‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 47 sur 160 · ENVOYER · texte numérisé non relu

ENVOYER

Monsieur,

Je viens de recevoir votre lettre du 15 de ce mois , et bien que je n'aie point vu celle que vous m'avefc écrite par. la voie du sienr de Sa-* bran , je ne laisse pas d'en recevoir l'obligation , rons assurant que lés soins que vous me témoignez d'avoir pour moi txtmveront toujours dans mon âme de véritables désirs, avec lesqueb je* vous ferai voit* le sentiment que j'en ai , et l'estime que je fais en outre de votre mérite. Je m'assure que bientôt nos ennemis perdront cette vanité qu'une apparence de quelque bonne fortune leur peut avoir laissée; au moins, c'est

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là où buttent toutes nos plus fortes passions , comme aussi de me rendre utile au service du roi et de la France ; je comprends dans ce souhait le vôtre, et après vous avoir dit que faute de chiffres , je ne vous parle point d'affaire, et- que dans celle que j'écris au comte Fabio Scotti je lui ordonne de vous en participer la teneur , je demeure de tout mon cœur.

Monsieur ,

Votre très-affectionné, pour votre serviteur.

A Plaisance , ce 23 septembre i636.

Dans ces de'pêches, M. d*Émery, envoyé de France à Turin, engage très-vivement M. de Sourdis à accorder toute satisfaction à M. le duc de Parme , qui peut être d'un grand secours aux armes du roi.

LETTRE DE M. D'ÊMERY

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

Turin» le a4 septembre 1686.

MONSÀI^R ,

Son altesse écrit à M. le marquis de Bagnasque^ de loger dans la Turbie les troupes que vous jugerez nécessaires pour Texécution des desseins que vous aurez} vous trouverez en M. de Savoie les mêmes facilités- pour tout ce dont vous aurez besoin quand vous . prendrez la peine de m'en écrire; mais je vous supplie^ monsieur, de vivre, s'il vous plaît, avec M. le marquis de Bagnasque avec la meilleure intelligence que vous pourrez, et en sorte qu'il soit obligé d'en rendre témoignage a M. de Savoie, qui est un prince qu'il feut ménager, et l'alliance duquel est nécessaire au bien des affaires du roi et de son ^rvice , principalement à présent.

J'ai vu le procès-verbal de la prise des vaisseaux qui chargent le sel pour M. de Savoie, que. m'a envoyé M. Lequeux ; sur quoi je vous dirai, monsieur, que M. de Savoie étant obligé de prendre du sel sur les terres d'Espagne , et n'ayant pas encore obtenu la permission d'en avoir

LETTRE DE M. D'ÉMERY. — SEPT. 1636. i;ï3

de France, oomme il la poursuit^ il faut qu'il se serve des vaisseaux marchands comme sont ceux-là^ et qui puissent librement négocier. Il m'a donné d'autres raisons; mais la principale est qu'il faut l'entretenir; c'est pourquoi je vous supplie^ monsieur, de lui donner ce contentement, et de ne le pas dégoûter pour peu de chose. Il y a un des miens, nommé Guérapin , lequel vous aura depuis peu apporté des nouvelles de la cour. Vous m'obligerez, s'il y a occasion d'envoyer quelqu'un ici pour résoudre quelque chose sur les affaires de l'armée navale^ de le charger de cette conunission. Je vous le renverrai avec ses expéditions incontinent après.

Son altesse envoie M. de Saint-Thomas, son secrétaire d'état, à Nice, pour conférer avec M. le comte Fabio Scotti sur les assistances qui sont nécessaires à M. le duc de Parme. L'on nous avait écrit de la cour que ledit comte Fabio passerait par ici y et que nous prendrions ensemble les résolutions qui sont nécessaires pour cet effet; mais l'on nous a donné avis de Lyon qu'il s'allait embarquer çn Provence pour aller à Gènes. Ledit sieur de Saint-Thomas , qui vous remdra cette lettre , vous en entretiendra particulièrement et des moyens que nous pouvons pour cela ; vous en conférerez , s'il vous . plait , ensemble , et m'en ferez savoir vos sentimens. Mais je pense qu'il est plus important pour la réputation et l'honneur des armes du roi de secourir M. le duc de Parme que de donner contentement à la république de Gènes. Je ne vous mande point des nouvelles de la cour ; vous en êtes plus instruit que nous. Je vous supplierai de me croire , s'il vous plait , Monsieur,

Votre très-humble serviteur,

D'Ëmery.

