‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 67 sur 160 · RÉPONSE DE M. LE MARÉCHAL DE VITRY · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. LE MARÉCHAL DE VITRY

Monseigneur,

J'ai reçu la lettre que TOtre éminence m'a fait l'honneur de m'ëcrire; et il est Trai que ce qui est arriTé entre M. de Bordeaux et moi ne serait pas croyable, si je n'aTais été forcé de faire ce que je fis pour repousser l'un et l'autre et empêcher une Tiolence dont il n'y a point d'exemple semblable en personne de ma condition , ni de celle dudit archcTéque , dans le royaume, ni ailleurs dans aucun État. Ce qui est fondé (sans pn^udice de la religion et du respect sacré dû à ceux de sa profession) sur un fondement si Téritable que quand je mourrai je n'aurai point l'âme blessée de cette action en la défense légitime, à quoi tous les hommes sont oMigés, et aTOués dcTant Dieu, et lui-même et' ceux de ma condition surtout , pour celle de là réputation , étant pour cela que l'on meurt et que l'on Tit et qu'on sen bien le roi, et qu'on a le ressentiment que Ton doit aux obligations de ses bienfaiteurs comme j'ai

aux TÔtres, monteigoeiir ; tout homme qui a de Tiioiiiifliir ne yfowbmt et ne pouvant jamais rien faire indigne d'un homme de bien. Je aiq>plie donc trèsrkivnblement votre éminenoe, pour ces coosidérationsqui sont au-dessus de la vie^ et au-dessous desquelles toutes choses sont aussi f si ledit sieur archevêque veut faire passer une supercherie qu'il ae voulait venir faire accooipagné en mon logis et une demande injurieuse en ma maison, à sept heures du matin, étant encore au lit, et une agression violente poitr un homme joflTenaé, et ce par ses artifices; qu'il me soit, de ma part^ permis de remettre devant vos yeux, s'il vous plait, monseigneur, comme k moi qui suis un officier delà conronne : J'^i servi le roi depuis trente-cinq ans avec toute la fidélité passible et respect pour la religion , autant qu'un homme qui en quelque façon craint Dieu le peut et le doit, et à qui jamais, tant jeune qu'il a été, on ne peut reprocher chose quelconque désavantageuse ou mal séante à un homme de sa naissance , et de mettre la vérité de ses déposemens en quelque considération, et de croire^ s'il vous plaît, monseigneur , que si vous affectionnez ledit archevêque pour l'i^inion que votre éminence peut avoir qu'il est , et qu'il est utile a lui témoigner , et , pour le premier , je le devancerai d'autant que je suis homme de bien et de parole, et qu'il est, et par la vérité et par la créance générale , le plus artificieux et le plus déloyal qui vive ; et pour le second, qu'en tenues de service, je crois bien, monseigneur, que par la passion que j'ai à celui de votre éminenee^ que les miens le pourraient bien égaler et quelque chose de plus, si vous me commandes, comme je me promets qu'elle verra par la teneur de mes actions. Ainsi , monseigneur, me faisant la faveur de partagi^ votre protection, soit par raison de justice ou des intérêts de votre éminence, je m'assure qu'elle me couservei^ cette bonté en cette occasion, dejaqudle je tiens déjà tant de bienfaits, et qu'elle m'obligera de cette créance, pour fin que <:e que ledit sieur de Bordeaux , à l'honneur de sa bonne grâce , est tout ce qui me touche en ceci, et qui fera, qu't>Semé même du sou^ venir de son insolence, je ferai, s'y.-.v#us plaît, ainsi comme si je l'avais désobligé, afin de faire voir à votre éminence que, toutes choses cessantes de mon honneur et de m^ ressentiments, 4e n'«i loi ^fm ses

VTTRY. — DEC. 1636. 496 itre tougours^ ma prix de ce qui

est pIo9 difficile y que je apois TéritablemeM,

Monseigneur , . etc.

De Vitry,

JUSTmcATlON DU MARÉCHAL DE VITRY.

M. le marëcharl de Yitry, ne pouvant lai*méme attaquer les ile« sans Gontreveyiir à Tordre qu'il avait reçu de ne s'en pas^ mtier^ contribua pourtant à Teffettle ce dessein de aesaoinsy de sea^onseils et de tout le pouvoir de sa charge , avec tant de franchise qu'il fiit enfin prié par monseigneur l'ardieTéqve de Bordeaux d'être de la partie; oe qu'il accepta ' d'autant plus volontiers qu'il l'avait toujours extrêmement désiré y et qu'il fut assuré que oe serait avec le oonaenteflaant et le bon plaisir dti roi €t de monaeigneur le cardinal; ponr oeteiGrt^ il demanda lès ehos^ absohanent nécessaires à cette entreprise , ai en fit délivrer un état-audit sieur ardMiréque tout conforme à celui que ledit sieur maréchal avaèt envoyé au roi dès le mois de février 4696, et qu'il «avait donné audit «eur archevêque dès son arrivée en Provence. Ledit sieur archevêque accepta , et promit de foire. remettre promptement au pouvoir dudit sieur maréchal tout ce qui était contenu audit état, et sum* le compte des einqnante miUe livres qœ ledit sieur archevêque avait d^ touchées de M. l'éaêque de Nantes des déniera qui avaient été destinés à ce dessein- et levés sur la province; ensuite de quoi ledit sieur niaré«chal résolut, ai^ec M. le comte d'Harcourt, de la forme de l'attaque, du câmaMtndement et des logonents , en présence et du conaentemeiilt dudit sieur archef^qae. *

Ces résolutions ayant été appromrées par sa majesté et par son émi4 nertce , ledit sieur maréchal tira au sort avec M. la comte d'Harcôurt pour l'attaque^ie l'iuiedes pointes, et celle du levant lui étaiii échue, il prit jour poar l'exéeutibn au 10 nonrembre, et, attendant l'elfet de la pitomesBe dodit sieur arélwifOque, il retira les régiments de la Tour, Vaillac et Saint*Andrédes places de leon garnisons, lesquelles il scmplît de diar^uit 'Oenta hommes qui avaient été fonmia par la provinoa;

outre cela il assembla tous ses amis^ oonyoifiia la noblesse, attira la oonsidëration d'honneur tous ceux qui faisaient ou avaient jamais fait profession des armes, et agit en cet endroit avec tant de soin, de promptitude et de prévoyance ^e, dès le 6 de novembre, il logea à trois lieues de Cannes (lieu destiné pour l'embarquement) cent trentesept compagnies de gens de pied , six cents gentilshommes et plus de cinq cents volontaires, tous lestes et bien armés, et prêts à bien feire. Il était absolument nécessaire d'avoir des bateaux pour passer aux tles , des huttes pom* s'y loger , et du canon pour ioraer les ennemis ;. tout cela était compris dans Tétat susdit présenté au roi et audit siaiir archevêque, dont il avait aocordé tout le contenu, outre (fii'il Avait promis dès le mois d'août à M. l'évéque de Naotes, kMTsqu'il eo^^ieçui les chiquante mille livres susdites, de lenir pi*ét tout ce qmî serait né^ cessaire à l'exécution de ce dessein pour le 1 5 de septembre j! mais rien ne s'étant trouvé en état, non pas même à oe jour desbné pour Tat» taque, c'est-À-dire au 10 de novembre, ledit sîear foiK^hal en conçut un regret qui ne se peut imagina: que par les gms de cœur, q^ ^vent combien souffre un courage passionné ,. quand il se voitilans l'impos-* sibilité ide joindre l'ennemi y alors même qu'il est prêt de l'attaquer et qu'il se voit assez fort pour le défaire; et voyant le sensible déplaisir qu'en témoignaient aussi la noblesse et toutes les troupes assemblées, après avoir pressé jusqu'à l'importunité, et fait presser iautilenMOfc par ses amis ledit sieur archevêque de satislaire à sa promesse, il s'avisa d'un nouveau moyen pour faire subsistes ce dessein : it retrancha, pour plus de facilité, le tiers du contenu dans l'état susdit, et fournit du sien propre les poudres et autres munitions de guerre. Tout; cela ne put émouvoir ledit sieur archevêque, ni l'obliger à fipre ce qu'iidevait* Les bateaux sur lesquels il avait le commandement, et qui devaient venir par la mer, n'arrivèrent pas , et ledit sieuc maréchal n'dbttnt de tant de soins , de dépenses et de pressantes poursuites que le déplaisir de se voir prêt à combattre l'ennemi sans pouvoir l'approcher , et le regret extrême de perdre; non sans un notable intérêt de la Provence et de toute la France (dans l'avantage du beau temps-etde la saison), la phisiavo-rable occasion qu'(»i put espérer pour l'exécution de^eelte entreprise*.

