‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 59 sur 160 · LET, DU COMTE D'HARCOURT. — NOV · texte numérisé non relu

LET, DU COMTE D'HARCOURT. — NOV

cipaux capitaines de l'armée avec des pilotes ^ qui ont signé leur a^is , lequel est question , comme il est impossible de lever l'ancre sans aller à vau le vent des iles, abandonner l'escadre qui est enThéoule et se trouver à Hyères ou Toulon comme les autres ; le tout par les grands courants que voU&-méme avez vus.

A cela vous savez bien que les ennemis prendraient un avantage sur nous de dire que nous aurions eu peur de quitter le tout.

Tous ces messiem^s sont donc d'avis que nous demeorioos sur l'ancre pour les raisons susdites , et sont tous d'opinion même que quand il y aurait du vent la nuit^ l'on ne saurait les empêcher d'entrer où elles voudront.

Si mes galères étaient ici avec les tartanes qu'on a procurées pour le secours de l'armée, vous ne doutez point, avec l'assistance de mes compagnons, qui sont tous de bonne volonté, que je ne livrasse bataille aux ennemis par votre avis et bon conseil, que j'ai toujours suivi et suivrai toute ma vie en qualité de , Monsieur,

Vos très-humbles et trè^affectionnés serviteurs,

Henry de Lorraine, comte d'Hargourt,

Le chevalier de Pointes,

Le chevalier de Coppeanailles ,

Le chevalier Decanges ,

Le chevalier de Guerfaut ,

Le chevalier de Ghatellus ,

De Beaulieu ,

Dume.

Je vous supplie derechef de venir ici , et vous assurerez que je n'oublierai rien de toutes les choses qui seix>nt possibles pour le service du roi.

M. le comte d'Harconrt et MM. les cupitaines de Tannée à Mc^ de Bordeaux.

La note suivante, adressée à M. Farchevêque de Bordeaux, donne les détails les plus circonstanciés sur la navigation de la I. âa

flotte espagnole qui venait d'apporter aux îles Sainte-Margue* rite un secours tellement considérable que l'attaque en fat différée jusqu'au commencement de l'année 1637. On verra combien les dissensions des chefs de l'armée française furent fâcheuses , puisque les Espagnols avouent eux-mêmes quils étaient perdus si on les eût attaqués lors de l'arrivée de V armée navale française.

RELATION

DE CE QUI s'est PASSÉ EN L' ARMEE NAVALE D'ESPAGNE DEPUIS LE 6 NOVEMBRE JUSQU'AU 26.

Le 6 y trente-sîx galères des escadres d'Espagne , Naples ^ Sicile , Florence et Doria, partirent de Vay, se rendirent le soir à Monaco» et rencontrèrent les deux galères qui revenaient d'Espagne , chargées de quatre cents caisses de réaies y lesquelles étaient allées droit en Corse et de là faire voile vers Gènes.

Le duc de Ferrandina » lequel sans éclat avait fait charger toutes ses hardes et force meubles sur ses dix galères d'Espagne, en intention d'y faire voile des iles , après qu'il y aurait mis quelque ravitaillement, et le nombre de soldats espagnols et napolitains que l'on verra ciaprès, et avoir fait continuer les retranchements par toute l'ile, reçut grande quantité de lettres du roi d'Espagne avec ordre dé demeurer en Italie et toutes les galères unies, et veiller soigneusement à la conservation des lies , puisque l'on avait fait tant de dépenses. Don Melchior Borgia , qui commande les galères de Naples , demeura ou fit te malade à Savone, mécontent du duc de Ferrandina, qu'il croyait s'en aller en Espagne ; en son absence , le marquis del Viso , fils du marquis de Sainte-Croix , qui surprit les îles et en fait valoir la réputation en Espagne où il est , commande les galères de Naples et Sicile; Giannetin, fils du duc Doria, l'escadre de son père, et le duc de Ferrandina commande tout > le même , son armée à Monaco. Elles en partirent sans éclat et sans feu, et arrivèrent aux îles après minuit , le

lendemain déchargèrent les provisions dont les îles avaient grand be* soin. Tous ceux qui sont dans les galères descendent librement dans les lies et peuvent reconnaître , et si ceux qui ont fait les remarques suivantes eussent étë aussi intelligents comme d'accord en leur relation, on en eût pu découvrir davantage.

Sainte-Marguerite. Le grand fort revêtu de pierre avec son fossé et contrescarpe contre le vieux château du côté de terre a une grande {dace d'armes y environ le milieu de File ; du coté des vignettes , il y a un autre fort plus petit, appelé de Monterez; aux deux bouts de l'ile, il y a deux fortins faciles à prendre. Toute Tile est environnée de tranchées et principalement es lieux où l'on peut débarquer, lesquelles ne sont pas gardées de jour, mais toute la nuit on y fait bonne gard», avec grande incommodité des soldats , qui n'ont touché un sou depuis six mois, et mangent du biscuit fort mauvais et fort noir, et sont tout nus : on leur promet des habits.

