‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 27 sur 160 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

envoye par le sieur de sabran aux duc , college et conseil de la repubuque de gênes, le 29 juillet 1636.

Serenissimes Seigneurs,

Il semble, depuis vingt-cinq jours en ça que j'ai paru devant vous avec ordres et lettres du roi , et des assurances toujours égales de son affection envers votre république et de sa persévérance à vouloir arrêter le cours du trouble du repos public , en portant ses armes chez les agresseurs, pour, les tenant assez occupés , divertir les leurs des perséctitions qu'ont éprouvées vos voisins, que les violentes instances de ceux que leur passion fait passer par^lessus le respect et la considération de l'intérêt public , de cette seigneurie , n'ayant pu rencontrer, dans les collèges et

' Capitaine de brûlots.

dans les conseils y une dernière résolution pour les porter à une action qui doive nécessairement déplaire au roi et à toute la France, si voisine, W. SS. SS. ayant voulu couvrir le refus du passage de quelques recrues que le roi envoie aux régiments que S. M. entretient dans Plaisance pour le service de M. le duc de Parme, et de cinq ou six cents Français qui sont à la solde, et attendent depuis tant de jours à la frontière da Môntferrat vos ordres par expédient moins déclaré en apparence, mais plus sensible en effet, et moins usité, comme je vous ai déjà fait entendre par mon secrétaire et par écrit.

Je crus avec raison que ceux qui avaient, par trois moyens, essayé de vous portera une manifeste opposition, sans considération des périlleuses conséquences qui en peuvent suivre , n'ayant pu parvenir à leur fin, VY. SS. SS. ne voulant prescrire l'ordre du passage par leur État, elles le souffriraient, avec toute la discrétion et respect dont peut user la soldatesque en passant chez. ses amis, et après en avoir été demandé la licence au nom du roi ; et pour ce , je fis entendre au chancelier de votre république, par mon secrétaire, que le passage des gens de guerre étant une chose qui ne souffre jamais des irrésolutions, je prenais le silence pour le consentement en une chose qui ne se pouvait refuseï' à des amis, et que je lui donnais avis, pour le faire savoir à W . SS. SS., que je les ferais passer à cinquante ou soixante à la fois , et les armes accommodées eu la meilleure forme possible, pour ne s'en servir point dans votre État. Il se voulut donner loisir de vous le communiquer, et répondit enfin que vous me saviez gré des expédients et de ce que je rapportais de ma part pour les faire passer sans bruit et sans incommodité , ayant fait pourvoir des leudes par mer et par teri^ des provi-* sions dans les hôtelleries.

Mais depuis les hôtes, et enti^ autres celui de Outry, maître de la poste, qui s'était offei^t de donner toutes choses nécessaires en payjant, comme il fit l'année passée, a déclaré que vous lui avez fait défense de donner aucune provision sans votre ordre , que je vous ai demandé il y a si long-temps ; que quand mon secrétaire vous en a fait ma plainte, et de l'ordre qu'il y avait sur votre État de maltraiter les soldats, et à Gua d'épier en quel état ils partiraient du quartier, I. 11

comme s'ils venaient à YOtre insu , vous lui avez bien témoigné que s'ils recevaient quelque mal sm* vos États, vous tâcheriez d'y procéder par justice, mais non pas que vous vouliez empêcher qu'ils se portent à quelque désordre , ni les assurer dans vos États' même.

Je viens donc vous dire encore une fois, ce que je vous ai dit et fait repi^senter par trois, que je vous demande leur passage en la manière qu'il vous plaira , pourvu que ce soit avec sûreté ; et si vous continuez à vouloir que nous nous persuadions que près de Gampo ( petit lieu au milieu de TÉtat de votre république, d'où la meilleuie partie est a elle, et l'auti^ à des particuliers, vos sujets, quoiqu'ils relèvent d'ailleurs en ce fief) lesdites troupes trouveront de l'opposition contre toute apparence qu'un petit lieu démembré , enclavé dans vos États , doive s'émouvoir au préjudice de votre autorité, vous aurez agréable que où sera le péril, les soldats reprennent leurs armes, que pour votre respect ils portent sur les mulets , pour s'en servir, afin que le roi ne croie point que la défense que vous auriez faite au contraire , et Tordre de passer à petites troupes, eussent été industrieux pour faciliter la défaite de ces troupes sans résistance, vous assurant qu'elles passeront en telle manière et si faibles que vous voudrez, moyennant la sûreté qu'un prince doit maintenir d'une frontière de son État à Tautre. Et parce qu'au-delà de la frontière nous ne doutons point de rencontrer quelques embûches des ennemis, vous aurez agréable que si nous passons à troupes faibles pour marque de toute complaisance , pendant que nos ennemis passent non seulement à millier, mais en corps d'armée, il soit permis aux premières troupes d'y attendre les dernières, si mieux vous ne permettiez qu'elles passent en gros, ou en tel nombre que passant consécutivement le même nombre de dix en dix heures, on comme il vous plaira , dans un même jour ou deux, ils se puissent rallier pour passer en état de défense. Outre ce qui a été défendu à l'hôte d'Outry, le capitaine de Rapallo a défendu le débarquement , s'il n'est accompagné de votre licence, conune si on ne L'avait pas re^ cherché, et si votre chancelier n'avait pas fait connaître que l'on devait passer, sans en presser le consentement que Ton ne demanda point l'année passée.