' Cependant ee retardement fit éa bruit et pnodiiisit des mûrmui^es et des j^alntes^ qui ohtigèrent ledit âieur archevêque d'avoir œooars aux artifices y dans -lesquels faisant VeiapresÊéf comme s'il n'-dkt été eou-*pahle d'aucune faute, il s'emporta coq|re ledit -sieur maréchal avec des violences et des paroles si peu supportables , qu'encore que ledit sieui* maréchal n'ait pas été teut4i-fait insensible à cette injurey tl s'en est pourtant ééfendu avec tant de modération qu'j} a bien montré que la patienta iaisait une partie de sa générosité , et que lorsqu'il faut servir le roi, il ne voit eto^a^ressent que fert^ peu^ litf' mal qu'on &it à sa personne. Il dissimula donc cette ii^Kre, ef>- continuant- toujoucs dans la passion qu'il avait de vendre service au im eia&i'attaque de ses iks, 'ASa offre dis partager ses tvoupes et son legea^nt, pour fortifier l'attaque di^lL le comte d^Uarcourt, pour assurer par oe moyen/^i'entreprise au péril do^MrpflropIre personne, et pour suppléer ^.eneope un coup, au défaut dudit sieur archevêque ; et de ses profnes 'dimiefis, il se poiirvot de bateaux , de tartanes , de plaanehes et de toutes le» choses qui lui pouvaient être nécessaires; en quoi il. a emjJojfé jusqu'à trente- mille livres du sien f ledit sieur archevêque n'en ayant ya»^ fewm sept mille des citiquâftite mille. qu'M avait touchées de M. l'évéque de Nantes*

Enfin ^ k prévcfyance dudit sieur maréchal et son zèle au service du roi ayant mis toutes choses en état, l'attaque fut résolue^* pour le 6 de décembre; desiMite^u: et tartanes furent donnés aux miyors des eégiments.éiès le 5, les bateaux et tartanes qM .devait fbjapnir ledit sieur archevêque u'arriyèrent que oe jour--Ia, enQOW n'y. en avait-il pas pdwr frire passer ia moitié des tmapes dudit sie«r marédial, qui fussent testées à tétare;^ ledit ^ieuronaréehal ne s'en-^fût paarvu à ses dépens. Les vivres. et munitions leur furent délivrés et embarqués ; et les oixires et commandements furent arrêtés «itre lea^généra^ par des billets réciproques; mais l'injure du temps êt^Jftr t^npête en ayant retardé Texécution, ils se rassemblèrent le 9 du même mois, arrêtèrent entre eux de faire l^yttaque le lendemain 10, de meUre dès la nuit ks vaisseaux en place f de ccmimencer la batterie dès le point du jour , et d'agir en serte (p^e la descente pàt être fiiite ayant tpoîs heureu aipi^ flrfdi ; et apvès <m résolutions ledit sieur maréchal s'étnni retiré en son

qHariîer, fit publies ses. ordres à CatineB et k Antibes pow i'emlMirquement des mariniers, visita loinnème les bateawr et mmnitions, et pourvut à tout avec une diligence incroyable , attendant avec impatience le jour auquel il espérait signaler son courage dans une occasion si ÎB^rtante*

Mais lorsqu'il croyait l'afifaire la plus assurée, il vit son contentement traversé et son eq>érance morte par la mauvaise nouvelle qu'il ap{Hrit de M. le comte de Carees, marëchal-de-camp , et de M. de Lanson, intendant de la justice en Provence , lesquels revenant vers les sept heures du soir du bord de l'amiral , lui rapportèrent que les ga-- 1ères n'avaient plus de pain ; qu'elles ne pouvaient demeurer plus long-^ temps dans leurs postes , et que l'attaque ne pouvant être feite sans elies-, l'entreprise en est par conséquent rompue. Sur quoi ils le priè^ rent de donner aux galères susdites dix mille rations de putn de celui dsnt il avait £iit provisiefi pour la nourriture des troupes qu'il com-' mandait^pour le dessein de l'attaque des lies.

A cette propOlitîon , 4edit sieur maréchal se représenta qu'il ne pou-* tuit, sans préjfudice du service du roi, donner aux uns ce qui était absolument nécessaire auk autres ; que ledit sieur archevêque avait ^nd tort d'avoir laissé tomber les galères dans cette uéeessité ; qu'il n'avait tenu qu'à lui d'y pourvoir, puisqu'il avait été averti par M. le général que les galères susdites n'avaient du pain que pour jusqu'à ce jour ; que lui sieur maréchal avait fait offrir audit sieur archef (que de kû en faire fournir encore deux millo charges , s'ilvouhiit seulement donner sa rescription sur les deux cent mille livres* dues par k ptChvince à la fin de novembre , ce que ledit sieur arehevéque* avait pré* mièrraient accepté ^ et depuis négligé, suivant ses inégalités ordinaire»; que n'ayant que vingt>-qu«tre mille rations de pain, qui n'étaient que pour trotsnu quatre jours; il n'en pouvait donner la 'moitié sans feire un grand tort k ses troupes, et sans les mettre au hasard de ne pouvoir awrvir conformément k ce qu'on pouvait espérer d'elles; qu'après tout, si on lui eût donné avis plus tôt de cette nécessité, il y eût pourvu fitt péril (te-toiA son. bien, et qu'il eût bien* empêché que l'entreprise (ftt rtH!ipue« Et pcwr relever ce troisième défaut, et ne plus relarder delk

en avant le âa^vioe du roÂ, il jampoêa oet expëdiem^ qu'il fiiudniU retenir êenlement doazA gros TOÎsacBinr ndflw l'arsiée navale , l68i|iielft sitf^ Ikaient à l'alta^ae, ^ renvoyant les aittras dans leurs ports , dqiartir i^NTSr munkîons aux çalèpe»; que par oa mojeM elles subsisteraient beaucoup plus longHtemps ^ et l'attaque en serait beaucoup plus assuviée , et qu'-enfin, si on^ne.ieur donnait >djifr pain que pour deux jours ^^^ ce serait abandonner à la disccétiion des ennenus les troupes qui avaient

fait ladesoeufte.

Toutes œs propoNtHiiiS et nûdonnements méritaient au moins une conférence pour le jou» suivant; usais ledit sieuc maréeiial ftit bien étonné quand on lui vîtA dire qne.ledit sieur arcliMéque ^ sans vouloir entrer en considération de ce qui* «e pouarait faire, avait fait puidier la rupture du dessein de l'attaque^ et qu^en^uiteâl avait fait partir vifi|*|cinq vaissîiaux , qu- il suivit dans une ehaioupe sans a^i^ertir les galères , lesquelles se voyant abandonnées partirent dès le matin du lO/apaès la première garda* Ainsi fut rompu le ^dessein de l'attaque par l'imprévoyance dudit sieur aroÉKvé^ie, lorsque ledit sieur maréchal pen«sait encore le Mmettre, comme il tàt ùnt, si ledit sssur arckevéque eût écouté ses ]pM>positious, «u qu'il aùt eu une volonté efficace de (consentir au moins a l'exécnlion de cette entar^fMrke. Des retardements , dont le£t aieur archevécpie a été la seule cause , laissopt à croire qu'il n'oit jamais intention de .&ire mal aux ennemis; en ei&t, les.ba*taanac ne forent assemblés que le SS* de noveiabre, .encore élaiept-*ils dëganûs de rames , et si ledit sieov maréekal ne leur en eût fait fournir à l'inslmt» ilft n'eussent pas été en élat de servir; Les tartanes ne furent un ét^ qu& le «6 déiembiiQe^ et au mène jour elles forent consignées aux ms^ors des régiments. L'ordre pour avoir êm coulevrines ne fut délivré par ledit sieur archevêque que le 2tt novembre, et l'exécution n'en fot faite que le 3 décembre. L'amiral n'arriva au portdfi Théoule, lieu de sa» attaque, que le 1**^ de dj^ceudire^ et encore qu'il y eût du coté de M. le maréchal plus de six miUd hommes , il n'y avait de bateaux que pour deux mille six cents; de sorte que, iuns les tartanes dont M. le maréchal s'étaitc pourvu de ses propres deniers, les troupes eus^ soat été .eontaPuimes de demeurer k tave.

Quant k cette dernière nécessité des galères^ à kiqMHe ledit sieur archevécjBe n'a pas toqIu pourvoir ^ ni par la coiliidération du service du roi^ ni par oelle de M. le général, neveu de monseigneur le o^^ dînai, son bienfaiteur, il y a grande appsfenoe 4|pie c'a élé^n^pièce affectée, d'autant que ledit sieur général fit signifier audit siear archevêque, dès qu'il Ait arrivé dans le«port de Théoule, qu'il n'avait du pain pour les galères que pour un mois , et l'a toujours pressé d'y pourvoir; mais tant s'en faut. que ledit sieur archevêque en ait tenu compte, qu'au contraire il a laissé» tout déftitUir, ledit sieur général n'ayant pi^jobtenir«delui que des «utpris et dis paroles outrageuses.Et de fait quantité d'hoaiiêtes gens sapwt bien <|Ue ledit sieur arohevéïpie dit tout haut que les* galères devtaaseot m qù'elle^^i^urraieiiit devenir; que s'il ne leur fallait qn'udi leskra eu fui bèficuit', il ne leur donnerait pas , et qu'elles lui étaienk'indUMrenles $ pttieédé bien*ix>ntr&ire à celui de M. le maréchal ,*«[uiAvaît^nt; b promesseàM. kgéiséral que, povrsix mille livres en argent, il luî lerait donnw deuat cents duirges de blé , afin qu'en cette occasion les galères fassent en tekt de rendre service^ coMme elles eussent fak si ledit sieur arehevéfne eèt-fcit de son côté ce qu'il était obligé 4le faire.^Gertes, on peut aeenser ledit sielir arcl^véque ou de peu de vérité en qte paroles, ou de peu it fidélité en ses services^ puisque lui-même ayant frit savoir dèale pfeftiier de déoen^M^ qu'il avait soixante-dix mille ratîoBs de patri à Nice ou à AntiÊes, mille charges -de blé à Cannes*, Saiifl«'&opea , Fn^tis^t Toulon, sans celui qu'il attendait de Marseille ^ chiAungnedae, et qu'ayant enfin déclaré dans le conseil de guerre du jour préoé^nt qu'il avait des vivres pour toute l'armée navale, dont les galères font pactîe, fpnr l'Mpace de vingt jours après la descente , ou il n'a pas dit vrai quand il a fait cette déclaration , ou il a voulu rompre le dessein de l'attaque quand il a refusé d'assister l^s galères.

Enfin , trois raisons peuvent aToir porté ledit sieur archevêque à ruiner le dessein de l'attaque des lies : les deux premières sont des effets que la haine produit partout , et la troisième en est un de son intérêt particulier.

La première est qu ayant maltraité M. legénéval en toutes ren-

contres , il a laisaé toiU défaillir afin de rejeter ce manquement sur lui, et, pour satisfaire à sa passion, il a oublié ce qu'il devait au roi et à son éminencje.

