‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 90 sur 160 · RÉPONSE AU DUC DE PARME — FÉVRIER · texte numérisé non relu

RÉPONSE AU DUC DE PARME — FÉVRIER

et par les moyens dont le roi avait satisfait à ses désirs (en quoi ib ont, à m<Mi avis , fait plus pour l'Espagnol que pour elle) y soient assez bons garants de la réputation et de l'intérêt en un traité dont le consentement a plus tôt paru que les offres. f

Qu^nt à l'honneur que votre altesse me Êiit^ au ressentiment qu'elle me témoigne des services que je me suis efforcé de lui rendre, c'est un excès de sa bonté , car j'aurais très-mal suivi les commandements du roi et la sincère disposition de sa majesté vers tout ce qui regar* dait vos intérêts , si j'avais perdu une heure de ce que j'aurais pu rapporter au bien de votre service et avancement de vos jdésirs ; ce que je continuerai toujours avec obligation pour la persévérance qu'il a plu à votre altesse me témoigner par sa lettre en son affection vers le roi y et pour mériter, en la servant, la part qu'elle promet toujours en ses bonnes grâces, etc., etc.

Le roi n'étant pas encore instruit de raccommodement du duc de Parme ordonnait à M. de Bordeaux non seulement de hâter l'envoi du secours, mais encore de s'embarquer sur un des vaisseaux qui transportaient les troupes , pour diriger lui-même Fexpedition.

D'Orléans, le 6 février 1637.

Monsieur l'archevêque de Bordeaux, j'ai appris conune vous avez préparé avec diligence les vaisseaux pour l'embarquement des troupes que je veux faire passer au secours de mon cousin le duc de Parme; mais comme il est inutile d'avoir fait une partie de ce qu'il faut pour ce dessein si l'on ne pourvoit au «este, je mande à mon cousin le maréchal de Vitry que je veux absolument qu'il fasse embarquer les quatre mille hommes de pied et deux cents chevaux que j'ai résolu d'employer audit secours , les prenant et choisissant de toutes les troupes que j'ai en Pro-

vence , à la réserve seulement de ce qui est nécessaire dans les places de la côte et des ilês pour leur sûreté. Et puisque personne ne saurait' s'employer si utilement ni si bien que tous à toutes ces choses qui peuvent faire réussir le passage de ces troupes , et que même vous avez offert de leur faire donner les vivres nécessaires pour le temps qu'elles pourront être en mer et pour les six jours qu'elles marcheront à terre, j'ai bien voulu vous témoigner que vous ne sauriez me rendrcf un service plus agréable que de vous charger de ce soin, comme de tout ce qui concerne l'embarquement et le passage desdites troupes jusqu'à terre , et que jugeant que votre présence y est absolument nécessaire, je désire et entends que vous fassiez ce voyage , vous mettant pour cet effet sur tel des vaisseaux de madite armée que vous estimerez plus à pix>pos. Vous assurant que , comme vous aurez les principales peines de l'embarque* ment , de la nourriture , subsistance et passage des troupes , je vous saurai aussi particulièrement gré de ce qui en réussira. Cependant je ne vous en dirai point davantage , que pour prier Dieu qu'il vous ait , monsieur l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde.

LOUIS

SUBLET

M. de Noyers, dans cette lettre, fait de graves et sévères remontrances à M. de Bordeaux, au sujet des discussions qui paralysent depuis si long-temps Texécution des volontés du roi.

A M. l'archevêque DE BOEDEAUX.

D'Orlëans, le 7 féTrier 1637.

J'ai un extràoie regret que je ne puisse écrire en Provence sans mander des plaintes. Tout l'été s'est passé dans les douleurs de l'inexécution du dessein des îles, et voilà que l'automne et l'hiver n'ont autre entretien que la plainte du retardement de celui du secours de Parme. Je sais

LETTRE DE M. DE NOYERS. — FÉVRIER 1637. 269

bien que personne n'avouera jamais en être la cause^ mais aussi ne puis-je douter que le roi et ceux qu'il honore de son service n'aient grande raison de se douloir^ puisque , à qui que ce soit qu'il tienne enfin , il est constant que ses commandements ne s'exécutent point^ que la réputation de ses annes ^ son argent et le temps se perdent en mie saison où tout cela est bien cher , et que cela ne se peut faire que la faute n'en retombe sur quelqu'un. Je prie Dieu au moins que le mal ne continue pas^ et que ceux qui vous honorent comme moi ne soient éternellement en silence ou en excuse quand le roi et tout le monde parle de Provence , tant par mer que par terre ; que l'intérêt n'arrête pas le cours et l'exécution des affaires dans lesquelles toute la chrétienté ayant part^ les conséquences du bien et du mal en sont infinies. Puisque vou» avez vos victuailles, que vos vaisseaux sont prêts , que M. de Vitry mande que ce qui dépend de lui l'est aussi, au nom de Dieu, monsieur, terminez l'affaire une bonne fois, et vous disculpez envers le public ; et donnez cette consolation à son éminence (pi'enfin les choses qui sont sous ses ordres aient autant de bons services et d'effets comme Dieu en fait voir à tout ce qu'il entreprend sous sa vue. La Rochelle , Suze , Pignerol et Gorbie ne permettent pas qu'on démente cette vérité : pourquoi n'y ajouter et les îles et Parme? Son éminence vous en écrit avec tant d'amour, que je ne puis croire que rien soit capable d'empêcher ni retarder l'effet de ce qu'elle désire de vous.

