‹ Correspondance de J. JoubertChapitre 99 sur 142 · CX JUGEMENTS LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

CX JUGEMENTS LITTÉRAIRES

écrivît ou qu'il parlât sans avoir quelque chose à dire ou à écrire. Quoi qu'il fît, il se mettait tout entier dans ce qu'il faisait, et je ne sais quel parfum de délicatesse ingénieuse respire jusque dans la bonhomie de ses lettres les plus simples. C'est toujours l'auteur des Pensées. Chacun a son abandon et son naturel. Le naturel de M. oubert le portait vers les choses fines, exquises, un peu subtiles; il n'est jjamais plus à son aise que lorsqu'il s'élève avec Platon jusqu'aux /dées éternelles; et c'est, je crois, dans ses lettres à madame de Beaumont qu'il analyse Kant en quelques lignes. M. Joubert a dû d'ailleurs à son mérite d'une part, et à sa chère obscurité de l'autre, un grand avantage, celui de In'être en relation qu'avec des personnes de l'esprit le plus distingué, hommes ou femmes. La plupart de ses lettres sont adressées soit à M. de Fontanes, soit à M. Mole, alors tout jeune. M. de Chateaubriand, dans tout l'éclat de sa réputation naissante, M. de Chateaubriand, que M. Joubert couvait des yeux, si je puis ainsi parler, comme la dernière espérance de la littérature et de la religion, y est nommé sans cesse. La correspondance avec madame de Beaumont est pleine de cettv amitié passionnée que les femmes seules inspirent , môme lorsqu'un autre sentiment ne s'y joint pas. M. Joubert y met ■eut son cœur: c'est presque la sollicitude d'un père, la tendresse d'une mère. Je crois qu'il aurait consenti à se dépouiller de tout ce qu'il avait d'idées, de connaissances et d'esprit, pour en orner madame de Beaumont et la rendre presque plus parfaite encore et plus aimable. Il ne lisait, il ne réfléchissait, il ne jugeait que pour elle. Les lettres à madame de Vintimille sont aussi fort agréables, quoique plus recherchées à. mon avis. M. de Fontanes était alors grand maître de l'université impériale. Parmi les lettres que lui adressait M. Jou» bertonen trouvera deux qui contiennent de sévères conseils, également honorables pour celui qui avait le courage de les donner, et pour celui qui ne s'offensait pas de les recevoir. L'époque même de celle correspondance la rend encore plus piquante. M. Joubert y juge avec toute la liberté du secret,

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