La seconde est ra&imosité que ledit sieur archeréque a toujours eue contre ledit sieur maréchal , de laquelle il a rendu des témoignages si évidents qu'il n'a laissé aucun lieu d'en douter , n'y ayant personne qui ne sache qu'il ne lui a jamais fait faire ni ancres ni câbles qui fussent proportionnés aux plates dudit sieur maréchal, eti suite de quoi il s'en perdit une dont ledit sieur archevêque témoigna une joie pareille à celle qu'aurait un bon Français de la perle de quelque vaisseau des ennemis; et outre que ledit sieur maréchal a été contraint de faire venir à ses dépens des officiers de Tartillerie du Languedoc , ledit sieur archevêque ne lui a jamais voulu donner des moules à faire des balles de mousquet, quoique les officiers de l'artillerie de l'armée navale en^ussent quantité, en Mrte que ledk sieur maréchal fut contraint d'employer tous les ouvriers de la provincoijour et nuit, à force d'argent , pour en faire préparer la quantité nécessaire à cette entreprise , et se délivrer de la tyrannie dudit sieiu* archevêque, dont l'animosité et envie prouvée en plusieurs rencontres pareilles fait croire qu'il ne voulait qu'on attaquât les îles , de peur que ledit sieur maréchal n'accrût sa gloire , ajoutant cette belle action ktant d^tres services qu'il a rendus au roi en divers emplois dont sa majesté l'a honoré.

Et la troisième, c'est que ledit sieur archevêque, par la mauvaise conduite qu'il a fait paraître par mer et par terre, ayant laissé la plupart des vaisseaux de l'armée navale dégarnis dcTivres , il savait que la descente étant faite il aenitid^solument nécessaire que les vaisseaux susdits, n'ayant plus de vivres , retournassent dans leurs ports , et que les troupes qui avaient fait la descente, ne pouvant subsister sans leur secours, pour ce que les galères ennemies les eussent empêché de 'tirer le«rs subsistances de la terre , l'armée navale du roi n'y étant plus , demeureraient par conséquent, abandonnées à la discrétion des ennemis , et que ledit sieur archevêque serait effectivement coupable de cet événement.

C'est pourquoi il a mieux aimé trouver des artifices poiu* ruiner ce dessein de l'attaque que de metftre sa mauvaise conduite en évidence , u a6

et se Yoir oonyaincu d'être cause de la perte des troupe» qui auraient fait la descente»

Cette autre pièce , évidemment dictée par un esprit d'animosite contre M. l'archevêque de Bardeaux , mais rédigée avec des formes beaucoup moins acerbes que la précédente, offre un résumé complet des opérations de la flotte française dans la Médi-terranée , et signale plusieurs fautes qui auraient été commises par M. de Sourdis.

DU MANQUEMENT DE L'aTTAQUE DES tLES DE SAINTE-MARGUERITE ET DE SAINT-HONORAT BN LA CÛTE DE PROVENCE. — 1636.

Vers la- fin du mois de juillet de l'année 1636, l'armée navale qui était partie de Belle-Ile vint mouiller l'ancre à la plage d'Hières , et comme elle arriva par un mistral \ et que ce même vent était favorable pour passer outre , on donna aussitôt avis à M. de Bordeaux qu'il y avait vingt -deux galions d'Espagne en Vaye, près Savone, lesquels n'étant nullement en état de défense, il était très4àcile de s'en saisir; mais ledit sieur de Bordeaux s'excusa sur ce qu'il avait, dit-il , ordre de ne partir point des mers de Provence que l'escadre que M. de Nantes faisait préparer à Marseille n'eût joint la flotte de ponant; et, tant sous prétexte de faire aiguade que pour attendre l'encadre susdite > ladite flotte leva l'ancre et s'en alla dans le golfe de Toulon , où elle fit de l'eau et où quelques vaisseaux s'accommodèrent des choses dont ils avaient besoin.

Pendant le séjour de ladite flotte de ponant, tant au golfe de Toulon qu'à la plage d'Hières, M. de Bordeaux vint voir deux fois M. le maréchal de Vitry, à Cuers, j>ù il était lors, à cause d'une assemblée de communautés qui s'y tenait pour le service du roi. Et faisant semblant d'ajuster la manière dont ledit sieur maréchal et M. le comte d'Harcourt se pourraient entrevoir^ il agissait de sorte que

. • Yent du N.-O.

RELATION VÉWTABLE. ^ DÉCEMBRE 1636. d#a

cette entreTue ae rendait toujours plus difficile , bien que ledit sîeur comte d'Harcourt et ledit sieur maréchal fussent en parfaite intelligenoe, et que le dernier se fût résolu d'abord avec une franchise tout entière d'aller voir l'autre sur l'amiral, accompagné de trois ou quatre des »ens seulement, et sans autres témoins; mais ledit sieur de Bor-^ deaux ayant voulu traiter cette entrevue comme une affaire d'importance et la mettre en négociation , chacun se tint ferme dans l'intérêt de la dignité de sa charge; il n'y eut depuis aucun moy^i de les rajuster que par des compliments et des visites qu'ils se faisaient faire l'un l'autre, jusques à ce que l'armée navalie étant partie du Goui^ea» pour aller à Gènes, ledit sieur maréchal alla voir M. le comte d'Har<court sur l'amiral, dans le port de Villifranche, après plusieurs civilités réciproques, ayant jugé que le service du roi le requérait ain«.

Durant que les choses passaient de la sorte entre MM. d'Harcourt et de Bordeaux , voyant qu'ib ne trouvaient pas le nombre de vaisseaux , les tartanes arrivées , ni les quatre mille hommes qu'on leur avait fait espérer de trouver tout prêts pour joindre à leur flotte , et delà passer à l'exécution de quelque entreprise de conséquence , résolurent d'envoyer quelqu'un vers M. de Savoie pom* lui faire leurs compliments, lui rendre une dépêche du roi, et, en lui offrant tout ce qui dépendait de Farmée navale, lui demander ses avis de ce qu'elle pourrait plus utilement entreprendre pour le service de sa, majesté. Le sieur Diqilessi&JBesançon fut nommé pour cela ; M. lexuaréchai de Vitry le trouva bon, et lui donna des dépêches et l'instructibii nécessaire pour cet effet; mais étant arrivé vers ledit sieur maréchal pour prendre les sienne et recevoir ses commandements , il arriva qu'en ce même temps les divers et pressants avis que ledit si^ur maréchal reçut des desseins des ennemis du coté de l'embouchure du Rhône l'obligèrent d'y envoyer en diligence ledit sieur Duplessis pour voir les moyens qu'il y aurait de s'y opposer, et fiûre travailler au plus tôt où il jugerait qu'il en serait besoin, lui en domiant un commandement par écrit , pour le décharger envers lesdits sieurs d'Harcourt et de Bordeaux du voyage dont il avait été chargé par eux , et qui fut (ait depuis par le ^ieur Lequeux, contrôleur général de la

marine , après que ledit sieur Duplessis eut renvoyé dès le jour même par ledit sieur Lequeux toute la dépêche qui lui avait été donnée ; et ce fut de là que ledit sieur de Bordeaux prit occasion de commencer a vouloir mal audit sieur Duplessis, comme s'il eût pu refuser d'obéir audit sieur maréchal , sous lequel il faisait les charges d'intendant de bataille et d'intendant des fortifications de la province.

Il faut noter ici que jamais le maréchal de Vitry n'eut avis de la part du roi que l'armée navale de sa majesté dût passer en Provence, tant s'en faut qu'il eût pu tenir quatre mille hommes prêts pour embarquer dessus, et d'autant moins que ce nombre n'était pas seulement dans toutes les troupes cpii s'y trouvaient pour lors, où vingt-deux places de garnison en demandaient davantage pour la sûreté de la province.

Environ le 1 2 ou le 4 5 d'août , la susdite armée navale fit voile et s'en alla mouiller au Gourgcssin, à la vue des lies de^Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat , où, le même jour et les deux suivants , l'escadre de Provence, composée de douze vaisseaux , se rendit aussi^ ne faisant plus qu'un corps d'armée avec la flotte du ponant, et où le tout séjourna jusques à la fin du susdit mois d'août.

Durant ce temps, il fut proposé d'attaquer les iles, comme étant la chose que sa majesté avait le plus à cœur, .et pour Isfquelle apparemment toute cette dépense de mer avait été faite; et parce qu'il y avait quantité de préparatifs à faire auparavant , on envoya en dili|;encè le sieur Duplessis-Besanoon pour en donner les mémoires. Il arrive, il les donne, M. de Bordeaux se charge de les faire exécuter, moyennant 5,000 livres, que M. de Nantes s'engagea de lui faire fournir dans lè 1 5 septembre suivant; et pour cet efTet ledit sieur de Bordeaux envoie un commissaire de la marine et quelques autres personnes en divers lieux de la cote, mais avec si peu d'argent et des ordres si souvent changés et rechangés qu'au lieu que tout devait être prêt au 1 5 du mois susdit, et que dans cette précipitation de temps il ne voulut jamais que ledit sieur Duplessis fit travailler à certaines pièces trèsutiles à ce dessein , parce que le* entrepreneurs ne les pouvaient rendre qu'au 20 du même mois , il est arrivé néanmoins que le dernier

RELATION VÉRITABLE. — DÉŒMBRE 1636. 2K

octobre tout ce.^i avait été commencé n'était pas encore en état d'être embarqué seulement.

Le 29 d'août , . toute l'armée fit voile du coté de la rivière de Gènes ^ où ce qu'elle fît e^t si public qu'il serait inutile d'en parler, tant ce voyage fut fait hors de propos et avec peu d'avantage et de fondement.

Or, comme il avait été proposé quelquefois au maréchal de Vitrjr d'entrer ^en part avec le comte d'Harcourt pour l'attaque des lies , tant pour prétendre que cette entreprise ne pouvait regarder que lui seul pour se devoir exécuter dans l'étendue de son gouvernement, que parce qu'il n'y avait encore aucun ordre du roi, il ne fut rien résolu du particulier de cette attaque; mais afin d'être assuré des intentions de sa majesté sur une affaire de cette- conséquence, en attendant le retour de l'armée navale pendant qu'on travaillerait aux préparatifs de ce dessein, ledit sieur maréchal dépécha ledit sieur Duplessis à la cour, chargé d'une instruction signée de lui, les deux principaux articles de laquelle contenaient en substance la difficulté de cette attaque, attendu le grand nombre de galères ennemies qui étaient nour vellement arrivées dans le frioul qui sépare les deux, iles , contre tout plein d'autres empêchements essentiels, et la proposition de faire un fort auprès de Mourgues pour ôter l'usage de son port aux ennemis , et par ce moyen, en leur ôtant l'aisanœ et la^CMunodité de rafraîchir leadites îles, s'ouvrir le chemin d$ s'en saisir indubitablement.

