INCOMMODER LES ENNEMIS EN ESPAGNE
(Jantfier i636.)
Premièrement. Le Passage ' est un lieu fort étroit, et le terroir, de coté et d'autre , si haut que les navires n'y peuvent entrer qu'à force de rames ; n'y ayant point d'autre château qu'une seule tour avec deux ou quatre petites pièces de canon. Au port s'ëdifient beaucoup de galions, et aux occasions la (lotte dunkerquoise s'y retire.
2. Entre Passage et Gabo-Ortegal • se trouvent diverses places que l'on saurait raser ou brûler.
' Le Passage, port sur la cote N. de l'Espagne , par 43* 20' So" N. et par 4* i4' i^" à ro. de Paris. Le Passage est nn des meilleurs ports de l'Espagne quand on y est entré ; mais ses abords sont très difficiles. Cette côte est du nombre de celles qu'on nomme c6teâ de fer , c'est-à-dire qu'il n'y a pas de sonde au large. L'entrée du port n'est qu'une
sorte de crevasse entre deux montagnes escarpées.
* Gap Ortegal, sur la côte de Galice, côte N.-O. de l'Espagne ; un des promontoires les plus élevés de ces parages : c'est une haute terre hachée de falaises du haut en bas et très à pic. Toute la partie de cette côte est hérissée de rochers jusqu'à une
3 • Le fort deCarufia (la Corogne ' ) est assis sur une roche, bâti en carré, haut de deux batteries ; la plus basse étant à peine si haute ^'une coinpaigne de.nsrvire % sur laquelle est mise la plupart du canon , y en ayant en tout Crente-six ou quarante bonnes pièces* Le fort commande toute la i^de où se tiennent les navires. C'est une baie qui va en montant, pix>fonde dehors le fort de trente,- vingtrcînq, et vingt brassées; mais dedans le fort , à la rade , sept , six et cinq brassées , le fond est au dehors du gravois , et, devant le village des Pécheurs, plat en montant, et revêtu des herbes longues et du Ijrs. Il y a peu ou point de marée, laquelle y monte jusques à huit ou dix pieds lorsqu'elle est morte ; mais étant vivante et grande , elle monte à quinze an seize pieds , si bien que commodément on y peut mettre des navires.
4. La ville de Carufia est assise sur une montagne assez haute , environnée d'une muraille et pourvue de beaucoup de canons. L'ami connu déclare d'avoir vu, sur chacune des trois batteries qui flanquent pour commander la rade, six demi-canons , et qu'en tout, tant à la ville qu'au château, il y a plus que deux cents pièces.
5. Les navires des ennemis s'y étant retirés, les matelots descendent en terre même à la villette de Carufia et au village des Pécheurs ; mais ces villette et village sont séparés d'avec la terre ferme , au moyen de quoi il est impossible que les gens peuvent s'enfiiir, de sorte qu'ils sont toujours auprès des bateaux.
Tout le pays à l'entour. étant gardé de sentinelles , tellement que si quelqu'un vient à échapper , lesdites sentinelles le ramènent en bonne assurance dans la Carufia ou dans les bateaux.
6. Rayonna ^ en Galice est une place bien forte et presqu'à la façon
certaine distance an large. JLe cap Ortegal leur da Mémoire entend sans doute la faaa-
est par 43* ifif ^o" N. et par lo* 8' à PO. de teur qui existe entre le plancher et le plafond
Paris. Bureau des longitudes. Don Fincente de la chambre d'an vaisseau. Cette élévation
Tqffino, était de 7 pieds, à bord des grands navires.
' La Corogne, un des meilleurs ports d*£s- ' Bayonna, ville au S. S. £. à deux
pagne, entre le cap Ortegal et le cap Finis- lieues } de la plus S. des îles Bayonna,
tère. La tourdUercnlé, située à l'extrémité ou îles Cid ; ces trois iles sont placées à
du cap Prior, est par 43'' a^ 3^'' N. et par 10** l'entrée de la baie de Yigo, au N. du cap
io' ^"kVO.deVms. Don FincenieToffino. Silieiro; elles gisent N. et S. au S. S. E.
' Compoi'gne ou chambre de navire. L'au- 20 lieues du cap Finistère. Llle du milieu
de Carufia ^ étant assise sur un roc pourvu de cinquante ou soixante pièces de canon.
7. Entre la Garufta et Bayonna , en Galice , sont plusieurs boutades et villettes, ouvertes et pourvues de peu de force , ce qui se pourrait aisément raser et brûler. •
8. Il y en a de semblables en bon nombre ^ assises entre Passage et Cabo-Ortegal , à l'entrée de la rivière de Lisbonne % étant du cô^ du nord assis le château Saint-Gilles *, pourvu environ de quarante pièces de canon , et à l'opposite d'icelui se trouve le fort de bois avec quarante pièces; entre ces deux^ on passe dans le canal des Caraques.
9. S'ensuit encore h tour de Boullalb ', pourvue de dix ou douze pièces, et vis-à-vis de la Terre d'Almade^ un petit fort avec huit pièces ; mais la rivière y est si large que, sans danger, on n'y saurait bien passer.
