‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 60 sur 160 · LETTRE DE M. LE COMTE D'HARCOURT · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE COMTE D'HARCOURT

A M. l'archevêque DE BORDEAUX ,. SUR L' ATTAQUE DES tLES.

De GourjaD , le 8 novembre i636.

Monsieur ,

Je Tiens d'avoii!' avis certain, par M. de Beaulieu-Persac, qu'il n'y a que vingt-cinq galères mal armées dans le Frioul , et tout le monde est d'accord que si nous pouvons armer cinquante tartanes promptement , que nous les pourrons enlever avec facilité. Je vous supplie de vouloir contribuer ce que vous pourrez^ et , si vous n'y pouvez venir, d'en mander votre avis, lequel sera toujours, comime je crois, à l'avancement et k la gloire des armes du roi. Je finis et suis avec passion ,

Monsieur ,

Votre très-humhle et très-obéissant serviteur,

d'Harcourt.

M. de Sabran, dans la dépêche suivante, continue de donner à M. de Sourdis des détails circonstanciës sur la politique présente des différents états d'Italie.

A M. L'ARGHBVâQUB DE BORDEAUX.

De G^oes , le 9 novembre t536.

Monsieur ,

L'assurance que j'ai que la galère ira en sûreté me fait épargner le chiffre, et l'emploi de cette journée à suivre et accompagner M. le comte de Noailles et à dépécher les courriers de la cour et de Rome , seront les excuses de ce qu'à minuit je vous envoie ces lignes d'une autre main , et que j'estime que vous recevrez d'autant plus volontiers qu'elles vous soulageront de la peine que la lecture des miennes vous donne. M. l'abbé de Fiesque a apporté au logis de M. de Noailles une lettre , qu'il assure avoir été écrite du marquis de Fossé de Noue, feudataire

impérial, à un de ses amis, du 6 de ce mois , par laquelle il écrit que don Francisco de Melos et le prince Doria lui ont fait commandement de se mettre en état de s'opposer au secours qui doit passer près de lui. Jç vous en envoie la copie, afin que la conférant, comme je crois bien nécessaire, avec M. le comte Scotti et le chevalier Gueste, vous jugiez si les chemins qu'il donne pour faire éviter, ùt dit-il , le passage en ses terres, sont les meilleurs, ou si ce n'est point un artifice pour me faire parler des chemins que nous devons tenir, et faire approuver ou non celui de Fossé de Noue; car je doute qu'il n'y ait de l'artifice en ladite lettre; il en faut tirer néanmoins les avantages que nous pourrons, et considérer qu'il semble qu'ils aient pénétré la route qu'on vous avait donnée de Turin , de laquelle vous me fîtes part. A cela j'ai répondu que j'en savais encore davantage; que ie duc de Modène avait été sollicité, et se mettait en devoir de s'opposer au passage s'il pouvait découvrir le vrai qu'on doit procéder; mais que tout cela ne nous faisait pas craindre ni pouvait détourner du dessein prémédité par où nous devons passer, étant en état de passer sur le ventre et de ruiner les lieux qui nous donneront de l'obstacle. Vous remarquerez , s'il vous plait,en ladite lettre, qu'il prie son ami d'en parler à l'abbé Fiesque et lui à d'autres, c'est-à-dire à moi, et qu'il craint ou feint de craindre de s'exposer à beaucoup de périls.

Far une lettre de Plaisance du 1 6, j'apprends que l'on était après vouloir rendre les prisonniers mutuellement, et que jamais secours ne fut attendu comme les nôtres. Je vous enverrai autre avis, tiré d'une lettre de Valence en Espagne, qui ne se trouve point confirmée d'autre lettre ; il a néanmoins du rappoii; à ce que vous m'aviez écrit il y a quelque temps , mais il me semble fort à l'impossible. Les deux galères attendues d'Espagne sont ici venues avec l'argent, ^t ont pensé donner d'elles-mêmes dans les filets; car venant de Corse droit ici , elles se trouvèrent enveloppées d'un si grand brouillard vei*s Arassi et d'un vent contraire, qu'elles pensèrent retourner à Villefranche , et furent sur le point de s'en retourner en Corse. Quelques avis sont venus de Naples pour vérifier qu'enfin l'on y a armé treize vaisseaux et chargé dessus deux mille cinq cents hommes d'infanterie, bons ou mauvais. L'on ne croit pas que le duc de Ferrandina s'éloigne de par-