' Ledit sieur Duplessis fait son voyage f l'atts^qiue d^s iles n'est point jugée faisable en ce temps-tà pour plusieurs raispns ; on résout le fort de Mourgues comm^ très-utile et très-important , et ledit sieur Dufdessis s'en revient avec un fonds de cent mille livres pour cet effet, ordre à M. le comte d'Harcourt -d'en faire exécuter le dessein, et à M. le maréchal de Yitry de l'assister de troupes et de tout ce qui pourrait dépendre de lui , sans se mêler d'autre chose que de la conservation de son gouvernement pendant qu'on serait attaché à laconstruction dudit fort.

Le sieur Dufdessis étant de netow^nviron le 24 septembre , il donne au maréchal de Vitry les dépêches qu'il avait pour lui ; et ledit sieur

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maréchal ^^étant aussitôt mis eu devoir d'y obéir^ ledit sieur Bupdessîs s'avance à Nice dès le lendemain avec le sieur Perrault,* acoMtipagpië duquel il était retourné de la cour. Sept ou huit jours après , l'armée navale arrive à Villefranche, où les ordres qu'ils avaient apportés pour M. le comte d'Harcourt et de Bordeaux leur ayant été rendus, et Tin* tention du roi paraissant , pour faire le fort de Mourgues avec plus de sûreté, que M. de Savoie déposât la Turbie entre les mains des troupes de sa majesté , le sieur Puplessis fîit envoyé pour ce si^et vers M. k marquis de Bagnasco, gouverneur du comté de Nice; mais ledit sieur marquis n'ayant ordre de son maître que de recevoir lesdites ti*oupes dans un petit village qui est tout joignant à la Turbie ^ et.de contribuer au surplus en payant toutes les commodités nécessaires à la construction dudit fort qui se pourraient rencontrer dans l'étendue de sa chaîne f MM. d'Harcourt et de Bordeaux estimèrent à propos que ledit sieur Duplessis fît un voyage auprès de M. de Savoie pour traiter doucement avec lui cette affaire de la Turbie par l'entremise de M. d'Émery ; mais la dépêche étant faite^ et lui prêt à partir^ son voyage fut interrompu par ledit sieur de Bordeaux , et fut trouvé bon de n'y envoyer en sa place qu'un des gardes de M. le comte d'Harcourt seulement, auquel il fut commandé de ne s'adresser qu'audit sieur d'Êmery. Ledit garde iait le voyage , chargé des lettres qui parlaient de l'^iyoi dudit sieur Duplessis, lequel ne paraissait point» Cette procédure fut trouvée fort mauvaise de s<m alf^sse* -

En attendant le retour dudit garde, comme les dépêches du roi témoignaient toujours que le but principal de sa majesté était l'atta^pie des iles , en cas qu'il se trouvât occasion de l'exécuter, et que la construction du fort de Mourgues, quoique jugée très-importante, n'était pas positivement commandée, mais seulement comme un acheminement à ladite attaque, M. de Bordeaux, sans con«dérer autrement que l'effet dudit fort, qui se pouvait faire en moins d'un mois, était la sûreté du succès d'icelle, au lieu de commencer par ledit fort, tourna toutes ses pensées sur les iles, et, ^it pour ea 4aire mieux réussir le dessein, ou pour avoir plus de matière de suivre soti animosité dans celui-ci que dans l'autre, étant maitre des préparalife de» bateaux et de toutes les

assistantes maritimes, il se propose d'y engager le maréchal de Yitry, duquel ia passion et l'affection pour cette entreprise étant connues audit sieur de Bordeaux , il ne doute point à venir à bout de cette pensée; pour cet effet, il partdJAntibes à l'entrée de la nuitet va trouver ledit sieur maréchal à Cannes , accompagné des sieurs Duplessis , Ferrault et Loynes, l'un des secrétaires de son éminence, et, lui ayant demandé son avis de ce qu'il y avait à faire en cette conjoncture pour le service de^sa majesté , ne répondant pas a sa fantaisie , il lui déclare que la principale volonté du roi étant l'attaque des iles, et le fort de Mourgues seulement un moyen pour y parvenir, le premier dessein étant jugé de plusieurs aussi facile que l'autre , qu'il fallait s'attacher au jrfus important. Le maréchal de Yitry applaudit k cette pensée (sans toutefois s'expliquer au regard de la fhcilité), si tant est que le roi l'approuve; et M. de Bordeaux, pour lui confirmer davantage et !e prendre par le faible commun à tous les honnêtes gens , lui dit que tout ce qui sei^ait facile, s'il était de la partie, se trouverait impossible sans lui ; que des deux attaques qu'il faudrait faire, on lui en offrait une, et que M. le comte d'Harcourt même l'en viendrait prier, s'il voulait , tant il le jugeait nécessaire à cette action , et pour le besoin qu'on avait de son interposition,- et pour l'estime qu'il faisait avec tout le monde de son expérience . et de sa conduite; que pour cet effet ils en écriraient tous à la cour par le sieur de Loynes , afm que le commandement lui en fût envoyé, puisqu'il témoignait ne s'en pouvoir mêler autrement après les ordi^es qu'il avait reçus par le sieur Dfpiessis. Le maréchal de Vitry accepte non seulement afvec joie , mais encore avec chaleur, cette proposition , pour laquelle il avait déjà fait tant d'instance , écrit au roi et à son éminence en conformité d'icelle ^ et ledit sieur de Loynes part deux jduH après pour cela. ^ Peu de jours après, M. de Nantes, auquel on a écrit de la cour de 9'en retourner auprès du roi et de son éminence, en prend aussi le chemin, et le garde qu'on avait envoyé à Turin retourne, mais non pas avec une réponse décisive sur le sujet di^^on voyage. Ce qui fut cause qu'on prit nouvelle résolution d'y envoyer le sieur Duplessis, après avoir étëreconnaitre pour la seconéb-ftm (mais plus exactement que la premièrey

suivant l'ordre qu'il en avait eu de M. de Nantes ^ avant l'arrivée de l'armëe navale ) la situation des environs de Mourgues^ et de l'émi* nence sur laquelle se devait faire le fort dont était question : ce qu'il fit avec une satisfaction tout entière ^ par le moyen que lui en donna le marquis de Bagnasco , accompagné du sieur de Saint-Étienne ^ lieutenant-cplonel du régiment des Iles.

Ledit siem* Duplessis fait donc le voyage de Turin et revient au bout de dix ou douze jours, et, par l'entremise de M. d'Émery, sa négociation (ut si heureuse qu'il en rapporta des ordres au susdit marquis très4avorables sur tout ce qu'on pouvait désirer de son maître avec raison , tant pour la sûreté des troupes du roi que pour faciliter l'exécution du fort susdit ; mais , arrivant à Nice , ledit sieur marquis de Bagnasco lui dit qu'on avait changé de dessein , et que lés ordres du roi ( que M. de Bordeaux lui avait montrés ) étaient venus le jour précédent exprès et positifs pour l'attaque des îles, concurremment entre MM. le comte d'Harcourt et maréchal de Yitry ; qu'ils avalent déjà tiré au sort pour les divers lieux de leurs attaques, et que la pointe de levant de l'Ile Sainte- Mai^^uerite était échue audit sieur maréchal , di/quel ledit sieur Duplessis reçut en même temps uqe lettre portant de se rendre en diligence près de lui.

Le lendemain, ledit sieui* Su^essis .vint trouver MM. le comte d'Harcourt et de Bordeaux , qui étaient à Antibes , où il leur rendît compte de son voyage, et puis s'en alla trouver M. le maréchal de Vitry à Cannes.

Quelques jours auparavant le voyage du sieur Duplessis- à Turin , l'affaire du fort de Mourgues étant pour lors la première sur le tapis , et ledit sieur maréchal ayant ordre d'assister de troupes mondit sieur le comte d'Harcourt , il commanda audit sieur Duplessis de l'aller voir de sa part et lui offrir vingt compagnies de gens de pied des meilleurs corps qui fussent dans la province, la subsistance et vivres qui leur seraient nécessaires rendus à Nice ou à Y illefranche, ce qui iîit exé* cuté par ledit sieur Duplessis en présence de M. de Bordeaux et de plusieurs autres, bien que ledit sieur maréchal eût déjà donné neuf cents hommes effectifs à M. de Nantes pour les vaisseaux de l'escadre de

Provence , et six compagnies pour ceux de la flotte de ponant , avant que l'atTnée partit du Gourgean pour le voyage de la rivière de Gènes.

Environ la fin d'octobre, M. de Bordeaux donne ordre audit sieur Eiuplessis de s'en aller à Saint-Tropez , où l'on travaillait à diverses choses pour l'attaque des lies : H s'y en va ; il y trouve assez de besogne commencée y mais rien d'achevé, faute d'intelligence et d'argent; néanmoins on lui mande qu'il fasse tout embarquer en l'état qu'il est sur partie des cinquante-^eux tartanes que le maréchal de Vitry avait fait fournir soùs ses brdres aux places maritimes de son gouvernement, pour servir dans l'armée navale, et même pour faire remorquer au Gourgean ou au Théoule les deux plates qui avaient été faites audit Saint-Tropez (car, pour la troisième aussi bien qu'une semblable qui se faisait à*Antibes, elles se commençaient seulement ) ; mais il était hors de moyen d'exécuter l'un ni l'autre, tant parce qu'il n'y av^it presque rien de prêt a embarquer qui ne fût imparfait , qu'à cause que le temps était contraire.

