M. SAINT-MARC GIRARDIN. CXIX
nalité, ces prophètes de la bêtise vulgaire, qui s'en vont répétant le credo de leur puérile doctrine, et qui prétendent nous y asservir? Priez Dieu de ne pas avoir ces gens-là pour voisins de table ou pour compagnons de route; priez Dieu surtout de ne pas les avoir pour maîtres, car c'est alors surtout qu'il faudrait se souvenir du mot du grand Condé, qui demandait à Laporte, valet de chambre de Louis XIV encore tout jeune, s'il y avait apparence que le roi fût un jour un honnête homme, c'est-à-dire, selon la langue du temps, uu homme bien élevé et dislingué. Laporte l'assura qu'oui. — Vous me faites plaisir, reprit Condé; il n'y a rien de si pénible que d'avoir un sot pour maître. — Les sots de nos jours sont, et j'aime la définition de M. Joubert, les esprits sérieui et sombres qui ont des doctrines futiles.
M. Joubert déteste le faux sérieux autant qu'il aime le bon et le vrai sérieux. Le vrai sérieux nourrit l'âme, l'anime, j'allais presque dire qu'il l'égayé, et je ne me repens pas du mot. 11 n'y a que lésâmes sérieuses qui aient l'esprit gai, et cela, parce qu'il n'y a point de gaieté sans sécurité, et qu'il n'y a que les sentiments graves qui donnent la sécurité.
M. Joubert dit fort bien : « Ceux qui ont refusé à leur esprit les pensées graves tombent dans les idées sombres. » li a raison ; quand la première effervescence de la jeunesse oet passée, quand l'entrain du sang diminue, les gens frivoles deviennent inquiets et bientôt sombres. Ils n'ont pas pour se soutenir ces graves idées qui font comprendre et goûter la vie dans ses retours et même dans ses amertumes. Il y a tôt ou tard pour chaque homme un moment dans la vie où il faut quitter le monde physique pour entrer dans le monde moral. C'est à ce moment que les âmes s'éprouvent. Les âmes légères, et, pour dire toute ma pensée , les âmes sensibles deviennent sèches et dures pour les autres, inquiètes et sombres pour elles-mêmes. Les âmes graves deviennent gaies et douces.
La pensée de M. Joubert sur les pensées sombres qui viennent inévitablement à ceux qui n'ont pas su se faire des