LETTRE DE M. D'ÉMERY

A M. L*ARCHEyl;Qlf^ DE BORDEAUX-

Turin , le 94 septembre i636.

, Monsieur,

Vous, recevrez une autre dépêché que je vous envoie par cette voie, depuis laquelle j'ai reçu votre dépêche du 2 de ce'mois , sur le sujet de

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laquelle j'ai parlé a son altesse^ et lui ai remontré qu'elle ferait chose agréable au roi de permettre le logement des troupes que vous voulez mettre dans la tour même de la Turbie ; il m'a dit qu'elle ne peut pas tenir quarante hommes de garnison , et que si vous y logiez des troupes , qu'il fallait qu'il en fit sortir les siennes; qu'il ne croyait pas que ce fût l'intention du roi; qu'il ne lui avait pas écrit ni à moi sur ce sujet; que vous pouvez loger dans le bourg tout autant de troupes que vous jugerez nécessaire^ et qu'il donnait ordre au marquis de Bagnasque qu'en cas que lesdites troupes fussent pressées par les ennemis , de les faire recevoir dans la tour, où M. le comte d'Harcourt et vous pouviez loger, et lorsque vous y serez y commander et donner le mot; mais qu'il ne croyait que ce fût l'intention du roi que l'on mit hors de la tour sa garnison pour y en loger une autre. Je n'ai pas cru le devoir presser davantage, n'ayant point d'ordre de sa majesté de rompre avec lui sur cette occasion , et ne voyant point que la lettre que le roi vous a écrite porte de loger dans la tour; je lui ai dit néanmoins ce que j'ai pu pour lui faire perdre la créance que l'on demande ce logement pour aucun sujet de défiance. C'est un prince qui est beaucoup nécessaire pour les affaires du roi , et principalement en la conjoncture présente , et sur la foi duquel nous conservons les places que tient sa majesté en Italie. J'envoie copie de cette lettre à la cour, afin que j'aieHes ordres du roi sur ccf sujet, et je vous supplie cependant, monsieur, de vivre en bonne intelligence avec le marquis de Bagnasque; et. en sorte qu'il soit obligé d'en rendre témoignage à M. de Savoie : oèla est extrêmement nécessaire au service du roi, et au bien de ses affaires. Je vous envoie une copie de l'instruction que j'ai donnée à un des miens qui est allé à Gênes , afin que vous en confériez , s'il vous plait , avec M. le ^x>mte Fabio Scotti, duquel il est bien nécessaire que vous preniez, s'il vous plait, la peine de nous faire savoir les résolutions et les moyens que vous jugerez les plus propres pour secourir M. de Parme , sur quoi vous considérerez , monsieur , que nous sommes extrêmement faibles de troupes , et que nous avons une armée sur {iied depuis le mois de mai sans avoir été rafraîchie d'aucun régimMt, en sorte que nous aurions peine de mettre trois mille hommes de pied et

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cinq cents chevaux. en campagne y après avoir laissé dans les places ce qui est nécessaire pour la gaide d'icelles. Il est^ monsieur , bien important que j'aie promptement de vos nouvelles y s'il vous plaît. Votre très-humble serviteur. D'Émbry.

M. de Sabran expose ainsi à M. rarchevêque de Bordeaux les dispositions sinon hostiles , du moins peu bienveillantes de la république de Gênes, dont, selon lui, on n'obtiendra ri^i que par force.

M. de Sabran donne en outre d'assez grands détails sur les projets ultérieurs des ennemis.

A M. L*ARCHEVfiQUB DE BORDEAUX.

Monsieur y

Une fièvre continue qui me travaille depuis douze jours ne me per-* met pas y ni les ordres des médecins y de dicter cette lettre à mon secrétaire. Quand il l'aura faite ^ j'emploierai ce qui me reste de forces pour la signer. Il m'a fait voir celles qu'il vous a plu m'écrire des 26 du passé et 2 de ce mois, desquelles je vous rends très-huu^les grâces , et du Mémoire joint sur le sujet de la négociation du sieur Jehan Lucca Justinian. Vous avez si judicieusement et si avantageusement procédé, qu'il ne s'y peut rien ajouter pour le bien du service du roi.