Le lendemain- ledit sieur Duplessis reçoit des lettres desdits sieurs comte d'Harcourt et de Bordeaux, portant de les venir trouver en diligence à Antibes, pour affaires très-importantes au service du roi; ce qu'il fit tout a l'heure en compagnie du sieur Lequeux; mais étant arrivé près d'eux et leur ayant rendu compte de ce qu'il avait vu à Saint-Tropez , voyant qb'ils n'avaient autre chose à lui dire , il en prit congé pour s'en retourner vers M. le jnaréchal de Vitry à Cannes.

Depuis le retour du sieur Duplessis de Turin jusques au commencement de novembre , on s'était assemblé souvent en divers lieux pour conférer des affaires, mais toujours sans en parler que généralement, sans proposer ni mettre en délibération rien de particulier, sans prendre les avis de personne , et enfin plutôt pour la forme et pour l'éclat que pour en tirer aucune bonne résolution ; aussi les principaux officiers tant de terre que de mer rfy étaient point appelés , excepté une seule fois à Antibes, où il ne fut parlé que de la force où les régiments étaient pour lors ( méthode bien . éloignée de celle qui se I. ^ a?

doit pratiquer en un oonaeil bien réglé )• Cependant M. le maréchal de Vitry allait de deux jours l'un audit Antibes, tant pour presser M. de Bordeaux de faire embarquer le peu de préparatifs^ k quoi il était restreint pour abréger , voyant qu'il n'en pouvait tirer autre chose , que pour en faire achever quantité de» plus importantes , lesquelles fort inutilement, et comme si ce n'eût été que pour les étaler en public p y avaient été apportées la plupart imparfaites, pour montrer la confusion et la mauvaise conduite de ceux qui s'en étaienk mêlés.

Enfin , M» de Bordeaux se voyant tous les jours pressé de plus par les continuelles instances dudit sieur maréchal , OFdonne cinq ou six tartanes des plus petites pour embarquer ses préparatifs , l'une desquelles se trouve si bonne que d'elle-même on la vit couler à fond dans le port aussitôt qu'elle fut chargée; ledit sieur maréchal lui en &it des reproches , et le jour auparavant ledit sieur Duplessi^ étant allé voir de sa part ledit sieur de Bordeaux en compagnie de M. de Cast^lan pour concerter avec lui de la iaçon de recevoir les préparatifs susdits, et se voyant par ce moyen au bout de ses affaires , il lui dit que c'était lui qui empêchait que ledit sieur maréchal n'en passât par le biais qu'il eût bien voulu; et que pour témoigner ce qu'il enci*oyait il avait déjà écrit à son éminence que si les tles n'étaient point attaquées, ledit sieur Duplessis en serait la cause» A quoi ledit sieur répondit qu'il était bien marri qu'il eût cette créance de lui sans sujets mais que servant le roi comme il devait , il n'en avait pas beaucoup d'apfHréhender ses mauvais offices, et que tout cela n'était qu'une suite de l'animosité qu'il avait conçue contre lui pour avoir vu trop clair en sa conduite.

Or comme ledit sieur de Bordeaux publiait incessamment que tout ce qui était commis à son soin était prêt^ et qu'il ne tenait plus qu'au retour des galères du roi et aux gens de guerre qu'il ne se fit quelque chose, le maréchal de Vitry, afin qu'il ne défeillit rien de sa part, fit aussitôt avancer les troupes en des quartiers s^proches de la mer qu'en quatre heures elles pouvaient être mandées et arrivées au lieu de leur embarquement, bien qu'il fût néanmoins très-vrai qu'il n'y eûtenoore rien d'embarqué des préparatifs ni pour une attaque ni pour l'autre.

^«"^■^arr

Cependant on fait Tenir au Gourgean et au Théoule l'armée naTale, qui n'avait bougé de Villefiranche depuis son retour de la rivière de Gènes, et cela contre l'opinion des plus avisés , notamment du maréchal de Vitry : chacun jugeant que tant qu'elle serait là , les ennemis qui avaient jalousie pour le dessein du fort de Mourgues , pour Mour* Ifoes même , et pour le secoua de Parme , dont il se parlait déjà , ïie feraient aucun effet au regard des lies , craignant de se mettre à dos une si dangereuse suite ; mais qu'elle ne serait pas plus tôt arrivée aux ports susdits, que , par cette action , le masque entièrement levé pour l'attaque des iles, leurs galères n'y vinssent aussitôt jeter un nouveau rafraîchissement d'hommes et die vivres: ce qui arriva trois jours après comme il avait été prévu , lesdites galères y étant venues au nombre de trente-^trois , où elles séjournèrent quatorze ou quinze jours.

Gela vu, chacun tient l'attaque pour échouée; mais le maréchal de Vitry seul, qui avait de bons avis de leurs nécessités et comme il était impossible qu'elles y pussent demeurer long-temps, sachant d'ailleurs que le retour de celles du roi s'approchait, presse plus que jamais M. de Bordeaux d'envoyer en diligence le long de la côte , afin que les bateaux et tartanes nécessaires pour l'embarquement des gens de guerre pussent venir avec elles; donne ordre qu'on lui en loue jusques à trente-deux de l'une et de l'autre espèce à ses dépens , pour n'y manquer pas d'une chose sans laquelle tout le reste était inutile. Là*dessus M. de Bordeaux assure qu'on ne manquera de rien , mais que ledit sieur maréchal ne s'y voulant pas autrement fier, continue de l'aller voir de deux jours l'un à Antibes, étant bien averti que tout allait fort lentement, que le peu de préparatifs qu'on lui devait donner pour le premier besoin de la descente n'était encore demi-embarqué ( quoiqu'il eût commis le sieur de Bonnefous , ingénieur du roi audit Antibes, pour en tenir conseil), et que toutes les promesses dudit sieur de Bordeaux ne produisaient que des paroles sans efTet , il commence à lai témoigner que ce retanlement le ftche pour le service du roi , et lui dit nettement, en présence de M. le comte d'Harcoui^ et du sieur de Castelan , que si les choses ne s'avancent d'autre façon il sera con-

traint de dépécher en diligence vers sa majesté pour rinformer des yéritables causes du manquement qui en pourrait arriver^ Enfin tout s'accommode , et ils se séparent aucunement satisfaits Tun de l'autre en apparence , bien que dan^ le fond il en fût tout autrement , et qu'il y eût bien plus d'un mois que * ledit sieur maréchal commençât k se plaindre des lenteurs, délais et confusions dans lesquek il voyait que les affaires étaient menées.

Les galères des ennemis ayant demeuré, comme dit est, quatorze ou quinze jours dans le frioul des. îles , elles font voile du coté de Mour^ gués, et celles du roi paraissant en même temps vers Cap-Roux * avec les trois plates de Saint-Tropez et quantité de bateaux. Le lendemain le sieur Duplessis se trouvant dans la chambre de l'amiral , M. de Boixleaux lui tint ce discours : ce Voici le Jtemps arrivé que nous avons si long-temps attendu ; je vous envoyais chercher pour vous dire que vous donniez ordre qu'il y ait dès aujourd'hui des mariniers prêts pour conduire ici vos trois plates d' Antibes, parce que tous les nôtres disent que n'en ayant jamais vu de la sorte, ils ne s'en veulent pas mêler, » ajoutant que le temps était beau pour les faire venir, et qu'il y avait des galères pour les remorquer. Ledit sieur Duplessis lui répond que la nouveauté des plates n'empêchait pas le service qu'on en devait espérer, mais qu'il le priait de considérer qu'étant vaisseaux faits pour le beau temps , comme il fallait nécessairement que fût celui de l'attaque des îles, il lui semblait qu'il n'était pas à propos de les tirer d'un bon port pour les faire venir au Gourgean que tout n'y fût prêt, craignant qu'elles ne se perdissent si quelque bourrasque les y surprenait , joint que n'ayant ni câbles ni ancres depuis un mois , puisqu'il en avait demandé pour leur sûreté , il serait à désirer qu'elles en fussent pourvues dès Antibes. Qu'il savait bien que les choses n'étaient pas encore en état de rien faire de plus de huit jours, et que pendant ce terme elles pourraient courir fortune. Là-dessus M. de Bordeaux insiste qu'il faut les envoyer quérir dès le jour même , et qu'en étant l'auteur, c'est à lui de se pourvoir de mariniers pour les gouverner. Ledit sieur Duplessis lui répond que M. le mafécfaal de Yitry ,

' Cap-Roux sur la côte O. de 111e de Corse.

RELATION VÉJUTABLE. — DÉCEMBRE 1636. 213

et non lui y ayant Tautorité nëoessaire pour cet effet, y donnerait ordre au. plus tôt; ce qui fut fait dès le lendemain, et lesdites plates forent menées au Gourgean par les galères, où elles demeurèrent sans câbles ni ancres durant vingt-quatre heures k la merci de la mer, au bout desquelles M. le maréchal de Vitry ayant prié M. de Lianson d'en écrire à M. le comte d'Harcourt en l'absence dudit sieur de Bordeaux , le dernier y donna si* bon ordre et les équipa si bien que quelques jours après un orage de labesche étant survenu, il s'en perdjt une des grandes, et les deux autres ayant couru la même fortune furent enfin sauvées par les soins et diligence dudit sieur maréchal de Vitry.

l)n jour après que les galères du roi furent arrivées, M; lem* général fut trouver M. de Bordeaux et lui protesta publiquement qu'il avait apporté des vivres pour trente^ix jours, mais qu'en ayant demem^é sept ou huit k venir à cause du mauvais temps et de ce qu^il avait eu à faire en chemin, et lui en Êdlant quatre ou cinq pour son retour, il donnât ordre de se servir d'elles pendant le reste du temps, ou qu'il pourvût de bonne heure à lui donner moyen de demeurer plus longuement à la mer : que d'ailleurs il faisait fort beau pour attaquer les iles, et qu'il ne pourrait plus dire qu'il ne tenait qu'aux galères qu'on ne les attaquât. Là-dessus M. de Boixleaux assure plus que jamais que tout est prêt, et que dans deux jours pour le plus tard les bateaux et tartanes nécessaires à l'embarquement des troupes seraient à leur rendez-vous.

