ET AVIS DE CE QUE PEUT ENTREPRENDRE CELLE DU ROI
Il est assuré que tous les esprits sont si aigris au royaume de Naples que la révolte y est presque formée, et le sieur de Matalloune en est le chef; et l'on croit que la seule comparution de notre armée produirait de grands effets ; et pour ce, j'envoie par ce mémoire l'état de leur armée navale, de tout ce que j'ai découvert de toutespartsetquim'a été en partie vérifié par le capitaine Laramée , pétardier , que j'ai envoyé en Provence, par-devers vous, et qui s'offre pour l'exécution*
La résolution avait été prise, à Naples «de mettre en mer trentequatre vaisseaux; savoir : quinze hollandais, six de Massabiano et Bartolosso, huit du roi d'Espagne, trois. de Gentile, gentilhomme génois, et deux autres particuliers; quinze polacres, quatre mille trois cents fantassins et trois cents chevaux. Il n'a encore paru que ^ingtdeux vaisseaux et quelques polacres, la plus grandejpartie dlicelles s'étant perdue, et leurs chevaux aussi, par la tempête, en la pls^e romaine; mais l'infanterie peut .bien être de quatre mille hofumes ,. iqui ont été long-temps en Y ay : ensemble , •seize ou dix-huit galères ; et.de toute ladite infanterie il n'y a que trois compagnies espagnoles, le reste étant milice ou du bataillon de Naples; et on attend d'autres galères d'Espagne qui apportent de l'argent, et l'on craint fort pour eUes.
A Porto-Longone il y a quantité d'hommes qui travaillent ordinairement aux fortifications , et ont fait de très^^rands fossés ; les murailles sont hors d'escalade , et pour les empêcher de ne sortir de la forteresse il faut prendre Gapo-Libero , qui est sur la montagne , où l'on, peut faire une place imprenable; il y a deux pétards à faire jouer, et faut débarquer du côté du midi pour se saisir de ladite place. L'on croit que
ks vaisseaux qui étaient en Yay sont allés là; je dépécherai demain k Livourne, au consul^ une personne affidée pour faire reconnaître le tout.
Pour Baya , qui est à huit milles de Naples , le débarquement pour se saisir de la forteresse et de la demi-lune qu'il y a à la marine est un peu éloigné. Le port est bon , mais il n'y peut pas demeurer une armée navale* Il y a trois pétards à faire jouer qui sont faciles^ et les murailles sont hors d'escalade. PossoUo ' est voisin. La, l'on peut fortifier et faire une bonne place : on peut débarquer d'abord sans craindre la forteresse de Baya»
Assiégeant Naples , on peut lui couper l'eau qui vient du côté du levant , et se fortifiant , tenir leurs herbes et la farine , qui y entrent tous les jours du château à la mer^ et les mettre à la faim.
Gapoue est à quinze milles de Naples ; on a fcH>tifié de nouveaux bastions , et bien qu'il y passe une rivière , si est-il facile de s'en saisir.
Sarragousse * se peut prendre facilement et s'isoler dans vingtquatre heures , bien qu'elle ait de bons bastions , mais ils ne sont pas munis d'artillerie, particulièrement du côté des Capucins, où il faudrait débarquer deux mille hommes ou quelque peu moins. Il y a trois pétards à faille jouer en trois portes : une qui s'ouvre et les deux autres qui n'ouvrent point étant terre-plane; le port est fort bon pour l'armée navale tant de galères que vaisseaux, et c'est un lieu bien pourvu de vivres; et l'on a toujours tenu cette place prenable comme chose moins prévue.
A dix-huit milles de là il y a un port appelé l'Agouste^ , qui est très^ bon pour vaisseaux et galères : il y a trois forteresses à l'entrée dudit port qui le défendent; il faudrait pour s en rendre maître mettre en terre du côté de grec ^ , où il y a deux pétards à jouer. Ledit château est dégarni d'artillerie et de soldats ; du côté des Capucins , il y a des bastions et plates-formes qui sont commencés dès long-temps , mais
■ Pou%%oly toat auprès de Naples, immé- Pentrée est par S^* lo' N. et par i5* lo' à diatement en dedans de la pointe da N.-O. l'E. de Paris, de la baie. ' Jgosia, YiUe et port de Sicile à l'E. de
* Syracuse , ville sar la cote E. de Sicile , llle , an S. de Gatane. an M. du cap Panaro. La pointe do N. de < Da côtéda N.-E., appelé Greeo dans la
Méditerranée.
non continués; et on y peut faire une bonne place ^ et de là battre' la première forteresse en entrant dans le port de l' Agouste , qui est la lanterne.
