des capitaine^ avec monsieur le général , apprenant de toutes paits la division qu'il y avait entre l'infanterie et l'équipage des galères et les nouveaux capitaines de Marseifle établis avec les officiers des galèi^es et ceux du régiment qui ne les voulaient pas connaître, les uns se retirant à la nage, les autres par leur propreforce résistant ; mais ce retardement ne produisit rien , l'accommodement ne s'étant pu faire , ni les vaisseaux n'étant pas arrivés.
. Le lundi 18, nous fîmes voile, et deux galères vinrent joindre leur escadre , celle du chevalier de la Valette étant demeurée pour attendi^e son capitaine, qui était allé à Arles pour quelques affaires qu'il y avait ; le même jour nous allâmes par le travers des iles Sainte-Marguerite , où , ne pouvant mouiller à cause du vent qui venait de terre , je fus dans la Cardinale, commandée par Desroches ^ avec les régiments de l'armée pour recx>nnadtre les lies et voir si le maréchal de Vitry n'avait point changé d'avis sur la nouvelle qu'il avait reçue de monseigneur le cardinal ; mais ledit sieur n'étant point venu à Cannes , on ne put avoir de résolution, et, par conséquent, aucuns hommes.
Je vis les lies , tant du côté du Frioul , où je fus la nuit pour les reconnaître et voir les vaisseaux qui y pouvaient être , que dessus la montagne et du fort de la Croisette, là où je fis faire le plan que j'en^
voie, lequel j'ai vérifié , tant par des prisonniers qui en sont sortis, que par ceux qui ont été de tout temps en l'Ile. Nous trouvâmes tous d'un commun accord que l'ile Sainte-Marguerite était bien plus facile à prendre que celle de Saint-Honorat ; et de fait les ennemis tiennent leurs grands magasins dans Saint-Honorat , laquelle n'étant accessible que du coté du Frioul , ils l'ont toute retranchée de ce côté-là avec de bonnes redoutes de distance , et aux deux bouts on travaille à deux chapelles qu'avaient entièrement les religieux , de sorte qu'elles servent maintenant de forts pour garder les deux bouts.
Pour celle de Sainte-Marguerite , elle est défendue par un grand fort de trois bastions et deux demi , où il y a vingt et huit pièces de canon qui voient presque toute l'île; ces deux bouts sont fortifij^, savoir : celui du levant, où les ennemis avaient fait leur descente, par une redoute , laquelle est vue d'un fort de quatre bastions , lequel est vu du grand fort. Le coté de ponant est fortifié du côté du fort irrégulier, suivant l'assiette , et le coté de Cannes d'une tour terrassée avec un travail de terre autour.
L'ile est presque accessible partout , hormis au bout du grand fort ; mais l'on ne peut faire de descente que du coté de Cannes , à cause que le côté du Frioul est vu par le revers de tous les retranchements de Saint-Honorat ; et des forts du côté de Cannes l'on peut descendre, et aux pointes , mais on est toujours vu du canon et de quelques petits travaux , aux lieux que les ennemis ont cru qu'on pourrait descendre. ' C'est le véritable état des îles, que j'ai vu moi-même et conféré avec les propriétaires du lieu et les prisonniers des ennemis qui en sont sortis ; mais cela n'empêchera pas que nous ne les prenions, s'il platt à Dieu , pourvu que les divisions qui sont entre tous nos chefs ne continuent pas ; car maintenant les galères nous sont inutiles : la Provence ne nous assiste ni de ses gens , ni d'aucun autre secours. M. de Nantes s'est contenté de se faire général de quelques méchants vaisseaux , sans avoir soin d'avoir des bateaux pour faire des descentes , ni pour porter des hommes ni des vivres pour eux , ni les choses que demandait la descente desdites lies, si bien que nous sommes moins forts (pie quand nous sommes partis de l'Ile de Ré.
Le 22 du courant ayant mouillé à la rade du (jourjan , près Sainte- Marguerite , M. de Nantes y est arrivé avec onze vaisseaux et la galère du chevalier de la Valette; le 23, /a Licorne y est arrivée , qui fait le douzième adjoint son escadre. Tout ce temps jusques au 26 au soir s'est passé à raccommoder M. le général et ^es capitaines, ce que Ton a fait, et à persuader M. de Vitry à vouloir nous assister soit à prendre les iles , où nous voyons que les ennemis se fortifient , soit à nous donner des gens pour aller entreprendre ailleurs.
