ENVOYÉE PAR LE COMMISSAIRE SAINT-MARTIN
A Toulon ; ce la août i6j6.
Mon très-révérend Père, je vous ai rendu compte du voyage jusqu'à Tarri vée en ce port , où le déplaisir de n'avoir trouvé ni vaisseaux , ni galères en état, ni commandement de nous donner des gens de guerre , ni aucune reconnaissance faite des lieux où nous devions aller, a failli a me mettre au désespoir. Notre arrivée, néanmoins, a produit bon effet pour M. de Savoie; car le duc Doria ayant tramé quelque entreprise sur Saint-Soupir ' et désirant avec quatre mille hommes tâcher à forcer Villefranche, était déjà venu jusques aux iles Sainte-Marguerite avec dix-sept galères, et avait laissé quarante galions * en rade avec le reste de ses gens, munitions et matériaux. Mais son intelligence dans Saint- Soupir étant découverte, il n'a osé mettre pied à terre nous sentant si près de lui, ni nous l'aller chercher sans les galères et vaisseaux, à cause de l'ordre du roi, qui porte exprès qu'on n'ira qu'avec eux. Voici
' Saint'SoupierSj sur la cote d'Italie, entre * Galion, sar POcéan, est un vaisseau de Nice et Monaco. Saint-Soupiers est en de- guerre rond, de haut bord, à voiles seuledans d'une anse qui a son ouverture droit à meut, qui surpasse toutes Its autres espèces l'E.-N.-E. C'est un lieu où il ne va que de de navires soit en port soit en force. Gaulas petits navires , car les grands ne peuvent s'y amplior, seu magnt modi ex Gaulas Catnmettre à couvert attendu qu'ib ne peuvent phractus. On appelle toutefois de présent enti'cr en dedans des pointes y ajrant peu galion tout vaisseau de guerre qui passe 5 d'eau, le fond d'ailleurs y est fort mauvais, ou 4oo tonneaux. FouaniBS, Hydrographie et les vents d'E.-N.- £. et de S.-^ y donnent navale.
à plomb et y rendent la mer extrêmement Galion de France, de Malte, d'Espagne,
grosse , aussi ce lien est-il peu fréquenté, et remljerge d'Angleterre , sont grands iia-
Petit Flambeau de la mer. vires de guerre. Us et Coutumes de la mer.
le treizième jour que nous les attendons. Au jour qu'ils nous joindront , nous irons chercher les ennemis.
Durant; nous traraiUons à faire les reconnaissances de Moi^ues et de Finale ; selon qu'il est porté par le dernier ordre que monseigneur a envoyé ; car quand nous sommes arrivés ^ on n'y avait fait autre chose, sinon ,que le sieur Duplessis-Besanoon était allé sur une montagne en plein jour /voir Morgue (Monaco), qui vraisemblablement avait alarmé, de sorte que le prince Doria a envoyé neuf cents hommes de nouvelle garnison dedans , outre les trois cents qui y étaient.
Dès que je fus arrivé en cette province, j'envoyai chercher le sieur de Corbon, auquel ayant dit que nous avions ordre de conclure et exécuter le traité fait par le prince de Morgues avec sa majesté, il offrit incontinent de le faire voir pour nous assurer de ses intentions; mais il était trop tard, car déjà il avait reçu l'ordre de la garnison de neuf cents hommes extraordinaires. Témoignant grand déplaisir de ne pouvoir exécuter présentement ce qu'il avait promis; mais qu'il persistait en sa même volonté, pour preuve de quoi il offrait trois choses :
La première, de donner par écrit tout ce qu^il promettait, afin de lui pouvoir reprocher en cas de manquement ;
La seconde , de faire un don de sa place par écrit en la forme qui lui serait présentée si le roi le désirait, tant il se confiait en la bonté du roi pour sa récompense, étant outré jusques au bout du traitement des Espagnols , qui le contraignent de défrayer sa garnison , et se sont saisis des magasins faits à ses dépens; changent l'ordre quand il le leur donne et jouissent de toutes ses terres, tant au royaume de Naples, Milanais qu'Espagne ;
La troisième offre est, si l'on veut assi^er la place, de donner tous les avis de l'état et assistances qu'il pourra contribuer pour se délivrer de cette tyrannie.
Vous me manderez , s'il vous plait, si Ton doit accepter ces offres, et à laquelle on s'attachera.
Mais il se trouve telles i^ncontres en c^tte affaire sur lesquelles il est besoin de savoir la volonté du roi : la première, si l'on doit s'attacher à cette place y ayant une si forte garnison ; la seconde , qui doit