AVIS DE M. LE DUC DE SAVOIE
À M. l'archevêque ,^TOUCBANt L' ARMÉE NAVALE.
Sur l'avis que M. le comte d'Harcourt et M. l'archevêque de Bordeaux désirent avoir de son altesse de ce que l'armée navale peut Êiire en la mer Méditerranée.
Après le rapport fait par M . Lequeux qu'elle n'est composée que de cinquante vaisseaux ronds et douze galères]^ que quant k présent elle ne peut mettre en terre que deux mille hommes de guerre, et qu'elle peut nourrir lesdits deux mille hommes durant deux mois ou environ ,
Son altesse croit qu'il eût été à propos de résoudre le dessein avant que s'avancer des lieux où l'on pouvait plus apparemment descendre que Mourgues et Finale, l'approche de cette armée donnant jalousie à ces places et pensée aux ennemis de les munir, comme ils ont fait depuis sept ou huit jours.
Son altesse dit, en outre, qu'il faut considérer la force des ennemis, dont l'on dit l'armée être composée de quarante-cinq galères, savoir : six de l'escadre d'Espagne , quatorze de Gènes , tant celles du roi d'Espagne que des ports de la république, six de Sicile, quatorze de Naples et cinq du duc de Florence. Pour des vaisseaux ronds, qu'il ne croit pas qu'ils en puissent avoir plu» de vingt-cinq ou trente assez mauvais, et qu'en toute cette armée il y ait plus de quatre ou cinq mille hommes , savoir : deux mille Ë^gnols naturels et deux mille Napolitains; qu'il y a deux desseins à faire :
Le premier, aller en mer chercher les ennemis , l'autre faire quelque descente en terre.
Quant au premier, il est à considérer que si une bonacè ' attrape l'armée de sa majesté, si les galères des ennemis ne donneront point de peine à nos vaisseaux.
' Calme plat.
Il est encore néoessaii^ de voir que n^re armée n'ayant point de retraite plus proche que Villefranche, savoir » si les galères sont chargées de mauvais temps , si elles se pourront retirer en sûreté sans courre fortune de se perdre, M. de Sabran ayant écrit que ceux de Gènes ont refusé leur port.
La deuxième considération^^ s'il ne serait point à propos, allant en mer chercher les ennemis , de laisser les galères en Provence ou bien à Villefranche, pour empêcher le rafraîchissement des îles et le passage d'Espagne en Italie.
Si on veut descendre en terre que pour Mourgues, son altesse croit qu'il faut six ou sept mille hommes; l'assiéger, des munitions de guerre et de l'argent à proportion , et quelques troupes dans quelque temps pour rafraîchir l'armée, si le siège durait long-temps. Lequel siégé, néanmoins, son altesse croit ne pouvoir durer plus de vingt-cinq à trente jours, s'il est bien attaqué et s'il a été bien reconnu.
Qu'il y a à consid^r que les Espagnols peuvent venir au secours de Mourgues par mer ou par terre : par laer, qu'on sait les forces des ennemis; par terre, cela dépend si ceux de Gènes donneront passage aux Espagnols, ce dont on ne doute pas. Néanmoins, le secours par terre est extrêmement difficile; car après avoir bondé la place de Mourgues par terre, il faudra se saisir de Menton ; ce qui se pourra facilement faire, par le moyen duquel poste et de la difficulté des chemins, ce secours venant par terre peut être facilement rompu, en sorte qu'il y a peu à craindre de ce côté-là.
Il est à remarquer qu'il faut observer si les ennemis ne travaillent pointa Montgent, qui est un poste avantageux pour le siège de Mourgues, et qui rendrait le siège de cette ^lace très-difficile.
Pour le dessein de Finale, il est aussi grande entreprise pour être la place aussi bonne et de plus facile secours par le Milanais. On a à considérer en ce dernier que Finale n'est qu'une fdage où l'armée ne peut subsister si elle ne se saisit du port de Vaie , qui est à ceux de Gènes, avec lesquels il faut par ce moyen entrer en gueire. Son altesse croit qu'ils donneront assez de mécontentement à sa majesté, parce qu'assurément dans peu de jours ils ouvriront leurs ports aux Espagnols, quoiqu'ils