‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 26 sur 160 · A M. L'AAGHEVËQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT LE PASSAGE DE L' ARMÉE · texte numérisé non relu

A M. L'AAGHEVËQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT LE PASSAGE DE L' ARMÉE

NAVA.LR nu LEVANT AU PONANT.

Db Charonne , le 27 août z636.

Monsieur , je tous envoie le pouvoir qui vous est nécessaire au cas qu'il arrivât inconvénient de la personne de M. le comte d'Harconrt, ce qui ne -sera pas, avec l'aide de Dieu. Je vous conjure de ne le montrer à personne qu'au cas que vous en ayez besoin. Je sais que vous aurez bien de la peine à en user ainsi , mais il le faut faire cependant , suffisant d'avoir les choses qu'on désire sans en faire ostentation. Je vous envoie aussi l'expédition pour l'aide^-de-camp. Je vous remercie des papiers que vous m'avez envoyés. Espérant tout bien de votre voyage , je prie Dieu qu'il vous comble de bénédictions et vous de croire que je suis. Monsieur,

Votre très-affectionné comme frère à vous rendre service.

Le Cardinal de Richelieu.-

P. S, Je vous prie d'envoyer un des vôtres vers MM. De Biron et Dé Mîossens pour leur dire de ma part que c'est une honte de quoi ils battent la campagne, et qu'ils se hâtent, sinon yous leur pouvez mander que si le roi n'est pas satisfait d'eux , qu'ils^ ne s'en prennent pas à ceux qui leur ont procuré les emplois qu'il a plu à S. M. leur donner.

Dans cette autre lettre , le cardinal de Richelieu recommande de nouveau à M. de Sourdis de s'occuper le plus activement possible du secours destiné à M. le duc de Parme.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

A M. l'archevêque de BORDEAUX, TOUCHANT LE SECOURS DE PARME.

D'Orlëans , le 99 août i636.

Monsieur, je vous envoie une lettre que j'ai reçue du sieur deCaen^ sur le sujet de laquelle je serais bien aise de voir vos sentiments, parti-

culièrement touchant les yaisseaux que vous detez remener en Fouaul y afin de prendre sur iceux une résolution déterminée»

Je vous écrivis hier pour vous prier de faire Timpossible pour secourir M. de Parme ; je vous en conjure encore derechef par ces lignes , étant une des choses les plus importantes que nous ayons maintenant.

Vous vous souviendrez , s*il vous plait^ après que vous serez de retour de ce voyage, de ne partir point de Provence avec lesdits vaisseaux poiR* revenir dans le Ponant que vous n'ayez si bien pourvu à la subsistance de l'armée navale qui restera en Lievant, pour jutant de temps qu'elle demeurera en mer^ que rien n'y puisse manquer, parce qu'autrement tous les équipages se débanderaient, et les vaisseaux seraient tout-à-fait inutiles au temps qu'on en aura plus de besoin. Je m'en repose sur votre soin et sur votre affection.

Le commissaire Pastoureau s'en va conduire a Marseille deux cent trente ou quarante Turcs et Maures qui ont été pris aux côtes de Brouage et de La Rochelle, pour être après distribués sur les galères. Lorsqu'ils y seront arrivés, vous ferez ce qu'il faut pour cela ; et si vous n'étiez pas à Marseille en ce temps-là, vous donnerez charge à quelqu'un d'en prendre le soin. Cependant, attendu qu'on a fait croire auxdits Turcs et Maures qu'on ne les menait à Marseille qu'afin de les embarquer sur quelques vaisseaux de l'armée navale pour les repasser en leur pays , a quoi ils s'attendent , vous tiendrez mes desseins secrets , sans en parler à personne, de crainte qu'en ayant avis ils ne se sauvassent.

On fait tout ce qu'on peut pour vous envoyer de l'argent comptant , à quoi j'apporte de mon coté tout ce qui dépend de moi. Vous le croi* rez, s'il vous plait, et que je suis, Monsieur^

Votre iKs^afiectionné comme frère à vous rendre service ,

Le Cardinal de Richelieu.

Ainsi qu'on l'a dit , les Génois voulant k la fois se ménager l'appui et l'alliance de l'Espagne sans se trop compromettre avec la France , par un refus décisif, éludaient incessamment d'accorder les demandes suivantes nettement posées par M. de

Sabran : i^ au sujet du passage que Louis XIII réclamait pour les troupes qu'il voulait envoyer au secours de M. le duc de Parme; a^ au sujet de la libre pratique des ports génois pour les vaisseaux français. Pourtant, à force d'obsessions, ou plutôt en interprétant son silence comme un consentement, M. de Sabran obtint du sénat que 800 hommes, débris de Tarmée de M. le duc de Parme, alors épars dans le Monlferrat, auraient pasange sur le territoire génois. Persuadé d ailleurs que cette république ne répondrait d*une manière catégorique aux instances de la France que dorhinée par la crainte, M. de Sabran envoie à Tappui de cette conviction, et de la manière dont il l'a exprimée, son discours au sénat de Gênes. On verra dans cette dépêche que l'envoyé de France insiste particulièrement sur ce fait d'une si fâcheuse interprétation pour la loyauté des (Génois envers la France : que les Espagnols affirment ne s'être emparés des îles Sainte^Marguerite et Saint^Honorat que grâce au secours quils auraient troussé dans les ports génois.

