LET. DE M. L'ARCH, DE BORDEAUX. — AOUT
avoir le commandement en cette attaque, ou de M. d'Harcourt, ou du maréchal de Yitry, ou tous deux ensemble; estimant qu'il est nécessaire d'y embarquer le maréchal y lequel , outre son expérience, a moyen d'assister de plus, des troupes et d'autres choses de sou gouvernement qui nous manqueront sans lui. La troisième, si l'attaque étant faite, si nous voyons que nous n'en puissions venir à bout, si l'on se résoudrait à faire un fort sur la montagne, qui est à M. de Savoie , qui commande cette place et le fort à la portée du mousquet, lequel fort rendrait la place inutile.
II. nous est bien arrivé un petit soupçon que peut«-étre M. de Savoie n'aurait pas toute la passion imaginable pour que le roi fût maître de ce poste, lequel rendrait Nice et Villefranche bien inutiles, étant entre Antibes et ce lieu-là; mais pour nous délivrer aussi bien que pour envoyer le secours à M* de Savoie qu'il a demandé pour ses places sm* l'entreprise du prince Dorta, nous envoyons M. Duplessis-Besançon pour en conférer avec M. d'Émery *•••• Et par son avis en parler à M. de Savoie , commencer par lui demander l'entrée de ses ports , et ledit sieur nous viendra trouver à Gènes, où nous en allons, ou pour mieux dire en rade, où l'on nous a assuré que les vaisseaux ronds d'E^spagne sont. Si l'on voit ouverture pour Finale et les lieux cirçonvoisins , ou l'exécutera ; mais il faut avouer le vrai que ceux qui ont en l'ordre de cette province ont étrangement agi , car jusques à ce jour M. le maréchal de Vitry ne nous a pas voulu donner un homme; maintenant il nous a mandé qu'il donnerait douze compagnies qui font vingt ou vingt-oinq hommes chaque compagnie. Quand nous mandons à M. de-Nantes pour les porter, il dit qu'il n'en a pas eu ordre non plus que de leur victuaille ; quand j'en ai voulu chercher, il se mit en colère, et dit que je ne me dois pas mêler de cela, qu'il en a le commandement; de sorte que je ne sais que devenir voyant le service qui ne se fait pas et que je n'y puis contribuer sans faire vacarme, ce que je ne veux en aucune façon du monde.
J'avais demandé à monseigneur, avec grande instance, des tartanes pour porter les hommes avec leur vivre, et l'état du roi en porte trente avec dix-huit vaisseaux et six brûlots ; au lieu de cela il n'y a en tout
• Chargé d'affaires de France à Turin.
que trois tartanes et douze vaisseaux ^ encore les vaisseaux^ hormis ceux de M. de Guise , nous sont mutiles pour être armes d'une si petite artil* lerie au-dessous de six livides ^ que cela ne peut tenir lieu de vaisseaux de guerre ; et ils sont si remplis d'hommes qu'on ne saurait leur faii^ porter d'infanterie.
J'ai mes ordres pour faire mes préparatifs pour l'attaque des îles au retour, n'ayant pas songé ici à faire seulement un galion pour ladite attaque y et cependant soyez assuré que tout ce que pourront faire deux mille hommes d'infanterie que nous avons, il sera fait.
Mais quand nous considérons les esprits de MM. d'Harcourt, de Vitry, de N&ntes et du général des galères , et qu'il faut que je m'accorde à tout et tâcha de les accorder ensemble, vous trouverez qu'il ne me reste guère de temps pour employer au service; et surtout, il faut régler qui comnlandera de MM. d'Harcourt ou de Vitry aux attaques de Morgue et de Sainte-Marguerite; car chacun le prétend, et par ainsi rien ne se fait, et déjà ils ont eu quelques petites froideurs, et même ne se sont pas vus, sur ce que M. d'Haixx)urt veut mener les gardes à terre et M. de Vitry prétend que cela blesse sa charge.
Le sieur de Fourbin n'agit plus dans les galères, c'est maintenant M. le chevalier de la Valette qui fait tout. M. de Nantes avait remis de donner les provisions du Baron d'Allemagne, de sorte qu'il les a seulement depuis hier, et il faut quelque temps pour se reconnaître. Tout cet embarras ne me donne que le déplaisir de voir reculer les affaires, à quoi, par votre prudence , vous mettrez ordre et me cix>irez s'il vous plaît, etc., etc.
