XII LA VIE ET LES TRAVAUX
ductions d'une société dont l'intelligence hardie, renversant les matériaux du vieux monde, se mettait bravement à reconstruire un monde nouveau. Il y avait, dans cette lutte de l'esprit d'une époque contre l'esprit des siècles passés, quelque chose d'audacieux et de puissant qui ne pouvait manquer d'échauffer, au moins à la surface, une imagination curieuse de mouvement et de nouveauté. Mais d'où vient que le journal de M. Joubert, confident habituel de ses pensées les plus intimes, laisse à peine découvrir le vestige des opinions qu'il s'est reproché plus tard d'avoir partagées? D'où vient qu'au milieu des aperçus de toute nature qui s'y trouvent jetés pêle-mêle et à la hâte, on rencontre d'innombrables sentences dignes de l'école du Portique ou de l'école des Pères, et presque aucune de celles qui composaient le symbole de la pléiade philosophique? Ce recueil où, sous des formes diverses, sont fidèlement consignées les impressions reçues pendant une longue vie , aurait-il été épuré dans les derniers temps? L'auteur aurait-il fait disparaître les passages où dominaient des principes qui n'étaient plus les siens? En présence des manuscrits qu'il a laissés, une telle supposition ne saurait être admise. Il y a là tant de précipitation et de désordre , tant de négligences et de contradictions, qu'il est impossible, en y jetant les yeux, de s'arrêter à la pensée d'une révision ultérieure. Quoi qu'il en soit, M. Joubert s'accuse, et peut-être