deçà tant que l'on soupçonnera du secours , et que s'il lui vient des gens f il pourra s'opposer par terre au débarquement dudit secours avec ses galères. M. le comte de Noailles et moi avons eu quelque opinion y comme je vous écrivis par ma précédente , que la seigneurie , laquelle , par sa mauvaise procédure , est en crainte , et on lui ouvrirait quelque moyçn de contenter le roi ; cet espoir nous fut augmenté le lendemain par la députation extraordinaire de deux sénateurs, lesquels , plus désireux de tenir quelque cbose de M. le comte de Noailles que de nous contenter, ne lui parlèrent que des bonnes intentions que la république avait eues toujours pour le roî , des lettres favorables qu'il avait eues de sa majesté sur ce sujet , disant que je les pressais si fort dans mes propositions que je ne leur donnais pas loisir de se résoudre ,. et concluant toujours que l'ennemi avait dix mille hommes sur le Plaisantin^ et que si le secours passe sur leur État, l'ennemi le pouivrait combattre à la frontière et le jeu s'achever sur leur État; ce qui a fait connaître à M. l'ambassadeur que tout leur cas n'est que galimatias, et dont nous connaissons toujours qu'il se faut méfier d'eux comme d'ennemis assez déclarés et reconnus. Je vous envoie un article de la lettre de M. de Cosy, qui confirme de Constantinople les préparatifs du Turc contre le Transylvain pour être trop confident de l'empereur. Je vous envoie aussi le modèle du tombeau en cire dans une caisse, et remaitjuerez que les deux pièces de bois sur lesquelles est le modèle seront toutes de marbre; mais ils ne le feront pas à moins de deux mille pièces de huit réaies, oomme vous verrez par le mémoire , où toutes les pièces sont comprises. Mandez^moi, s'il vous plaît, incontinent votre résolution et les moyens d'y travailler ; vous ne m'avez rien mandé touchant la Notre-Dame et les apostilles. Votre felouque est ici, que je ferai partir mardi ou mercredi , afin de porter quelqu'autre avis, n'ayant pas voulu qu'il partît avec cette galère, afin d'en tirer quelques services. Je vous demande toujours un commandement, et de me conseryer en vos bonnes grâces, parce que je serai éternellement. Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

De Sabran.

(En marge est écrit) :

M. le duc de Savoie maudit la légèreté de M. le cardinal 3on frère , qui s'est

mis du cdtë des Espagnols ; et proteste de faire connaitre , par les effets , qu'il est d'autaot plus persévérant dans le service du roi que ses frères j ont été inconstants ; j'ai fait réponse à la faveur des vôtres des 20 , 24 ^^ ^^ > P'*'^ votre felouquier : il sera bon de les pajer par semaine pour n'y être trompé.

Dans les deux dépêches suivantes, M. de Seguiran donne à M. l'archevêque de Bordeaux le détail des ordres qu'il a exécutés , relativement aux embarcations destinées à débarquer les troupes aux îles; il rend aussi compte de son entrevue avec M. du Pont de Courlay, général des galères,

A M. L* ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

De Fréjus, le xa ooTcnibre i636.