Cependant il arrivait souvent des courriers du côté de la cour pour presser l'affaire ; M. de Frémicourt était arrivé nouvellement pour cela, et' toutefois , jusques au 24 de novembre , les bateaux et tartanes susdites ne paraissaient point; enfin, comme M. le maréchal de Vitry pressait toujours davantage afin de se servir 'des beaux jours qu'il faisait, qui avaient duré depuis le 25 et qui duraient encore , craignant les injures du temps et de la saison où l'on commençait d'entrer, M. de Lanson l'assura de la part de M. de Bordeaux que ceux qui étaient destinés pour son attaque étaient arrivés au Gourgean. Aussitôt, et ce fut le 26, ledit maréchal y envoie M. le comte de Carces et le siem* Duplessis poiiren faire la vistfte : ils y vont, ils y troiivent nonante-sept bateaux et dix qu'on leur assure y devoir être le lendemain , mais

presque tous dépomrus de la moitié des rames qui leur iaùaient besoin. Quant aux tartanes^ elles sont invisibles , excepté neuf qui étaient chargées des préparatifs qu'on avait donnés audit sieur maréclial et des munitions de guerre et de bouche dont il s'était pourvu.

M. de Bordeaux devait aussi fournir quatre coulevrines avec leur équipage audit sieur maréchal pour son attaque ; on le presse d*y satisfaire, mais quelque diligence que pussent apporta les officiers de l'artillerie , jamais on ne put rien avoir pour ce regard avant le 4 décembre^ quoiqu'il^ eût plus de trois semaines qu'ils fassent après pour cela.

Le 29 de novembre, M. le maréchal envoie le sieur Firévôt-Dumas pour faire la revue des bateaux et tartanes qu'on disait être sur le lieu de l'embarquement sans qu'il en manquât une seule; mais il trouva que desdites tartanes il défaillait encore celles qui avaient été promises par M. de Bordeaux pour porter quatre cent cinquante hommes en la place de la plate qui s'était perdue au Gourgean ; néanmoins, pour ne différer plus long-temps l'attaque des lies , ledit sieur maréchal se résolut de laisser plutôt sept ou huit cents hommes en terre; et voyant que lesdits bateaux manquaient toujours de rames, quelques instances qu'il (It de les en faire pourvoir, il ordonne aux consuls d'Antibes d'en cherdier dans les maisons des particuliers; lesdits consuls en trouvent, et on les donne à ceux qui en avaient la conduite, ûiisant en même temps la répartition des tartanes et bateaux aux troupes suivant le nombre des hommes qu'on en pourrait prendre ; et arrivé le premier ou second de décembre, on les fait distribuer à leurs miajors, ensemble les outils, les échelles et les autres choses plus pressantes, avec, ordre d'y poser des gardes. Gela fait dès le 9, le jour de l'attaque est résolu entre MM. les comte d'Haroourt et maréchal de Vitry pour le 6 en suivant, qui était le jour de- la Saint-Nicolas; le tout en présence des sieura de Lanson, de Frémicourt et de Baume ( qui était arrivé depuis peu de la cour ) ettle tous les officiers de l'armée. Pour cet effet, ledit sieur de Baume apporta le lendemain matin, le 4 décembre, au maréchal de Vitry le mot de M. le-comte d'Haroourt, pour jusques au 20 à commencer du samedi 6 dudit mois, et

ledit sieur maréehal lui envoya le sien pour pareil temps. Là-clessus chacun se prépaie tout de bon ; les derniers ordres de l'attaque sont donnes, quelques yaisseaux qui devaient passer du Gourgean au Théoule et au contfoire font en diligence la navigation nécessaire à ce changement avec l'assistance des galères , et les troupes sont mandées sur le bord dé la mer pour s'embarquer; mais un orage de hibesche s'étant levé dans la nuit du 6 au 7 avec de très-grandes pluies, il fallut différer nécessairement, renvoyer lesdites troupes en leurs quartiers et remettre la partie jusqu'au premier beau temps.

La nuit du 7 au B le beau temps étant revenu, M. de Baume vint trouver M. le maréchal de Vitry le matin ensuivant de la part de M. le comte d'Harcourt , afin qu'ils se pussent voir le matin même sur le bord de la mer, entre Cannes et le port de Théoule, pour y convenir derechef du jour de l'attaque. Ils s'y trouvent tous deux sur les neuf heures, accompagnés de MM. de Lanson, de Baume, de Frémioourt et de tous les officiers de l'armée, où, après plusieurs téiùoignages d'amitié reçus et donnés de part et d'autre, il fut enfin résolu que dès le soir tous les vaisseaux qui étaient audit -port de Théoule commenceraient de passer du côté du Gourgean, afin qu'avant le jour tous les postes qu'ils devaient prendre pour favoriser l'action fu^^nt occupés ; qu'il ne se ferait qu'une seule attaque , et que toutes les troupes, tant de l'un que de l'autre, feraient leur descente ensemble à la pointe de levant de l'ile Sainte-Marguerite avec le commandement absolu de la part des généraux et das officiers publics , ainsi que ledit sieur maréchal l'avait toujom^s estimé fort à propos , tant pour ëixe plus puissants en un seul endroit que divisés , que pour avoir plus de moyens de s'opposer à l'effort des galères ennemies , tous les vaisseaux se trouvant unis , et garder phjs facilement l'entrée du Gourgean.

La chose ainsi résolue, M. le comte de Carces et M. de Lanson furent commis par M. le comte d'Harcourt d'aller avec lui sur l'amiral pour savoir de M. de Bordeaux l'état de la subsistance des vaisseaux , des galères et des troupes qui avaient été premièrement destinées à l'attaque dudit si^ur comte d'Gbrcom^t , dont la plupart étaient venues de Languedoc un m<Hs auparavant ( car pour celles du inai^échal de Y iltry^

ledit sieur maréchal y avait donné bon ordre à Tavance^ pour empêcher que le service du roi ne reçût aucun retardement de sa part )• Us vont donc sur l'amiral y où, après avoir assemblé les capitaines de l'armée navale, M. le général des galères et M. le bailli' de Fourbin, M. de Bordeaux, font voir par extrait de ses provisions , qu'il avait de quoi faire subsister ladite armée, partie jusqu'au mois de mars, partie jusqu'à la fin de l'année , et du pain pour huit ou dix jours aux troupes de M. le comte d'Harcourt; mais les galères- n'en ayant plus que pour le lendemain 9, et ledit sieur de Bordeaux protestant ne les en pouvoir assister que de cent cinquante quintaux pour le plus (qui n'était que pour deux jom*s auxdites galères , et qu'encore les faudrait-il prendre sur celui qu'il avait destiné pour lesdites troupes ) , on prie MM. de Lanson^ de Baume, de Frémioom*t, de voir le soir même M. le maréchal de Vitry, pour savoir de lui, s'il ne pouvait point les en accommoder, d'envoyer quatre cent cinquante quintaux pour faire aller lesdites galères jusqu'au 16 ou 17 , pendant lequel temps l'on en faisait à Fréjus, à Saint-Tropez, de quoi les faire vivre du jour à la journée , ainsi que les avis du sieur président Seguiran le faisaient espérer.

Us vont donc trouver ledit sieur maréchal, auquel ayant fait la proposition et demandes susdites , il leur répondit que tout ce qu'il avait de pain pour ses troupes , tant pour faire un peu de provision dans les iles que pour leur distribuera rembarquement, ne montait pas h ce nombre; il leur offre ensuite de leur faire ouvrir les magasins pour en voir la vérité, leur témoignant au surplus que la passion qu'il a pour cette affaire était cause qu'il avait déjà fait donner à Fréjus deux cents charges de blé pour lesdites galères , et une promesse pure et* simple de deux mille écus à M. leur général pour trouver de l'aident dessus } que, pour son regard, ses moyens présents ni ses provisions ne pouvaient s'étendre à davantage , mais qu'il lui semblaitque le meilleur expédient qu'il y eût à prendre en cette nécessité , était que puisque Farmée navale avait encore beaucoup de vivres , il ne fallait que retirer quinze ou vingt des plus grands vaisseaux, et laissant auxdits de quoi s'en retom*ner àToidon, prendre le reste de leurs victuailles pour les galères; et que par ce moyen

elles en seraient pourvues pour plus de temps qu'on n'aurait besoin de leur présence.

Avec cette réponse , MM. de Baume et de Frémîcourt s'en retournent aussitôt à l'amiral , et-reviennent le lendemain matin avec une offre par écrit de M. de Bordeaux , qui portait que si M. le maréchal de Y itry lui voulait sincèrement remettre toutes ses pix)visions , les fours et les moulins qui étaient en sa puissance , il s'engageait de faire subsister les vaisseaux, le6 galère et généralement toutes les troupes dudit sieur maréchal et de M» le comte d'Harcpurt, jusqu'à la fin de Tannée. Mais comme cette proposition n'était qu'une chimère incapable de produire aucun bon effet , tant pour le temps qu'il y fallait perdre que pour Fimpossibilité de la chose , et que d'ailleurs ce qui s^était passé entre ledit sieur maréchal et M. de Bordeaux ne permettant pas au premier de prendre aucune confiance à l'autre , ledit sieur maréchal ne jugea pas aussi la devoir accepter et commettre son honneur et la sûreté des troupes qui étaient sous sa charge entre les mains de son ennemi , puisque c'était à lui de répondre de tout ce qui en pouvait arriver au préjudice du service du roi et repos de son gouvernement , et que le blâme ou plutôt le crime qu'en pourrait encourir M. de Bordeaux ne l'en pommait pas garantir; enfin, après avoir proposé de ne garder tan-tôt que huit galères, tantôt que six , lesdits sieurs de Baume et de Frémicourt s'en retournèrent à l'amiral sans résolution , et les galères furent contraintes le 1 1 ensuivant de s'en aller du côté de Toulon , où elles arrivèrent le jour même, et par leur absence rompirent entièrement le dessein d'attaque des îles.

