‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 99 sur 160 · ÉTAT DES VAISSEAUX. — FÉVMER · texte numérisé non relu

ÉTAT DES VAISSEAUX. — FÉVMER

La ViNcicuiBaE Chevalier de Vinceguerre.

La Gbntine Chevalier de Valence.

La Ballibaude Ballibaud.

La Maeechale Antoine Pavon.

La PsaoNNE . . . , / Chevalier du Pu^.

L'AiGUEBONNE Chevalier de Ris.

Fait à Paris, le 24 ftvner i63n.

LOUIS

SUBLBT.

M. le duc de Savoie blâme indirectement l'expédition sur les côtes de Sardai^e, que M. de Bordeaux avait tentée sans l'autorisation préalable du roi.

LETTRE DU DUC DE SAVOIE

A M. L'ARCHEVÊQUB DE BOBDEAUX.

« Oe Tarin, le a3 février iGS;.

Monseigneur l'archevêque de Bordeaux , je vois , par les lettres que vous m'avez écrites des 9, 10 et 15 du courant^ conune quoi l'embarquement s'est fait et ocmime mes compagnies de dragons sont arrivées comjrfètes à la marine ; de ^oi j'ai été bien aise pour la satis* faction que je crois aussi qne vous en aurez reçue. J'y ai remarque pareillement comme vous aviez déjà eu connaissance de l'accommodement de M. le duc de Parme avec les Espagnols , dont vous aurez su les particularités par les avis que l'on a envoyés* Qisint à moi^ j'aurais cru que vous n'auriez rien voulu résoudre avant que d'avoir i^eçn les commandements du roi ; mais , ayant^ppris que vous avez fiiit tout le contraire , j'attendrai le succès de votre voys^e avant que d'en ibire jugement; cependant^ je vous ai auguré tout bonheiu* et contentement , me remettant à ce que j'écris de plus à M, de Castelan , ainsi que vous m'avez écrit aussi de tous être rapporté à lui pour toutes les partiçu-larités de l'embarquement ; et sur ce je surs , Monsieur l'archevêque de Bordeaux ,

Votre affectionné à vous servir, V. Amedeo.

296 UVRE U. — CHAP. lU.

M. de Noyers engage M. de Bordeaux à essayer de surprendre , par un hardi coup de main , les garnisons espagnoles des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, qui, d'après les avis reçus, ne s'attendent pas à une attaque.

A M. l'archevêque de BORDEAUX.

De Paris, le 16 fôyrier 1637.

Monsieur ,

Si le devoir de ma charge ne m'obligeait dl^crire et de reœvoir des lettres de tous ceux qui sont employés pour le service du roi , je vous supplie de croire que ce me serait une grande décharge de n'avoir à recevoir des avis de ce qui se passe en Provence que de vous seul , et de vous ôter , par mon silence , le sujet de m'écrire que j'en recevrai des nouvelles par d'autres auxquels j'ai plus de créance qu'en vous. Dieu vous le pardonne , monsieur, mais en vérité j'ose vous dire que je ne vois point sur quoi vous avez pu fonder ce jugement ; car de croire que vous vouliez entendre monsieur de Vitry, je ne le puis seulement penser; que ce soit M. de Frémicourt ou de Baume ^ cela me tombe aussi peu dans l'esprit , vu que vous savez la différence trop grailde de vos conditions pour qu'il puisse y avoir ou comparaison ou compétence. Ce que je n'ai pu m'empêcher de vous écrire ^vu que je ne vois point dans ma conduite ce qui aurait donné matière à cette pensée, et que je me suis toujours tenu dans une si grande égalité cpi'il m'est insupportable que vous ayez pris des impressions contraires. Cette dépêche vous devrait bien j^onfinner dans cette créance si j'avais quelque part dans les résolutions que le roi me commande de vous envoyer, et si plutôt je n'étais que la plume qui énonce les volontés de mon maître et un faible instrument de la signification de ses intentions , vous verrez par icelle comme sa majesté vous remet en main la conduite d'une des plus belles occasions de gloire qui se soient présentées depuis que vous êtes employé pour son service sous les oixlres de son cminence dans le levant, occasion que vous jugerez comme nous