Dans l'ileSaint-Honorat, il y a un grand fort qui couvre du o6té de terre le vieux château , revêtu comme celui de Sainte-Marguerite. A chaque bout de l'ile il y a un petit fortin , et toute l'année il est aussi fortifié de tranchées gardées toute la nuit. Michel Ferez de Sardaigne a le principal commandement sur tout et particulièrement à Sainte-Marguerite, et un Espagnol à Saint-Honorat ; il y a quelques bons chefs qui ont été en Flandre pour faire valoir ces misérables soldats qui n'ont que les os. Ils étaient douze cents hommes dans les deux iles, on les a augmentés de quatre cents Napolitains et deux cents Espagnols, que l'on a pris des moins mauvais qui fussent sur les galères. Dans l'ile Sainte-Marguerite, il y a quarante chevaux en piteux état; leurs canonniers ne valent rien; ils avaient conseillé s'ils en prendraient dans leurs galères, lesquelles ont séjourné la quinze jours entre les deux iles, avec grande crainte de l'armée de France , et particulièrement qu'elle ne lâchât quelque brûlot , vu la grande quantité des galères dans un canal assez étroit. Pour ce sujet deux galères du grand-duc , lesquelles sont les plus fatiguées comme les meilleures , font garde toutes les nuits, l'une du côté de ponent, l'autre de levant; l'ordre a été qu'aussitôt que quelques vaisseaux de l'armée navale

feraient mine de s'approcher des lies , de faire une fumade à laquelle la capitane d'Espagne devait répondre avec une pareille, et les galères de Florence aller joindre les autres dans le canal , qui devaient être promptes à la retraite et à la défense. L'alarme y iîit chaude une nuit, que l'on s'était imaginé d'avoir vu une fumade à la galère de Florence, et -le duc de Ferrandina fut lui-même reconnaître, après avoir crié partout de se mettre en état.

Us disent que si , à l'arrivée de l'armée navale la première fois , on les eût attaqués , ils étaient perdus, ayant force soldats malades , peu de vivres et les retranchements imparfaits.

Ils croient d'être attaqués du coté des vignettes en l'Ile Sainte- Marguerite , entre le fort de Monterey et le petit fortin ; ils feront le principal effort à empêcher le débarquement, estimant que si une fois les Français ont gagné la terre et peuvent être retranchés (ce qui sera mal aisé) , qu'ils se rendront facilement maîtres de Sainte- Marguerite ; laquelle prise , ils tiennent Saint-Honorat perdu.

Le 1 9 au matin , les galères s'en retournèrent à Monaco à la vue de l'armée firançaise , laquelle les Espagnols craignaient fort leur donner de l'empêchement; et à Monaco on avait résolu la nuit d'y envoyer huit galères avec de nouvelles provisions, mais on eut avis que nos galères étaient arrivées vei^ les galions , ce qui changea le dessein et fit prendre la résolution de partir pour venir vers Vay.

Six galères, le 25 , sont venues à Gênés pour prendre les provisions qu'un vaisseau de Naples a apportées , après quoi l'on croit que tout retournera aux îles avec une assurée ruine de toutes les chiourmes , si l'armée française les oblige de demeurer en mer tout l'hiver, comme le nouvel ordre d' Espagne porte de ne se séparer point. L'on prépare néanmoins à Livourne pour hiverner vingt-cinq galères d'Espagne , si les îles s'en peuvent passer, et il y a de grandes plaintes de ce que sur lesdites galères de Florence il y meurt non seulement force soldats , mais des gens de qualité, tellement qu'en toute façon il est important de les tenir en haleine tout l'hiver pour les mettre hors d'état de servir aux autres saisons.

Il semble que l'attaque des îles , laquelle est très-importante et né-

RELATION. — NOVEMBRE 1636. iTS

cessaire en son temps , ne peut jamais être plus périlleuse qu*k présent que la garnison est renforcée et la plupart des malades ôtëe , les provisions augmentées et dont ils auront besoin bientôt ; que si l'on avait quelque autre dessein ou afiairé plus pressée , Ton aurait meilleur marché des lies les venant assaillir par surprise lorsqu'on y penserait le moins ; car les incommodités que l'on y souffre y augmenteront la maladie incontinent ; que si l'on n'a point d'entreprise plus importante et de meilleure réussite, il est de toute nécessité , pour la réputation, de tenter la reprise desdites îles, chacun estimant que les galères ayant la résolution de les défendre , l'exercice continuel de la chiourme et les gardes perpétuelles des tranchées la nuit ruineront entièrement et les ohiourmes et la garnison ; et la défaite des galères seule faciliterait non seulement la prise des lies , mais toutes entreprises en Italie , pour l'impuissance de les remettre ; et il est à croire que l'ordre d'Espagne de ne désunir point les galères est pour veiller a la conservation des places de l'Espagnol en Italie plutôt qu'à celle des lies , parce que l'on craint partout ; et de quelle part que les Français aient dessein de descendre es lies , il est nécessaire qu'ils fassent faux*semblant de tous côtés , ayent provision de gabions et balles de laine pour se couvrir en mauvais terrain contre les retranchements ; et s'il y a des pontons , comme l'on dit , on peut faciliter les descentes et ruiner les retranchements à (orce de coupa de canon.

L'Espagnol est continuellement averti de toutes choses par Nice ou Monaco, et l'on doit grandement veiller aux espions et garder le secret.

M. d'Har court proposa néanmoins d'attaquer les galères d'Espagne, à la condition de rassembler cinquante tartanes.

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