‹ Correspondance de J. JoubertChapitre 39 sur 142 · DE M. J. JOUBERT. XLI · texte numérisé non relu

DE M. J. JOUBERT. XLI

blent n'être retenus dans la vie que par quelques liens prêts à se rompre. M. Joubert ne tarda pas à l'éprouver. Sa correspondance renferme trop de témoignages de l'affection profonde qui l'unit à madame de Beaumont pour que je me dispense d'en parler ici ; mais je ne saurais manquer d'insister sur une observation qui se rattache, si l'on peut dire, à l'histoire de son esprit : c'est que, pendant tout le temps que dura sa liaison avec elle, c'est-à-dire de 1794 à 1803, époque de la mort de cette femme si digne de regrets, les cahiers où il inscrivait ses pensées étaient plus vite remplis, plus fréquemment renouvelés, plus remarquables par le nombre, la fraîcheur, la finesse des aperçus. Il semble qu'une source intarissable et nouvelle se fût ouverte devant lui, une de ces sources sacrées que l'antiquité avait placées au pied de l'Hélicon. Madame de Beaumont était pour lui plus qu'une amie : c'était sa muse. « Confidente de mes pensées et « de mes erreurs, » s'écriait-il quand il l'eut perdue, « de mes travaux et de mes écarts, de mes témérités « anciennes et de ma sagesse tardive, à qui les dire « désormais? Vous étiez pour moi le public. »

Autour d'elle, il est vrai, s'était formé, dès son retour à Paris, un des petits cercles où s'assemblaient, vers la fin du siècle dernier, les débris échappés à la tourmente révolutionnaire. Cette réunion peu nombreuse se distinguait par une simplicité charmante.

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