Toutes ces demandes : il objectait que, pour les iles, il ne pouvait y descendre qu'il n'eût ce qui lui était nécessaire, qu'il désirait, quand le sieur Duplessis serait venu, dont il avait donné le mémoire au roi et à M. de Nantes il y avait trois mois; pour donner des gens, qu'il ne pouvait, tant parce qu'il n'en avait point d'ordre que parce qu'il ne pouvait dégarnir la province; néanmoins, après plusieurs voyages, il offrit quatre ou cinq cents hommes de différentes compagnies aux différents chefs qu'il n'aimait pas et qui n'étaient pas fort expérimentés au métier; on n'estima pas que cela pût beaucoup servir. Le défaut de toute notre infanterie consiste plutôt aux chefs inexpérimentés qu'au peu de nombre et de valeur des soldats, qui fit qu'on le pria de donner plutôt six compagnies deValliac avec le mestre-de-camp de q^alité, ce qu'il a accordé enfin.
Mais comme le temps se passait inutilement, j'envoyai Chauvin et Roulerie pour visiter Morgues (Monaco), les négociations qu'on faisait avec le prince n'étant supportées à cause que je ne trouvais pas qu'il exécutât rien de ce qu'il me faisait espérer, et que je ne pouvais avoir aucune lumière par le plan fait par le sieur Duplessis ; lesquels firent leiu* rapport que les terres de M. de Savoie étant jusques à la porte de Morgues, il se trouvait trois petites collines sur icelle, l'une desquelles faisait un petit promontoire du côté de Saint-Soupir, à la favem' duquel on pouvait descendre du canon et le monter dessus , qui verrait par le glacis de toutes ces fortifications à la demi-portée du mousquet , que l'autre, de même distance, voyait toutes les fortifications de la place.
Que la troisième voit le port de telle sorte que, quand même on ne prendrait pas la place, en laissant un fort et une batterie dessus , qu'on
peut garder comme étant sur les terres de M. de Savoie , on rend ce port inutile.
Ce rapport a fait résoudre d'aller à cette place pour trois raisons principales : la première , parce qu'en demeurant en repos on empêche le secours des iles durant qu'on prépare ce que désire le maréchal de Vitry pour l'attaque.
La seconde , c'est que Finale étant plus éloignée et plus dans la terre et dans le voisinage des Génois , et plus facile à secourir par terre et à reprendre quand on le tiendrait; depuis, qu'il y avait plus d'espérance de le prendre par un pétard que par force, y tenant peu de gens quand ils ne sont point en soupçon.
La troisième raison est que quand on ne prendrait point la place, on fera deux forts sur la terre de M. de Savoie , qui rendront le port absolument inutile et par conséquent l'assistance des iles fort pénible.
Cette résolution prise , ou se trouva empêché dans l'exécution , d'autant que M. de Vitry ne voulant pas donner ses troupes, nous nous tix>uvions avec quatre mille hommes, qui n'étaient pas bastant d'un si grand travail ; on proposa de convier M. de Vitry de vouloir attaquer du côté de Villefranche ' , et que M. d'Haroourt attaquerait du coté de Menton et du port. Cette proposition fît grand bruit, M. d'Harcourt ne voulant point souffrir le maréchal de Vitry s'il ne lui obéissait , ce que nous savions bien qu'il ne ferait pas; enfîn, après plusieurs contestations, il donna les mains que l'on conviât M. le maréchal de Vitry d'être de la partie , sur l'espérance qu'il ne l'accepterait pas ; c'est pom*quoi on a prié M. de Nantes de lui aller faire la proposition , et cependant on travaille tout pour préparer les choses nécessaires, tant pour Morgues présentement que pour les iles au 1 5 de septembre. S'ensuit la proposition faite à M. de Vitry avec ses réponses. M. de Nantes étant revenu avec la même résolution absolue du maréchal de Vitry de ne sortir de son gouvernement ni laisser sortir les troupes sans commandement absolu que pour les iles, confonnément
' FUla-Franca, sur h côte d'Italie, | lieue à TE.-S.-E. de ^ice, bâtie sar une grande biie.
à ce qu'il nous ayait dit, il ne l'entreprendrait qu'à deux conditions : l'une, qu'il fût seul ; l'autre, qu'on lui donnât certains bateaux plats , claies, chaloupes en fagots ' et autres choses désignées par le sieur Duplessis, dont il avait donné mémoire à M. de Nantes il y a trois mois et en avait envoyé la copie au roi •
L'on lui fit une troisième proposition, qui est de donner les seuls régiments de la Tour et Valliac , avec lesquels on offrait en sa présence de faire l'attaque sans attendre plus long-temps , les ennemis se fortifiant; et que lés régiments ne sortant point de la province, l'excuse déjà donnée ne s'y rencontrait.
A quoi il répondit qu'il ne voulait pas donner ses troupes , s'il ne les menait.