LETTRE DE M. DE NOYERS. — FÉVRIER 1637. 297

très-capable de remettre en honneur les armes de sa majesté , que le manquement de la première entreprise et inutilité de ooUe du secours de Parme avaient beaucoup ravisé dans les esprits de toutes ces contrées, qui en attendaient tout autre chose. L'ouverture en a été faite sur Tavis que sa majesté a reçu du traité de Parme avec les Espagnols ; et véritablement j'estimerais facilement que Dieu, qui a toujours assisté le roi et son éminence dans toutes les plus grandes affaires de cet État, nous l'a mise en main pour un excellent moyen de faciliter la paix universelle, à laquelle tout le monde aspire. Et parce que sa majesté, par sa lettre , voiis instruit assez particulièrement de ses desseins en cette rencontre, vous trouverez bon que , me remettant à ce qu'en apprendrez par la lecture de ladite dépêche,' je vous dise seulement que son éminence a une grande espérance en vos soins et dans les efforts que votre zèle et affection pour son contentement vous feront faire dans cette occasion. Le pays, qui. croira toujours que vous continuez dans le secours de Parme, ayant une fois résolu de donner aux troupes la subsistance que le roi avait'désirée d'eux, ne pourra pas faire difficulté de la fournir ; et s'il arrivait que manque de secret votre entreprise , ou plutôt surprise, vint à être divulguée^ d'autant plus volontiers y contribueront-ils que l'affaire touche de plus près la Provence que celle du secours de Parme. Enfin , monsieur, c'est un coup de résolution , de cœur et de générosité qui se doit exécuter brusquement ; car si l'on s'amuse tant soit peu à vouloir amasser tout ce qui semblerait nécessaire pour faire une attaque réglée, perdant les avantages que la surprise vous donne , l'affaire retombera dans l'impossibilité. J'en écris à M. le comte d'Haroom^t et à M. de Baume, qui en feront part k M . de Frémicourt. J'envoie aussi une lettre de créance sur ledit sieur de Baume pour M. le maréchal de Vitry, n^ayant pas été jugé à propos , vu ce qui s'est passé , de vous les adresser ni à M. le comte d'Harcourt. Que si toutes vos troupes étant embarquées vous pouvez vider l'affaire comme un dessein pris sur-le-champ, sur quelque avis de la faiblesse des garnisons ennemies, et que vous puissiez vous passer de ce qui est k terre, la gloire sera d'autant plus grande qu'elle sera moins partagée ; si vous ne jugez pas le pouvoir faire , vous en userez selon que la nécessité vous I. 38

y obJUgera, Cette expédition se doit faire par la voie des surprises , pétards y échelles y haches y grenades , soutenues par toutes tos forces , comme si c'était une attaque régulière. Ce que je dis par ayis^ ne pouvant pas deviner de si loin ce que le lieu y le temps et Tennemi tous permettront défaire. J'en écris aussi à M. Guérapin et l'oblige au secret, en sorte que je m'assure qu'il ne le violera pas. On a jugé qu'il y aurait mille petites choses qui ne se pourraient iiaiire que par une personne qui ait ses habitudes dans le pays, comme lui. Dieu conduise la barque s'il lui plaît ! Ajnnès cela y nous vous attendrons en ponant, où, étant maître de la flotte , son éminofice croit que vous aurez, plus de champ et plus de facilité à exécuter vos bonnes volontés et à Êiire agir tout ce monde, qui ne reconnaîtra que vous. Les douze vaisseaux que vous avez ordre de ramener étant joints à ceux que son éminence Eût préparer dans les mers de deçà , vous formeront un corps d'armée assez puissant pour vousdonner moyen d'entrepi^ndre quelque chose de considérable; mais , avant que partir, il vous plaira, pour l'amour de son éminence, dé laisser de bonnes instructions à M. de Lançon et à M. Lequeux de tout ce qu'ils auront à faire pour la conservation de la flotte qui reste dans le levant sous les ordres de M. d'Harcourt; car vous savez que l'une et l'autre étant au roi et dans la direction de son éminence, vous devez avoir un amour égal pour le bien commun de toutes ces flottes. Je m'imagine que si Dieu donne succès à cette dernière entreprise, il sera bien à propos que, devant que vous fassiez voile pour le retour, vous en attendiez un nouvel ordre, vu que cela changeant l'état des afiaires, il pourrait aussi aj^rter changement dans la résolution d'un voyage^qui a été prise avant que l'on eût pensé de cette dernière proposition, pour rheureuse exécution de laquelle je prie Dieu de tout mon cœur, et qu'il vous continue avec autant de santé et de satis&ction ^que vous ^i souhaite ,

Monsieur ,

Votre très-humble et très-affectionné serviteur,

Db Notbrs*

M. de Sabran rend compte à M. de Bordeaux de l'impression causée en Italie par l'arrestation de M. le eomte Fabio Scotti ; il ajoute ensuite quelques détails sur la destination des armements espagnols.

