JAN^ER
Dans cette longue dépêche, M. de Sabran donne un résume de la situation politique des différents États d'Italie au commencement de Tannée 1687.
RELATION
DE CE QUI s'est PASSÉ DE PLUS CONSIDERABLE EN ITALIE , ET QUE J'AI ENVOYÉE A MONDIt SIEUR DE BOUTHILLIER, AVEC LA LETTRE DU 10 JANVIER 1637.
Encore que l'on croie que l'on n'ait rien oublié par-deçk pour y avancer le service du roi, selon les moyens qu'on a donnés à son altesse de Savoie, laquelle ayant toujours eu des ministres de sa majesté pi^ès d'elle qui n'ont pas manqué de prévoyance et de reconnaître son intention , et que la conjoncture nécessite à l'avoir pour amie intéres- •sée, et qu'on en aurait quelque scrupule de le dissimuler, l'obligeant à produire à bon escient des effets plus visibles de sa bonne intention depuis la défection de M. le cardinal son frère^ je croirais faillir si, pendant que M. d'Émery et le père Monot sont à la cour, et peut^tre sur les expédients de iaire mieux réussir le service du roi en Italie, je n'envoyais en même temps tout ce que j'ai pu recueillir des avis qui m'ont été donnés et à des personnes confidentes^ encore qu'il y peut bien avoir quelques artifices de la part des ennemis , et de ceux mêmes qui ont fait ces remarques, pour rendre suspecte la foi de son altesse, car je l'ai persuadé , la France n'a nul sujet de douter de sa sincérité; mais laissant à qui je dois toutes ces considérations, je n'ai qu'à déclarer les conséquences qu'on en tire.
L'on veut que lorsque le roi fit ti^aiter avec son altesse , elle ait dépéché pendant les longueursdes résolutions à Fempereur et en Espagne^ que l'impuissance de s'opposer ni assurer ses États contre leurs armes l'obligeait à en prendre le commandement , qui lui était ofiert ; et qu'il lui fut répondu de rendre les choses difficiles, néanmoms^ à ne s'attacher à aucune entrejHrise importante sur le Milanais qui nous y pût maintenir ; que dès^lors il s'est contenté d'une médiocre puissance poiu* travailler le Milanais, donnant espoir que n'assiégeant
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point y elle s'y pourrait entretenir et des petites prises y faire subsister le soldat , et ruiner ainsi l'armée par des grandes fatigues, allant toujours sans regarder derrière, depuis le passage du Thésin, les munitions ayant manqué , ou n'ayant pu suivie , le passage des vivres ayant été difficile. L'Espagnol s'est contenté de parer au premier coup des Français, prévoyant leur défaite d'eux-mêmes. Le marquis Spinok et don Francisco de Melos ayant écrit du mois de juillet ici (pendant que les avantages de la bataille du Tésin étaient suivis de la ruine du ISauille et au plus fort des progrès de notre armée vers Como , et que la terreur était si grande à Milan que l'on s'y croyait perdu, si M. le duc de Rohan se joignait ) que dans le mûis d'août il n'y aurait aucun Français dans le Milanais , ce que l'on croit qu'ils n'auraient pu prévoir sans une précédente connaissance , non seulement de la ruine voisine de notre armée, mais que si le duc de Rohan s'y joignait l'une et l'autre armée s'y dissiperaient faute de vivres, avec péril des passages des ^ Grisons et Valteline, où il y avait déjà quelques semence de révolte, et qu'après l'État de Parme servirait de retraite et curée à l'armée espagnole.
On a soupçonné grandement le séjour que fit le cardinal de Savoie chez le duc de Modène son neveu, déjà partial d'Espagne, quoique M. le duc de Savoie eût fait bien espérer de lui , et l'on dit qu'encore qu'il donnât quelque assistance aux Espagnols , ils ne l'avaient néanmoins pu produire à une manifeste déclaration, en assaillant le duc de Parme, tant pour la parenté que pour ne s'exposer entre le duc de Mantoue et lui , qui pourraient être appuyés de France.
On explique l'envoi de la cavalerie de Piémont sur les États du duc de Modène, sous prétexte de soulager ceux de Parme, à un dessein couvert pour attira sur lesdits États les armes de Modène, en son absence , et que pendant que la France ne voudra que porter la main dans le Milanais , sans y arrêter le pied , son altesse de Savoie , ne voyant point d'utilité pour lui, agira lentement sans hasarder rien ; et que si nous y voulions faire des assurés progrès jusques à la conquête de la ville ou duché de Milan, la raison de la sûreté de son altesse répugne d*en procurer la prise , si ce n'est pour lui , à cause de Pigne-