Au reçu de cette dépêche, M. le cardinal donna ce supplément d'instruction à M. l'archevêque de Bordeaux :
LEITRE DE M»' LE CARDINAL DE RICHELIEU
TOUCHANT LES DESSBINS DE L'àHMÉE NAVALE DU LEVANT.
De Paris, le 99 aoûl i636.
Si les Espagnols ont mis dans Morgues neuf cents hommes outre la garnison ordinaire , il faut bien, à mon avis, se donner garde de l'atta-
LETTRE DU CARB. DE RICHEUEU. — AOUT 1636. 89
quer de yiye force. Si par intelligence du dedans on y pourrait faire quelque entreprise ^ cela serait fort bon; mais je ne vois pas^ quelques ' offres que fasse le maître du lieu, qu'il fasse quelque proposition qui aboutisse à cette fin. Il serait inutile de lui faire signer les conditions qu'il propose. Il vaut mieux lui faire savoir que sa conservation est tix>p chère pour accepter les propositions qu'il fait en ce sujets lesquelles ne pourraient servir qu'à le perdre , si par malheur elles étaient découvertes.
Si le dessein de Finale se trouve difficile et de douteux événement , je ne crois pas aussi qu'on le doive entreprendre. A la vérité, ce serait un grand déplaisir d'avoir fait une flotte pareille à celle qui a été heureusement conduite de Ponant au Levant, et n'en recevoir point de fruit; mais il vaut mieux n'entreprendre pas ces desseins que les entreprendre avec apparente certitude de mauvais succès.
Au moins faut-il chasser des îles les ennemis et les combattre à la mer si on peut. ,
J'écris à M. de Vitry pour l'y engager par honneur, et je vous conjure d'y faire l'impossible.
J'écris à mon neveu comme je dois aussi sur ce sujet, l'obligeant à se joindre à M. d'Harcourt en toute chose. Si M. de Nantes se gouverne mal de delà , en me le mandant par ce courrier, on le fera revenir aussitôt, auquel cas il faudra que vous preniez soin de tout ce qu'il avait entrepris av€c le pays, pour ce que ledit pays conti\ibue à l'entretien des vaisseaux qu'il a armés.
Écrivez-moi franchement sur ce sujet sans rien craindre et sans divulguer ce que vous reconnaîtrez devoir être fait en cette occasion , afin qu'il soit plus tôt fait que pensé.
Au reste , souvenez-vous qu'il faut faire toutes sortes d'efforts pour que l'armement fait par le roi ne soit pas inutile.
Je vois bien qu'il faudra que toute votre flotte hiverne dans les ports de Provence. Elle fera là plus d'effet qu'ailleurs, elle tiendra le roi d'Espagne en jalousie , et on ne la mettra point au hasard de la faire périr en la faisant retourner en Ponant à Tarrière-saison. Préparezvous à cela, s'il vous plaît, et prenez telle connaissance des affaires commencées par M* de Nantes , que lorsqu'on l'aura rappelé vous les
puissiez conduire heureusement. Flattez le maréchal de Vitry^ en sorte que TOUS le puissiez porter à ce qui est nécessaire. Ecrivez-moi diligemment sur tout ce que dessus , afin qu'on y pourvoie promptement, et cependant ne perdez atfcun temps de faire quelque chose de bon si l'occasion s'en présente.
On vous envoie trois régiments du Languedoc ; vous n'en direz rien à personne^ de peur que cela donnât lieu à M. de Vitry de ne vous pas assistier si puissamment qu'il est nécessaire ; aussi qu'il ne faut pas attendre pour entreprendre quelque chose que lesdits régiments soient arrivés y parce qu'il serait trop tard.
Mettez tons les Turcs à la chaîne ^ non en deux galères seulement^ qu'ils pourraient enlever, mais en diverses d'où vous les pourrez retirer plus aisément s'il est besoin. Si ceux de Salé s'en plaignent, vous direz qu'après le service fait, on les pourra rendre, convenant amiablement de toutes choses.
Assurez-vous de la continuation de mon affection , et que je serai
toujours, sans changement, votre très-affectionné, comme frère, à
vous rendre service.
Le Cardinal de Richeubu.
Les dépêches suivantes du roi à M. l'archevêque de Bordeaux sont relatives au secours de Parme, dont M. le cardinal de Richelieu sentait toute l'importance dans les conjonctures présentes :