S A M. LE BARON DE J
fâchés de le voir corrigé. Cependant il la perdra dès qu'il verra son sort fixé.
M. de la Harpe et M. Ducis vous diront ce qu'ils pensent de son talent qu'ils connaissent, et que je connais mieux qu'eux, parce qu'il ne leur a montré que ses ouvrages, et qu'il m'a fait voir plus d'une fois tout son génie. 11 sera certainement un des plus grands poètes que notre siècle ait produits, et on peut le regarder comme un homme destiné à faire, un jour, le plus grand honneur à son pays. Quoique le Verger soit un poème très-agréable, il ne faut pas le juger par le Verger; comme il ne faudrait pas juger la voix de mademoiselle C*** par une ariette, quoiqu'elle chante les ariettes à merveille. Elle est faite pour les grands airs, et lui poui les grands sujets. Il fait les vers comme elle chante. C'est là l'époux qui lui conviendrait. Si j'ai bien su l'apprécier, en eifet, il lui faut pour mari un homme célèbre, et si je connais bien les hommes célèbres qui existent en ce moment, M. de Fontanes est le plus digne d'elle, et le seul qui soit propre à remplir parfaitement toutes vos vues.
Il est jeune; il est aux portes de l'Académie; il a déjà de la gloire, et son mérite est de cette espèce verte et robuste qui ne fait que croître avec le temps. Eu le mariant, en lui donnant de la fortune et uue fille charmante, propre à entretenir en lui un perpétuel enchantement, vous rendriez un grand service aux beaux-arts et à la France: vous hâteriez l'achèvement d'un grand homme. Il faut que les grands talents, pour acquérir leur maturité, aient été battus par l'adversité passée, et qu'ils soient favorisés par la prospérité présente. Ce iont là leurs vents et leur soleil.
Ni les goûts ni les travaux de M. de Fontanes n'éloi-