Monsieur ,

Étant parti ce jourd'hui d'Ântibes assez matin , nous sommes arrivés a Cannes à une heure, que M. le maréchal de Yitry, à qui M. Guérapin a rendu votre lettre, n'était point encore levé; pas moins il nous a fait entrer dans sa chambre, et après lui avoir exposé le sujet de mon voyage, je suis descendu aussitôt du château, et, ayant fait venir les consuls et officiers de l'amirauté par-dessus le nombre de trente bateaux, qui étaient déjà préparés par votre ordre, j'ai encore arrêté quatre tartanes , qui pourront bien porter jusqu'à quatre cents h<Hnmes, ayant enjoint auxdits consuls et officiers de les faire tenir prêtes, suivant les avances que je lem* ai fait donner par cet honnête homme, à qui vous avez ordonné de venir avec moi pour cet effet; et continuant mon chemin pour l'exécution des choses que vous avez résolues , j'ai passé par Saint-Rapheau , distant d'une demi-lieue de Fréjus , où j'ai frété à fort bon compte deux tartanes étrangères que j'y ai rencontrées ; et encore une autre qui s'est trouvée dans la rivière d'Argent, lesdites trois tartanes étant pontées , et pouvant bien porter à couvert jusqu'à trois cent trente hommes ; en façon que par le moyen I. a3

nS UVRE I. — CHAP. IL

de ces trois tartanes tous pourrez faire passer autant d'hommes dans les îles qu'il en pourrait tenir dans les Tingt bateaux que tous y aTiez déjà arrêtés , par-dessus lesquels j'en ai encore ajouté cinq et fait trouver des rames pour tous. Et il est important que tous sachiez que toutes les barques et tartanes que j'ai arrêtées en ce lieu seront fournies de six rames de yingt-deux pans chacune ; ce qui aidera grandement à les faire aller et yenir par toutes sortes de temps, et j'irai commodément, soit dans le frioul , soit partout ailleurs.

J'ai commandé à tous les patrons des bateaux dudit Fréjus de se tenir prêts pour suivre les galères lorsqu'elles passeront à la vue de ladite yille f et leur ai promis de les avertir par un coun*ier en cas qu'elles passent la nuit, et de se rendre, avec lesdites galères, au port du Théoule.

Je TOUS dirai aussi comme , conformément aux ^eux premiers articles de TOtre mémoire ou instruction, je suis allé reconnaître dans le magasin d'un marchand de cette Ville quatre-vingts douzaines de planches d'un pan de largeur et quatre autres douzaines d'un pan et quart , que je lui ai fait payer par le sieur Vitré , en précomptant les deux cents livres que le sieur procureur du roi en l'amirauté lui avait déjà données, résolu de ne point partir d'ici demain que je n'aie vu embarquer le tout ; ce que je ferai faire, s'il plaît à Dieu, bien matin sur le port de Saint-Rapheau. Je fais dessein de prendre un vaisseau bien armé et de m'en aller par mer de là à Saint-Tropez, où je trouverai les galères, s'il en faut demeurer à ce que le garde de la tour d'Agay m'en a dit; ledit garde assurant que, sur les quatre heures après midi, il «vait découvert huit galères an côté de ponant , lesquelles sont entrées au golfe de Saint-Tropez ; qu'il y avait treize vaisseaux à vingt-oinq milles de terre qui tiraient vers les Iles de Sainte-Marguerite à la faveur du labesche ' .

Cette relation du garde n'est pas entièrement conforme à celle du patron Sigallon , qui dit n'avoir compté que sept galères qui allaient à la voile du trinquet, dont les six étaient déjà venues en vue du golfe de Fréjus , lorsque la Sophie j qui était fort reculée et en arrière des autres , avait tiré un coup de canon , après lequel elles avaient amené le

' Do vent de S.-O.

trinquet et prouegé * contre le vent pour regagner le golfe de Saint- Tropez; se trouyant d'accord ledit patron avec le garde pour ce qui est des yaisseaux , ledit patron Sigallon ajoute qu'il est à craindre , le vent de labesche ayant cessé entièrement sur les cinq à six heures du soir, que les courants ne reculent lesdits y aisseaux jusqu'au cap de Saint-Tropez. J'oubliais à yous dire, monsieur, que M. le maréchal m'a donné son ordre en fayeur de ces pauyres patrons qui yont à la mer; mais elle ne leur sera pas beaucoup ayantageuse, puisqu'il porte seulement exemption de logement durant le temps que lesdits patrons seront à la mer poinr le seryice du roi; le yôtre, monsieur, me sera toujours si cher qu'il ne paraîtra point d'occasion que je n'embrasse ayec passion pour yous témoigner que je suis , Monsieur,

Votre très-humble et très^obéissant seryiteur ,

SEGuntÀif.