Si bien que nous nous sommes trouvés réduits à faire travailler aux inventions de M. Duplessis pour espérer au quinzième de septembre faire cette attaque; mais je crains bien que lors on y trouve nouveUes difficultés y et cependant on nous vient de donner avis, qui nous a été confirmé par le marquis de Bàgnasque , gouverneur de Nice , que le duc de Ferrandina est arrivé à Morgues avec trente-six galères , et qu'il en attend jusques à cinquante-trois toutes chargées , outre leur aimement ordinaire, de cent hommes d'infanterie chacune ; lesquelles, comme je crois , n'auront autre but que nous suivre partout où nous irons , afin de mettre leurs gens pied à terre si nous le mettons, pour secourir les lieux que nous pouvons attaquer ; ce qui nous a fait résoudre de sortir de ce port, comme pn est entré contre mon gré et demeuré malgré moi , afin d'aller voir la route des ennemis , et tâcher à former un dessein à leur vue , attendant les commandements du roi et de monseigneur sut le fait des petits différends de nos chefs , et des nouvelles de M. dé Savoie que nous avons envoyé apprendre par le contrôleur général , ayant été avertis qu'il pouvait avoir quelque intérêt en Morgues, ce que je ne crois pas^ vu l'offre qu'il nous a faite par le mar-
' On appelait ainsi des ehaloapes oa em- en avait besoin, en rajustant leurs membarcations dépecées , qu'on transportait plus brures. facilement, et qu'on reconstruisait lorsqu'on
quis de Bagnasque de deux de ces ports et de tout ce <[ut dépend de lui.
Noos avons aussi eu nouTelle assurée comme quoi le grand-duc a
n'y aTait que douze à quinze pans >d'eau au plus , et ce dans l'espace de la largeur de deux galères avec leurs rames , les basses du côte et d'autre finissant à rien aux iles; mais ce fut inutilement^ le calme étant toiqours tel qu'on fut obligé de gagner Villefranche pour s'empêcher de donner, conférer àyec le maréchal de Vitry sur la dépêche du roi apportée par le commissaire Saint-Martin, et pour être entre Morgues et les îles, afin que, la résolution prise d'aller à l'un ou à l'autre, on fût en poste de l'exécuter.
Les 3, 4 et 5 du courant, aux entrevues d'Ântibes et de Villefranche , là où pour toute résolution il ne ftit arrêté autre chose sin<Mi que les préparatifs demandés par le sieur Buplessis-Besançon notant pas encore en état , qu'on ne pouvait aller aux îles , doùt le commandement de l'attaque était donné au sieur comte d'Harcourt; que pour Monaco dont on avait proposé l'attaque soit différé des forts , à quoi tout le monde inclinait de s'occuper attendant le temps des lies ; et ledit sieur de Vitry dit qu'il n'en pouvait prendre le commandement pour plu* sieurs raisons : la première, parce que c'était plutôt le travail du ma-réchal-de-camp que d'un général d'armée ; qu'il ne pouvait en ce temps quitter son gouvernement, de plus qu'il ne savait pas de telle sorte en M* de Savoie, qui ipoulût lui confier son honneur, s'attachant sur la parole de cette place, dont ledit sieur le pouvait contraindre de partir quand il voudrait par force on par inc(»nmodités, les passages et retraites étant audit sieur de Savoie.
On proposa de prier le sieur comte d'Harcourt de ùire cette attaque ; mais comme on vint au détail des moyens , il se trouva que M. de Vitry ne voulait donner pour ce siège que dix compagnies des quatre régiments qu'il a, qui ne faisaient que trois ou quatre cents hommes ; que le régiment des galères, dont on faisait état de mille hommes, n'avait point de nourriture quand il serait à terre, si bien que ne restant que le l'aiment des Iles et sept à huit cents hommes tirés des quatre régiments de Provence , qui sont divisés sur les vaisseaux de la même province , on estima qu'il Valait mieux prier M. le maréchal de Vitry d'envoyer les dix compagnies qu'il offrait dans la Tourbie , dont ils avanceront les logements d'éminenee en éminence pour être en état de
faire un fort du Moniquet qui oommande le port et au Gap de Melle, et au Gateret, qui commande absolument la ville et toutes les fortifi* cations quand on voudrait , et pour faire des parties sur les galères quand elles entreront dans le port ; de sorte que par ce moyen , si Ton ne rendait le port inutile , on l'incommoderait bien fort. On a envoyé un ingénieur et un trésorier ^ tant pour tracer les travaux que pour payer les soldats qui y travailleront et pour payer la voiture des vivres des soldats que le maréchal dé Vitry ne veut donner que dans Cannes ; mais comme cette résolution dernière d'envoyer ces dix compagnies k la Tourbie ' n'a été^ en ce que depuis que le maréchal de Yitry s'en était retourné^ l'on n'a pas encore nouvelles de ce qui a été fait^ ni s'il aura envoyé lesdites compagnies.
Le 6, l'armée ayant avis que les galères espagnoles étaient dans le port de Morgues^ se résolut^ puisque le vent lui déniait son assi* stance, de se servir des bras des chiourmes 'pour remorquer vingt vaisseaux résolus d'entrer péle-méle dans le port; et de fait l'on partit du port de Yillefranche en cet équipage^ le reste de l'armée y demeurant mouillé; mais comme l'on arriva au travers dudit port, et qu'ils apercurent le sieur de M antin , vice-amiral , que la galère du chevalier de La Valette conduisait droit dans le port; lesdites galèi^s ne s'assurant non plus au canon de la place sous laquelle il était que à leur propre valeur, elles eurent recours à la fuite; le soir il vint un grand coup qui obligea les galères de penser à se retirer à Villefranche.