On emportera d'abord Trapano ' . Il faut donner le pétard du côté de r Annonciade , où il y a une fcHteresse de quarante-six palmes de hauteur; le fossé n'empêche point de donner l'escalade , et la forteresse et la ville se peuvent isoler en quinze jours. Du côté des Capucins, il y a une tour qui est dans l'eau qui a une coule vrine au-dessus, de trente livres de balles , la livre n'étant que de douze onces; il n'y a que dix ou douze soldats dedans , et quelques autres pièces de canon , mais c'est peu de chose. La ville a des bastions à l'embouchure du port qui commandent sur la mer, où il y a des canons de batterie d'où l'on peut battre ladite tour, et le port est très-bon pour une armée navale.
La tour du cap de Passaro * est à quarante milles de Sarragousse ; les vaisseaux peuvent donner fond dehors et dedans le port en un bon temps. Il est découvert et ils peuvent seper ' quand ils voudront.
Il y a encore Gatane ^, en Sicile, à quarante milles de Sarragousse, ville grande d'où il sortira toujours dix mille hommes. Le capitaine Laramée, que vous avez, s'offrira à l'exécution de ces entreprises.
A Finale, terre d'Espagne , au milieu de cette république, sur la marine, petite place de cinq ou six milles de juridiction , d'où le château est un peu #e>igné vers la montagne. On a mis garnison ; l'occupation de ce château serait un peu malaisée , mais non pas celle du boitrg , qui se pourrait retrancher et avoir un poste en ce lieu , près de Vay, sans raisonnable plainte de la république.
On peut savoir aussi l'état où est Loan', ville fermée de murailles , du prince Doria, qui est fort beau lieu, où il y a plus de cent Français de ceux que le prince Doria débaucha pour affaiblir le duc de Parme qui le ruine. Ces soldats sont destinés aux lies de Sainte-Marguerite; mais ils
' Trapano , ville sur la cote et à la pointe * Pointe la plas S.-Ë. de la Sicile,
de PO. de la Sicile dans la Méditerranée, en ^ Serper^ virer sur son ancre pour la lever,
dedans de la petite île de Levenzo, à TO. de * Castagnia^ ville bâtie au pied da mont
Palerme et au N. de Mazala. La baie de Tra- Etna.
pano est défendue par les Des Levenzo, Fa- ' Lwano , ville k a lieues 7 dans le S.-O de
vognage et Marefino. Finale.
s'enfuient y craignant d'y être punis sans miséricorde : si on leur donnait parole de n'être châtiés en Provence , ils s'y en iraient tous , et puisqu'ils sont là et peuvent nuire, peut^tre seraitril à propos de leur faire dire qu'ils aillent en Provence servir, et ils seront reçus. Si les vaisseaux et galères ennemis s'arrêtent , comme ils ont coutume , en Vay, qui est un grand port oùivert fait par la nature , ou plutôt une plage assurée , notre armée pourrait bien donner dessus avec grand avantage , partant de nuit et ne souffrant que personne passe par mer ni en terre de quelques jours de Provence ; et parce que «ceux des lies pourraient avertir, il serait peut-être à propos d'envoyer dans le port de Villefiranche quelques galères qui puissent empêcher la communication, pendant le m&ne temps , des îles à Monaco.
Ce que l'on pourra prendre en attaquant les ennemis dans Yay sei*a la forteresse. Le remède peut-être serait de faire dire à la république que comme elle m'a donné des doutes que nos soldats eussent passé terreà-terre pour la crainte des galères d'Espagne , ainsi elle ne doit pas avoir désagréable que nous combattions nos ennemis où nous les trouverons, sans aucun dessein d'offenser ni déplaire à la république, moyennant que la forteresse demeure neutre et l'accès libre aux uns comme aux autres dans leurs ports : ce qui ne se devina éventer que lorsque l'armée sera en présence, envoyant ici en même temps , plutôt par civilité que pour attendra les réponses ; car les résolutions y sont longues.
Je crains fort que 4e beau-frère du capitaine Laramée, s'il est allé en Provence , n'ait pas trouvé les vaisseaux en Yay qui en partirent environ le même temps , et ensuite n'ait pu parler aux pilotes et patrons irançais qui s'y trouvent , lesquels je reçu3 hier particulier ordre du roi d'employer tous moyens de retenir, avec pouvoir d'offrir les mêmes emplois et payes.