P, S. Monsieur , par le compte que vous pouvez faire des quatre tartanes que j'ai arrêtées à Cannes , et de trois autres k Saint-Rapbeau , qui portent sept cent trente hommes , et qui ne reviennent pas moins qu'à environ neuf^^nts livres , vous trouverez qu'il j ««beaucoup à gagner, puisque cinq bateaux ne portent que six cent cinquante hommas et coûtent six fois autant.

A M. L'AHCHEyÊQUB DE BORDEAUX.

A Saint-Tropn* ae i4 novembre t636.

Monsieur,

Suiyant ponctuellement les instructions et la loi que yous m'ayez données en partant d'auprès de yous, je yous redirai en passant qu'ayant youlu faire débarquer yos quatre-yingt-quatre douzaines de planches sur deux tartanes de ces trois que j'ai arrêtées à Saint-Ra-^ pheau, et qui n'attendent que yotre commandement pour partir, je me trouyai obligé de m'arréter à Fréjus jusques à quatre heures aprèsmidi, n'y ayant trouyé qu'onze bateaux de prêts des yingt-*quatre que

' Aller au plus près du veut.

j*y ai laisses ayec ordre de suivre les galères lorsqu'elles passeront, ayant employé tout ce temps à faire la recherche des patrons et mariniers pour les treize bateaux restants, dont j'ai pris les noms et surnoms, que j'ai laisses au procureur du roi de l'amirauté de ladite ville; et quelque tard qu'il fût lorsque j'en partis , je suis arrivé le même jour en cette ville , distante de cinq lieues de mauvais chemin , où ayant appris que M. le général des galères était sur l'une des huit galères que j'ai trouvées dans le port, je lui ai envoyé un gentilhomime , m'é^ tant déchargé de ce compliment pour ce soir, afin de pouvoir surprendre la nuit dans leurs maisons les patrons ides barques, tartanes et bateaux, dont vous en verrez le nombre dans un petit état ci-joint. Je ne sais pas si ce que j'y ai fait vous contentera, mais je sais bien que j'ai déserté d'homimes ce lieu de Saint-Tropez et en ai fait venir des villages voisins de deux à trois lieues; le tout avec l'assistance des officiers de l'amirauté et consuls de la ville , desquels m'étant informé à des autres* personnes les plus intelligentes que je connais le long de la cote pour le fait des blés dont vous m'aviez chargé par votre instruction, je prévois qu'il y aura une grande peine d'en trouver, et qu'à moins de faire une visite générale par toutes les maisons des gentilshommes et autres, et de fouiller partout, il sera impossible d'en recouvrer; et pour ce faire, il serait besoin d'une autorité toute puissante, et j'estime qu'il faudrait une commission particulière du roi pour ce sujet. Jusques ici, monsieur, je n'ai rencontré aucun vaisseau ni barque chargés d'aucune sorte de vivres.

J'ai vu M. le bailli de Forbin et ai fris mon temps en façon que pour lui parler premier qu'à M. le général des galères*, sans donner jalousie à ce dernier, qui est en possession de s'éveiller assez tard; j'ai été en galère de si bon matin que j'ai eu tout loisir d'entretenir ledit sieur bailli avant que mondit sieur le général ait été en état de voir personne , ni de savoir que je fusse là. Je lui ai donc rendu votre letti'e et lait voir comme en trois divers articles de mon instruction vous lui faites assez connaître et à moi que les galères vous sont absolument nécessaires ; jusques là que sur les longs raisonnements qu'il me faisait, fondés sur son ordinaire prudence et sage conduite, je ne lui