Le 7 du courant se passa à rassembler l'armée, qui s'était divisée pour ce dessein , et on alla mouiller à la rade Menton ^, qui appartient au seigneur de Morgues.
Le 8, l'on y séjourna pour attendre les galères qui n'étaient pas venuCvS le jour précédent.
Le 9 du courant , l'armée et les douze galères étant mouillées à la rade de Menton , attendant le vent propre pour continuer sa route
' Ville auN.-0.de Monaco, dans Tinté- * Petite place sor la cote d'Italie, entre
rieur des teiTes. Monaco et la côte de Melle* Le cap de Melle
• Portion d'équipage d'une galère com- forme la partie S.-O. du golfe de Gênes, posée de forçats.
vers le leyant^ sur les six heures du matin Tarmëe des galères d'Espagne , avec celle de Florence , c[ui avaient ravant-gaide , le tout au nombre de trente-deux^ vint toute la nuit du 8 au 9 d'Arrachel (Arassi), où elle était mouillée , pour surprendre cette armée à l'ancre ^ ou du moins la combattre à son avantage^ à cause des grands calmes où était la mer, ou bien pour lui enleyer quelques unes de ses flûtes; mais ce fut en vain; car au même temps nos galères vinrent remorquer dix ou douze des grands vaisseaux de notre armée pour leur donner moyen de gou* vemer et de faire tête , selon que les galères ennemies se présenteraient au combat y faisant néanmoins ce que l'on pourrait pour aller audevant d'elles, sur l'appréhension qu'on avait qu'elles ne feraient qu'une feinte.
Le combat dura deux ou trois heures, c'est-à-dire de coups de canon, encore eut-on bien de la peine à se mettre à portée d'elles , vu qu'elles soient toujours arrière , de sorte que quand elles se trouvèrent un peu pressées^ elles ne tirèrent plus de leurs rames. On les poursuit toujours tant que la chiourme de nos galères le peut per* mettre (prenant aussi le temps de bien faire leurs décharges sur les ennemis le plus à propos qu'elles pouvaient).
La capitane d'Espagne a eu sa poupe emportée , quelques coups de canon à l'eau et les six trompettes du duc de Ferrandina tués.
La patronne a eu deux coups de canon qui l'ont percée de part en part avec quelques personnes de tuées.
La capitane de Florence son antenne de trinquet ' emportée d'un coup de canon avec un homme qui était dessus et quatre mariniers de tués.
Une galère rouge de celles de Florence a aussi eu quelques coups de canon qui lui ont emporté ses fiUarets et tué quelques hommes.
On dit aussi qu'un coup de canon donné dans une galère des ennemis a tué quatorze hommes.
Les habitants de Saint-Remi, terre des Génois, ont fait ce raj^rt pour l'avoir appris des Espagnols qui ont mis pied à terre audit lieu pour prendre des rafraîchissements, enterrer leurs morts, et pour
' Ou arbre de trinquet , mât d'avant d'une galère placé vers la proue.
raccommoder leurs galères, lesquelles ont été Tues à la bande, an nombre de trois ou quatre, par les yaisseaux de cette armée qui en étaient les plus proches.
Le bruit .commun est qu'il y a cent hommes tués, particulièrement les six trompettes du duc de Ferrandina.
Le lendemain, dixième dudit mois, il fut résolu de prendre la revanche de la rodomontade des ennemis ; et de fait l'amiral partit sur les deux heures après minuit avec onze raisseaux de l'armée que nos galères remorquaient, pour aller trouyet* ,les galères ennemies k Saint* Rémi, où on avait avis qu'elles étaient mouillées, laissant le reste de l'armée à l'ancre pour conserver les vaisseaux d'infanterie et de vivres , où l'on arriva un peu devant le jour ; mais nous ayant aperçus assez proches d'elles , elles commencèrent à fuir à passe-vogue ' an plus grand désordre du monde, laissant même la plupart de leurs captifs et felouques ', et coupant leurs c&bles, n'ayaût pas quasi le temps de lever l'anci^: et lesdits douze vaisseaux mouillèrent attendant le reste des vaisseaux de l'armée.
Mais sur le midi de ce jour, lesdits ennemis prenant encore l'occasion du grand calme, elles vinrent disposées en trois corps, savoir : avant» garde, bataille et arrière-garde , faisant un grand cercle autour de cette armée mouillée a travers dudit Saint-Remi , non pas pour l'attaquer, mais pour essayer d'escroquer quelques uns des petits vaisseaux qui venaient avec le reste de cette armée pour joindre l'amiral , lesquels étaient dispersés à cause des calmes.