Tout ce que vous avez su de ma bouche et de ma main justifie assez qu'on vous le demande; plût à Dieu qu'on observe le respect envers leroi y égal à celui qu'on observe envers voti^ république ! Les instances sont assez solennellement faites, le nom et l'autorité d'un grand roi votre voisin et votre ami assez bien employés , et le tout pour la protection d'un prince d'Italie, son allié et son voisin.

Je vous supplie donc, Messieurs, d'ouvrir les yeux qu'on vous veut fermer au péril, si quelqu'un de votre Ëtat, qui ne doit avoir plus pressante considération que de ne troubler point l'état paisible où vous êtes , pour quelques intérêts particuliers de vengeance, après avoir été agresseur et envahi les frontières d'un prince ami et allié du roi , le vôtre, et votive voisin , ne vous laisse porter à des résolutions qui tire^ raient des conséquences périlleuses, et vous souvenir de la manière que le roi a toujours procédé avec vous, des grands avantages qu'il a refusés ci«-devant pour secourir Casai à peu de frais et éviter la dépense de plusieurs millions s'il eût voulu consentir aux ennemis que vous aviez rentre tenement d'un nerf de gens de guerre considérable pour vous faire la guen^e , que depuis encore que vous eussiez retiré de ses mains, dans lesquelles, conjointement avec l'Espagne, vous aviez remis vos difTérends pour les soumettre absolument au jugement d'Espagne, qui, pour en tirer de l'avantage, en a différé l'accommodement jusqu'à ce que le roi, voulant faire cesser cette réserve que l'Espagnol avait pour renouveler, à son premier caprice , la guerre en Italie , après l'avoir apaisée avec tant de sueurs et de frais, vous a offert de vous accommoder, et de vous sortir de ces inquiétudes ; ce qui a nécessité l'Espagne d'y mettre enfin la dernière main en la manière que s'est vu.

Vous avez su que les Espagnols se sont vantés d'avoir surpris nos lies par la commodité de vos ports, qu'ils n'y oi^t subsisté que de l'aide et secours perpétuel qui est émané de cet État et de vos sujets , qui ont procuré leur subsistance de nos propres denrées, avec grand pr^udîce de cette ville et de tout l'Ëtat, où lesdites denrées sont enchéries; ce qui causa la nécessité d'interdire en Provence le commerce des grains; sur le sujet duquel, pour vous témoigner que le roi ne désirait pas que cette ville en reçût du préjudice, je vous offris de sa part telle

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quantité de grains que vous désireriez ^ pourvu que sa majesté pût être

assurée que ses ennemis ne s'en prévalussent.

Le roi a passé par-dessus toutes ces marques d'une volonté assez appai^ntede lui vouloir déplaire et lui nuire , et sans y avoir égard n'a pas laissé de vous faire part des raisons et justice de ses desseins, de vous offrir en toutes occasions de vos intérêts et tout ce que l'on peut désirer de la protection d'un grand roi, voisin par mer et par terre ; et je puis passer outre et le faire voir que si les Espagnols eussent passé a la saisie entière de vos revenus, et qu'il ne vous eût manqué pour en tirer raison que la puissance, je vous pouvais assurer que sa majesté n'entendrait jamais à aucune paix , qu'avec la satisfaction entière de vos intérêts : je le puis faire voir signé de sa main, tant la grâce de sa protection est universelle, et le but de ses armes à ne travailler que ceux qui ont commencé le trouble par tout, ceux qui l'ont offensé. Je n'en ai rien dit, parce que le cas n'est pas arrivé; mais pour ne rien celer, je me trouve nécessité en cette conjoncture de le dire, et de le vous faire paraître.

Je ne dis rien de ce qui a été contribué d'ici aux premières attaques de Casai, qui étaient d'autant plus périlleuses qu'elles étaient moins prévues, desquelles et des suivantes l'Ëtat n'a pas laissé d'être ruiné, encore que la protection de sa majesté ait sauvé la place, et ensuite l'Italie; et il me semble que ce serait vouloir contribuer à la ruine de tous les princes que l'Espagnol attaque, si vous interdisez le passage, ou contribuez à la défaite des troupes auxiliaires de M. le duc de Parme, allié et confédéré avec le roi.

Vous y ferez. Messieurs, s'il vous plaît, la réflexion à laquelle le bien général et particulier, la conjoncture et l'état paisible où vous êtes au milieu des troubles, vous convie. Et considérez que les exemples et les raisons passées qu'on vous allègue sont trompeuses , quand la conjoncture et les mêmes rencontres, conditions et nécessités du temps n y concourent pas ; et je croirai n'avoir pas mal employé mes soins , et vous avoir servis en servant le roi, pendant sept années, si j'ai pu empêcher les extrémités dans lesquelles on vous précipite , et pour le moins mis avertissement en vous témoignant des intentions toujours

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