Le sieur de Sabran, depuis son retx>ur , n'a pu avoir aucune réponse clairç de l'intention de la r^ublique de Gènes sur 1^ passages des gens de guerre , blé, accès et pratique es ports. Sur quoi néanmoins il lui fît connaître , comme Ton peut voir par ce qu'il fit entendre a la seigneurie, que le roi n'en faisait aucun doute, et ne voulait à l'abord les efTaroucher, parce que les Espagnols auraient ici sept mille hommes, si toutes les galères , les vaisseaux et notre armée étaient bien éloignés, et si celle d'Italie se diminuait et réussissait assez mal ; depuis il s'est présenté occasion de faire passer huit cents hommes du débris de l'armée du duc de Parme, qui était sur le Montferrat, et (pour le faire court attendant l'expédition que Sabran fera dans deux jours au long de tout ce qui se passe) de ce que l'on doit espérer et qu'il estime que l'on peut faire ; il a demeuré long-temps sans pouvoir avoir résolution de consentir au passage de ces gens de guerre , ni de le refuser ;

DÉPÊCaBE DE M. DE SABRAN. — AOUT 1636. 79

sur quoi ^ pour les faire i^ésoudre et ne laisser périr cette soldatesque , il se résolut d'exj4iquer leur silence par un consentement^ et mander à Messieurs que leur irrésolution ne devant pas causer la ruine de cette infanterie , m préjudicier au service du roi et du duc de Parme , qui en avait besoiii , il ferait passer cette infanterie à troupe de soixante à la fois , mais voisine l'une de l'autre ^ avec les armes , a cause des frontières et lieux suspects ; et qu'il connaîtrait leur intention par les effets eu facilitant oe passage , ou s'y opposant , et que l'état de la soldatesque^ ni l'amtorité d'un grand roi , ami et voisin , ne pouvait soufirir la Ion* gueur de leur irrésolution. Ayant su cet ordre qu'il avait donnée enfin ils se sont ravisés et ont consenti au passage oonmie il a été désiré , mais sqirès avoir joué les derniers ressorts. Ils ont passé sept ou huit cents en deuK corps , par deux côtés pour moins de foule , en troupes de soixante qui se suivaient de demi-*hettre ou d'une heure , afin de suivre en quelque iaçon le nombre qu'il prescrivait; mais n'ayant pu oons^itir que ce fût à troupe de soixante par jpur , et qui était impossible , tant pour la longueur qui eût causé de la dépense qu'ik ne pourraient faire , que parce que le prince Doria , de la part d'Espagne et de la sienne , faisait le mauvais garçon en un fief impérial.

La seigneurie ne pouvait se résoudre qu'ils eussent des armes ^ mais je montrai qu'il ne se pouvait autrement; elle consentit^ pourvu qu'elles fussent emballées; mais le bruit des bannis qui attendaient es frontières du prince Doria, qui remuait de son côté, m'a été un sujet nécessaire d'opiniâtreté qu'ils porteraient les armes partout où il y aurait du péril , si la seigneurie ne voulait demeurer garant des ennemis jusqu'à sa frontière , de quoi le sieur de Sabran la déchargeait volontiers , pourvu qu'ils fussent armés. Enfin ils passent tous aujourd'hui , et sont plus de sept à huit cents depuis hier à dix milles d'ici. On leur a donné commissaires et ordres pour avoir toutes nécessités et passer sûrement* C'est la plus grande affaire qui a plus travaillé la république de Gènes et déplu a l'Espagne qui serait jamais présentée depuis six vingts ans qu'ils sont intéressés avec l'Espagne. La chose a passé par les conseils, et la planche est faite.

Il ne reste qu'à voir si Sabran pi*essera la résolution d'être assui^

d'être reçu es ports comme ami, et, en toutes occasions, avoir tous passages par mer et terre, laquelle ne passera point que par une gtande crainte , comme celle que donnera l'état et la présence de l'armée navale et le renfort de celle d'Italie , que l'on attend. Sabran , sous main, en attendant, fera connaître qu'il serait bien à propos qu'il fût éclairci de l'intention de la république de Gènes, par une réponse au roi, sur ce qui touche ses ports et passages , pour en user conmie ami , et si Sabran n'en est abondamment éclairci , il s'en expliquera -mieux au premier avis de la cour , ou de l'armée navale , selon qu'elle a besoin de ce qui dépend de la république de Gènes. Le sieur de Sabran a écrit depuis deux jours à MM. le maréchal-général des galères et évèque de Nantes , par le beau-frère du capitaine La Ramée, pétardier ', qui a accès avec l'armée ennemie sous prétexte d'être Maltais , qui va en Provence, et il a été chargé de passer à Vay, pour, s'il est possible, parler aux Provençaux qui ont commandement sur les vaisseaux ennemis , et les ramener sur ses offres; de quoi il rendra compte en Provence aux seigneurs qui commandent en mer et terre.

Le discours suivant, prononcé le 29 juillet, était joint à la dépêche de M. de Sabran,

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