Si bien que l'amiral se fit remorquer par trois galères pour couper chemin auxdites galères, arborant le pavillon rouge pour leur faire voir qu'il leur demandait le combat seul et éloigné de plus de trois lieues de l'armée , ayant seulement trois vaisseaux qui se faisaient remorquer pour le suivre , lesquels étaient à quatre milles de lui ; mais elles n'y voulurent point mordre et moins encore s'arrêter, ce qui
* Fuir à passe-TWgues signifie , en termes pondant à l'antiqae (nnirème) d'an seul rang
de galères, fuira toutes rames. d'avirons. C'est dans les felouques qu'on
" Felouque ou Jhlougue, vaisseau de bas- passe ordinairement de Provence en Italie,
bord découvert, d'environ 5 ou 6 bancs, ré- Us et Coutumes de la mer.
n'empêcha pas nëanmoifis qu'on ne leur donnât quelques coups de canon.
Et les douze galères de cette armée se détachèrent de nos vaisseaux poui' s'en aller vers les ennemis faire leur décharge , où elles réussirent assez bien, et particulièrement la Richelieu^ commandée par le sieur de Termes y la Patronne^ commandée par le marquis d'Âumont, lesquelles et la Capitane, qui alla faire sa décharge comme les autres , et la Cardinale, commandée par Desroches, vint après faire le même salut que les autres. De ce combat, on ne peut pas encore dire combien on leur a tué d'hommes, mais on peut bien assurer qu'on leur donna quelques coups de canon à l'eau, et même on vit deux de leurs galères à la bande ', lesquelles un peu après se faisaient prêter le cap par leurs compagnes; et ainsi elles s'en allèrent chercher la terre pour leur raccommoder, et on trouva sur l'eau force hommes morts de coups de canon.
De notre coté aucun de nos vaisseaux n'a été touché, mais bien on a eu quelques coups de canon; savoir: sept dans le Lion^cFOr, trois dans le galion commandé par le Baron d'Allemagne, et un dans la chambre du Coq qui a rompu une partie de l'autel sur lequel le P. Lestrades avait accoutumé de dire la messe; et le tout sans blesser personne.
Mais on dit qu'un coup de canon tua un sei^ent et on trompette dans la MaréchàUe, sans toucher à la galère.
Les 9, 11 et 1 2 les calmes furent tels que Ton ne put jamais ni donner ionds * en aucun lieu ni metire à la voile , tons les vaisseaux demeurant à la dérive ; de telle sorte que sans l'assistance des galères qui les i^s-semblaient dans le corps de l'armée en leur donnant le cap^ il eftt été impossible qu'il n'y en eût eu de perdus.
Le 1 3 se levant un peu de vent, on alla mouiller à Arache ^ pour voir
' Penchant plus d'un coté que de l'antre, côte N. de la Méditerra«ée, Au N., (]ael<|a«»
par snite des avaries qu'elles avaient reçues, degrés O. du cap de Melle , il y a une rivière
* Mouitlerj en termes de galères, se disait et une baie avec un assez bon momUage.
donner fonds, Ltle d'Ârbengu termine cette baie vers le
' Donner cap ou la remorque. N., la t. N. 44** ^S long. 5* 3/ de Paris.
^ Arassi , dans le golfe de Gênes , sur la
si on y pouvait encore rencontrer les galères ; maî« s'enfuyant toujours à la vue du pavillon , on alla le 1 4 mouiller à la place de Loano en intention de faire descendre l'infanterie dans la ville (qui est au prince Doria) ; mais y étant arrivés et les peuples en apportant les clés , on a remis à y faire descente jusqu'à ce que l'on ait vu ce que feront MM. de Gènes; ce qui nous aurait fait résoudre le 15 de venir mouiller dans Vay % où Ton a commencé à recevoir les compliments de Gènes pour la salutation de leurs forts au pavillon du roi (ce qu'ils n'avaient point encore Êiit en toute la cote). Le gouverneur est venu offrir le service et toute l'assistance que l'on pouvait souhaiter de lui ; de ce lieu , à l'instant y on a dépéché le baron de Neuillan vers la seigneurie de Gènes pour leur porter les dépèches du roi , et savoir leur résolution sur les propositions que le sieur de Sabran leur avait faites depuis trois mois de la part de sa majesté sans pouvoir en avoir aucune réponse.
La première y s'ils ne donneraient pas l'entrée de leur port de Gènes et de tous les autres de leurs États , aux vaisseaux et aux galères du roi pour y entrer toutes fois et quantes qu'ils en auraient besoin et qu'il leur plairait.
La deuxième , si tous les rafraîchissements et autres assistances qu'on désirait de leurs États , ils ne les donneraient pas comme ils ont fait aux Espagnols et autres amis de leur part ; et particulièrement qu'on désirait qu'ils donnassent quatre cents quintaux de biscuit, quoique l'on n'«n eût pas besoin , comme ils avaient fait aux galères d'Espagne , lesquelles sans cela n'auraient pu subsister.