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

Du dernier de février 1637.

L'opinion que tous êtes en mer et que j'aurai loisir de tous écrire plus d'une fois, fait que je suis court et tous accuse seulement, comme j'ai déjà fait , la faTCur des TÔtres du. 6ret depuis de celle du 11 ^ où j'ai TU aTCc étonnement que le personnage que tous saTez ait été de si peu de prudence à ménager l'aTis qu'il aTait eu de son maître , lequel , quand il ne lui eût mandé de procéder enTcrs le roi et enTcrs M* le comte d'Harcourt aTCc les resp^ts conTcnables, il y aurait dû supl^éer au défaut , étant croyable que si son maître ne le lui aTait enjoint, que il aurait cru qu'il s'en saurait bien démêler couTcnablement au dcToir et aux témoignages qu'il m'aTait donnés de sa reconnaissance de tenir du puissant appareil et de la faTorable protection du roi tous ses aTantageSy de demeurer dans un perpétuel ressentiment de l'oUiga* tibn et son serTÎteur. Je ne crbis pas que tous ayez rien pu ajouter à la ciTilité dont tous aTez usé , et je m'étonne que la connaissance du respect dû , et de l'obligation où le tenait sa charge de maréchal-de-camp, ne lui ait persuadé de faire allègrement ce qu'il ne pouTait éviter de faire, et d'autant plus qu'il est de grande importance à son maître que l'Espagnol ne croie pas qu'il ait donné sujet au roi de plus de satisfac-tioQ ni qu'il soit hors d'espoir d'en être protégé toujours , au besoin , cQdkme trop d'édat d'être toujours aTec le roi en bonne intelligence pourrait produire une jalousie qui serTÎt d'excuse aux inexécutions que j'estime que nous Terrons, puisque l'Espagnol tient si secret les astuces, ou pour la honte de les publier si aTanlageux , pour fuir de combattre

avec le secours , ou pour se garder de publier des choses auxquelles il* ont dessein de rapporter de la restriction ou de les mal exécuter, sous prétexte de la ratification que l'on attend d'Espagne , qui présuppose que le tout est conditionné au consentement du roi d'Espagne.

L'on a fort parlé ici de la rétention de la personne dont vous m'écrivez , mais toute la faute lui en est imputée , et que vous n'en avez pu user autrement; mais parce que l'on en peut tirer des conséquences que le roi ne soit pas bien satisfait de son maître, dont l'opinion lui serait préjudiciable , j'ai fait connaître qu'il avait bien lui-même désiré , selon les ordres qu'il en pouvait avoir eus , dépécher à la cour avec plus de diligence que son âge ne lui permettait de faire, tant pour donner avis de ce à quoi la nécessité et l'offre de grands avantages avait astreint son maître, comme pour en rendre au roi les très-humbles grâces et lui demander congé comme maréchal-de-camp de son armée, dont il attendait les réponses , afin d'adoucir sa faute.

Je vois parcelles que j'ai reçues de là cour, du.8 août, les avis de l'accommodement de Monsieur, qu'on y avait pris opinion , ou de mes lettres ou de celles de Plaisance, que les négociations y étaient fortes et les nécessités urgentes; car on m'écrit qu'on croit le secours dès-lors prêt à partir comme il était , et que quand ce prince , pressé de quelque nécessité , aurait pris la voie de négociation pour sortir des affaires , le ix)i ne lui en saurait pas mauvais gré, croyant bien que ce serait avec toute la bienséance requise ; ce qui me persuade que le roi avait rendu ce prince libre de tirer du secours et de son appareil ses avantages , ou par les armes, ou par la négociation, et que l'un et l'autre , s'il a bien fait ses affaires, ne lui sera pas désagréable. Dieu veuille que j'apprenne bientôt quelque bon exploit de l'armée navale, ce qui fera d'autant plus éclater l'effort qu'y eût fait ce secours, me réjouissant du secret qui est observé au dessein que l'on peut avoir, qui est de toute nécessité ; car , au milieu de la province et partout vous ne manquez pas d'espions, et nul ne vient ni écrit ici qui n'en dise plus qu'il n'en sait. Si, à votre retour, le reste de l'armée et les galères pouvaient être en état d'entreprendre, et que ce ftlt avant l'envoi des galères ennemies, que la fin de mars hâtera , il y aurait bien de la facilité à toute exécution, et

LETTRE DE M. DE SABRAN. — FÉVRIER i637- 30i

même pour celle que Ton a manquëe y où la surprise est ayantageuse et où il n'y a jamais proTision pour trois mois^ du joCir même qu'on les ravitaille. Le grand-duc se presse de mettre en état ses galères : le pi-é^ texte est d'aller en Levant , pour abuser les mariniers et les soldats français j le but est pour servir l'Espagne. J'ai envoyé partout les cojHes des abolitions que vous m'avez envoyées; j'en tirerai toute l'utilité qu'il me sera possible pour le service, et en toutes occasions rechercherai les moyens de vous témoigner combien je suis de toute obligation ,

Monsieur ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Sabran.