1 0. La ville de Lisbonne est ouverte du côté de la rivière , se montant contre une haute montagne sur laquelle est un château bien fort^ au milieu de la ville , rempli de canons qui peut tirer jusqu'à la portée d'une pièce de campagne dans la rivière. Je crois qu'avec les navires on se peut mettre si proche dessous et à la faveur des maisons , qu'on n'y saurait pas tirer ou endommager les navires , la rivière y étant si large qu'on se pourrait retirer de la ville dehors la portée du canon. Les caraques ♦ allant aux Indes occidentales s'équipent illec, et en font voile vers
est par 4^* iS' So" N. et par iS» 8' !28"àl'0. mer. C'est un des pins forts châteaux du de Paris. En venant de la mer, les îles Portugal. Petit Fiambeau de la mer, Bayonna paraissent trois Iles distinctes ; ' Ou tour Belem^ située sur la côte N. au-dessus d'elles on aperçoit deux hautes Fort et point de reconnaissance de la rimontagnes. Don Vincente Toffino, Diction- vière de Lisbonne , on s'en éloigne un peu nmre de Grand-Pre'. pour se rendre au mouillage , à cause d'une
' Lisbonne ; par 38* ii' ao" N. de Paris , pointe de rochers qui sort au pied de ce châ-
et îi* 26' 40» à rO. Cette ville est sur le teau. Peut Flambeau de la mer,
Tage, à trois lieues en ligne direete, et en * Caraques, vaisseaux portugais ronds
dedans du château de. Saint -Julien, qui et de combat, du port de iSooou aooo ton-
foi*me la pointe N. de l'entrée du fleuve, neaux, qui vont chaque année aux Indes;
Mille vaisseaux peuvent mouiller dans le elles ne difl^rent des grands navires sinon
port de Lisbonne. L'entrée en est défendue qu'elles sont plus capables, plus étroites par
par deux bancs de sable entre lesquels sont en haut et ont sept à huit planchers (faux-
les passes des vaisseaux. ponts ou batteries; ce nombre paraît exa-
^ OvL château Saint-Julien^ bâti sur une géré), en soi*te qu'on y loge parfois 2000
pointe de rochers qui avance un peu dans la hommes. P.Fouxnibb. Hydrographie ^ p. 5.
la fin du mois de mars ou mi-avril , et attend-on les caraques de retour du i *' septembre jusqu'au 1 5 d'octobre. Au reste, il y a peu de navigation , sinon sur le Brésil ; mais ces navires n'observent point quelque saison I ainsi ils y vont le long de Tannée.
11 . La rivière de Saint-Lucar, à l'entrée , est assez étroite et sèche, la ville étant ouverte du coté de l'eau, et n'y a point que quatre à six pièces sur une batterie pour protéger, la ville à la portée d'une pièce de campagne. En montant la rivière, dans la ville, est assis, du coté de Saint-Lucar , un grand château avec beaucoup de pièces , et a Topposite , du côté du sud-est de la rivière , il y a un boulevard de pierres avec quatre ou six pièces, la rivièi^e étant large entre ces deux forts d'une grande mousquetade , et par dedans le grand château , ^ à la portée d'un demi-canon , est un petit château du côté d'ouest , où les navires se nettoient et bâtissent; mais là dedans il n'y a plus de forteresses. En cette rivière, il se fait une partie de la flotte d'argent de Saint-Jean, laquelle étant prête, se transporte vers Galis, leur rendea^-vous général ; laquelle flotte part ordinairement à la veille Saint-Jean*
1 2. Galis-Malis, Cadix ', est une ville bien forte, et au fort du Pontal ' sont douze pièces , et de Calis sort la flotte du roi d'Espagne nommée la JU>ite d'argent j pour les Indes occidentales. Cette flotte fait communément voile depuis le quinzième jusqu'au dernier de juin, et les navires de retour, qi;i sont partis un an auparavant, s'attendent au mois de septembre ou d'octobre, si davantage ils n'en sont point empêchés.
13. Gibraltar ^ est une baie ouverte où l'on se peut retirer selon le vent et temps, et à son bon plaisir, et là retient plusieurs fois l'armée espagnole pour empêcher des navires qui y passent.
' Cadix , sur la côte méridionale d'Es- lonnes dlIercQle ; au pied de la montagne
pagne, àla pointe N.-O. de lllede Léon, 36* est un môle, et devant ce môle une rade qui
3a N. S"" 37' So'' O. de Paris. se termine vers TE. sur la pointe de l'Eu-
* Ot\ Punialf point de reconnaissance de rope qui se trouve par 36* 6^ 3o" et par 7*
la baie de Cadix. 39" ^6^ à 1*0. de Paris. Gebel Tar ( Gebel,
' Gibraltar, situé sur une montagne montagne ), mot arabe; par corruption, Gi-
que la fable regardait comme une des oo- braltar.
1 4. Par dedans le détroit de Gibraltar , sont situées plusieurs villettes et bourgades n'ayant que quatre tourelles avec trois ou quatre pièces de canon pour leur défense.
15. Quant à ce qui touche Tédification des nouveaux et Téquipage de vieux galions , item les assemblées des armées et leurs desseins ^ il conviendrait (sous révérence) que, par fidèle correspondance, on en fût averti de ces quartiers. Ce qui donnerait une grande apparence pour battre ces armées , ou bien d'entreprendre quelque autre chose non préméditée , étant assurés que ces armades et forces étant destinées sur quelque dessein ferme , ne s'en divertiront facilement, si bien que nous aurions assez de temps pour exécuter et accomplir notre dessein.