La troisième y s'ils ne donneraient pas passage libre , soit par mer, soit par terre, aux troupes que le roi voulait faire passer pour le secours de ses amis et alliés , comme le duc de Parme et autres , ayant grand sujet de se douloir de ce que, jusques à cette heure (sur diverses instances qu'en avait faites le sieur de Sabran) ils n'avaient fait aucune réponse , et , par ce moyen , avaient causé un notable préjudice aux affaires de M. le duc de Parme.
Qu'on leur déclarait qu'on désirait une prompte réponse , et par
* Yayo, petite crique à O.-S.-O. 12 miUes de Gênes , un peu an N— O. de Savone.
ëcrît, sur les propositions, d'autant qu'on ne voulait pas être en état qu'ils pussent expliquer la réponse verbale qu'ils feraient maintenant selon leurs fantaisies lorsqu'ils ne verraient plus l'aiinée.
Qu'on était obligé de les avertir qu'encore qu'on n'eût point de commandement exprès du roi , lequel ne pouvait prévoir ni s'ima- {;iner aucun refus ni aucun retardement à ses demandes , qu'on exer* cerait tout acte d'autorité contre eux et contre tous ceux qui en dépendent.
Le même jour, on eut avis que quatre galères de l'escadre de Gênes , commandées par Doria , s'étaient retirées dans Savona ' , soit que les coups qu'ils avaient reçus les y eussent obligés pour se refaire , soit qu'ils (lissent là pom^ y chercher des vivres; ce qui a fait résoudi'e à faire faire bonne garde pour , s'ils sortaient , les attraper à la mer, en attendant qu'on sût la résolution de Gênes, afin que, s'ils ne donnaient pas contentement, on commençât, par cet effet, à leur faii*e sentir le châtiment -du roi.
Les 16, 17 et 18, messieurs de Neuillan passèrent à Gênes, où la i^ublique commença , par un incident , à vouloir prolonger la négo* ciation, taisant avertir ledit sieur de Neuillan qu'ils ne lui donneraient point d'illustrissime; et cependant ils envoyèrent un gentilhomme génois, nommé Justinian, pour faire des compliments, lequel fit sentir, par le bailli de Fourbin, que la république se trouverait offensée si on ne lui donnait de Tillustrissime , si on ne lui donnait la main droite , et qu'on ne le saluât , entrant et sortant , de quatre coups de canon; tous lesquels honneurs lui furent rendus durant que j'étais malade à bord du Corail, Toute cette entrevue se passa en compliments, sur la fin desquels , quoique malade , je me fis porter au bord de l'amiral , de peur qu'ils ne passassent outre. Cependant on fiit averti qu'à Gênes on n'avait rendu aucun compliment au siem* de Neuillan qu'on y avait envoyé, lequel s'était trouvé obligé, par l'avis
• Savooe, sar la c6le dlulie, 8 lieues à que dM vaisseaux de la pieds iïnnt d'eau au
rO. de Gènes. La ville de Savone est dans plus. Les courants , dans le golfe de Savone ,
le fond du golfe de Gênes ; elle a un grand sont très-forts et portent presque toujours
niôle mais peu profond, il n'y peut entrer avec le vent. Peiii Flambeau de là mer.
(lu slenr de Sabran , et ne point les assister , mais seolement leui^ faire donner la dépêche par ledit sieur de Sabran ^ lacpaelle (aisait les demandes spëcifiëes, qui n'étaient que les mêmes que le sieur de Sabran , au retour de Paris , leur avait demandées , et que , depuis l'arrivée de l'armée , on leur avait demandées plusieurs fois sans aucune réponse. Ils feignirent d'assembler plusieurs conseils pour faire cette réponse, et cependant renvoyèrent ledit Justinian pour négocier ou , pour mieux dire , faire perdre du temps ; lequel proposa la puissance d'Espagne , l'intérêt des Génois, et enfin dit qu'on les obligerait fort de faire comme les Vénitiens avaient, en pareilles rencontres , dit au roi d'Espagne, (|ui est a dire : Envoyez un secours puissant, et nous aurons sujet de dire que nous aurons été forcés au consentement. — Le même jour , ledit sieur s'en retourna avec assurance qu'il rapporterait la réponse de la république le lendemain , en cas qu'on ne l'eût pas donnée au sieur de Sabran , lequel arriva deiix heures après sans réponse.