Gènes, C0 aS fjrrier i637i

P. S, Moasieur, je vous supplie avoir agréable que ce coiii soit réservé pour les assurances de mon trés-humble service à M. le comte d'Harcourt. L'Espagnol a cru le surprendre par trahison, ayant, par traité signé du marquis de Leganez, le 17, lait offrir à M. de Montgaillard , gouverneur, 3o,ooo livres, 6,000 de pension, charge de mattre-deniarop de cinq cents chevaux et une abbaye au moine qui traitait, une compagnie de chevau-légers à son frère. M. de Montgaillard a (ait saisir le moine. Je voudrais que l'on eût été en état d'achever le jeu en attrapant les mille chevaux et quatre mille hommes qui s'étaient avancés vers Mortara pour cet effet , vu que l'argent eût élé touché.

M. de Goigny est parti pour la cour le 18 février 1637.

A son retour de Sardaigne, M. de Bordeaux envoya à la cour la relation suivante de Tattaque d'Oristan, faisant toutefois remarquer que l'ordre d'abandonner puis de piller la ville, a été donne sans sa participation.

RELATION

DE CE QUI s'est PASSÉ AU VOYAGE DE SARDAIGNE, ENVOYÉE A MS' LE CARDINAL LE 28 FÉVRIER 1637.

Tous les navires ayant été amenés dans le port de Toulon , où tous les ëcpiipages se défaisaient à vue d'œil , l'on s'est efforcé de les re-

302 LIVRE II. — CHAP. lU.. '

mettre à la mer pour le secours de Parme. On les a «nvÎGtuaiUës pour deux mois, mis des vivres pour quatre mille hommes pendant trente-» sîx jours et embarqué tous les gens que sa majesté avait ordcmné.

Tout ce que dessus ayant été exécuté dès le 6 de février, le comAe Fabio Scotti a diffifi^ jusques au 9 février, aous prétexte de maladie, à s'embarquer, auquel jour il déclara l'accommodement de son maître.

Ce qui ne donna pas moii» de peine à prendre la résolution de ce que l'on avait a faire que de déplaisir de voir ses travaux inutiles, voyant que d'un coté les troupes se perdaient si on les mettait à terre , et les équipages qui se dissipaient dans le port , et de l'autre, que si on les éloignait des ports , que tous leurs vivres se consommeraient inutilement; ce qui a fait résoudre d'entreprendre un petit voyage jusqu'à Oristan , auquel lieu on est arrivé le 22 de février. Le 23 , à la pointe du jour, la tour qui commandait la rade avec quatre pièces de canons, savoir deux de fonte et deux de fer ; la tour qui a vingt-quatre toises de diamètre, et les murailles de trois toises d'épaisseur par en haut et élevées jusqu'à vingt-quatre pieds de haut, se rendit, après quelques coups de canon, qui lui furent tirés par un vaisseau du roi, commandé par le sieur Portenoire.

Le même jour, l'armée marche droit à la ville principale de cette contrée, qui se nomme Oristan, dans laquelle est l'archevêché de la Sardaigne, qui est composée d'environ deux mille maisons et de quel-* que quinze ou vingt mille âmes , compris ses faubourgs. Sur le soir de ce même jour, on entre dedans la ville, on défend le pillage.

Le lendemain, 24, M. d'Harcourt y entre avec le reste de l'armée.

L'on traite avec tous les habitants, qui avaient abandonné, pour les obliger de revenir à leurs maisons. Cbmme l'on était sur ce traité, quelques soldats insolents pillèrent quelques maisons, et, depuis ce temps-là, quoi que l'on pût faire, soit pour cette raison, soit par la défense du vice-roi, on n'entendit plus parler de ce traité.

Le 25 , le comte d'Harcourt , avec toute son armée , s'en alla à la campagne voir ce que c'était de quelque cavalerie qui paraissait; il y eut quelques escarmouches où MM. de Gastelan et Lagenae se mêlèrent parmi les ennemis. M. d'Harcourt coucha à Cabri, qui est à deux lieues

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