répondais aucune chose^ mais bien, comme tous me le dites souvent/ qu'il fallait songer seulement d'aller bientôt aux iles et les reprendre. Ce que j'ai trouvé de plus considérable en sa plainte et discours , c'est que les trois plates étant extrêmement pesantes et lourdes , il sera bien difficile aux galères de les pouvoir remorquer sans rames, et, à dire vrai , je m'étonne de quoi le sieur Gauvin , qui a entrepris l'ouvrage desdites plates, n'en a point fait faire; de quoi m'étant pris à lui à bon escient , il m'a fait voir pour sa décharge une lettre du sieur Luquet, du 1 3 du mois passé, qui dit que vous lui avez écrit de révoquer l'ordre qu'il avait eu pour faire travailler auxdites rames. La connaissance que vous m'avez donnée et celle que j'ai encore de moimême du besoin que vous avez deadites galères , pour ôter cet empêchement ou prétexte de ne pouvoir traîner lesdites plates, j'ai commandé cinquante rames de trente pans de longueur, qui seront parachevées partout demain, y ayant trente hommes après, mondit sieur le général des galères m'ayant envoyé quinze de ses rémoUats \ sachant que j'en étais pressé , et oiTert avec cœur et affection toutes les choses qui sont en son pouvoir.

Comme j'achevais cet article , le sieur de Rochebrune, que vous avez envoyé sur une chaloupe , m'a fait l'honneur de me venir voir et me rendre votre lettre , le commencement de laquelle , pour vous parler dans les franchises qui me sont ordinaires , m'a un peu étonné , pom^ ne pas dire fâché ; car je n'avais garde de vous envoyer les tartanes et bateaux que je puis avoir frétés es lieux où j'ai passé depuis mon départ d'avec vous, puisque le premier article de vos mémoires porte formellement qu'elles ne doivent partir de leurs ports qu'à mesure que les ga-* 1ères passeront : aussi il est nécessaire, s'il me semble, qu'elles les escortent. Ledit sieur de Rochebrune m'a fait voir l'instruction que vous lui avez donnée, et souffre bien patiemment que dans un article d'icelle vous lui donniez charge de voir M. le général des galères et le sieur bailli de Fourbin et moi , que vous postposez à ce dernier dans l'ordre de l'écriture, mais non pas que vous me croyiez capable d'oubli ou de négligence es choses qui m'ont été par vous ordonnées ou que je vous ai promises.

' €k>n8tnicleart de ramet.

Comme ma dépêche est a«sez longue, dans le temps cpie je parackevais , il est arriyé deinc patrons avec leurs tartanes, partis de Toolon depuis deux jours, qui disent avoir laisse audit Toulon dix autres tartanes que les consuls de la yille ont frétées à raison de cent di^ quante livres chacune par mois, avec trois mariniers, et se doivent aller rendi'e à Cannes. Disent encore lesdits patrons qu'on avait aussi arrêté vingt-deux bateaux en ladite ville, et qu'ils sont demeurés là faute d'argent.

Je me suis avisé d'un expédient, qui est que, donnant aux galères les rames que je faisais travailler pour servir aux barques et tartanes que je prends en cette ville, il fkudra , s'il vous plaît, que par le retour de celui qui vous rendra celle-ci vous écriviez à M. le chevalier des Roches, qui est ici, de me faire délivrer les rames de son brigantîn qui est à Toulon , pour remplacer au lieu d'icelles que je fais donner pour servir auiedites plates, et que ledit sieur des Roches en écrive à Toulon; c'est chase qu'il ne doit pas refuser, puisqu'il a eu de son éminence ledit brigantin en pur don et qu'elles sont tout-à-fait nécessaires pour l'usage desdites barques. C'est ce que je vous puis dire présentement, vous assurant que je n'omettrai aucune chose de celles qui seront en mon pouvoir pour vous donner satisfaction de toutes celles que vous m'aveae ordonnées comme étant, monsieur, etc., etc.