Les 1 9 et 20 repassant , en attendant , sans fruit ; le 21 , on s'assembla pour voir ce que l'on avait à faire sur ce mépris. Il fut résolu que l'on s' informerait *du roi de tout , et cependant que le sieur de Sabran s'en irait à Gênes y attendre les commandements de sa majesté , sans plus leur parier , et qu'on enverrait six des meilleurs vaisseaux de l'armement de M. de Nantes vers l'Elbe et la Sicile pour arrêter tous les marchands qui , sous le nom des Génois et de Livoume , portent des denrées à Gênes pour les Espagnols, et qu'on enverrait une autre escadre des vaisseaux de Ponant vers la Sardaigne pour même effet , et cependant qu'on s'en retournerait vers Toulon conduire les galères , lesquelles commençaient à pàtir et n'avaient plus de vivres que jusques au 25 ou 26 du mois.
Le 21 , il fit si gros temps qu'on ne put mettre à la voile.
Le 22 , on y mit ; mais on vit le vent contraire obligeant à remouiller. Cependant M. de Nantes , averti que les vaisseaux de son escadre ne pouvaient aller où on leur avait ordonné , d'autant que , n'ayant point de canons , que de fer de A, 6 et 8 au plus gros, ils ne pouvaient supporter les canons de coursier et, partant, ce dessein fut rompu de
' Od appelait coursiers ou canons de coursive les pièces d'artillerie placées dans la coursie
sa part , et ka dragon» oomoaiandës par Bbtôjeli ae préparèrent pour partir au premier temps pour même dessein.
Le 23 ^ au point du jour, on mit à la voile , et à l'instant parut le sieur Justinian f cpti était caché dans Savone , afin de dii£érer le plus qu'il pouvait b réponse qu'ils ne pouvaient cacher de donner; il arriva à bord, et déclara que la résolution de la république était de donner ses ports à l'arriiée du roi , pourvu que ce ne fût pas celui de Gènes ; mais quie des passages en général ils ne pouvaient les accorder, que si l'on demandait quelque chose de défini, que l'on verrait ce que Ton* pourrait faire.
Il lui fut répondu que pour ses ports on ne lui avait pas grande obligation , d'autant qu'il n'en avait pas un que celui de Gènes , et que tous tes autres étaient des baies et rades qui étaient au premier occupant, comme Yay (Vayo), où Farméeavait mouillé sans leur congé ; qu'ils mouilleraient bien ailleurs de même ; que pour Gènes, i£s ne gaixlaient pas la neutralité, puisqu'ils refusaient à l'instant qu'il y avait^sept galères de Sicile avec dou2e cents homm.es dedans et quatre autres d'Ea* pagne , commandées par Doria ; qu'on ne lui demandait que en faire entrer autant des nôtres : ce qui nous déclara ne pouvoir ; que pour le passage qu'on demandait pour un nombre et temps indéfini , et qu'on ne q>écifiait point si c'était par mer ou par terre, on le faisait afin d'être assuré, quand on circonstancierait la demande, s'il l'accorderait, et pour obéir aux soupçons que l'on avait reçus , qu'on ne savait pas de qui, savoir : que sous prétexte de sûreté du pays on les ferait passer par des détours où il se trouvait des gens qui par argent débauchaieiU; des soldats, les prenaient prisonniers, et même les assom-^ maient, quand ils n'étaient vua de leurs chefs, qu'on, occupait ailleurs exprès , et de plus que quand le sieur de Sabran avait présenté des gens qui étaient envoyés par M. de Savoie , qui demandaient à passer en tel nombre, avec telles armes, par tels passages, et à tel jour qu'il ordonnerait , qu'il n^ l'avait pas voulu permettre , et qui s'étaient fait
(oucoar8iTe),entrerarbre(inât)deinaîtreet étaient aa nombre de cinq, sans compter
la rambade. Le coursier était ordinairemeot douze pierrierv éUbHs de chaque bord de la
de 36 livres de balle ; les autres pièces d'artil- galère, lerie s'appelaient bâtardes et moyennes et
68 LIVRE I. — CHAP. ï.
entendre cpie ces secours faibles ne servaient à rien à M. de Pai^me , et aigrissaient l'Espagne contre eux , n'ayant point de prétextes d'y avoir été contraints.
Ce qui obligea à lui offrir présentement que l'armée leur pouvait servir de prétexte, s'il voulait le consentir, de faire passer jusques à quatre ou six mille hommes de pied, qu'on mettrait à terre où il voudrait; et que , moyennant ce secours puissant , on délivrerait M. de Parme de ses ennemis , eux du reproche de l'avoir accordé volontairement.
A quoi le sieur Justinian répondit qu'il ne le pouvait accorder, d'autant qu'il y aurait opposition , et que les ennemis pouvaient repousser nos troupes jusques sur leurs terres, et par ainsi que la guerre serait dans leur État.
Quand on lui représenta le tort qu'ils se faisaient de dénier au roi ces marques de neutralité , lesquelles il demandait plutôt pour témoignage de leur bonne volonté que par nécessité qu'il en eût , étant en état de se faire donner passage par où il voudrait, et d'autant plus qu'ils voyaient les ennemis fuir partout devant ses armes; que ne voulant donner le seul port qu'ils avaient qu'aux Espagnols, et les passages étant déniés à petites et grandes troupes , et à quelles conditions ils voudraient, que c'était se déclarer ennemis du roi, a quoi ils devraient bien prendre garde, et que peut-être ib s'en trouveraient mauvais marchands ; ce qui obligea ledit Justinian à représenter les inconvénients que recevrait la France quand ils se déclareraient contre elle , à quoi on lui fit la réponse suivante.
