XL LA VIE ET LES TRAVAUX
« sans jamais me tromper d'une minute. Ce petit « commerce , si propre à reposer l'âme , l'esprit et « l'imagination, ne me déplaît pas toujours et me « divertit quelquefois. C'est d'ailleurs par régime que « je m'y livre; mais je ne sais si le bon M. Perron, « qui n'a nullement besoin de régime, s'en accom- « mode également. Pour calmer mes remords, je tâche « de me persuader qu'il n'est pas bien sûr de son « ennui et n'en est encore qu'au doute. »
Je ne parlerais pas des charmes extérieurs de madame de Beaumont, car ce n'était pas là ce que M. Joubert cherchait auprès d'elle, si, même dans nos relations les plus pures avec les femmes, ces avantages éphémères semblaient n'être, à notre insu, une des causes des longs attachements. La grâce de sa physionomie était due, moins à la beauté de ses traits, qu'à l'expression d'intelligence et de sentiment qui les animait. Son regard était profond, vif et tendre; son sourire spirituel et doux, toute sa personne empreinte de délicatesse et d'élégance. M. Joubert la comparait « à ces figures d'Herculanum qui coulent « sans bruit dans les airs , à peine enveloppées d'un « corps. » Autant que j'en puis juger par un portrait d'elle, dû au pinceau de madame Lebrun, et dont elle fit plus tard présent à notre famille, la comparaison n'était pas moins juste qu'ingénieuse.
On n'aime pas faiblement ces êtres fragiles qui sem-