À M. LE DUC DE PARME
Le 6 février 1637-
Monseigneur ,
La réserve que votre altesse me témoigne de son affection , toujours entière envers le roi et la France , et les grâces dont elle me favorise, encore qu'elles fassent grand effort sur moi , ont peine de remettre mes esprits éperdus, en la surprise où je me trouve, par l'honneur de la vôtre du 4 de ce mois, que votre altesse a commandé au sieur Morandi de me présenter de sa part, en créance sur lui , me conviant de lui donner la même foi qu'à ses propres paroles , y apprenant plus tôt votre acconmiodement avec l'Espagne que d'avoir vu aucune marque de sa disposition et nécessité à si soudaine résolution. Je croyais bien avec plus de raison de voir es mains de votre altesse puissamment les moyens de tirer raison de vos ennemis, puisque les oixlres de sa ma*jesté , au-delà de ce que M. le comte Scotti a désiré de votre part , étaient I- 34
en état d'être si bien exécutés ^ les gens de guerre à pied et à cheval^ les armes y munitions et appareils nécessaires à cet effet embarcpiés à Toulon , et le jour nommé pour faire voile.
Ledit sieur Morandi ne m'a témoigné autre chose par%sa créance, sinon , qu'étant pressé y et le secom^ retardant par-dessus son espérance, elle avait été contrainte de s'accommoder avec les Espagnols, à deux conditions seulement : du licenciement des troupes françaises que sa majesté a eu agréable qui la servent, et de l'entière restitution des places et terres qu'on lui occupait , tant au royaume de Naples que sur ses États , sans vouloir jamais entendre à aucun parti ou dessein qui fût contraire au roi ou préjudiciable à son service. Votre altesse aura agréable que je lui représente (encore qu'aux choses faites, les conseils en soient pris ) que les Espagnols n'avaient garde de refuser à votre altesse, comme je l'avais bien prévu et me suis donné l'honnem^ de lui écrire, aucune restitution *et contentement, pour se mettre à couvert, par un consentemeiit , de la justice de vos ressentiments et d'une vengeance que les préparatifs si grands et si pressants leur rendaient si fort redoutable. L'on pourra de là tirer conséquence que les urgentes sollicitations de secours n'ont été que pour faciliter à votre altesse ifb accommodement plus favorable , puisqu'en l'état qu'on le voit, prêt à coifibattre , il ne lui a plu s'en prévaloir qu'en cela ; mais il en réussit au moins cette satisfaction à sa majesté, que l'appareil en ait été utile à votre altesse, encore qu'elle n'ait pas désiré d'en tirer plus, outre le service que l'on se portait de si bon cœur k lui rendre , après que la terreur d'un secours si entier avait ouvert les passages et descentes de cette seigneurie , qu'elle avait fermés ci-devant à des troupes médiocres que sa majesté ne voulait faire passer alors que proportionnées k votre besoin et avec le moins de foule pour votre État.
Mais puisque le but de ses armes n'a tendu qu'au recouvrement et satisifaction de votre altesse, je m'assure que sa majesté chérira toujours votre contentement , qu'elle se persuadera devoir être bien entier sur les sujets de plainte et de ressentiment que les Espagnols lui avaient donnés. Dieu veuille que ceux qui ont si travaillé pour ébranler sa constance , et fenfter la porte à son recouvrement par ses propres mains