Après cela, son éminence ci-devant vous a fait mander par M. de Loynes que son intention était qu'au retour de ce voyage vous revinssiez avec vingt vaisseaux dont elle a arrêté l'état, pour commander seul l'armée navale du ponant, M. d'Harcourt demeurant en Provence. L'exécution de cela dépend de l'état des affaires de delà, et de celui des vaisseaux que je ne sais point. Ce sera à vous , monsiem*, à y apporter la disposition requise, et je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous facilite le moyen de satisfaire à ce que le public attend de vous, et à ce que son éminence en désires

Monsieur est venu aujourd'hui se jeter aux pieds du roi avec tous les témoignages imaginables et désirables de reconnaissance de sa faute et de sincérité et confiance fraternelle plus grande que jamais pour

270 UVRE II. — CHAP. lU.

Taveuir ; faitea-en, s'il vous pbit, part à tout le monde par ddà, et me faites rhonneur de me croire ,

Monsieur ^

Votre très-humble et très-aSectionnë serriteur ,

De Noyers.

Dans cette dépêche, M. de Sabran donne officiellement avis à M. de Bordeaux de l'accommodement de M. le duc de Parme.

▲ M. l'archevêque de bordeaux.

De G^net , Je 7 fëmer 1637.

Monsieur ,

Cette lettre va être d'un style bien différent à celle ci-jointe , que le mauvais temps a retardée bien à propos deux jours entre mes mains. M. le duc de Parme s'est enfin accommodé avec les Espagnols^ et ce brusquement y après tant de négociations qui semblaient ne l'avoir pu ébranler ; et le tout s'est achevé le 4 de ce mois. Son altesse me mande par le sieur Morandi une lettre du même jour en créance sur lui^ dont je n'ai tiré autre chose sinon que son altesse , pressée et voyant le retardement du secours au-delà de ses espérances , s'était accommodée avec les Espagnols, à la condition seulement du licenciement des troupes françaises qu'il avait en garnison et de la restitution de sts terres et places , tant au royaume de Naples qu'en ses États , sans se vouloir jamais départir de l'affection qu'il doit au service du roi. Je me rapporte à ce que vous m'en croirez. En substance, j'ai répondu à son altesse que jamais rien ne m'avait tant surpris que d'apprendre plus tAt son accommodement que sa disposition et nécessité k cela , après que le puissant armement que sa majesté avait fait pour son secourement et lui mettre en main les moyens de vengeance , et de faire faire raison par ses propres mains, avait ouvert les descentes et passages que cette seigneurie avait ci-devant refusés k des troupes médiocres que sa ma-

LETTRE DE M. DE SABRAN. — FÉVRIER. 1637. 27i

jestë envoyait y proportionnées alors à son besoin et avec la moindre foule de ses États ; car Ton tirerait conséquence que son altesse n'aurait désiré cet appareil si grand que pour faciliter son accommodement plus fayorable , en quoi sa majesté aurait encore cette satisfaction de voir que l'appareil lui aurait été utile à cela^ puisque son altesse ne s'en était voulu prévaloir plus outre^ selon les désirs du roi et disposition de ceux qui le venaient non*seulement secourir y mais mettre en main les moyens de se satisfaire^ les gens de pied et de cheval étant embarqués, les munitions et toutes choses nécessaires à cet effet, et le jour nommé pour faire voile. Que je ne doutais point que puisque les armes de sa majesté n'avaient autre but que son recouvrement et satisfaction , elle ne chérit et prit part au contentement de son altesse, qu'elle croyait devoir être bien entier sur le sujet que les Espagnols lui avaient donné des plaintes et des ressentiments. Qu'il n'y avait (en une chose faite, où les conseils sont pris ) autre chose à désirer, sinon que ceux qui avaient tant contribué à ébranler sa constance et fermer la porte à son plus entier et plus glorieux recouvrement ( en quoi ils auraient fait plus pour l'Espagnol que pour elle), fussent des assez bons garants de sa réputation et de son intérêt, en un traité où le consentement nous a plus tôt paru que la disposition et nécessité à cela.