Voila conmient une entreprise si expressément commandée du côté de la cour , si ardemment souhaitée de la part de ceux qui en devaient être , si impatiemment attendue de toutes parts, et pour laquelle on s'é^ tait si publiquement et si ouvertement déclaré durant près de quatre mois , manqua tout d'un coup, en apparence faute de quatre cent cinquante quintaux de biscuit, mais en effet par l'extrême nécessité des vaisseaux, ceux des escadi^ de Provence et de Noimandie étant à bout de leurs victuailles et ne vivant que du pain frais qu'ils faisaient faire en terre il y avait plus de quinze jours , et des autres la plupart ne pou- I. 28

vant aller jusqu'au 20 décembre seulement ; de sorte que M. de Bordeaux^ qui avait la direction de tout , jugeant bien que l'attaque des lies n'était pas une affaire de huit jours , que la présence de Tannée navale y était nécessaire pour se conserver la communication de la terre ferme , qu'il n'avait pas de quoi faire subsister les troupes de M. le comte d'Harcourty et qu'il serait justement chargé envers le roi de l'événement de tous ces défauts , les galères étant arrivées contre son attente, il fit artificiea^ement couler le temps des vivres qu'elles avaient apportés , tantdt pour le manque de bateaux et tantôt faisant jouer aux barres quantité de vaisseaux qu'il faisait passer et repasser du Gour* gean au Théoule^ et du Théoule au Gourgean, pour arriver a cette fin de rejeter sur leur général le manquement de l'attaque ^ vu que la vigilance et l'affection du maréchal de Yitry lui étaient le moyen de lui pouvoir endosser cette pièce. C'est ainsi que la malice , imprudence et mouvements déréglés d'une personne qui devait agir avec franchise , bonne conduite et sans passion, comme k'charge qu'il en avait, sa profession, et l'importance de la chose le voulaient par toutes sortes de raisons , ont ôté à tant de gens d'honneur le moyen de se signaler et bien souvent; mais celui qui ne fît jamais bien ne pouvait pas mieux faire en ce rencontre, puisque les vieilles et mauvaises habitudes ne se peuvent changer sans une métamorphose sans exemple de celui qui les a contractées.

Maintenant, pour détromper les esprits prévenus des artifices de la calomnie des méchants contre les gens de bien , il sera bon d'éclaircir un peu les choses en faveur de la vérité, afin que par leurs diverses fitçons d'agir on puisse mieux juger de ceux qui sont capaUes de louange ou de blâme y et qui méritent le châtiment ou la bienveillance du maître.

En cette affaire, il n'y a que M. le maréchal de Yttry et M. de Bordeaux à considérer, à cause des diverses fonctions de leurs pouvoirs et de leurs charges : voyons succinctement ce qu'ils ont fait , car pour les autres , ils ne peuvent avoir contribué que leur consentement a ce qui était bien conduit, ou une répugnance inutile à ce qu'ils voyaient aller autrement.

Quant au maréchal de Vitry , la subsistance des gens de gneire ^ les faire approcher quand il serait temps , l'entréiBise de son autorité selon le besoin et le courage dans l'exécution , sont proprement les choses qui dépendaient de lui ; tout le reste pour arriver à cette fin^ comme les bateaux y les préparatifs et la prévoyance pour faire subsister l'armée navale , ou n'engager pas si avant les affaires s'il y avait de l'impuissance , était absolument du fait et de la disposition de M. de Bordeaux. Il faut voir si le premier a manqué à quelqu'une des obligations qui le regardaient , et si l'autre a fait dans le temps et avec jugement ce qu'il avait à faire.

Pour le premier et second point de l'article précédent^ il a été visible à toute la province que le maréchal de Vitry a pleinement satisfait à ce qui le pouvait concerner pour ce regard , ayant lait subsister les troupes aux termes qu'il (allait, et simplement selon leur nombre, pour ne désespérer pas un petit canton de pays accablé de la multitude de plus de cent trente compo^ies de pied , de cent maîtres effectifs et de la plupart de la noblesse de Provence dm*ant un mois ou cinq semaines^ et qui avait d'ailleurs été continuellement foulé depuis que les ennemis sont dans les îles. Quant à la situation des quartiers , elle était telle qu'en quatre heures toutes les troupes pouvaient être sur les lieux de leur embarquement. Or , comme les logements voisins desdits lieux devaient être soigneusement gardés et conservés pour servir seulement dans le véritable temps de l'attaque , ledit sieur maréchal avait toujours été d'avis de tenir les gens de guerre dans un juste éloignement pour cet effet , et ne les faire avancer que deux ou trois jours auparavant ; mais il fut contraint de se rendre aux pressantes instances de M. de Bordeaux, qui assurait que tout était prêt , ne voulant pas lui donner prétexte de dire qu'il manquât rien de sa part.

Quant au troisième point du susdit article, M. de Lanson et quantité de gens d'honneur sont témoins que le maréchal de Vitry non seulement n'a jamais refiisé ses ordres , ses gardes ni autre chose qui pût dépendre de lui pour gagner temps ou autoriser ceux qui devaient agir, mais qu'il a toi^ours été au-devant par ses offres , jusques à propo- ^r à M. de Bordeaux, en présence du sieur de Lanson , que s'il voulait

envoyer quelqu'un de sa part aux lieux circonvoisins dans la montagne; pour y prendre jusques à trois mille charges de blë^ qu'il le ferait accompagner par d^ux ou trois de ses gardes , et qu'il était prêt de s'obliger avec lui de dix mille écus^ toutes les fois qu'il en serait besoin pour le service du roi, bien loin d'avoir fait fermer le$ greniers pour empêcher que ledit sieur de Bordeaux n'y trouvât de quoi faire subsister l'armée navale; et faut mettre que cette dernière offre lui fut faite par ledit sieur maréchal à Antibes , plus d'un mois avant la rupture de l'attaque des iles.

On ne dit rien ici du quatrième point, vu que le miaréchal de Vitry n'a pas été en point d'en venir là, et que son affection passionnée au' service du roi , ceux qu'il a pendus en tant de rencontres importantes, la chaleur avec laquelle il se porte à tout ce qu'affectionne M. le cardinal, et une dépense de trente-trois -mille livres qu'il a faite de son argent en moins d'un mois pour se fournir de poudres, mèches, plombs, tartanes, bateaux, officiers d'artillerie, feux d'artifice', planches à se hutter dans les iles, bois de plates^onnes et autres choses absolument nécessaires que les chicaneries et la mauvaise volonté de M. de Bordeaux lui refusaient, ont été des marques visibles à tout le monde si le violent désir qu'il avait d'obéir nux commandements de sa majesté, surtout en cette attaque, n'a pas toujours été jusques au point de l'excès en lui. J'ajoute à ceci la prévoyance dudit sieur maréchal a faire construire aux dépens du pays les quatre grandes plates qui devaient servir pour ladite attaque, contre lesquelles ledit sieur de Bordeaux n'a rien oublié pour les décrier, afin que les gens de guerre refusassent de s'embarquer dessus, et pour les faire périr, comme il est arrivé d'une, en refusant les ancres et les câbles proportionnés qui leur faisaient besoin, voyant que par l'épreuve qui avait été faîte au Gourgean elles tournaient aussi prestement et faisaient autant de diligence qu'un bateau bien armé de voyageurs , et que les personnes dé bon sens et entendues au métier non seulement les approuvaient , mais les tenaient pour les plus utiles pièces de la descente qu'on avait à faire; mais ledit sieurde Bordeaux, dans la haine qu'il portait aii maréchal de Vitry, parce qu'il le pressait continuellement de faire ce

qu'il fallait pour y parvenir, et au sieur Duplessis-Besançon , qui en était Tinventeur, pour avoir reconnu qu'il avait les yeux trop ouverts à ses artifices^ contre sa propre connaissance et pour suivre l'injustice de ses animositds, aimait mieux tout hasarder que de laisser arriver aucun genre de malice; il est donc assez bien justifié jusqu'ici que ledit sieur maréchal n'a rien omis des choses qui pouvaient dépendre de lui pour mettre à fin l'entreprise d'attaquer les îles. Voyons si M. de Bordeaux a fait de même, et si les préparatifs, les bateaux et tartanes pour l'embarquement des troupes et la subsistance de l'armée navale ont été prêts à temps et en la quantité nécessaire.

Premièreinent, quant aux préparatifs consistant en fort peu de choses, suivant le contrôle qui en a été envoyé à la cour avec le prix de chacune et la certification du sieur de Bonnefous, ingénieur du roi, qui en faisait la réception pour M. le maréchal de Vitry, il est certain qu'ils ne montent pas à huit mille livres et qu'ils ne sont arrivés au Gourgean sur neuf petites tartanes qu'environ le 24 de novembre , quelques ^sollicitations et instances réitérées que ledit sieur maréchal en ait faites et fait faire à M. de Bordeaux, qu'il se fût i^uit presque a rien au regard de l'importance et difficulté de l'afiaire, que ledit sieur de Bordeaux eût effectivement touché cinquante mille livres pour cet effet dès le quinzième de septembre , et qu'il eût promis qu'il y aurait abondance de tout dans ledit temps , même au-delà du mémoire qu'en avait dressé ledit sieur Duplessis^Besançon remis entre les mains du sieur Leroi , commissaire de la marine , dès le 23 août auparavant , et dont ledit sieur Duplessis a retenu copie signée dudit Leroi.