Après ces discours , le sieur Justinian se retira , disant qu'on ne faisait rien, mais que c'était une résolution qu'on pourrait bien changer, et que, selon les occasions, les conjonctures et le temps, on pourrait faire plus ou moins pour le roi.
Il lui fut répondu qu'aussi le roi , selon les divers événements et les différentes conjonctures, leur témoignerait sa bonne volonté.
Depuis on a rapporté qu'à l'instant que Justinian fut retourné , il y eut du bruit à Gênes du peuple, et qu'ils furent conti^aints de faire sortir les galères d'Espagne, qui étaient dans leur port, et de fermer la porte à tous les Espagnols qui voulaient entrer dans leurs villes.
l)urant cette conférence^ il parut à quelque quatre lieues de Tarinëe deux fort grands \aisseaux, et parce qu'il faisait grand calme ^ on dit aux galères s'ils les voulaient aller quérir; elles se présentèrent pour y aller; ains après avoir fait sept ou huit milles, elles aperçurent que c'étaient deux vaisseaux anglais de quatre cents tonneaux chacun qui mettaient leurs bateaux dehors , comme s'ils se fussent voulu défendre* Les galères trouvant la mer grande, et voyant celles d'Espagne, s'en retournèrent à l'amiral. Depuis on a su que ces deux Anglais étaient chargés partie d'un pour les galères et partie de fardeaux'd'Espagne.
Le conseil fut assemblé pour voir ce que l'on ferait attendant le travail des îles , dont on ne savait pas la résolution de M. le maréchal de Vitry; il fut résolu que l'archevêque de Bordeaux et le sieur de Loynes iraient pour savoir ladite résolution, que cependant l'armée mouillerait le long des rades de la rivière de Gènes pour n'approcher point des îles sans les attaquer, et que cependant on enverrait le viceamiral et le sieur de Poinci avec quatorze bons vaisseaux voir s'ils ne trouveraient point les galères, durant qu'il faisait bon vent, afin de les pousser si l'occasion se présentait, ou les engager entre l'ai^mée, et avec ordre qu'à mesure que l'armée approcherait des îles que ferait le même.
On envoya sept vaisseaux sur le cap de Corse et les îles de Sardaigne pour voir s'ils ne trouveraient rien venant d'Espagne , ou des gens qui portassent des blés à Gènes, afin de les amener à l'amiral.
Le 25 on mouilla à la rade d'Arraché, où le mauvais temps a tenu l'année les 25, 26 et 27.
Pour les galères, elles se retournèrent dès le 25 de ce mois à Toulon pour le manque de vivres qu'elles avaient, demeurant seulement la Cardinale , commandée par le chevalier Des Roches.
Le 28^ le vice-amiral, qui était parti sur le minuit avec son escadre pour essayer à être à la pointe du jour en Vay, où l'on nous avait avertis que les galères des ennemis étaient, fut séparé la huit par un coup de vent; de sorte que lui troisième se trouva à la pointe du jour parmi les galères, lesquelles laissant leurs caïcqs, s'en allèrent avec telle confusion et telle peur que , sans un calme qui arriva , les trentesept galères, qui en furent quittes pour quelques coups, eussent été
mises eu fort mauvais ëtat, étant si bien que Hiaintenaot comme elles oQt pris pour leur partage la fuite continuelle^ aussi sont^-elles a tel mépris que les moindres pataches» leur donnent maintenant chasse.
Toute l'armée a mouillé dans le port de Villefranche, tant pour y mettre les vaisseaux de vivres et soldats en sûreté du temps que pour avoir le temps de voir les commandements du roi que les sieurs Férault et Du|dessis avaient apportés, et dépédié le sieur de Loynes, qui est parti le derniar dudit mois de septembre.
Plusieurs capitaines des galères ayant fait quelques observations sur les ordres que leur avait donnes M. du Ponjt.de Cour-* lay, leur général, au sujet du retour de son escadre en France ( retour aussi précipité que fatal au service du roi) , et sur certaines contestations à propos desquelles ils avaient été sacrifiés aux officiers du régiment des galères, M. du Pont de Courlay les cassa. Ceux-ci réclamèrent auprès de M. le cardinal de Ri- «chelieu. Le premier ministre, reconnaissant la justice de leurs droits, écrivit aussitôt à son neveu la lettre suivante, dans laquelle il lui exprime avec la plus digne et la plus grande sévérité l'indignation que lui cause sa conduite imprudente et partiale.
LETTRE DE M^ LE CARDINAL DE RICHEUEU