‹ Correspondance de J. JoubertChapitre 12 sur 142 · DE M. J. JOUBERT. XI · texte numérisé non relu

DE M. J. JOUBERT. XI

sujets d'ouvrages dont je retrouve dans le journal du néophyte les traces abandonnées. C'étaient de ces aperçus fugitifs que la magie du grand causeur avait su revêtir de formes précises et douer d'une réalité saisissante. Plein de confiance en la parole du maître, Le disciple ébloui se mettait à l'œuvre ; mais les lignes délicates d'un dessin improvisé ne tardaient guère a s' effacer sous le travail, et les éclairs du premier jet à s'éteindre dans la réflexion. Dupe de son illusion, cependant, M. Joubert imputait à sa propre impuissance des mécomptes dont il eût pu rejeter la faute sur la stérilité des sujets. Ce n'est que plus tard, au souvenir des efforts tentés par sa jeunesse pour donner l'être à je ne sais quels traités sur les perspectives de l'esprit, sur la bienveillance universelle, ou sur quelques autres thèmes tout aussi vagues, que, découvrant son erreur, il put à la fin s'écrier : « C'est la matière qui manquait, « et je ne sus pas le voir ! » Combien d'hommes de lettres, avant de rencontrer l'idée que devait féconder leur génie, se sont égarés comme lui à la poursuite de feux follets décevants et insaisissables !

Ainsi trompé sur la valeur des données littéraires de Diderot, ne se méprenait-il pas également en attribuant à ses doctrines philosophiques plus d'influence qu'elles n'en exerçaient réellement sur son esprit? I! est au moins permis de le croire. On comprend trèsbien, en effet, qu'il s'abandonnât un moment aux se-

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