Je suis bien aise , monsieur , que vous ayez reconnu entièrement le peu d'afTectîon que cette république a de complaire au roi y ni sur les demandes générales , ni sur les définies que je lui ai faites à diverses fois de la part de sa qiâjesté. Vous pourrez confirmer à la cour que j'y ai écrit, il y a long-temps, qu'en cette conjoncture il ne faut rien espérer de cette république que par la force. M. de Bouthillier, à qui je l'avais aifisi écrit, et le refus où elle s'était portée du passage des recrues de Saintp-Paul et Montclar qu'elle m'avait auparavant accordé , me mande qu'il vous enverra, et à M. le comte d'Harcourt^ les oixlres du

roi nécessaires au cas que la république tous refuse aes ports et passages^ et ce que j'aurai à faire sur ce sujet, par un extraordinaire ique l'on derait dépécher à Rome.

Il y a long-temps que les ennemis préparent quelques vaisseaux à Naplesy la plupart hollandais , d'où mon secrétaire, pendant mon absence , a envoyé les noms et des capitaines qui les commandent à la cour, mais> sans désarmer les galères; ils n'ont pas de la soldatesque pour mettre dessus : je m'en informerai plus particulièrement pour vous en avertir.

Les galères qui étaient allées secourir les îles de^vivres et changer les soldats malades à des sains , sont de retour , fors deux, qui sont allées en Espagne , et deux autres qui seront demeurées à Finale : on dit que chaque escadre se retirera dans son port , hors la capitane et la patronne d'Espagne y qui hiverneront à Livoume , et le duc de Ferrandina aussi.

Mon secrétaire a écrit au consul Rabut , suivant vos ordres , le châtiment dont l'on allait user envers ceux qui servent l'Espagne et le grand-duc , afin qu'il leur en donne avis , et l'a prié de reconnaître si on ne pourrait pas débaucher quelques comités * des galères de ce prince , qui sont les plus experts qui soient en mer pour dresser une chiourme ; et si cela se pouvait , il faudra leur tenir ce qu'on leur promettra, et peut-être avancer quelque argent, mais quand ils seront effectivement hors dudit service.

Je suis averti 'que le duc de Ferrandina , dans le combat, fait porter l'étendard royal sur une galère des dernières , et arbore celui de Christo et de la Màdonna sur la sienne.

Le sieur Nardoin vous va rendre compte de son voyage. Je lui ai ordonné de prendre garde qu'il ne soit surpris en quelque lieu des deux galères qui sont encore par la côte.

J'étais si mal le jour que passa le gentilhomme de M. Fabio Scotti que je ne le vis point; j'estime que celui-là qui lui est dépéché par S. A. de Parme , auquel je donnai des dépêches pour vous, sera arrivé heureusement à l'armée ; le premier fut couru des galères d'Espagne , et fut contraint de gagner la terre.

■ Maîtres d^éqnipage des galères.

Vous conpaifirez^ monsieun, par le mémoire ci-joiiit que m'envoie M. d'Êmery qu'il n'y a pas grande espérance de pouvoir tirer des troupes de Montferrat pour le secours de M. le duc de Parme; on emploiera celles qui y sont à faire une petite diversion pour occuper de ce côté-là le marquis de Leganez, pendant que ledit secours passera d'un autre; et si l'armée navale a à le donner^ il faut pour réussir plus facilement que ce soit pour tout ce mois , à cause des neiges ; et de quel côté qu'il passe y soitdeBorgo-Val-di-TarOy soit de la Spezzia ' ou de Sarrazano, il faudra que les soldats soient pourvus de pain pour quatre ou cinq jours en se débarquant , n^estimant pas que ces gens ici, ni les princes sur les États desquels on passera , permettent qu'on en prenae de leurs sujets^ si ce n'est par force. Vous pourrez , monsieur , s'il vous plait, communiquer ledit mémoire audit sieur comte Scotti , auquel je n'écris point.

Toute la difficulté sera de la cavalerie , qui est nécessaire en ce secours ; si vous ne l'embarquez en Provence , elle ne peut être embarquée qu'en Vay, et en ce cas il faudrait que M. d'Émery fit venir à l'AltarCy terre de Montferrat ^ à cinq ou six milles de Vay, l'escadron qui est destiné pour cela ; et lorsque l'armée serait audit Vay, l'y faire descendre à l'impourvu pour l'embarquer. Voilà ^ monsieur^ tout l'éclaircissement que je vous puis donner sur le sujet dudit secours.

Le roi, toujours impatient de reprendre les îles Sainte-Marguerite , engage M. Ae Sourdis à hâter leur attaque.

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