Il est aussi très-certain que les quatre coulevrines ou bâtardes avec leur équipajg^e que ledit sieur de Bordeaux devait fournir au maréchal de Vitry pour son attaque ne furent livrées au sieur de Belleville , commissaire de l'artillerie , qui les devait commander , que le 4 décembre, bien qu'il eût fait plusieurs voyages et diligences pour cela ; mais outre que les ordres qu'on lui donnait étaient toujours conditionnels ou ambigus, on le renvoyait, comme on dit, de Caïphe à Pilate, sans qu'il eût. jamais pumrtir de ce labyrinthe, si M. de

Lanson ne s'en ftut mêlé , comme il est yérifié par le rapport que ledit sieur de Bellerille a &it par écrit et par l'original de quelqu'un desdits ordres signés du sieur de Bordeaux. Que s'il &ut considérer la conduite du sieur de Bordeaux pour l'exécution du mémoire des susdits préparatifey on la trouTcra défectueuse de tous points : premièrement dans l'insuffisance et au peu de personnes qu'il commit pour cela; secondement, à l'irrésolution et changement de ses ordres, au Bianque d'argent et au peu de jugement qu'il fit psiraitre de les faire embarquer imparfaits, pour les débarquer à Antibes, sans néanmoins faire presque rien achever depuis qu'à toute force ; en quoi il se perdit beaucoup de temps , au lieu qu'il ne fallait rien charger qui ,ne (ùt en état de servir, pour être bon ménager d'une chose si précieuse, et ne rien décharger que dans les iles ; mais comme ce personnage fait son idole de la vanité, qu'il n'est capable que de la superficie des choses, et qu'il donne plus à l'apparence qu'à l'effet , son principal but est le &ste et de faire une vaine montre de ce qui peut représenter l'étendue de ses emplois , pour trancher du grand directeur et du jM^emier mobile des affaires ; dans ce défaut, le secret est incompatible avec sa langue , et quelque fins qu'il pensé être , pourvu qu'on l'écoute avec applaudissement et déférence , il ne saurait rien taire , non pas même ce qui peut . tourner contre lui; témoin ce qu'il dit à certaines personnes, il y a quelque temps , qu'il voudrait que tous les desseins de l'armée navale aboutissent à rien , moyennant qu^il en pût attribuer la faute à ceux que son ambition et son humeur malfaisante lui font tenir pour ennemis. Voilà comme ses passions et sa haine prévalent pardessus son devoir, et tx>mme dans la suite , en ruine des affaires , il a fait réussir ses souhaits , mais à moitié seulement , puisque le blâme lui en demeure , et qu'à l'imitation de ceux qui crachent contre le ciel , tout |ui retoisrne sur le visage.

Maintenant, pour ce qui est des bateau;s et'-tai^nes nécessaires à l'embarquement des troupes, il est constant, par quaQlité de pièces qui le justifient, qu'il n'a fourni que nanante-sepi^de? premiers en tout, et cinq des secondes capables de porter seiase à dix«fiept cents hommes ( car pour celle&.qui devaient remplacer la plate qui se paxiit au Gonr-

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gean, quelque diligence qu'on y ait faite^ on ne ks a jamais eue»; de façon que si le maréchal de Vitry n'eût pourvu de bonne heijre au manquement , et n'y eût pourvu , une bonne partie des gens de guerre qu'il devait commander demeurait à terre ; mais il y avait donné si bon ordre aux dépens de sa bourse qu'il eût embarqué deux mille cinq cents hommes pour le nioins , sans compter la noblesse et la cavalerie^ si l'affaire eût été longue. Quant au temps que lesdits bateaux et tartanes arrivèrent au Gourgean, les mêmes pièces dont il est parlé ci-dessui font aussi voir clairement que ce ne iut que le 25 novembre que M. le comte de Garces et le sieur Duplessis-Besançon en furent fahre la visite et le dénombrement de leur port dès le lendemain , et ^e le 29 le sieur PrévôtDumas en fit la distribution aux majors des trompes^ selon la répartition qui en avait été faite dans le conseil de guerre ; de sorte que jusqu'à ce temps ^ pour le regard d'une chose si essentielle, et jusqu'au quatrième décembre de suivant pour celui de l'artillerie y on ne saurait dire avec aucune apparence de vérité qu'il ait tenu an maréchal de Vitry que les lies n'aient été attaquées ; joint que M. le comte d'Harcourt était pour le moins aussi nécessiteux y tant des préparatifs et vaisseaux propres à les porter, que des tartanes et bateaux pour ses troupes^ ainsi que M. de Castelan le protestait hautement tous les jours , et que l'amiral même ne passa du côté du Théoule que le 2 ou 3 décembre.

Quant à la subsistance de tous les vaisseaux et des gens de guerre dc^ tinés à l'attaque de M» le comte d'Harcourt ; pour les premiers, tout le monde a vu que dès novembre les escadres de Provence et de Normaudie ayant fait leur temps, les équipages ne vivent que de mâchemourre, qui est la poussière du biscuit qui demeure au fond du lieu on on le met, et du pain frais que les capitaines faisaient faire en terï*e; et pour les seconds y qu'ils n'avaient que pour huit on dix jours de fort mauvais pain, sans.qu'il fût possible de remédier à une nécessité si générale , qu'avec beaucoup de temps , pendant lequel il fallait que tout se disposât de s'en aller nécessairement, puisque les grands vaisseaux et les mieux fournis de vivres n'ont pas seulement pu dem^irer à la mer jusqu'au 20 décembre , comme l'expérience le fait voir ; de sorte que si le mistral, qui leur était contraire pouralleràToulon^ efttencoreduré

cinq ou six jours , il eût ûillu mettre la plus grande partie des mariniers à terre pour les empêcher de mourir de faim sur les vaisseaux. Que ceux donc qui essaient de rejeter sur M. le maréchal de Vitry le manquement de l'attaque des lies confessent que leur imprudence , ou leur malice , ou tous les deux ensemble, en ont ëtë les seules cau^s : leur imprudence d'avoir si mal pourvu aux moyens nécessaires , et leur malice d'avoir porté si avant une entreprise de telle conséquence à la réputation des armes du roi , au repos de la province et à l'honneur particulier de tant de gens de bien qui s'étaient si généreusement résolus d'y mettre la vie y pour la voir honteusement faillir à la veille de l'exécution, faute de quatre cent cinquante quintaux de biscuit.

Et si l'on veut ajouter à ceci quelques exemples particuliers de la bonne conduite de M. de Bordeaux, après avoir regaixlé les belles choses que l'armée navale a faites sous sa direction, au grand regret et contre les sentiments des plus braves et expérimentés capitaines , et la passion de M. le comte d'Harcourt à l'occuper dignement , il ne faut pas voir de quelle sorte ledit sieur de Bordeaux expliqua les intentions du roi pour le regard du fort de Mourgues et comme il s'est gouverné avec M. de Savoie et le sieur marquis de Bagnasco , tant sur ce sujet que sur celui des vaisseaux flamands que son altesse avait nolisés pour la voiture du sel qui lui fait besoin pour ses États, lesquels ledit sieur de Bordeaux arrêta contre le droit des gens , et sans les vouloir- jamais relâcher, bien qu'il s'y fût engagé de paroles , ensuite des instances que son altesse lui en envoya faii^ jusqu'à Y illefranche par ledit sieur de Saint-Thomas, l'un de ses secrétaires , au lieu de pratiquer toutes sortes de moyens et de déférence pour se rendre favorable une personne de cette condition, dont les assistances étaient si nécessaires aux desseins du roi , que même il n'avait pas eu la justice de son coté, puisque rien d'important ne l'obligeait ^'en user autrement.

Reste, tant pour la confirmation et pour l'épilogue de cette pièce que pour connaître le bon jugement, la prudence et la sincérité de M. de Bordeaux , à considérer deux choses : la première , l'émotion arrivée dans Marseille par son injustice pour suivre ses animosités , ayant fait Ikaencier l'escadre de Provence ( parce que M. de Nantes l'avait fait

«quiper ) sans hii donner aucun paiement, espérance ni satisfaction ; chose qui porta les mariniers et soldats de ladite escadre à tel désespoir qu'après avoir cherché partout les commissaires et courriers que ledit sieur de Bordeaux y avait envoyés , à faute de les trouver pour les mettre en pièces, ils pillèrent l'hôtellerie du Faucon, où ils étaient logés, et de là passèrent à une sédition si violente et si générale qu'ayant appris de suite le décri des liards , sans la hardiesse et bonne conduite des consuls, toute la ville courait fortune d'être pillée. Maintenant, pour passer à la deuxième des choses susdites , il ne faut que savoir l'état auquel est aujourd'hui l'année navale , pour l'avoir fait entrer dans le port de Toulon au lieu de l'avoir fait tenir dans la plage d'Hyères , excepté les vaisseaux qui sont destinés pour le service de Parme. Cette faute est bien de telle conséquence que n^ayant point d'argent à donner aux mariniers, les plus modérés se débandent à troupes et les autres se mutinent tous les jours contre leurs officiers ; et se voyant plusieurs à terre également pauvres, éloignés de leurs maisons et maltraités', passent jusqu'à des émeutes qui menacent de pis que ce qui est arrivé à Marseille , au grand scandale de la réputation et de la puissance du roi et de ses armes parmi les étrangers , outre le mauvais exemple qui est aux peuples , en un temps où leurs misères augmentent de jom^ à autre dalis les foules qu'ils reçoivent par la multitude des affaires.

Quant à la façon dont ledit sieur de Bordeaux traite généralement ceux qui sont en quelque sorte sous sa charge, et à l'opinion qu'ils ont et que l'on doit avoir de ses bonnes conditions, il ne faut que les entendre sur ce chapitre. On le pratique un peu pour cela , et l'on trouvera que de tout le reste des hommes il n'y en a pas un plus insupportable pour son arrogance , plus méprisable pour ses irrésolutions et légèretés , plus ridicule pour ses actions , plus dangereux pour ses artifices , plus haïssable pour ses mauvaises qualités, plus incapable d'affaire par une fausse présomption qu'il a de sa suffisance , ni mieux méritant la Bastille pour les manquements qu'il a faits au grand désavantage du service du roi depuis qu'il est en Provence , si par l'extravagance de ses déportements ( k considération de son caractère mise à part ) on ne le juge plutôt digne de l'empirç des petites maisons , pour ne lui ôter I. 29

226 LIVRE I. •— GHÂP. II.

pas entièrement le moyen de donna: quelque nourriture à son ambition.

Lies dépêches suivantes de MM. Fabio Scotti et de Noyers à M. Farchevéque de Bordeaux, sont relatives au secotLrs de Parme.

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