Les galères qui étaiertt en Vay sont aUées en Provence ; le porteur pourra découvrir si elles ne sont point arrêtées à Monaco ; elles sont dix-huit: deux vinrent il y a quatre jours charger des grenades en cette ville. Il semble qu'elles se hasardent fort d'aller aux !les , et que comme leur défaite serait plus importante que la prise des lies , l'entreprise y serait plus ûiisable, lesdites galères y étant que si elles n'y étaient pas,
Op croit que les vaisseaux ont tiré yers forUhixmçMt, où ils craignent et se fortifient; nous en serons avertis par les ordres que j'y ai donnés.
Je n'attends point de résolution sur l'assurance des ports et passages qui soit certaine qu'à la vue d'une puissance , laquelle on recevra tou* jours plus volontiers amie qu'autrement, encore que j'aie fiiit entendre aux trois sénateurs qui furent députés pour délibérer avec moi de la forme du passage de huit cents honunes que j'ai fait passer par cet Ëtat, que le roi m'avait commandé de leur dire clairement, quoique je l'eusse insinué plus doucement à mon arrivée ici , que sa majesté étant plus amie, plus voisine , plus affectionnée envers cette république, entendait d'avoir la même liberté et pratique des ports et passages d'ycelle que les Espagnols. Il est à considérer que les conseils cheminent extrêmement bien pour le bien et repos de cette république, conservant la balance la plus droite qu'ils peuvent; mais les places ducales et des collèges sont remplies de personnes si intéressées et passionnées pour l'Espagne, qui vont gauchissant les bonnes intentions pour ne Ini déplaire, mais enfin ne pourront conclure sans eux , et l'on verra, par la relation de ce que je fis pénétrer dans les conseils il y a dix jours par écrit (après avoir demandé audience , laquelle on me différait pom^ y fiûre prendre résolution avant que je fusse entendu) , que j'ai rapporté comme les derniers remèdes pour les iaire penser à eux et appuyer les intentions de ceux qui aiment la liberté et neutralité, la chose fut levée dans hss conseils , et le passage des gens 4e guerre incontinent résolu.
J'ai oublié de dire que les trois sénateurs qui ont été députés pour convenir avec moi de ce passage me dirent que l'on me priait à l'avenii* de n'expliquer point, pour un consentement, leur silence; je leur dis qu'en certains cas les longueurs et irrésolutioto ne pouvant être supportées sans ruine , et ne pouvant douter de leur bonne intention envers le roi en des choses justes, je ne pouvais plus favorablement expliquer leur silence que pour un consenlemnent et une tolérance de ce que je désirais; que, s'ils voulaient, je l'expliquerais en un refus, ce qn'ilsme prièrent de ne pas faire* Je conclus que , selon la coutume et p(mv
expliquer toujours les choses plus favoi'ablement^ je prendrais le silence pour consentement^ afin que quand ils ne le Tondraient pas ainsi , ils s'en fissent entendre comme il leur plairait.
Depuis l'arrivée de l'armée navale l'on a tenu force conseils ^ hâté les affûts de canon ^ qu'on va porter par tous les lieux éminents de la ville , fait y désigner trente ou quarante capitaines, soit pour la rivière , soit pour la ville.
L'on est ici averti ponctuellement de ce qui se fiiit en Provence ; deux piétons sont arrivés à cette seigneurie en deux jours; outre, les marchands de Marseille , Toulon et Cannes écrivent à Nice , à Monaco; la pratique de ce dernier lieu et de Menton étant bien suspecte^ l'on peut es extrémités des passages vers Cannes et Antibes arrêter les passagers et ouvrir les lettres et puis les envoyer selon qu'on le jugera à propos , ou défendre que nul écrive de l'état de la guerre et des choses de Provence.
Il plaira à messieurs qui ont charge des affaires' de sa majesté en Provence et la conduite de ses armées par mer et terre de fair^ réflexion sur ce discours, et voir ce qu'ils désireront de mon service, pouvant en discerner de l'intention de ces gens ici , tant par ce que je lem* ai envoyé depuis trois jours que par le présent écrit, qtiî leur sera communiqué.
LETTRE DU DUC DE PARME
A M. L* ARCHEVÊQUE DB BORDEAUX TOUCHANT LE SECOURS QU*OIf LOI DOIT