‹ Correspondance de J. JoubertChapitre 100 sur 142 · M. DE SACY. CXI · texte numérisé non relu

M. DE SACY. CXI

et une rigueur quelquefois excessive", des gens que nous avons connus, que nous avons admirés peut-être ! En un mot, quand il en aurait coûté quelque chose à la discrétion, ce qui n'est pas, il aurait fallu imprimer les lettres de M. Joubevi, je le reconnais moi-même: elles complètent on ne peut mieux ses Pensées.

Il me reste à parler de celles-ci. C'est le fond de l'ouvrage. L'éditeur, M. de Raynal, n'a pas mis moins de trois ans à les réunir, a les revoir, à les classer, autant que possible, par ordre de matières. On ne s'étonnera pas de la longueur de ce travail, si l'on songe que M. Joubert écrivait ses Pensées au moment même où elles lui venaient, où une expression heureuse, un tour vif, une clarté soudaine frappait son esprit, et qu'il prenait pour cela, tantôt la marge de ses livres, tantôt de petits registres sur lesquels il traçait au crayon des phrases quelquefois inachevées. M. Joubert a-t-il jamais eu l'intention de composer un livre de maximes et de pensées? Je crois que pour lui-même la question est restée douteuse. 11 pensait, il écrivait, et il laissait au hasard le soin de décider s'il sortirait de là un livre, ou s'il n'en sortirait rien. La piété de sa famille et l'amitié de M. de Chateaubriand ont tranché la question ; le public s'en est mêlé : le premier recueil a fait désirer le second, et aujourd'hui, dans l'ordre où M. de Raynal les a mises à force de patience et de soin, les Pensées de M. Joubert forment un vrai livre qui ne périra pas. Que le succès soit plus ou moins populaire, il n'importe. M. Joubert n'a peut-être pas écrit pour tout le monde; ceux pour qui il a écrit aimeront son livre, le garderont comme un souve nir précieux, retourneront souvent y chercher quelque chose de cet esprit si élevé et si vif, qui n'aura pas brillé un moment en ce monde pour s'éteindre à jamais. Je crois bien que M. loubert était encore supérieur â ce qui reste de lui; de temps en temps, on le voit, la force lui manque, la plume échappe de ses mains, il désespère d'exprimer tout ce qu'il pense. Cela même a du charme. Je ne hais pas jusqu'à ces affectations et jusqu'à ces recherches dont j'ai déjà parlé.

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