Depuis ma lettre écrite, il m'a été fait une proposition par des personnes fort zâées au service du roi, dont je tairai ici les noms , pour les considérations que je vous dirai à la première vue, qui est que dans la nécessité présente on se pourrait servir de la marchandise et barque du patron Jean-Baptiste Saylon prise en ces mers, avec les Portugais et Napolitaifas qui sont ici prisonniers ; et si bien parmi les premiers il se rencontre que le sieur Gasqui, qui est gentilhomme d'honneur, et qui sert fort fidèlement sa majesté en cette province, se trouve intéressé en cela. Je ne suis pas si scrupuleux quand il s'agit de servir le roi , que mettant comme je fais tous les jours mon plus liquide quand il en est besoin , je ne fusse aussi d'avis de prendre et le servir en cette rencontre de tous les deniers qui pourront devenir bons de ladite prise. Mais encore que les premiers, qui ont coopéré à ce bien,

n'aient pas (ait grands frais pour ce sujet , la raison Teut néanmoins qu'ils en aient la meilleure partie : ce partant , il me semble que pendant que la chose est indécise , et avant le jugement qui s'en peut ensuivre , il serait bon de traiter avec les procureurs si vous le trouvez à pix)poSy me faisant fort principalement pour ce qu! est du sieur Gasqui ^ qui est fort mon ami^ de le faire consentir avec les autres pour la moitié , et de l'autre moitié restante , sa majesté en pourrait retirer six ou sept mille livres^ suivant la commune estimation du total pai* gens à ce connaissant^ même des marchands de Saint-Tropez^ qui la mettent à douze ou treize mille livres^ et qui m'ont assuré que les draps de Barcelone qui sont de ladite prise ne sont pas fins comme on croyait. Celui qui m'a fait ladite proposition offre de tous faire tenir dans le port où vous désirerez deux cents charges de blé et quatre cent cinquante milleroUes de vin, en lui faisant délivi^r en même temps ladite barque et marchandises de ladite prise. J'ai communiqué cette proposition au lieutenant de l'amirauté , chez qui je loge, qui m'a d'autant plus agréé que, l'ayant trouvé avantageux popr sa majesté, il m'a aussi dit q«ie ladite prise pouvait valoir la soimne de 13,000 fr. J'attendrai votre ordre à ce sujet, afin que, passant à Brigançon^ j'en puisse résoudre avec ledit sieur Gasqui, et traiter par après avec celui qui oiTre ces blés et ces vins , en repassant k Saint-Tropez. Je vous renvoie l'archer qui était venu avec M. de Rochebruue, pour ne m'étre aucunemei^t utile •

Monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur,

SSGUIRAN.

P, S. MoAsîear, vobs saves par le sieur de Rocbebrune «omme }'aî iii coatraiot de iaire refaire les apootik * et ouTertivees des plates qui n'avaient ^piis aases dt foroe ni de talus, pour f passer les aviroos. Cette besogne, aussi bien ^ne eAle des ayirons , pouvant être achevée partout demain , toutes les claies sont embarquées dans les plates y en assez mauvais ordre , mais j'ai trouvé l'affaire faite par les forçats à mon arrivée.

' Apostis, espèce de poutre carrée qui , gueur, terminent la largeur de l'œuviT régnant de abaque o6lé de ces sortes de bâ- morte c'esl-ànlire de la muraille, «itaée timents de transport, et sur toute leur Ion- hors de la flottaison.

Dans cette lettre, M. le comte Fabio Scotti , envoyé de Parme , supplie les chefs de l'expédition des îles Sainte-Marguerite d en retarder Fattaque, et de s'occuper avant toute chose de faire parvenir à M. le duc de Parme les troupes qu'on lui promet depuis si long-temps , ce prince , faute de ce secours , pouvant être forcé de se joindre aux ennemis de la France. (Prévision qui d'ailleurs se réalisa , ainsi qu'on le verra plus taird.)

Page 1