Voilà où nos longueurs l'ont contraint. Et quoique le duc de Parme demeure dans des marques de respect , s'il semble et proteste de n'entendre jamais à chose qui soit contre le service du roi , néanmoins il y a de notre réputation qu'il faut couvrir et prendre d'un mauvais payeur ce qui se peut, et n'altérer pas davantage son esprit, laissant au roi ce qu'il lui plaira que l'on en dise davantage. Je crois que l'Espagnol avait été rétif d'accorder ce que son altesse de Parme désirait jusqu'à ce qu'il vit si ce secours venait en effet , et que messieurs de cette seigneurie , après s'être assemblés, furent admis il y a huit jours, ayant dépêché au marquis de I^eganez, et qu'ifs ne pouvaient tirer de leurs assemblées une résolution d'empêcher les descentes à un si grand effort qui leur tomberait dessus. Le marquis de Leganez , profitant de l'avis , aura donné à son altesse de Parme tout ce qu'elle a désiré ; en quoi l'honneur demeure à sa majesté que la terreur de ses armes lui ait causé satisfaction,

même du tort que les Espagnok lui faisaient avant cette querelle^ lui ' ayant rendu les jouissances de ses terres à Naples ; et chacun voit bien qu'en gros et en détail sa majesté n'a rien épargné pour l'aider. Ainsi ^ ces messieurs ici, qui ont dû empêcher que son altessie n'ait été ci-devant secourue en détail , ont encore été cause de la pl*écipitation du traité pour éviter de voir passer le secours chez eux* Vous pourrez reconnaître le reste du comte Scotti , et faire , si vous le trouvez à propos , tous efforts qu'il voie état d'exécution où le tout était, l'excès de dépense et de résolution , et la facilité qui en était par-deçà et par là , et qu'il parte avec entière satisfaction , afin de conserver neutre celui que l'on ne peut plus avoir pour déclaré : c'est tout ce que je vous peux dire , que je vous supplie faire participant M. le comte d'Harcourt, et me croire sans fin,

Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

De Sabraiv.

Monsieur,

Je vous supplie de considérer le billet que je vous envoie. Jamais je n'ai pu faire faire un exemple de ceux qui ont apporte ici du blë impunément : les nommés Abellies , de Hartigues , dont je vous écrivis à tous , n'ont point été châtiés ; et i cette heure les capitaines de vaisseau d'Olonne laissent ici une mauvaise impression de l'autorité du roi , en connivence des ministres , ajant porté ici les blés qu'il leur est défendu par les passeports de porter en lieu défendu , mais en Provence. Ils sont allés chargés d'huile et autres choses en Provence pour prendre une descente d'j avoir été et charger des blés s'ils peuvent. Je ne sais plus quoi rapporter de ma part à cel?.

Instruit de l'accommodement de M. le duc de Parme avec l'Espagne, M. Fabio Scotti ayant voulu aller rejoindre ce prinee, et M. d'Harcourt s'étant oppose à son départ de Toulon, il adressa la protestation suivante au conseil de l'armée navale.

M. le comte d'Harcourt, général de Tannée navale de sa majesté ,

M. l'archevêque de Bordeaux ^ chef du conseil de ladite armée ,

M. de Gastellan , maréchal des camps et armées du roi,

M. de Baume,

M. de Frémicourt ,

M. de Guérapin et autres, s'il y en a qui entrent au conseil ,

Je vous fais savoir a tous comme , voulant sortir de Toulon , pour aller trouver momeigneur le duc de Parme ^mon maître, suivant son ordre , Ton m'a fermé les portes , et m'a empêché la sortie ; sur quoi j'ai envoyé chercher monsieur le gouverneur, lequel ne s'est point trouvé; c'est pourquoi j'ai envoyé vers monsieur le omite d'Harcourt, le faisant prier qu'il donnât ordre qu'on me laissât sortir. Il ne Fa pas voulu faire , d'où , me trouvant ici arrêté sans en avoir donné aucune occasion , je vous supplie , messieurs , de donner ordre qu'on me laisse aller, et de ne vouloir pas violer le droit des gens, qui rend assurés tous les ambassadeurs et ministres des princes, même entre les ennemis , et vous proteste que cette violence est contre toutes les lois divines et humaines et contre le service 'de sa majesté, à la bonté de laquelle je m'assure qu'il trouvera mauvais le procédé dont' Ton use en mon endroit, et que son altesse de Parme, qui s'est rujnée a son service, soit si mal traitée en ma personne.

Donné à Toulon , le 10 février 1637.

Fabio Scotti,

Instruit des dispositions de M. Fabîo Scotti, mais ignorant encore l'accommodement de M. le duc de Parme , M. de Bordeaux avait fait enfin embarquer toutes les troupes , et officiellement supplié M. de Scotti de monter à bord d'un des vaisseaux de la flotte. Mais alors , ainsi qu'on le verra par les dépêches sui^ntes, le résident du prince déclara que son maître avait traité avec l'Espagne, que le secours était inutile et qu'il désirait retourner l. 35

274 UVRE U. ^ «MAP. m.

en Piémont. Avant de partir , M. le comte de Fabio Scotti signa néanmoins une note par laquelle il reconnaissait que Tescadre était prête à mettre sous voile avec les troupes de débarquement , lorsque l'avis dé l'accommodement de son ipaitre avec l'Espagne était arrivé.

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